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Le dialogue national, catalyseur d'unité nationale de paix et de démocratie

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Organisation des Professionnels Congolais du Canada

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Par

le Dr Yona G. Likongo MD

Président de l'OPCC

Montréal

22 mai 1999

INTRODUCTION :NÉCESSITÉ D’UN DIALOGUE

Madame, Monsieur,

Nous croyons qu’à la veille de l’an deux mille, le dialogue doit être privilégié, car pour nous, il est la plus noble des formes de combats à mener pour résoudre des conflits entre les humains. L’humanité a infiniment besoin de femmes et d’hommes intelligents, intègres, sincères et épris de paix ; autrement dit femmes et hommes de dialogue.

Nous sommes convaincus que l’absence d’un débat national sincère sur les problèmes fondamentaux concernant l’avenir collectif du peuple congolais est l’un des facteurs déterminants de la crise politique actuelle et de la guerre qui en découle. Pourtant, le dialogue n’est pas un fait étranger à la culture congolaise.

Déjà en janvier mil neuf cent soixante, les politiciens congolais ont fait preuve de capacité de dialoguer. Je n’en veux pour exemple que ce petit rappel historique :

1. La TABLE RONDE BELGO-CONGOLAISE DE BRUXELLES

(Du 20 janvier au 20 février 1960)

Lorsque le Mouvement national congolais de Patrice Lumumba remporte les élections de décembre 1959 pour les conseils communaux et les conseils de territoire, les autorités coloniales se trouvent devant l’impasse. Il fut alors décidé de tenir une table ronde sur l’avenir du Congo belge. Elle eut lieu du 20 janvier au 20 février 1960.La délégation congolaise à cette Table ronde était composée de 43 personnes ; mais elle était fort divisée, chaque groupe plaidant pour ses préoccupations régionales, idéologiques et pour la visibilité de ses membres.

Heureusement, avec le dialogue entre eux, les Congolais ont surmonté leurs différents grâce au front commun constitué au soir du dix-huit janvier mil neuf cent soixante par les étudiants congolais présents à Bruxelles, et auquel adhèrent les leaders des partis politiques et les chefs coutumiers. C’est ainsi qu’ils ont réussi à s’inscrire dans le processus de l’évolution de la conscience politique congolaise qui devait conduire à l’indépendance du pays, le trente juin mil neuf cent soixante.

2. LA CONFÉRENCE DE COQUILHATVILLE (DU 24 AVRIL-28 MAI 1961

C’est sur une mise en demeure de Monsieur Moïse Tshombé que s’ouvre la Conférence de Coquilhatville. La demande de Monsieur Tshombé consistait en trois points :

1. Dénoncer l’accord signé par le Président Joseph Kasavubu avec l’ONU ;

2. Protester contre l’attaque des contingents éthiopiens à Kabalo ;

3. Limiter la participation de la Conférence aux seules autorités de droit et de fait qui avaient siégé à la Conférence de Tananarive.

Monsieur Moïse Tshombé n’ayant pas eu satisfaction, décide de partir, mais se trouve arrêté à l’aéroport. En effet, l’armée avait décidé, je cite : " Aucune autorité politique, quelle qu’elle soit, ne pourrait quitter Coquilhatville sans qu’une décision satisfaisante intervienne pour sortir le Congo de l’impasse dans laquelle il se trouve ". Après des travaux en commissions, la conférence de Coquilhatville prévoit vingt-trois à vingt-cinq Républiques et une Assemblée fédérale unique, composée de députés désignés par les parlements régionaux, en nombre égal par république. L’État fédéral est pourvu d’un exécutif en la personne du Président de la République et d’un gouverneur parlementaire qui devra obtenir la confiance de l’Assemblée fédérale.

Même si les conceptions de Coquilhatville constituent un amalgame d’un féodalisme monarchique (le suzerain et ses vassaux) et le parlementarisme classique de l’Europe du XIXe et du début du XXe siècle, il n’en reste pas moins que c’est le fruit d’un dialogue entre Congolais.

3. LE CONCLAVE DE LOVANIUM ( Du 22 juillet au 2 août 1961)

Le Conclave de Lovanium résultait de la conférence de Coquilhatville et de la résolution du 21 février 1961 du Conseil de Sécurité de l’ONU. Il fut préparé par une série des contacts pris entre Léopoldville, Stanleyville et Elizabethville. Les négociations menées entre Léopoldville et Elizabethville ont aboutit à la libération de M. MoïseTshombé le 22 juin 1961.

Un dispositif militaire onusien fut déployé autour de l’université Lovanium, empêchant quiconque d’entrer et de sortir avant la fin du conclave. Résolutions :

1. Formation d’un nouveau gouvernement central ayant un pouvoir constitutionnel et universellement reconnu ;

2. Une fois ce gouvernement formé et du moment qu’il aura obtenu la confiance des deux chambres des représentants, nul autre gouvernement ne pourra prétendre exercer des fonctions constitutionnelles du gouvernement de la République du Congo ;

3. Le nouveau gouvernement d’unité nationale sera le successeur légal du premier gouvernement central de la République du Congo.

4. LES ACCORDS DE KITONA

Le 15 décembre 1961, le Président John Kennedy recevait de M. Moïse Tshombé un télégramme indiquant qu’il souhaitait négocier avec le premier ministre Cyril Adoula, les divers aspects du problème congolais. Immédiatement prévenu, le Secrétaire général désignait MM. Ralph Bunche et Robert Gardiner.

Le 20 décembre, les deux parties se réunissaient à Kitona. Résultats :

Une déclaration de MM. Moïse Tshombé, Kibwé. Mwenda et Meli, reconnaissant le caractère un, indivisible et démocratique de la République du Congo, la qualité du Président Joseph Kasavubu de Chef de l’État unifié du Congo, l’autorité du gouvernement de Léopoldville sur le Katanga.

La délégation du Katanga s’engageait à faciliter aux députées et sénateurs l’exercice de leur mandat national à partir du 27 décembre 1961 ;

Le Katanga devait envoyer à Léopoldville pour le 03 janvier 1962 les représentants de cette province au sein de la commission constitutionnelle gouvernementale.

5. LA CONFÉRENCE NATIONALE SOUVERAINE

OBSTACLES AU DIALOGUE NATIONAL

Madame, Monsieur, comme vous l'aurez constaté le dialogue fait partie des mœurs congolaises. Nous pouvons en déduire qu’en République démocratique du Congo, le dialogue est toujours possible. Cependant, dans le cas de la crise actuelle, nous constatons sans naïveté, l’existence d’une multitude d’obstacles gênant sérieusement le dialogue au détriment de l’unité nationale, de la paix et de la démocratie.

Voici les principaux obstacles :

Obstacles internes :

Le gouvernement :

La lenteur ou l’absence de volonté de rassembler toutes les forces vives du pays pour la reconstruction nationale. Ceci peut être illustré par ce que nous pouvons appeler les rendez-vous manqués.

Premier rendez-vous manqué : le 17 mai 1997

Le 17 mai 1997, l’AFDL faisait à Kinshasa, une entrée triomphale facilitée largement par toutes les différentes couches de la population à savoir la Société civile, les Églises et les partis politiques d’opposition au régime dictatorial du Président Mobutu Sese Seko Kuku Ngwendo wa Zabanga. Ce fut une occasion rêvée de tous les hommes politiques, pour rassembler la Nation. Le temps idéal pour un dialogue national. Malheureusement, ce ne fut pas le cas. Ce fut, bien au contraire, le début d’une période d’exclusion, de règlements de comptes personnels, d’humiliation, de spoliation et d’exécutions sommaires. Beaucoup de compatriotes congolais sont allés jusqu’à dire que "la deuxième dictature (celle de l’AFDL) a fait en une année ce que la première (celle du MPR) a fait en 32 ans. Certes, il y a de l’exagération dans cette affirmation, mais une chose est certaine : c’est un constant d’échec.

Cet état de choses a semé la peur, la méfiance et la haine parmi la population ô combien désillusionnée !

Deuxième rendez-vous manqué : Le départ forcé des militaires Tutsis rwandais et ougandais (le 27 juillet 1998 )

Nous sommes en droit de nous poser une question essentielle : le Président Laurent-Désiré Kabila avait-il les mêmes raisons que son peuple pour mettre fin à la présence des militaires tutsis rwandais et ougandais sur le sol congolais ? Nous n’avons pas la prétention de connaître la réponse exacte ; mais en tout cas, à en juger par la liesse des masses populaires et l’appui spontané manifestés par la population au Président Laurent –Désiré Kabila, à travers tout le pays (exception faite des civils et militaires sous contrôle des soldats rwandais et ougandais) le jour où il a pris la décision de remercier ses anciens alliés de l’Est, on peut dire que ce dernier et son peuple furent sur la même longueur d’onde.

A notre humble avis, ce fut encore une chance extraordinaire de rassembler le peuple congolais, de l’associer d’une façon intelligente à cette cause nationale et juste puisqu’il s’agissait de la défense de sa dignité et de son territoire. Malheureusement, les dirigeants politiques ont une fois de plus manqué à un important rendez-vous avec le peuple. Nous avons assisté à une série des décisions improvisées et unilatérales de la part du gouvernement. Le peuple est témoin de l’utilisation discriminatoire de quelques groupes particuliers par le pouvoir en place pour des motifs souvent obscurs.

L’intransigeance stratégique des partis politiques, y compris celui au pouvoir

Étant donné que le Dr José Bonyeme prononcera une conférence sur les partis politiques congolaises, je ne m’étendrai pas là-dessus. Je m’y arrêterai seulement à une constatation : en République démocratique du Congo, les partis politiques agissent comme si le dialogue national avait pour objectif principal, la promotion des individus et des tribus (ethnies) au lieu de l’intérêt national. Cela constitue un obstacle majeur au dialogue national.

Le non-respect des Institutions nationales

Force est de constater que depuis toujours, la crédibilité de l’État congolais en matière du respect des institutions nationales reste à désirer. Du président Joseph Kasavubu au président Laurent-Désiré Kabila, en passant par le président Mobutu Sese Seko, on dirait que les hommes d’État de ce pays ont une maladie commune : Le syndrome du désir de réinventer la roue. Le symptôme pathognomonique de ce syndrome est la gestion du pays par les Décrets-lois au mépris des institutions nationales en place. Un dialogue national doit se dérouler dans un cadre juridique crédible et respecté. L’absence d’un tel cadre peut servir de prétexte ou de raison à d’aucuns pour bouder la tenue d’un dialogue national.

La division entre les Congolais

Le divorce précipité entre le président Laurent-Désiré Kabila et ses anciens alliés tutsis a eu des conséquences immédiates que vous connaissez tous : occupation militaire de l’Est du pays, tentative de reconquête de Kinshasa, la capitale et des villes portuaires à l’Ouest de l’État congolais et création à la hâte d’un parti politique dénommé Rassemblement congolais pour la démocratie (RDC). Bref, un coup d’État partiellement réussi ou si vous préférez un coup d’État partiellement échoué.

Depuis lors, on note une répartition des Congolais divisés grosso modo en trois catégories.

Les Rebelles. Ce sont les otages du président réel du Rwanda, Paul Kagame et du président Ougandais, Yoweri Museveni. Ils se retrouvent tous à quelque exception près, dans les territoires occupés. Civils ou militaires, ils sont généralement considérés par le reste de la population comme des minables collaborateurs assoiffés de pouvoir, au service de l’étranger. Les ténors de cette catégorie des Congolais sont notamment des anciens mobutistes et les Congolais d’adoption d’origine rwandaise.

Les Résistants. Ce sont les Congolais jaloux de leur indépendance, de leur identité nationale et de leur dignité. Ils se retrouvent parmi toutes les couches de la population à travers tout le pays et sont farouchement opposés à l’occupation du territoire national par des étrangers quels qu’ils soient. Ils ne sont pas nécessairement des admirateurs du gouvernement congolais mais ils s’en font un allié objectif dans la lutte pour la libération des territoires occupés. Les Mai-Mai au Kivu constituent probablement le meilleur exemple à citer dans cette catégorie des Résistants.

Les autres. Cette dernière catégorie comprend un ensemble hétérogène des congolais indécis qui, pour différentes raisons, ne veulent pas ou ne savent pas choisir leur camp.

C’est le cas de certains partis politiques. C’est aussi le cas de certains anciens dignitaires de l’ancien régime. C’est également le cas des opportunistes de tout acabit, qui attendent le moment venu pour se mettre du côté du plus fort.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la division entre congolais, est une manne pour tous les étrangers qui souhaitent l’affaiblissement et peut être même l’implosion de la République démocratique du Congo.

B.OBSTACLES EXTERNES

Groupes d’intérêts financiers étrangers

Lorsque les tractations de destitution du président Mobutu ont commencé à prendre corps en 1996 à l’Est du pays, et avant même que ceux qu’on était convenu d’appeler rebelles ne prennent le pouvoir à Kinshasa, des groupes financiers notamment américains, britanniques, canadiens, sud africains, pour ne citer que ceux-là, ont signé à la hâte des contrats miniers mirobolants avec les rebelles au mépris de la morale et des lois internationales. Heureusement que certains de ces contrats ont été résiliés quelque temps après la prise du pouvoir par les autorités congolaises autrefois rebelles. Vous comprendrez bien que les compagnies minières habituées à pêcher dans les eaux troubles continuent leur pêche et n’ont guère intérêt à ce que les Congolais s’entendent entre eux.

Trois États voisins

Il s’agit bien entendu du Rwanda, du Burundi et de l’Ouganda. Il est évident que les trois pays ont des intérêts et des besoins qui ne sont pas nécessairement ceux de la République démocratique du Congo. Il y a des faits qui nous permettent de croire que pour ces trois pays, la guerre contre la République démocratique du Congo est un ballon d'oxygène inespéré. Les trois pays ont beaucoup de choses en commun :

* Ils sont petits et pauvres face à la géante et riche RDC ;

*Ils ont chacune une frontière commune avec la RDC ;

* Ils ont été directement impliqués dès le début du conflit armé qui a permis à Monsieur Laurent-Désiré Kabila de chasser le président Mobutu Sese Seko du pouvoir et de devenir Chef d’État de la République démocratique du Congo en mai 1997.

* Leurs dirigeants appartiennent à une même ethnie tutsi minoritaire dans chacun de ces pays (Rwanda 20 %, Burundi, Ouganda).

*Ils sont à l’origine du coup d’État et de la rébellion actuelle, déclenchés le 2 août 1998 sur l’ordre de l’ancien chef d’état major général des forces armées congolaises, l’ougandais James Kabare, lorsque le président Laurent-Désiré Kabila a demandé aux soldats rwandais et Ougandais de quitter le sol congolais ;

* Ils arment et contrôlent les rebelles congolais ;

Tous ces faits nous permettent de penser objectivement que ces trois pays feront tout ce qu’ils peuvent faire pour empêcher non pas la tenue mais la réussite d'un dialogue qui permettrait aux Congolais de s’entendre entre eux pour mettre un terme à la guerre actuelle.

3. La manipulation occidentale

Madame, Monsieur,

Je ne vous apprends rien en parlant du rôle joué respectivement par les États-Unis d’Amérique, la Grande Bretagne, la France et la Belgique dans ce que la région des Grands Lacs africains et particulièrement la République démocratique du Congo vivent aujourd’hui.

Des sources fiables nous avons appris que la CIA (Central Intelligence Agency) avait alloué une aide financière secrète d’environ 100 millions de dollars américains en mars 1996 pour le plan d’élimination politique du président Mobutu et la prise en main de l’Afrique francophone.

Nous avons appris aussi qu’il existe des plans secrets pour réaliser l’implosion de la République démocratique du Congo et la spoliation d’une partie de son territoire. On peut dire sans peur de se tromper que dans la guerre des Grands Lacs africains, il y a eu beaucoup de manipulation tant des individus que de pays de cette région. En effet, des pays occidentaux sont passés spécialistes en matière de choix des chefs d’États des pays du Sud. Les populations sont manipulées par la médiatisation excessive des vedettes qu'ils créent pour préparer leur arrivée au pouvoir.

CONCLUSION

Pour le peuple congolais de l’intérieur comme de l’extérieur, le dialogue est une nécessité nationale urgente.

Nous, originaires de la République démocratique du Congo, réunis au sein de l’Organisation professionnelle des Congolais du Canada, lançons un appel solennel au Président de la République démocratique du Congo, Monsieur Laurent-Désiré Kabila et à son gouvernement, aux partis politiques congolais, à la Société civile et aux compatriotes qui luttent aux côtés des rwandais, des Ougandais et des Burundais pour un dialogue national de réconciliation afin de mettre un terme à cette guerre des prédateurs qui font le carnage de nos populations et le pillage de nos richesses.

Nous sommes convaincus qu’un dialogue sincère et fructueux, entre Congolais, enlèverait toute caution à la présence armée des Rwandais, des Ougandais et Burundais sur le territoire de la République démocratique du Congo.

Nous croyons profondément que pour l’intérêt national, la réconciliation est à la fois une nécessité et une urgence. Pour déjouer les plans secrets au détriment de la République démocratique du Congo, le dialogue et la réconciliation entre congolais restent les armes les plus sûres pour permettre à ce grand, beau et riche pays de se reconstruire dans l’harmonie.

Que vive la RDC !

Merci de votre attention.

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