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Les Comités de Pouvoir Populaire (CPP), est-ce que nous assistons à la renaissance du Mouvement Populaire de la Révolution (MPR) sous une nouvelle apparence socialiste ?

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Albert Teuwen

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C'est avec une grande amertume que je relisais la parution spéciale du journal Elima du 30 juin 1985 commémorant les 25 ans d'indépendance de notre pays, la République Démocratique du Congo ou encore pour les nostalgiques le Zaïre. Est-ce que chaque dirigeant politique peut s'attribuer le droit de changer le nom de notre pays sans même consulter la population ? Ou mieux encore est-ce que chaque dirigeant peut changer la constitution du pays selon son bon vouloir ? Et je me demandais qu'avons nous fait individuellement pour éviter la descente de notre pays dans ce précipice de souffrance. Est-ce juste la responsabilité du Guide et des autres dirigeants au pouvoir à l'époque ? Et nous les intellectuels congolais qu'avons nous fait pour prévenir ce malheur qui s'est abattu sur notre peuple ?

L'ère du président Mobutu

J'avais à peine dix ans lorsque mon père, qui travaillait comme Sous-directeur pour le Ministère des affaires intérieures à Kinshasa sous M. Étienne Tshisekedi, alors titulaire gouvernemental de ce département, commença à porter l'insigne du MPR. Nous étions tous heureux mais nous ne comprenions vraiment pas le sens malsain de ce symbole. C'était la frénésie à Kinshasa, Mobutu tenait des discours fleuves devant une population envoûtée et charmée qui l'accueillait en héros partout il passait dans le pays. Au cours de cette fameuse année 1967, il allait réussir un tour de force aux conséquences que nous pouvons qualifier sans équivoque aujourd'hui de catastrophiques pour la destinée de notre pays et d'infernales pour le peuple congolais.

"Dix huit mois après son coup d'état, il a réussi à convertir le Corps des Volontaires de la République (CVR). Le CVR avait pour mission première la mobilisation et l'information des masses. C'est à l'issue des travaux de l'assemblée générale du CVR que le nouveau parti fut crée le 20 mai 1967. Comme il fallait s'y attendre, l'adhésion fut massive et spontanée." (1) Mobutu nous parlait d'objectif 80 comme étant l'année cible où notre pays accéderait au statut des pays développés ou encore industrialisés. Jeunes et idéalistes, nous croyons tous à ce défi car un président avait enfin réussi à rassembler le peuple autour d'un projet et à lui redonner un semblant d'espoir pour une meilleure vie. Profitant de notre naïveté et de notre inaction, Mobutu a saisi cette opportunité pour consolider son pouvoir grâce en partie à sa grande popularité.

"La morphologie de ce nouveau parti se présentait de la manière suivante : le Congrès (instance suprême), présidé par le Président-Fondateur, le Bureau politique considéré à cette époque comme l'organe de conception, d'orientation et de décision, chargé d'appliquer les résolutions et les vœux du Congrès et de veiller, en outre, au respect des statuts et à la discipline au sein du parti et enfin le Conseil exécutif qui était chargé de la gestion quotidienne et courante du MPR. La promulgation de la nouvelle Constitution dite "Constitution de 1967" qui stipule dans ses articles 4 et 19 bis que le MPR est le seul mouvement politique du pays, lequel domine et contrôle tous les organes de l'état fait partie des innovations de cette époque. La révision de cette Constitution du 24 juin 1967 est intervenue, on le sait, le 14 août et porte essentiellement sur l'institutionnalisation du MPR." (1) Bravissimo ! Nous ne pouvons que lui reconnaître du génie ou encore du machiavélisme dans cette immense manipulation de toute la population en particulier de l'ensemble des intellectuels congolais.

Est-ce que nos parents avaient vraiment le choix de ne pas adhérer au MPR ? Qui aurait osé dénoncer cette mascarade sans subir aucun préjudice ? Est-ce l'on pouvait le prévoir en 1967 ? Nos journalistes, nos universitaires avaient tous perdu le moindre sens de l'analyse et de la critique. Mobutu était encensé par tous, il y avait même une compétition pour la personne qui louangerait le plus ce président qui se plaisait à accepter ces hommages pour ainsi bâtir le culte de sa personnalité. À la radio, à la télévision et dans les journaux, il n'y avait que des éloges pour le Guide de la nation. Est-ce que par notre silence nous sommes devenus des complices du dictateur et de ses collaborateurs ?

L'ère du président Kabila

Dans exactement deux mois, soit le 17 mai 1999, le peuple congolais va se souvenir du départ d'un dictateur déchu et désavoué par ses anciens mécènes (les États-Unis, la France et la Belgique), ses homologues chefs d'état, ses collaborateurs, son armée et finalement par son propre peuple. L'arrivée d'un nouveau libérateur en la personne de M'zee Kabila nous semblait prometteuse à tous les points de vue. On pouvait recommencer à espérer. Il a pris le pouvoir par les armes grâce à ses acolytes les rwandais et les ougandais. Après quoi, il s'est vite autoproclamé président de la république. Il a interdit toutes les activités des partis politiques pour une période initiale de deux ans sous le prétexte facile que la multitude des partis politiques rendait notre pays ingouvernable. Trahi rapidement par ses compères rwandais et ougandais, Kabila les chasse du pays et parvient, grâce à ce geste, à reconquérir le cœur de toute la population congolaise qui, pourtant l’avait jusque-là, boycotté depuis son arrivée au pouvoir en raison de la présence des étrangers dans l’armée et le gouvernement. Aujourd’hui il est glorifié en raison de ce changement de cap qui contredit ce qu’il s’évertuait à nier tant que n’était pas intervenue cette deuxième agression militaire orchestrée par ces anciens complices.

Depuis le discours du président Kabila le 21 janvier 1999 qui dissous l'AFDL pour former les CPP, nous commençons à entrevoir une démarche similaire à celle du MPR. " Le secrétaire général permanent des Comités de pouvoir populaire (CPP), M. Tshiamala wa Kamuanga Tshingomba, a défini, les CPP comme étant une stratégie de démocratie populaire qui a pour finalité de permettre au peuple de participer et de s’impliquer dans la gestion de la chose publique, afin de définir ses priorités de développement. M. Tshiamala a rappelé à l’assistance que la mutation de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) en CPP, décidée par le Président de la République, M. Laurent-Désiré Kabila, est l’un de deux objectifs arrêtés lors de la création de l’Alliance, à savoir libérer le pays de l'État comprador et, ensuite, restituer le pouvoir d’État au peuple. En demandant aux congolais de se constituer en CPP, a-t-il dit, les autorités de l’AFDL n’ont fait qu’appliquer les dispositions contenues dans ses statuts." (2) La thématique et la propagande du discours de Kabila sont semblables à ceux de Mobutu, la seule différence se situant dans la phraséologie inspirée du style socialisant ou communisant dans laquelle semble nous diriger le nouveau régime.

"Le nombre des personnes devant composer le CPP au niveau d'une commune est fixé à treize membres. Le CPP de la commune dispose de onze départements. Il s'agit de la trésorerie, de la propagande et de la mobilisation, de l'hygiène et de la santé, de l'éducation, des affaires sociales, de la solidarité, de la jeunesse, des sports et des loisirs, de la sécurité, de la vigilance et du contrôle, de l'énergie, de l'assistance judiciaire, de la qualité de la vie, du développement communautaire ainsi que ceux d'urbanisme de l'habitat et du transport. Selon un responsable du ministère des Affaires intérieures toutes ces structures seront dotées d'un budget arrêté par les instances supérieures en vue de leur permettre de participer efficacement à l'exécution du programme de la reconstruction nationale."(2) Les dirigeants politiques nous parlent également d'une assemblée populaire provinciale et même d'un directoire du pouvoir populaire (DPP). Est-ce que vous vous retrouvez dans cet imbroglio ou cette incohérence ? C'est encore une mascarade de grande envergure pour leurrer les congolais dans une nouvelle aventure sans issue.

Nous voyons en bout de ligne, un parti politique qui veut détourner ou s'arroger des pouvoirs des différents paliers gouvernementaux aussi bien communal, provincial que national à travers un autre mouvement politique, à l’instar de l'ère de Mobutu encore une fois au nom du peuple congolais. Est-ce que les CPP ne tentent pas une manœuvre semblable au MPR qui s'était emparé de la totalité du pouvoir en diluant le pouvoir des gouvernements à travers ces nouvelles structures ? Est-ce que les autres partis recevront les mêmes budgets que le gouvernement donne illégalement au CPP aujourd'hui pour consolider le pouvoir de Kabila ? Est-ce une nouvelle forme du clientélisme à la Kabila ? Comment allons nous dissocier les structures des CPP des structures gouvernementales ? Est-ce que les fonctionnaires pourront se dissocier des partis pour bien remplir leurs fonctions et ne pas craindre des représailles ? Pourquoi est-ce que les dirigeants de l'AFDL/CPP sont rémunérés par l'état alors que les autres partis politiques ne reçoivent même pas un seul franc ?

Un cri d'appel aux politiciens, aux partis politiques et finalement aux intellectuels congolais

L'argent du gouvernement n'appartient pas plus à Kabila qu’il n’a appartenu à Mobutu. Nous en avons assez de ces journalistes qui nous disent que le président de la République a fait don de ceci ou de cela. L'argent du gouvernement appartient au peuple congolais. Nous en avons également marre de ces journalistes qui continuent à perpétrer les mêmes erreurs qu'à l'époque de Mobutu en oubliant d'analyser et de critiquer les événements avec impartialité. Nous en avons ras le bol de ces journalistes qui veulent recréer un nouveau culte de la personnalité, le M'zee ou le Guide c'est, selon moi, du pareil au même. Un titre ne s'achète pas ou ne s’attribue pas mais se mérite plutôt à travers l’héritage que l'on lègue par ses réalisations et par ses actions ; laissons l'histoire et le peuple juger des accomplissements de nos dirigeants.

Les congolais veulent vivre avec dignité et dans l’honneur. Les congolais ont besoin du travail et d’un salaire décent pour subvenir aux besoins les plus élémentaires de leur famille soit la nourriture, une habitation, avoir de l'eau potable et même de l'électricité. Les congolais réclament de bonnes écoles pour nos enfants et des hôpitaux équipés pour soigner nos malades. Ils attendent, à bon droit, le libre choix d'adhérer dans un parti politique ou un autre sans crainte de représailles. Les congolais demandent un système de paliers gouvernementaux qui auront à cœur les besoins de la population et non celui des partis politiques et de leurs dirigeants véreux. Les congolais appellent la paix de tous leurs vœux et ils disent aux rwandais et aux ougandais "Go back home".

À tous les partis politiques, nous clamons que nous sommes encore très sceptiques vis-à-vis de vos projets de société. Nous cherchons encore à être convaincus, les congolais ne connaissent même pas vos idéaux et agendas politiques. Si vous prenez concrètement le pouvoir demain, quelles sont vos priorités et quels sont vos plans pour bien gouverner notre grand pays ? Est-ce que vos dirigeants recherchent le pouvoir pour assurer leur propre sécurité financière ? Soyez donc honnêtes envers le peuple congolais. En fait vous avez tous du chemin à faire pour nous convaincre de voter pour votre parti politique. Nous en avons assez de tous ces politiciens démagogues qui parlent au nom peuple durant des heures alors que le discours est vide. Messieurs les politiciens, prêchez par l'exemple et nous vous suivrons.

À nos yeux, il est très clair que l'objectif principal de tout gouvernement en place est de s'assurer en premier du bien être du peuple congolais qui a trop souffert et qui mérite un meilleur sort. Aux intellectuels congolais, nous vous demandons de dénoncer les injustices et d'analyser avec un peu plus de jugement et de lucidité les discours politiques de nos dirigeants en demandant des actions concrètes pour le bien être de la population et non des promesses en l’air. Nos dirigeants doivent justifier les dépenses gouvernementales devant le peuple. L'argent du gouvernement n'appartient pas à un dirigeant politique, ni même à un parti politique, il appartient aux congolais. Nous vous demandons également d'applaudir et de soutenir les hommes ou femmes de principe peu importent leur parti politique qui auront à cœur le bien être du peuple congolais. Ensemble nous vaincrons.

albert.teuwen@videotron.ca

Albert Teuwen

vp opcc

(1) : Extraits tirés d'un article journal Elima Spécial 30 juin 1985 "La révolution et l'éveil de la conscience nationale" par Passy Ndongani

(2) : Extraits tirés des dépêches de l'Agence Congolaise de Presse Janv. / Févr. 1999.

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