Par
Jules Dufour, Ph.D.
Président,
Association canadienne pour les Nations
Unies -
Section Saguenay Lac Saint-Jean
et
Professeur,
Département des sciences humaines
Université du Québec à Chicoutimi
Université du Québec à Chicoutimi
22 mai 1999
Table des matières
LA PRÉVENTION ET LA RÉSOLUTION PACIFIQUE DES CONFLITS
EN..........3
Introduction.........................................................................................................3
I. La situation actuelle des conflits 4
II. L'agenda pour la diplomatie préventive 4
1. Ratification des accords internationaux 5
2. L'Afrique. Une ZLAN 6
3. Adhésion à la Déclaration universelle des droits de l'Homme 6
4. Une solution viable aux problèmes frontaliers 6
5. Une solution aux conflits internes 6
6. L'instauration d'un registre régional 7
7. La création d'aires sous-régionales de sécurité coopérative. 7
8. La reconversion des forces armées africaines 7
9. Un fonds de financement pour la diplomatie préventive au sein... 8
10. Un centre régional de l'ONU pour la Paix et le désarmement... 8
11. Renforcement des capacités en Afrique 9
12. Un pool mondial d'assistance à l'Afrique 9
13. Résolution du problème de la dette et fonds de garantie des... 9
14. Principe d'imposition de la paix 10
III. Les enfants-soldats 10
IV. Le rôle des femmes 11
Conclusion 12
Bibliographie 13
LA PRÉVENTION ET LA RÉSOLUTION PACIFIQUE DES CONFLITS
EN AFRIQUE
Introduction
Je vous remercie de m'avoir invité à
participer à cette rencontre. Je suis heureux de voir chez vous une conscience
planétaire et une volonté manifeste de coopération pour la paix et la sécurité
humaine dans le monde.
Le mouvement pour la paix et la justice au
Canada et au Québec est très préoccupé par la situation qui prévaut en Afrique, en
Asie du Sud-est et en Amérique latine. Plusieurs campagnes et projets ont été lancés
au cours des dernières années pour amener le gouvernement canadien à augmenter son aide
au développement social, car il n'y a pas d'autres façons d'assurer la sécurité
humaine. Il travaille très fort pour promouvoir le désarmement et le transfert des
sommes d'argent consacrées à la guerre et à la préparation à la guerre vers les
autres secteurs de l'économie et pour en arriver ainsi à créer une véritable économie
de paix.
Le slogan du mouvement est
"développer autrement." Il ne faut pas l'oublier. Le Canada est très
intéressé par l'industrie de guerre. Beaucoup d'entreprises, ici, sont des filiales
américaines et de nombreux contrats d'armements sont alloués aux entreprises
canadiennes. Ces contrats sont très lucratifs et on n'hésite pas à les promouvoir au
nom de la création d'emplois. Le Canada est membre de l'OTAN et vous comprenez qu'il n'a
pas le choix de suivre la voie tracée par les américains qui n'hésitent pas à recourir
à la force et à la guerre pour solutionner des conflits. Cela va dans le sens de leurs
intérêts.
La décision de participer à la guerre du
Golfe et à celle des Balkans a été prise sans tenir un débat de fond sur les enjeux et
sur les autres voies offertes pour solutionner le conflit. La démocratie, encore une
fois, a été bafouée et plusieurs sont inquiets par cette situation.
C'est dans ce contexte qu'en mai 1998,
l'Association canadienne pour les Nations Unies Section Saguenay-Lac-Saint-Jean a
organisé, en collaboration avec le Réseau des chercheures africaines de la diaspora, un
colloque sur les conflits armés en Afrique qui s'est déroulé à Québec dans le cadre
du Congrès annuel de I'ACFAS. Nous avons invité, à cette occasion, l'ancien président
de la République du Mail, le Général Amadou Toumané Touré dont l'expérience en
matière de résolution pacifique des conflits est tout à fait remarquable non seulement
au Mail même, mais aussi en République centrafricaine et ailleurs. Ce colloque a été
un franc succès. Il en est ressorti qu'il est absolument nécessaire de recourir aux
principes de la sécurité coopérative et, ainsi, d'amener tous les acteurs impliqués à
travailler ensemble pour trouver une solution négociée à un conflit.
Aujourd'hui, je voudrais vous présenter
trois aspects qui entourent les conflits armés en Afrique, soit l'agenda pour la
diplomatie préventive et la sécurité collective proposé par l'Institut de recherche
des Nations Unies pour le désarmement (UNIDIR), la situation des enfants-soldats et le
rôle des femmes dans les négociations de paix et dans le rétablissement de la paix. Je
terminerai en évoquant les propositions pratiques formulées par le Secrétaire général
de l'ONU, Kofi Annan, dans son dernier rapport sur les causes des conflits armés en
Afrique présenté au Conseil de sécurité en avril 1998.
I. La situation actuelle des conflits
L'Afrique de cette fin de siècle
présente au monde l'image d'une terre en perdition où la guerre, la famine, la maladie,
la souffrance et la mort constituent le "pain quotidien" d'une large majorité
des habitants. Les rapports qui nous parviennent de l'Algérie, du Soudan, de la Somalie,
du Sierra Leone, du Libéria et de l'Angola vont certainement dans ce sens.
Depuis 1960, l'Afrique est la région du monde la plus
affectée par les luttes armées ou les crises politiques porteuses de germes de guerre.
On pourrait, sans grand risque de verser dans l'exagération, affirmer que le continent,
dans sa totalité, est un immense conflit dont les différents points chauds ne diffèrent
que le degré d'intensité des affrontements qui s'y déroulent. Très peu sont ceux des
États africains qui peuvent s'estimer présentement être durablement à l'abri d'une
confrontation armée. Chacun d'eux héberge au moins une guerre ouverte, une guerre
rampante ou une guerre latente.
Dimanche dernier, le Secrétaire des
Nations Unies, au cours de la cérémonie de clôture de la Conférence mondiale de
l'Appel de la Haye pour la Paix 1999, a passé brièvement en revue la situation qui
prévaut présentement dans le continent et il a réitéré la nécessité de trouver le
plus rapidement possible une solution à tous les conflits armés en Afrique. Il a de
nouveau fait appel à la communauté mondiale pour qu'elle fasse plus pour l'Afrique et ce
dans tous les secteurs.
II. L'agenda pour la diplomatie préventive
Nous pouvons affirmer que les deux
principales menaces contre la paix et la sécurité en Afrique sont le mal-gouvernement
des États et la misère cumulative des masses.
Cette menace persistante rend nécessaire la
réorientation du mode de gouvernement de l'État africain compte tenu des réalités
propres au continent~ bien sûr mais sans porter atteinte à certains principes universels
d'un bon gouvernement que sont, entre autres la justice sociale synonyme d'égalité des
droits et des opportunités et de respect des droits du citoyen.
Ayissi, après avoir passé en revue l'histoire des 30
dernières années en Afrique, propose un agenda pour la diplomatie préventive en
Afrique. L'auteur, dans sa revue, s'est penché sur les discours en matière de paix et de
sécurité collective en Afrique.
La diplomatie préventive, selon cet
auteur, apparaît comme la voie la moins coûteuse, la plus pratique et la plus efficace
pour l'Afrique, pour lui permettre d'accéder à un état durable de paix et de
sécurité.
La diplomatie préventive est la console d'une machine
unique qui englobe plusieurs leviers tels que:
- Le maintien de la paix
- Le rétablissement de la paix
- La consolidation de la paix
LE MAINTIEN DE LA PAIX Peace-keeping -
prévient l'ascension vers les extrêmes d'un conflit engagé ou sur le point de l'être
(interposition ou création de zones-rampons entre belligérants après un Accord de
cessez-le-feu).
LE RÉTABLISSEMENT DE LA PAIX -
Peace-making - prévient, par l'établissement des contacts entre les belligérants la
radicalisation des positions qu'entraînerait l'absence totale de dialogue.
LA CONSOLIDATION DE LA PAIX Peace-building
- prévient la reproduction des conditions ayant conduit à la guerre, par la création de
"structures" propres à raffermir la paix afin d'éviter une reprise des
hostilités.
Selon B-B. Guali, "l'action en faveur
de la paix est comme un processus continu s'inscrivant dans le temps et dans la durée. De
la diplomatie préventive au rétablissement de la paix à sa consolidation après les
conflits, le cycle doit se poursuivre sans fin."
1. Ratification des accords internationaux
Ratification, par chaque État africain
des principaux Accords internationaux de limitation des armements et de désarmement
Cette mesure vise, non seulement à
instaurer plus de confiance au sein de la communauté des États africains, mais
également à prouver à la communauté internationale la volonté de l'Afrique à se
bâtir une paix et une sécurité durables.
Aucun pays n'a signé ou ratifié tous les
Traités relatifs à la limitation des armements de destruction massive. Rappelons qu'il
s'agit, notamment, du Traité de non prolifération nucléaire, de la Convention sur les
armes biologiques, de la Convention sur les armes chimiques, du Traité des fonds
océaniques, du Traité d'interdiction des essais atomiques.
2. L'Afrique. Une ZLAN
Signature d'un Traité faisant de l'Afrique une ZLAN et de
toute arme de destruction massive
Cela fait plus de 35 ans que l'on tente de
faire de l'Afrique une zone dénucléarisée, c'est-à-dire depuis 1964. Il faut le
rappeler, l'Amérique latine l'est depuis 1967 et également le Pacifique Sud.
Des efforts substantiels dans ce sens ont
été déployés récemment et l'on peut déjà envisager que ce projet sera réalisé
bientôt.
3. Adhésion à la Déclaration universelle des droits de
l'Homme
Adhésion effective de chaque État africain aux idéaux
de la
Déclaration universelle des droits de l'homme et à ceux
de la Chade africaine des droits de l'homme et des peuples
4. Une solution viable aux problèmes frontaliers
Engagement sans délai d'une action globale en vue de
trouver une solution viable au problème des frontières
Plus d'une quarantaine de conflits
frontaliers ont eu lieu entre États africains depuis l'indépendance dont 13 ont abouti
à la confrontation armée.
Une diplomatie préventive soucieuse
d'efficacité dans les résultats devrait se donner pour mission prioritaire, entre
autres, un réexamen de cette question des frontières. Quelle que puisse être l'ampleur
des douleurs et des déchirements auxquels l'ouverture d'un tel dossier pourrait conduire
au niveau de la communauté africaine, ce réexamen s'impose comme une exigence
incontournable.
5. Une solution aux conflits internes
Engagement d'une action collective en vue
de trouver des solutions réalistes aux multiples conflits internes dont sont victimes les
États africains
Un autre dossier important abandonné par I'OUA en 1963
est celui des conflits internes
Aucun pays africain ne pourra vivre
durablement en paix et en sécurité quand à ses frontières, la guerre fait rage, les
réfugiés abondent et les rebelles installent leur base. Depuis le Sommet du Caire
(1993), I'OUA peut désormais intervenir dans la recherche des solutions aux conflits.
Elle I'a fait à plusieurs reprises mais non sans peine. Citons l'exemple de la Mission
internationale de Protection et d'Observation pour le rétablissement de la confiance au
Burundi (MIOB) à la fin de 1993.
6. L'instauration d'un registre régional
Instauration, au niveau du Secrétariat
général de I'OUA, d'un registre régional sur les mouvements des armes conventionnelles
en Afrique
Ce registre serait un élément
indispensable de construction de la confiance entre les États africains car il
instaurerait la transparence des importations d'armements par les États ou leur transfert
au sein du continent. Il serait un modèle réduit de celui des Nations Unies installé à
New York.
7. La création d'aires sous-régionales de sécurité
coopérative
L'Afrique pourrait, dans ce contexte, se
diviser en cinq ensembles. Chaque ensemble deviendrait la première instance de
négociation en cas de conflits, puis viendraient I'OUA et, enfin, l'ONU.
Ces ensembles tels que proposés par l'Ayissi, dans son
analyse, seraient les suivants:
1- Les pays du Maghreb avec la Libye et l'Égypte;
2- L'Afrique de l'Ouest - 16 pays
3- L'Afrique centrale et équatoriale - 10 pays
4- L'Afrique de l'Est et de l'océan indien - 12 pays
5- L'Afrique australe
8. La création reconversion des forces africaines
Engagement d'un processus de
restructuration, de reconversion ou de démobilisation des forces armées africaines
Puisque garante de la stabilité des
institutions publiques, de l'intégrité du territoire national et de la sécurité du
citoyen, l'armée est généralement considérée comme symbole de souveraineté et signe
d'autorité de l'État. Pour remplir sa mission, sa vocation classique veut qu'elle n'ait
qu'un seul instrument à sa disposition: la force.
Il serait primordial qu'étant donné que
les menaces qui pèsent sur la sécurité de l'État et de ses citoyens ne sont plus
d'ordre militaire, l'armée devrait procéder à une reconversion profonde de sa force
comme nous l'avons recommandé, ici, en 1992 dans notre rapport final des résultats de
l'Enquête populaire sur la paix et la sécurité au Canada. Il faudrait procéder à sa
reconversion, car l'armée s'avère un corps oisif et parasite, un
"investissement" non productif dont la seule existence contribue à la ruine de
l'État et à la création de la misère considérée comme la principale menace à la
sécurité.
Pire, dans une situation de tarissement
des ressources publiques et de baisse générale du niveau de vie des citoyens, une armée
oisive et non recyclée est à tout moment guettée par la tentation d'user de sa force
pour conserver ses privilèges et avantages matériels, créant ainsi un facteur
supplémentaire d'injustice sociale et d'insécurité.
Il faudrait même penser, dans le contexte
du désarmement général et complet commandé par l'ONU, de rendre les armées
inconstitutionnelles dans tous les pays comme c'est le cas au Costa Rica. Les avantages
tirés d'une telle décision seraient, à moyen et à long terme, fantastiques pour le
développement économique et social de l'Afrique et aussi de tous les pays qui sont
amenés par les pays producteurs d'armes conventionnelles ou les trafiquants à consacrer
une proportion importante de leurs devises pour les acquérir et les entretenir comme ce
fut le cas dans un grand nombre de pays africains depuis leur indépendance.
9. Un fonds de financement pour la diplomatie préventive
au sein de I'OUA
Création, au sein du Secrétariat
général de I'OUA, d'un fonds de financement des opérations de diplomatie préventive et
de maintien de la paix alimenté, en partie, par des prélèvements sur les budgets de
défense des États africains.
Rétablir, maintenir, construire et
consolider la paix coûtent cher. Mais leur prix, par rapport à ce qu'auraient coûté
les conflits qu'ils permettent d'éviter ou de résoudre, est insignifiant. Pour cette
raison, il est indispensable que
l'Afrique mette tout en oeuvre pour faire vivre le
mécanisme de diplomatie préventive récemment créé au sein de l'Organisation de
l'Unité africaine.
Il est proposé que le Fonds soit
alimenté à même les budgets de défense des États et qu'il ne compte pas seulement sur
les contributions volontaires comme il a été entendu chez les chefs des États
africains.
10. Un centre régional de l'ONU pour la
Paix et le désarmement dont la mission est renforcée et élargie
Renforcement et élargissement de la Mission du Centre
régional de l'ONU pour la Paix et le Désarmement en Afrique
Il faudrait, dans ce contexte, que le Centre des Nations
Unies pour la Paix et le Désarmement de Lomé voit sa mission renforcée et élargie pour
traiter dorénavant de la diplomatie préventive et des menaces non-militaires contre la
paix et la sécurité.
Il faut que ce Centre soit doté:
D'un véritable "observatoire"
de la situation des conflits sur le continent;
D'un mécanisme d'alerte rapide permettant
de saisir dans les meilleurs délais les instances compétentes des situations porteuses
de germes de conflits;
D'un Centre d'analyse des conflits et des
situations belligènes.
11. Renforcement des capacités en Afrique
Il faut rendre efficace le gouvernement de
l'État, libérer l'initiative privée et ré-enseigner au citoyen longtemps sclérosé
une culture de la production efficiente des biens économiques.
Il faut donc continuer d'encourager, en ce
sens, the African Capacity Building Initiative (ACBI) (Banque mondiale, Banque africaine
de développement et Programme des Nations Unies pour le développement) dont l'objectif
est de raffermir les capacités et les institutions des pays de l'Afrique en matière
d'analyse des politiques et de gestion du développement afin de rendre ces pays mieux à
même de former des analystes et des gestionnaires qualifiés.
12. Un pool mondial d'assistance à l'Afrique
Création d'un pool mondial d'assistance à l'Afrique Il
faudrait préconiser une action urgente en faveur de la création et de
l'institutionnalisation d'un véritable pool mondial des porteurs d'assistance à
l'Afrique.
13. Résolution du problème de la dette et fonds de
garantie des recettes d'exportation
Recherche concertée d'une solution
réaliste au problème de la dette africaine et création d'un fonds international de
garantie des recettes d'exportation des pays africains
La dette est très lourde à supporter
pour la plupart des pays africains, même si elle n'est pas élevée par rapport à celle
de l'Amérique latine par exemple.
Elle est énorme et très difficilement supportable.
Pour un pays comme l'Algérie, près de
60% de ses revenus d'exportation étaient consacrés à la dette en 1990, l'Ouganda 54,5%,
Madagascar 47,2%, le Burundi 43,6%.
Dans de telles conditions, continuer
d'investir pour le développement économique et social afin de sortir de la misère,
source de guerre, relève..2eratiquement de l'exploit. Lorsqu'à cette situation,
s'ajoutent le tarissement des flux extérieurs d'assistance, et la détérioration
continue et cumulative sur une longue période des termes de l'échange, cela devient tout
simplement impossible.
Depuis une dizaine d'années, les
transferts nets des flux financiers vers l'Afrique sont négatifs. Si le développement
économique et social des peuples est appelé à être "le nouveau nom" de la
paix et de la sécurité en Afrique, il est urgent que, d'une part, une concertation
rapide s'engage entre l'Afrique et ses créditeurs afin de trouver une issue réaliste au
problème de la dette africaine et que, d'autre part, la question de la détérioration
cumulative des termes de l'échange puisse trouver une solution viable.
14. Principe d'imposition de la paix
Adoption au sein de I'OUA, comme mesure
d'exception, du principe d'imposition de la paix et définition claire et précise de ses
conditions d'application
La souveraineté n'a de sens que tant
qu'elle demeure responsable et respectueuse des engagements contenus dans le Contrat
social. Une souveraineté devenue irresponsable ou inexistante (comme en Somalie) n'a plus
droit à l'existence, et encore moins à son caractère absolu et perpétuel, principale
raison d'être absolue. Dans ces circonstances, qui s'accompagnent souvent d'un climat
d'instabilité et de violence, le citoyen se rebellant contre des gouvernements devenus
illégitimes, et même hors-la-loi au regard des engagements du Contrat social, la
communauté internationale - incarnée par l'ONU -, et la communauté africaine -
incarnée par I'OUA - ont, non seulement le droit, mais aussi et surtout le devoir de
décider de l'imposition de la paix dans toute contrée en danger de guerre.
L'imposition de la paix n'est pas toujours
automatiquement effectuée contre le pouvoir souverain de l'État. Parfois, elle a pour
mission de sauver ce pouvoir contre une menace illégitime. Angola- Burundi Mozambique
Libéria-
III. Les enfants-soldats
Selon le dernier rapport rendu public à La Haye la
semaine dernière par la Coalition pour arrêter l'utilisation des enfants' soldats dans
les situations de guerre, on croit que plus de 120 000 enfants de moins de 18 ans
participent présentement aux conflits armés en Afrique. Certains de ces enfants n'ont
pas plus que 7 ou 8 ans.
Les dix pays les plus affectés par ce
problème sont l'Algérie, l'Angola, le Burundi, le Congo-Brazzaville, la République
démocratique du Congo, le Libéria, le Rwanda, le Sierre Leone, le Soudan et l'Ouganda.
On croit que la guerre entre l'Érythrée et l'Éthiopie ainsi que celle de la Somalie ont
été également marquées par ce phénomène.
Les risques pour les enfants de participer
à la guerre sont très grands. Ils sont de bons combattants. Ils ont peur de rien. Ils
croient que c'est un jeu, selon les propos mêmes d'un commandant rebelle dans la
République démocratique du Congo.
Ils reçoivent peu d'entraînement avant
d'être envoyés au front. Des rapports en provenance du Burundi et du Congo-Brazzaville
montrent qu'ils sont souvent ainsi massacrés durant les combats. Ils sont les plus
vulnérables.
Ceux de l'âge de 7 ans sont employés
comme messagers ou informateurs et ils sont très efficaces, on peut le comprendre
puisqu'il est bien difficile de penser qu'ils pourraient être des espions à cet âge. À
l'âge de 10 ans, ils deviennent des soldats, peuvent manipuler des grenades et porter un
fusil. Ils sont aussi utilisés comme éléments de repérage de l'ennemi et ils sont
ainsi placés en avant des soldats adultes. Ils sont ainsi sacrifiés comme de la
véritable chair à canon.
Des atrocités sont souvent commises par
les enfants-soldats ayant été forcés de prendre des drogues et de l'alcool. Cela est
bien connu. Ils sont ainsi poussés par les adultes à commettre ces atrocités,
La majorité des États africains placent l'âge de
recrutement à 18 ans. C'est le cas de l'Afrique du Sud et de la Mauritanie qui sont
passés de 16 à 18 ans. En Angola, le gouvernement a abaissé l'âge à 17 ans. C'est
légal à cet âge puisque la loi internationale en cette matière établit l'âge du
recrutement à 15 ans.
Le Burundi et le Rwanda ont l'âge de
recrutement le plus bas de l'Afrique avec 15 et 16 ans respectivement. La Libye accepte
des volontaires à 17 ans sinon plus jeunes. Au Mozambique, la constitution permet
d'abaisser, en temps de guerre, l'âge du recrutement, qui est normalement fixé à 18
ans.
La Coalition souhaite que les États
africains respectent leurs propres lois dans ce domaine et qu'ils fassent tout pour que
cela se produise le moins souvent.
IV Le rôle des femmes
Il y a une volonté ferme des femmes,
dans les pays engagés dans des conflits ou qui ont connu des conflits armés, de
s'impliquer davantage dans les négociations de paix et de travailler activement au
rétablissement de la paix. Elles sont encouragées à le faire grâce au Fonds des
Nations Unies pour les femmes (UNIFEM). À La Haye, la semaine dernière, j'ai assisté à
un panel de discussion sur la participation des femmes au processus de paix au Rwanda et
au Burundi. Ce fut extrêmement intéressant de voir comment les femmes exigent non
seulement d'être entendues mais aussi d'être écoutées.
Il ne faut pas l'oublier. Ce sont les grandes victimes du
mal développement et des guerres. Elles veulent que cela cesse. Les conclusions de ce
panel ont montré qu'il est très difficile pour les femmes de participer directement aux
discussions qui se déroulent aux tables de négociations, puisqu'elles ne sont
qu'observatrices. Elles sont cependant très actives à l'intérieur des travaux
préparatoires. au Rwanda, le gouvernement compte deux femmes au Conseil des ministres et
7 sous-ministres sont des femmes. Les femmes au Burundi souhaitent jouer déterminant pour
l'établissement d'une paix durable dans ce pays.
Conclusion
Permettez-moi de terminer cet exposé
en reprenant les propos mêmes du Secrétaire général de l'ONU inscrits dans son rapport
adressé au Conseil de sécurité en avril 1998.
Le développement est un droit fondamental
de l'être humain et si l'Afrique ne s'engage pas dans cette voie, elle ne peut guère
espérer moins que de se déchirer dans des conflits. Les gouvernements devraient revoir
leurs priorités et d'abord essayer de répondre aux besoins fondamentaux et de faire
reculer la pauvreté. Il faut absolument mettre en valeur le capital humain, en
particulier en assurant l'instruction de base et de bonnes conditions de santé publique.
Il faut aussi renforcer la justice sociale si l'on veut que le développement et la
croissance économique produisent des résultats bénéfiques et que la société se
développe de façon équilibrée. On doit notamment reconnaître les obstacles
structurels à l'égalité des droits entre les sexes et les supprimer par de vastes
réformes.
Pour relancer en Afrique la dynamique de paix et de
développement, il faut avant tout une réelle volonté politique, tant de la part du
continent lui-même que de celle de la communauté internationale. L'Afrique doit
démontrer qu'elle veut vraiment des solutions politiques plutôt que militaires, qu'elle
prend les exigences de la gestion publique au sérieux et qu'elle est résolue à opérer
les diverses réformes qui s'imposent pour promouvoir la croissance économique. La
communauté internationale, quant à elle, devra savoir "intervenir là où elle peut
avoir le plus d'influence et investir là où les ressources font défaut." Il invite
le Conseil de sécurité à tenir tous les deux ans une réunion ministérielle, et une
réunion au sommet dans les cinq années à venir, afin de faire le bilan de ce qui a
été entrepris pour engager le continent africain dans la voie de la paix et du
développement et de déterminer les mesures encore à prendre.
Je vous remercie.
Jules Dufour, Ph.D.
Président,
Association canadienne pour les Nations Unies
Saguenay-Lac-Saint-Jean
Professeur,
Département des sciences humaines
Université du Québec à Chicoutimi
Section
Bibliographie
AYISSI, A. N. 1994. Le défi de la
sécurité régionale en Afrique après la guerre froide: vers la diplomatie préventive
et la sécurité collective. Travaux de recherche no 27. Genève, UNIDIR. 138 pages.
NATIONS UNIES. 1998. Afrique, Résumé et note de
synthèse sur le rapport du Secrétaire général au Conseil de sécurité concernant les
causes des conflits et la promotion d'une paix et d'un développement durable en Afrique.
Avril 1998. Matériaux d'information destinés à la presse. 16 pages. |