Introduction
Le thème intitulé Question nationale et
citoyenneté congolaise est dautant plus dactualité que
cest en son nom que les inspirateurs et les initiateurs de la guerre qui sévit
actuellement en RDC lont déclenchée et la poursuivent en toute impunité, en
violation et au mépris du droit international et à lindifférence générale de la
communauté internationale. Les belligérants, et derrière eux, leurs alliés et leurs
partisans respectifs justifient leur intervention armée et leur engagement idéologique,
militaire et financière en recourant au concept dagression et à celui de légitime
défense.
Je nentends pas mappesantir sur la définition
paradigmatique de ces termes que je prends davance pour acquis quils vous sont
familiers et donc quils vous sont connus. Pour la commodité de lexposé, je
me bornerai donc tout simplement à une énonciation sommaire.
Cela dit, jentends, par agression, une attaque
offensive non provoquée dont la dynamique est dictée par la détermination de
lauteur à imposer sa volonté à sa victime par la force.
Quant à la notion de légitime défense, elle repose sur
lidée selon laquelle la victime, pour se défendre, est, moralement et selon la
justice immanente, justifiée à recourir à la force, cest-à-dire à accomplir un
acte généralement réprouvé par la société et particulièrement interdit par la loi
pénale.
Dans la foulée de leur offensive quils ont lancée
sur une base diachronique lOuganda, le Rwanda, et le Burundi ont, dans un premier
temps, dépêché unilatéralement leurs troupes à lintérieur du territoire
congolais, en invoquant leur droit de protéger contre lÉtat congolais leurs
ressortissants établis en RDC. Dans un deuxième temps, ils ont décidé de
sinstaller à demeure au Congo K en érigeant un périmètre de sécurité à
lintérieur du territoire congolais ; largument quils avancent, à ce
propos, est celui de neutraliser les rebelles de leurs pays respectifs quils
accusent dopérer des actions de déstabilisation à partir du territoire congolais.
Bref, ils mettent de lavant le droit de légitime défense.
Pour donner un caractère national congolais à leur
entreprise, ils ont associé à celle-ci un certain nombre de congolais opposés au
président congolais, M. Laurent Désiré Kabila.
Pour sa part, le président Kabila rejette en bloc toutes
les allégations de ses adversaires. Parce que lOuganda, le Rwanda et le Burundi se
sont militairement introduits dans son pays sans son accord, quils stationnent leurs
troupes sur le territoire congolais contre son gré et quils soutiennent
militairement les rebelles congolais pour le renverser de force, M. Kabila conclut que son
pays subit des agressions étrangères et quil est, donc, dans son droit
dassurer sa légitime défense. Il récuse les prétentions des rebelles quil
considère comme des hommes liges de la troïka ougando-rwando-burundaise. Il fonde cette
récusation sur le raisonnement que les rebelles ont pris le train en marche, quils
sont militairement et politiquement soumis à la hiérarchie du Rwanda et de
lOuganda particulièrement. Sur cette lancée et usant de son droit de chef
dun Etat souverain, il a invité des pays de son choix à lui venir en aide :
lAngola, le Zimbabwe, la Namibie, le Tchad
Au moins sept pays africains s'affrontent donc sur le sol
congolais. La question que lon se pose est de savoir quel va être le dénouement.
Deux hypothèses sont possibles : victoire complète dun camp sur lautre ou
lincapacité de lun et de lautre à conquérir tout le territoire. Dans
la deuxième hypothèse, cette éventualité consacrerait la partition du pays en deux,
voire en trois entités ou plus pourquoi pas et, partant, une instabilité aux
conséquences désastreuses incommensurables.
Comme on le voit, seule la première hypothèse est de
nature à restaurer lintégrité territoriale dans des conditions moins dommageables
à bien des égards. Dans lun ou lautre cas, il y aurait certes des victimes
mais dans le cas de la deuxième hypothèse, le bilan serait plus lourd, non seulement au
niveau du nombre de victimes qui ne cesserait daccroître mais également à celui
des conséquences découlant de lanarchie qui sinstallerait dans le pays pour
une période dont on ne saurait prévoir la durée.
Quel que soit le scénario ainsi évoqué, demeure le
problème à la base duquel la guerre à éclaté et dont on se sert pour justifier les
hostilités. Ce problème nest autre que celui de la nationalité congolaise. Il
survivra à toute victoire militaire tant quil ne sera pas légitimement résolu. La
définition de cette légitimité simpose donc avec dautant plus
dacuité que le fondement épistémologique du concept de nationalité et de son
corollaire de citoyenneté sont délibérément galvaudés au Congo-K (par des pyromanes
et des larrons en foire) pour semer la confusion dans les esprits. Cest pour éviter
quil continue à se poser sempiternellement comme source dimbroglio entretenu
que nous nous proposons dapporter notre contribution à la solution de cette
problématique en mettant en lumière la réalité de la situation. Au-delà de cette
contribution, nous poursuivons deux objectifs immédiats : dune par développer chez
les citoyens congolais et chez les étrangers de par le monde et ceux vivant au Congo-K,
une meilleure connaissance de la société congolaise et de sa culture ; dautre
part, favoriser entre les congolais et les étrangers vivant au Congo-K, une
compréhension et des rapports positifs en conformité avec les lois du pays.
Concept de question nationale et de citoyenneté
Pour éviter toute équivoque et par souci de clarté et
de concision, nous proposons, avant dappréhender le vif du sujet, de cerner les
définitions conceptuelles des termes de question nationale et de citoyenneté. Cette
référence interprétative est dautant plus pertinente pour analyser plus
objectivement la situation quelle nous servira de balise pour orienter notre
démarche dans un cadre épistémologique universellement éprouvé. Dans cette
perspective, nous commençons dabord par létude théorique du concept de
question nationale et nous terminons enfin par celui de citoyenneté.
Concept de question nationale
Le concept de question nationale fait appel à la
quintessence même de la nation dans son sens intégral, cest-à-dire sociologique,
juridique et politique. Ses éléments constituants et constitutifs sont multiples et
mouvants. À lapparition de ce terme, au Moyen Âge, en Europe, il repose sur une
définition sociologique fondée sur la formation, sur un territoire donné, des
groupements des personnes auxquelles on attribue une origine commune. La caractéristique
de base est davoir en commun une unité géographique, culturelle, linguistique,
historique, économique.
Sous leffet de lévolution de différents
groupements dont des membres se déplaçaient sans cesse en groupe ou individuellement
dun territoire à lautre, les races se sont mêlées les unes aux autres. Dans
ces mélanges, certains groupes sont restreints pour avoir une puissance politique,
dautres sont devenus trop vastes pour exercer une influence qui déborde leur
encadrement socio-communautaire. Cette nécessité à laquelle sest ajoutée la
menace venant dautres groupes puissants a amené les dirigeants à délimiter leur
espace vital et à définir, en conséquence, les attributs qui leur sont propres pour se
distinguer des étrangers.
Ce souci de souligner la différence est venu apporter une
consécration juridique en faisant de la nation un sujet de droit. De là est née
juridiquement la nation. La dimension juridique confère à la nation sociologique le
pouvoir de souveraineté et lautorité morale inhérente. Lensemble des
individus vivant dans ce cadre ainsi défini est régi par une même constitution. Sous
cet aspect, la conjonction entre les implications juridiques et sociologiques peuvent soit
coïncider, auquel cas on parlera de lÉtat-nation, soit ne pas correspondre en ce
sens que la notion juridique engloberait sur le même espace territorial plus dune
nation sociologique. Dans ce cas, il sagirait dun Etat plurinational.
Ce phénomène dÉtats plurinationaux sest
accru par la suite avec lavènement des peuples colonisés qui, pour
saffranchir, se sont appuyés, dans leur lutte, sur ce qui les unissait contre le
colonisateur : la discrimination et la soumission. La communion de leurs conditions de
sujétion avait créé entre eux des sentiments de solidarité, quelle que soit
lorigine des individus. Ce qui déterminait le lien social, cétait la
solidarité du voisinage à lintérieur de lespace territorial défini par le
colonisateur et où il les avait confinés.
Cest de ce sentiment de solidarité quest né
le sentiment dappartenance au territoire créé par le colonisateur et qui est
devenu lentité par laquelle sexpriment à lunisson les différentes
ethnies qui y vivent. Cette entité sappelle lÉtat. L'intelligentsia et la
classe politique sen sont servis pour galvaniser les masses populaires en leur
faisant prendre conscience, au-delà de la lutte contre le colonisateur, des valeurs
léguées par les ancêtres, de lutilité du culte des héros nationaux qui avaient
résisté à linvasion du colonisateur, des légendes et des mythes, bref de la
reconstitution et de la réhabilitation de leur passé historique.
L'intelligentsia et la classe politique ont ainsi joué un
rôle prioritaire dans le processus de construction nationale. Ils ont été à la base de
la prise de conscience dune originalité historique commune et ils ont favorisé
léclosion et le développement de lidée nationale, laquelle porte en elle
une représentation du futur dont lÉtat apparaît le garant.
Ce quon constate au bout du compte, cest que
la question nationale a des multiples facettes, pas toujours faciles à définir. Mais
lon saperçoit ainsi quau-delà de cette complexité terminologique et
de la diversité contextuelle, il y a une constante qui sest imposée en tout temps
et en tout lieu : le vouloir vivre en commun dun ou des groupements de gens sur un
territoire donné auquel ils sont effectivement attachés par suite des circonstances
diverses et après avoir pris conscience de leur originalité historique.
Cet amalgame conceptuel est applicable partout où se pose
la question nationale, aussi bien dans des Etats-nations déjà constitués, comme les
pays aussi vieux que la France ou lItalie, que dans les États-nations en
construction, comme les États-Unis dAmérique au 18e siècle ou les pays
afro-asiatiques récemment décolonisés. Dans les États-nation constitués, la question
nationale sert, face à lextérieur, à défendre l'indépendance et la grandeur de
lÉtat-nation. La formule dune Europe des patries en parallèle avec la
préconisation de l'unification de ce continent nest pas sans rapport avec la
persistance de cette ténacité et cette détermination à affirmer loriginalité
nationale.
Dans les pays récemment décolonisés, notamment ceux
dAfrique, la question nationale sert de creuset pour canaliser et cimenter les
sentiments encore épars des masses populaires autour de lidée daffirmation
de lidentité originale collective, fondée sur le passé historique commun et sur
une représentation du futur dont lÉtat apparaît le garant. Elle se veut un
puissant moteur pour amener les individus à ne plus considérer lethnie comme le
foyer socioculturel et politique de ses membres mais plutôt comme un élément dun
ensemble constitué par lÉtat-nation.
Dans tous les cas de figure, la question nationale
apparaît, en définitive, comme le fruit dune réalisation humaine et non comme une
donnée en soi. Elle est à la fois l'aboutissement dun long passé defforts,
de sacrifices, de dévouements, de gloires, et la volonté commune de vivre ensemble.
Fondée sur lexaltation de lidée dÉtat-nation, pour lequel on
sassigne, pour fin première, le maintien de son existence et de son indépendance,
ladhésion dune communauté à la foi nationaliste est mesurable au degré
dattachement de cette communauté à cet État-nation.
On a beau dire que la nation et la doctrine qui en
découle, à savoir le nationalisme, sont des concepts périmés à cause de la
mondialisation et des conditions économiques inhérentes, il nen demeure pas moins
quelle continue à constituer la base sur laquelle reposent les pouvoirs politiques
et, à la limite, un cadre important pour opérer les transactions économiques
transnationales et internationales. Peut-on imaginer la suppression de lÉtat ?
Léchec des tentatives pour abolir lidée de nation a été dautant plus
cinglant quon la enregistré en URSS et dans dautres pays communistes
où lon sétait pourtant engagé à supprimer les classes sociales,
considérées comme source de lérection des nations.
LUnion européenne est un autre bel exemple dont il
sera intéressant de suivre lévolution. Structure supranationale, elle aspire à
éliminer les barrières nationales et les contraintes inhérentes. Aujourd'hui, tout
ressortissant européen dun pays membre a le loisir daller travailler dans un
autre pays de son choix. L'union est dirigée par des structures supranationales mais les
individus qui travaillent en leur sein exercent leurs fonctions sur la base de leur
appartenance nationale doù ils tirent leur légitimité alors que lobjectif
de lUnion est paradoxalement de restreindre, sinon de supprimer, les prérogatives
des nations dans leurs relations réciproques. Cest quau-delà de ce que dicte
la raison subsiste ce quimpose le sentiment dappartenance nationale :
lattachement et la fierté nationaux. Juridiquement, ces notions se traduisent dans
le concept de citoyenneté à ne pas confondre avec celui de nation que nous venons
dexaminer.
CONCEPT DE CITOYENNETÉ
Le concept de citoyenneté désigne étymologiquement
lappartenance à une cité ou à un Etat, assortie de droits et de devoirs définis.
Historiquement, il remonte au mouvement des lumières et à la révolution française qui
renversa la monarchie. Avant cet avènement, pendant la période monarchique, les
individus étaient les sujets soumis à des lois sur lesquelles ils ne pouvaient se
prononcer ni agir. Cest avec lavènement des régimes démocratiques que les
sujets sont devenus les citoyens à part entière et des acteurs actifs qui participent à
lexercice du pouvoir souverain de lÉtat, notamment par le droit de vote et
celui déligibilité.
Dans la mesure où lon présume que la plupart des
citoyens dun pays sont des descendants de leurs ancêtres, anciens ou premiers
habitants du pays, et quils aiment, pour cette raison, naturellement leur pays, le
droit international laisse aux États le loisir de déterminer souverainement et à leur
guise, les conditions dacquisition et de perte de la citoyenneté, parce quils
sont tacitement considérés comme les mieux placés pour préserver et assurer le
rayonnement de leur pays. Même si les législations varient en la matière dun pays
à un autre, celle relative à la citoyenneté dorigine est la seule qui
simpose et quon retrouve partout en raison évidemment de la filiation.
Après avoir ainsi défini synoptiquement les concepts de
question nationale et de citoyenneté, examinons maintenant comment ils sappliquent
concrètement en RDC.
LA QUESTION NATIONALE ET LA CITOYENNETÉ CONGOLAISE
Nous venons de voir que lune des prérogatives de
lEtat souverain consiste dans la reconnaissance par le droit international du
pouvoir qui lui est propre de déterminer, à sa guise, les conditions dobtention et
de perte de la citoyenneté. Ce droit est inscrit dans lordre des choses et doit
être respecté par tous les autres Etats, quels quils soient.
LÉtat congolais, comme tous les autres États
africains, est membre de lOrganisation de lUnité Africaine (OUA) qui a
consacré le principe dintégrité territoriale et son corollaire d'intangibilité
des frontières héritées de la colonisation. Ces principes ayant déjà été auparavant
adoptés par les Nations Unies, linstitution africaine na fait que confirmer
leur bien-fondé, surtout sur ce continent en raison des caractéristiques qui lui sont
propres.
La définition de la configuration de lÉtat
congolais tire son origine de la résolution de la Table-Ronde de Bruxelles qui élabora,
en 1960, à quatre mois de lindépendance, la Loi Fondamentale en guise de
constitution provisoire, en attendant que le nouvel Etat rédige lui-même sa propre
constitution après les élections, au lendemain de son accession à la souveraineté
internationale. Cette résolution détermine la délimitation du territoire congolais en
léguant au nouvel Etat les limites quavait la colonie. Il est borné au nord par la
République Centre-Afrique et le Soudan, à lest par lOuganda, le Rwanda, le
Burundi et la Tanzanie, au sud par la Zambie et lAngola, à louest par
lAngola et le Congo-Brazzaville.
De laccession du Congo-K à lindépendance à
nos jours, la classe politique et lintelligentsia congolaise sont quasi unanimes sur
la priorité à accorder tous azimuts à la préservation de lintégrité du pays.
Est révélatrice à cet égard la lutte systématique contre les tentatives et les
tendances sécessionnistes par les différents leaders, tous les courants politiques
confondus. De Lumumba à Kabila, en passant par les commissaires généraux, Ileo, Adoula,
Mulamba et Mobutu, le combat à livrer a été le même.
Ce souci constant de sauvegarder lunité
territoriale constitue pour ce pays la question nationale. Dès que cette unité est
menacée, cest un branle-bas de combat général qui a pour effet de favoriser la
création entre les différentes formations politiques une solidarité, laquelle efface
momentanément, ou mieux suspend, les oppositions quavaient provoquées leurs
divergences personnelles ou idéologiques. On constate dailleurs que plus un parti
est unitariste, plus il est considéré comme nationaliste.
La classe politique et lintelligentsia congolaise
attachent ainsi limportance suprême à lunité du pays comme un patrimoine
omnipotent héréditaire et pour laquelle elles sassignent non comme un devoir parmi
dautres, mais comme le seul à accomplir en toute priorité et partout
puisquelle est considérée comme lincarnation du fondement de lEtat
congolais.
Voilà pourquoi le Gouvernement Kabila soppose
systématiquement à négocier avec ses agresseurs et il continuera à leur tenir tête
tant quils occuperont une portion du territoire congolais, à moins évidemment
quils perdent la guerre. Cette agression contre la RDC est si évidente quil
nest point besoin de se livrer à de grandes analyses. Largument voulant que
les agresseurs soient venus au Congo-K pour aider les éléments tutsis nest
quun alibi qui, dailleurs, contrevient aux Chartes de lOUA et de
lONU, lesquelles interdisent l'immixtion dun Etat dans les affaires
intérieures dun autre, sauf en cas de force majeure, par exemple la perpétration
dun pogrom. Dans une telle éventualité, il faut le prouver et cest à
lONU généralement, et à lOUA particulièrement quincombe cette
responsabilité. Ni lune ni lautre ne lont fait.
IL est vrai quun groupe de ressortissants tutsis
établis au Congo-K a recouru aux armes pour se faire entendre par le gouvernement
congolais. Il allègue que celui-ci lui a dénié la citoyenneté congolaise. Comme il
existe une loi qui permet à tout individu de se pourvoir devant le tribunal et
dintenter une action ayant pour objet de faire juger sil a ou pas la
citoyenneté congolaise, pourquoi ces revendicateurs ne sen sont pas prévalus ? Si
lon sait que lÉtat congolais a qualité pour le faire mais quils
refusent de se soumettre à cette loi, nest-ce pas là un rejet par eux de
lÉtat?
Examinons dabord la loi de la citoyenneté
congolaise avant de répondre à ces questions. Tirant elle aussi son origine de la
Table-Ronde, cette loi dispose que :
"Le Congo, dans ses frontières actuelles,
constitue à partir du 30 juin prochain, un Etat indépendant dont les habitants auront,
aux conditions que la loi déterminera, une même nationalité sur le territoire duquel
ils pourront se déplacer et sétablir
"
Tout en indiquant ainsi que le congolais était partout
chez lui sur le territoire congolais, le gouvernement colonial avait laissé au nouvel
Etat le soin de définir lui-même les conditions dacquisition de la citoyenneté.
Son comportement à légard des ressortissants rwandais et burundais établis au
Congo révèle quil les considérait comme des étrangers. Non seulement ils
n'étaient pas admissibles aux postes déligibilité et de Fonction publique, mais
en plus ils nétaient électeurs quaux scrutins du niveau local. De plus, en
sa qualité de puissance de tutelle après la défaite de lAllemagne qui colonisait
le Rwanda et le Burundi jusquà la première guerre mondiale, la Belgique soumettait
annuellement un rapport à lAssemblée Générale de lONU sur les
ressortissants rwandais et burundais établis au Congo.
Voilà le contexte dans lequel a été élaboré le
premier texte juridique congolais faisant suite à la Loi Fondamentale et qui règle la
matière de la citoyenneté congolaise. Cette constitution dite Constitution de Luluabourg
a été publiée le 1er août 1964. En son article 6, il est stipulé que :
"La nationalité congolaise est attribuée à la
date du 30 juin 1960 à toute personne dont un des ascendants est ou a été membre
dune tribu établie sur le territoire du Congo avant le 18 octobre 1908."
Se dégagent de cet article deux éléments importants en
matière de la citoyenneté : l'ascendance et la date.
Lascendance a pour but de déterminer lorigine
et la composition des groupes ethniques du Congo-Kinshasa. Elle est fondée sur
lidée de filiation et de lignée de familles. Sont congolais seulement ceux dont
lun de ses ancêtres appartient ou a appartenu à une tribu ou une partie de tribu
établie sur le territoire congolais avant la date mentionnée. La référence à une
partie de tribu vise à régler le problème des tribus qui avaient été partagées par
des frontières fixées par les colonisateurs sans aucune considération aux réalités
socioculturelles des communautés ethniques africaines.
Le deuxième élément concerne la date. Celle-ci fixe
dans le temps la limite au-delà de laquelle la loi ne produit plus ses effets. Cette date
butoir sert de repère historique pour les contestataires éventuels.
On est congolais de souche non pas individuellement mais
parce quon appartient à une collectivité établie sur le territoire congolais bien
avant la date historique du 18 octobre 1908. Cela signifie, en clair, quil ne suffit
pas dêtre larrière ou larrière-petit (e) enfant dune personne
qui vivait sur ce territoire avant cette date pour être congolais ou congolaise
dorigine ; encore fallait-il que laïeul ou laïeule dont on descend
fût membre dune tribu établie sur le territoire. On est congolais parce quon
appartient à la tribu et non parce quuniquement lancêtre vivait là avant la
date. Sil nappartenait à aucune des tribus constituantes, il était résident
étranger ainsi que ses descendants. Par contre, ces derniers peuvent avoir des enfants
congolais de souche par le biais du mariage avec une congolaise ou un congolais
dorigine, parce quon lest à partir de la mère ou du père ou de deux
à la fois.
Concernant lorigine, lesprit et la lettre en
matière de la citoyenneté ont constamment été repris dans les constitutions et les
conventions subséquentes pour souligner le sentiment dappartenance aux tribus
fondatrices du pays. Cette constance est telle quelle a conduit
lintelligentsia et la classe politique à rendre la loi encore plus restrictive en
fixant la date butoir au 1er août 1885, année du partage de lAfrique et, dans la
foulée, du début de loccupation du Congo-K par le Roi Léopold II de Belgique.
IL y a eu certes une brève période déquivoque
dont les effets sur lévolution de la situation continuent à peser sur les
événements, cela dans la mesure où elle entretient la confusion dans les esprits des
gens non avertis. Il sagit de lOrdonnance-Loi No 71-020 du 28 mars 1971
signée par feu Président Mobutu. Le texte se lit comme suit :
"Les personnes originaires du Rwanda-Urundi
établies au Congo à la date du 30 juin 1960 sont réputées avoir la nationalité
congolaise à la date susdite."
Ce texte ayant été signé à linsu des
parlementaires qui nen prirent connaissance que lors de sa publication,
cest-à-dire en même temps que les communs des mortels, ils réagirent en
élaborant la Loi No 72-002 du 5 janvier 1972 pour reconfirmer la disposition de la
Constitution de Luluabourg et ignorer lordonnance précitée. Cette réaction
nayant pas, dans les faits, donné les effets escomptés, en ce sens que certains
individus visés par lOrdonnance-Loi No 71-020 sétaient malgré tout
prévalus de celle-ci, les parlementaires adoptèrent, en 1981, la Loi 81-002 dont
lexposé des motifs se lit comme suit :
"Le principe dacquisition collective de la
nationalité zaïroise est rejeté. La nationalité zaïroise nest conférée que
sur base dune demande expresse et individuelle. Tirant toutes les conséquences de
ce principe, la présente loi, outre quelle abroge la loi 72-002 du 5 janvier 1972,
annule expressément larticle 15 de la dite loi qui accordait collectivement la
nationalité zaïroise à certains groupes détrangers établis au Zaïre."
Poursuivant plus loin dans cette même logique, il est
stipulé dans larticle 20 que :
"Sont nuls et non avenus, les certificats de
nationalité zaïroise, ou tout autre document didentité, délivré en application
de larticle 15 de la loi No 72-002 du 5 janvier 1972 sur la nationalité
zaïroise."
La loi étant ainsi claire, la charge de la preuve en
matière de la citoyenneté incombe à celui qui prétend avoir la citoyenneté
congolaise. Inversement, celui qui conteste la qualité de Congolais à un individu a la
charge de le prouver. Nous venons de voir que le Parlement a retiré à certains
éléments rwandais et burundais la nationalité congolaise quils avaient obtenue en
vertu de lordonance-loi no 71-002. Comme celle-ci avait été élaborée dans des
conditions insolites et paradoxales que les parlementaires avaient désavouée, avec
dailleurs laccord du chef de lÉtat qui avait fini par ratifier ce
désaveu, ce qui sous-entend que Mobutu avait reconnu son erreur, on se trouve à la même
situation que celle qui prévalait avant la publication de lordonance-Loi no 71-002.
La question se pose alors de savoir pourquoi cette
ordonance-Loi avait été élaborée précisément à ce moment-là et pourquoi elle avait
été exclusivement réservée aux seuls ressortissant rwandais et burundais alors que le
Congo-K accueille sur son sol plusieurs centaines de milliers, voire des millions
dAfricains fuyant leurs pays ou venus pour une raison ou pour une autre.
Rappelons-nous que le Congo-K est entouré de neuf pays.
On ne peut répondre directement à ces questions sans
remonter à lorigine des circonstances qui ont conduit à cet imbroglio. De tous les
pays frontaliers du Gongo-K, le Rwanda et, subsidiairement le Burundi, sont ceux qui
déversent périodiquement, depuis la première guerre mondiale, le plus de flots de la
marée humaine au Congo-K, tantôt sur base collective, tantôt sur base individuelle, en
raison des situations internes de ces pays, dont nous ne parlerons pas ici parce
quils ne font pas lobjet de cette étude. Nous ny faisons donc allusion
quincidemment.
Les ressortissants tutsis qui revendiquent la citoyenneté
congolaise prétendent quils sont congolais à part entière parce que, selon eux,
leurs ancêtres étaient établis au Congo bien avant la date butoir de 1885. Pourquoi
sinquiètent-ils alors ?
Parce que la citoyenneté dorigine est fondée sur
lappartenance au groupe, il suffit, pour le prouver, dindiquer et de localiser
leur tribu. Les archives coloniales sont, à cet effet, susceptibles de servir de source
de référence. Cest pourquoi nous nous y sommes référés au cours de nos
recherches. Nous avons consulté des cartes ethnographiques esquissées par le
colonisateur mais nous navons trouvé nulle part de tribu ou groupe portant le nom
Banyamulenge. Pourtant, depuis l926, ladministration coloniale distinguait les
différentes ethnies congolaises en les désignant par le nom de leur groupe
dappartenance sur lequel reposait lorganisation administrative coutumière. À
la tête de chaque groupe se trouvait un chef coutumier.
Même au Rwanda, le foyer culturel des tutsis, il ny
a pas de groupe qui porte le soi-disant nom banyamulenge. Donc, on ne saurait évoquer
largument de tribu partagée. D'ailleurs, la zone territoriale quils
revendiquent est entourée des ethnies congolaises. Elle nest pas pour ainsi dire
contiguë au Rwanda. Soulignons, dautre part, que le vocable Banyamulenge tire son
origine du nom dune colline congolaise : Mulenge. Le vocable Banyamulenge est
un nom FICTIF.
Contrairement à la pratique courante qui veut que les
membres du groupe portent le nom de leur langue maternelle, Les Tutsis du Congo, pour leur
part, ont ainsi, singulièrement, créé de toutes pièces leur tribu à partir du nom
dune colline. Lapparition de ce vocable remonte à lannée 1976, dans la
foulée de lOrdonnance-Loi No 71-002 qui avait été rejetée par le Parlement.
Cest un certain Muhoza Gisaro, élément tutsi, qui en fut linspirateur.
En se taisant, la Belgique, ex-puissance coloniale, porte
une très grande responsabilité historique aux conséquences très graves. Il est vrai
quil existe une tribu des congolais dexpression rwandaise qui est établie
dans la province du Nord-Kivu, plus précisement dans les territoires de Rutshuru
(collectivité de Bwishya) et de Nina Ongo (Nyiragongo), au niveau des zones qui longent
le Rwanda. Cest à la suite du tracé frontalier entre la colonie du Congo belge et
le protectorat allemand du Rwanda que ces rwandais sont devenus congolais. Ce tracé
frontalier a été défini le 14 mai 1910. À cause des conséquences inéluctables que
devait comporter cette décision, le protocole dispose que :
"Les indigènes habitant dans un rayon de
10 kilomètres à louest de la nouvelle frontière auront un délai de six mois pour
se transporter avec leurs biens et meubles et leurs troupeaux sur le territoire allemand,
cest-à-dire pour rentrer dans les nouvelles limites du Ruanda. "
Plus loin, il est précisé quen ce qui concerne les
populations congolaises habitant cette région, celles-ci étaient composées des "tribus
baholoholo, bagoma, babwari, baboya, babembe, bavira,
bafuliru, bashi, bashi, bahavu, bahunde, wanianga, bashu, watalinga, baswaga et
baamba "
( in Vandewoude, E.J. Documents relatifs à
lancien district du Kivu 1900-1922, P.33 )
Il ressort de cette disposition quune partie de la
population rwandaise a sûrement choisi de rester au Congo et quelle est valablement
congolaise en vertu des conséquences juridiques découlant de ce traité. Ce sont
généralement les descendants de cette population qui vivent de nos jours à Rutshuru et
à Nina Ongo. En dehors deux, aucune autre source digne de foi nétablissait
des populations rwandophones ailleurs au Congo, au moment où lAllemagne et la
Belgique avaient signé le protocole précité. En conséquence, à moins de prouver une
ascendance directe avec les rwandophones de Bwishya et de Nina Ongo, tout rwandais
habitant au Congo est juridiquement résident étranger. La seule autre possibilité est
celle qui repose sur la naturalisation mais qui ne peut sacquérir que sur une base
individuelle, comme notamment au Canada.
Ceux qui recourent aux armes pour faire valoir leur
nationalité alors que la loi est claire sont, soit de mauvaise foi, auquel cas ils
seraient condamnables, soit de bonne foi mais induits en erreur par des esprits
malintentionnés, auquel cas lintégrité morale interpellerait la communauté
internationale pour quelle assume sa responsabilité.
LA RESPONSABILITÉ ENGAGÉE DE LOUGANDA, DU
RWANDA ET DU BURUNDI DANS LAGRESSION DE LA RDC
LOuganda, le Rwanda et le Burundi se sont
portés au secours des rebelles tutsis décidés à se faire justice en violation et au
mépris de la loi et de lautorité de lÉtat congolais. Les pays précités
sont en effet, officiellement, déterminés, à défaut de venir à bout du gouvernement
Kabila, à infléchir par la force la dynamique de sa politique dans le sens quils
veulent lui imposer.
LONU, lOUA, le SDAC (communauté pour le
développement de lAfrique australe) et les pays francophones dAfrique
centrale ont pris acte de cette agression et invité les pays impliqués à se retirer.
Ceux-ci ont ignoré lappel. Aucun pays occidental na condamné lacte.
Tous les pays de cette partie du monde se sont réfugiés derrière un silence coupable
qui laisse aux belligérants les coudées franches pour continuer à faire endurer une
guerre injuste aux populations congolaises traditionnellement pacifiques et paisibles.
On observe ainsi deux interprétations par lOccident
des droits humains, selon quil sagit des Noirs ou des Blancs. Les larmes de
crocodile que les Occidentaux font semblant de verser face au drame que vivent les
Kosovars sont révélatrices à plus dun titre. Quand il y a eu génocide au Rwanda
en 1994, en République démocratique du Congo jusquà ce jour, des massacres au
Libéria pendant plus de cinq ans, en Sierra Leone où la situation est pire quau
Kosovo au moment où nous écrivons, on na pas vu la même sensibilité ni la même
compassion. Ce nest pas que nous ne déplorons pas ce que vivent les Kosovars. Bien
sûr que oui. Mais nous regrettons que le traitement soit différent selon les races.
Pourquoi encore cette pratique quon pensait
surannée ? Les pays occidentaux et leurs journaux nexpliquent pas cette
politique de deux poids et deux mesures. Mais ce que je constate tout simplement,
cest que le Kosovo est blanc et que les pays que jai énumérés sont noirs.
Dailleurs, je ne les ai pas tous cités ! Rappelons de plus que le chancelier
allemand, M. Schroeder, a même proposé un Plan Marshall pour cette province serbe alors
que les Occidentaux sont toujours restés sourds et muets aux demandes africaines pour la
réalisation des projets similaires. Comprenne qui pourra !
La comparaison que jétablis entre la situation du
Kosovo et celle de bien des pays africains nest pas fortuite. Elle est le fruit
dune longue observation que jai prise dans mon collimateur et dont je porte le
résultat à lattention de tous ceux et celles qui aspirent à diriger nos pays.
Ceux-ci étant considérés par lOccident comme sa périphérie, il ne leur porte
attention que lorsque leur utilisation sert son intérêt, même au prix du sacrifice des
vies humaines. Sont significatives à cet égard, lindifférence et la complicité
avérée de certaines puissances occidentales dans le massacre par les Rwandais des
minorités ethniques congolaises du Kivu, depuis lépoque du président Mobutu.
Ce qui ressort de cette guerre qui fait rage en RDC,
cest la primauté sur les considérations humaines de la vision de cette région du
monde telle que le veulent les Grandes puissances, donc au mépris des droits des
autochtones congolais. Comme à lépoque coloniale où le pouvoir importait des
rwandais et des burundais au Congo-K pour répondre aux demandes de main-d'uvre sans
aucun égard pour les droits des autochtones, hier et aujourdhui, on impose aux
Congolais des solutions dictées de et par lextérieur sans tenir compte du droit de
lÉtat congolais. Cest normal pour le Congo-K daccueillir dun seul
coup 2.000.000 (deux millions) de réfugiés sans son avis ni aide substantielle, mais
cest inacceptable pour les pays occidentaux den recevoir sans leur
consentement et den déterminer le nombre. On a vu comment lItalie avait
repoussé un bateau plein de réfugiés albanais, alors quils natteignaient
même pas les cent mille.
Pour se dédouaner de leur passivité lors du génocide
rwandais et se faire bonne conscience, les Grandes puissances ferment les yeux sur les
crimes que commettent les troupes gouvernementales rwando-ougando-burundaises au Congo-K.
Sous prétexte que le Rwanda et le Burundi sont exigus et surpeuplés,
lex-Secrétaire général des Nations unies, Boutros Boutros-Ghali, navait-il
pas dit à haute voix ce que pensent bas les Grandes puissances quand il proposa que les
deux millions de Hutus réfugiés au Zaïre en 1994 et ceux, Tutsis et Hutus, qui sy
trouvaient bien avant cette date sy installent à demeure et quon leur accorde
la citoyenneté congolaise. Le tout se décidait comme si la province congolaise du Kivu
était inhabitée et quelle convenait, dans ce but, à une opération de
dégorgement de ces deux pays lilliputiens, réduisant dautant, espèrent-ils, les
tensions interethniques hutu-tutsies.
Penser ainsi, cest oublier que, malgré
limmensité du Congo-K, cette province est celle qui a la plus grande densité et,
donc, moins de disponibilités des surfaces et quen ignorant les populations
locales, on ne ferait quexacerber leurs frustrations. On admettra quaucun
peuple au monde ne voudrait disparaître en faveur dun autre. Une autre conséquence
dun tel projet est de transposer le conflit séculaire hutu-tutsi au Congo-K.
À cause de cette complicité des Grandes puissances qui
critiquent le Congo-K. de ne pas assouplir sa loi (pourtant Dieu sait que la RDC
nest pas seule parce que ses agresseurs mêmes et plusieurs pays, tels la Suisse, le
Japon, lAllemagne, etc
ont le même type de loi), les réfugiés rwandais
arrivés au Congo-K avant 1994 ne se considèrent plus comme tels et depuis cette date
tout tutsi qui foule le sol congolais, quelle que soit la date de son entrée, est plus
que congolais parce quil a plus de droit que lautochtone. Il suffit, pour
sen convaincre, de voir leur pourcentage dans la direction de la région congolaise
quils occupent : 70% de postes de direction sont détenus par eux alors
quils ne représentent que 2 à 3% de la population. Même avec Kabila, ils étaient
sureprésentés. Ne parlons même pas de leur totale domination sur les Hutus au Rwanda et
au Burundi.
Ce comportement devrait donner à réfléchir. Au Rwanda
et au Burundi, les Tutsis et les Hutus ne sentendent pas. Leur histoire est
jalonnée de luttes sanglantes perpétuelles. On prétend que ces deux groupes forment une
même ethnie dans leurs pays. Pourquoi dès lors ceux qui se disent banyamulenge ne sont
constitués que des éléments tutsis et pourquoi lorsquils revendiquent, ils
excluent les Hutus ? Au Congo-K, ils se considèrent minoritaires mais par rapport à qui
et à quoi, dans la mesure où ce pays est habité par au moins trois cents ethnies, dont
quelques-unes sont numériquement inférieures aux Tutsis établis au Congo-K. Sur quelle
base se fondent-ils alors ? Ils disent quils représentent 10% de la
population, ce qui est inexact car le pourcentage approximatif tourne autour de 1%. Même
avec dernier pourcentage, ils ne sont pas minoritaires.
En fait, les Tutsis établis au Congo-K adoptent à
légard de lensemble des populations congolaises le même comportement que
celui que réservent les Tutsis du Rwanda envers les Hutus : eux, dun
côté ; et les différentes composantes congolaises, de lautre. En se plaçant
ainsi vis-à-vis de lensemble des ethnies congolaises, ils pratiquent le tribalisme,
ce démon qui contrecarre la construction de la nation. Le comportement des éléments
tutsis, tant au Congo-K quau Rwanda et au Burundi, révèle en effet quil est
fondé sur lexaltation du sentiment dappartenance et de leur originalité
commune quils tiennent à préserver à tout prix. Cest là le danger.
Cette détermination des Tutsis à se singulariser
constitue, tout bien considéré, le rapport entre la situation où se trouvent placés
ceux-ci en tant que communauté et les aspirations de ses membres, selon les possibilités
réelles ou imaginaires de satisfaction de ces aspirations. En face de cet effort de
distinction qui se traduit par le refus de sintégrer, des conflits aigus et
durables ont vu le jour et se sont développés au fur et à mesure que les membres de
cette communauté se sont répandus dans les pays de la région des Grands Lacs Africains.
Partout où ils se trouvent, les membres de la communauté
tutsie sidentifient à leurs murs et à leur idéal. Doù
linsistance sur la loyauté ethnique, la fidélité aux valeurs et aux ancêtres,
contre lennemi présomptif ou réel et surtout contre les individus à
lintérieur de lethnie qui seraient tentés de couper le cordon ombilical en
faveur dun ou de groupes réputés étrangers.
Voilà pourquoi les jeunes de la diaspora tutsie
sétaient empressés de senrôler en Ouganda dans larmée patriotique
rwandaise (APR) lorsque celle-ci déclencha les hostilités contre le gouvernement hutu et
pourquoi les troupes gouvernementales rwandaises sattaquent de temps à autre à des
éléments tutsis favorables aux négociations avec le gouvernement congolais.
Cet égotisme ethnique est si fort quil
conduit la communauté tutsie et ses membres à adopter carrément une forme de solipsisme.
Quils deviennent congolais, quils demeurent rwandais et burundais, cette
solidarité entre eux est seule qui compte. Cest donc un faux problème que de
croire que cest la population et lÉtat congolais qui sont à la base de la
crise.
Toutes les données étant claires et nettes, les pistes
sont tracées. Conséquemment, il est possible de trouver des solutions qui respectent la
souveraineté de lÉtat congolais. Il nexiste pas de problème sans solution
et lÉtat congolais na jamais dit quil jetterait les rwandais et les
burundais à la mer. Cela étant, nous invitons ceux qui sont épris de paix à dissuader
les Grandes puissances de mépriser lÉtat congolais et son peuple et de pratiquer
la politique de deux poids et deux mesures. La paix est à ce prix.
CONCLUSION
La nation congolaise existe bel et bien, nen
déplaise à ses détracteurs. Elle est issue de la combinaison de plusieurs apports
autour de deux composantes principales : même territoire et héritage colonial.
Forgée au cours de la période coloniale et post-coloniale à travers les souffrances et
les gloires, elle repose sur une forte identité dappartenance collective qui est
visible par un certain nombre de caractéristiques externes propres aux Congolais :
mentalité, tempérament, mode de vie, traits, stéréotypes, traditions, coutumes,
composante ethnique, culture.
Elle salimente fondamentalement à partir du
sentiment dappartenance, de la solidarité communautaire étatique inscrite dans
lespace territorial hérité de la colonisation belge à laquelle étaient soumises
les différentes ethnies congolaises, leur passé historique et leur projet national
fondé sur la question nationale.
Au-delà de ce sentiment damour pour le pays,
celui-ci se veut ouvert sur le monde et cest pour cette raison quil na
jamais cessé daccueillir des réfugiés sur son territoire. Malgré les
difficultés du moment, il entend maintenir cette tradition dhospitalité devenue
légendaire.
Même sil y a parfois dincidents, la
République démocratique du Congo est une société où coexistent, en parfaite harmonie,
les différentes composantes ethniques. Dès que se pose la question nationale, celle-ci
engendre entre elles une solidarité qui efface les oppositions. On la vu quand le
trio rwando-ougando-burundais a envahi le Congo-K.
Au lieu de recourir aux armes, les éléments rwandais
établis au Congo-K devraient se conformer à la loi et éviter de verser le sang de leurs
hôtes, de sinspirer de la solidarité des Occidentaux qui se tiennent les coudes
pendant que les Africains sentretuent. Il ne faut pas perdre de vue que, dans chaque
pays, il est des questions sur lesquelles lÉtat ne peut transiger pour préserver
sa singularité.
En accueillant régulièrement les réfugiés sur son sol,
la RDC a fait la preuve que la politique de bonne volonté est possible quand on lui
laisse le loisir dagir. En somme, la question nationale congolaise est compatible
avec le droit international et tout le monde peut trouver une façon de sy intégrer
et de sy épanouir. À cette fin, il est important que les étrangers qui y viennent
soient informés de la question nationale parce quelle est la constante de
lidentité collective des Congolais. Ce quon demande aux étrangers,
cest de sefforcer de comprendre la situation et les perspectives des
Congolais.