" Les membres du Gouvernement
ont droit à une indemnité digne et équitable fixée conformément aux dispositions de
l'article 73 du présent Acte. " Fin de citation.
Il s'est fait malheureusement que, soit disant pour
respecter la loi budgétaire, les ministres des finances de l'époque payaient aux
ministres, cyniquement et invariablement, soixante millions de nouveaux zaïres par mois.
Ceci équivalait, au taux budgétaire (vingt mille nouveaux zaïres pour à un dollar
américain), à trois mille dollars américains par mois. Mais le dollar s'échangeait, à
la date de mon entrée au gouvernement, le 26 février 1996, à quarante mille nouveaux
zaïres contre un dollars. Le taux d'échange est vite arrivé à cent mille nouveaux
zaïres contre un dollar ; et à la date de la démission de notre gouvernement, le
25 mars 1997, le billet vert s'échangeait contre cent cinquante mille nouveaux zaïres.
Donc mon salaire mensuel de ministre est passé vite de mille cinq cent dollars à six
cents dollars puis à quatre cents dollars. Les fiches de paie signés existent au
ministère des finances du pays jusqu'à ce jour à la disposition de qui veut vérifier.
Je condamne un tel traitement. Je ne suis pas un saint, mais j'ai fait de mon mieux pour
ne pas être un ministre corrompu. C'était dur. Le poste de ministre m'a apporté le
réconfort, mais pas vraiment le confort.
Je n'ai pas étudié en Belgique, j'ai fait toutes mes
études au pays, y compris mon doctorat (voir mon c.v.).
Une fois encore, je vous demande de faire la part des
choses entre les individus et les principes. C'est le principe de la formation d'un
gouvernement d'union nationale qui était la solution préconisée par tous et non Kengo.
J'avais accepté d'entrer dans le gouvernement dirigé par monsieur Kengo car je crois au
principe et à l'objet de la Conférence Nationale Souveraine (CNS) qui était "La
Conférence Nationale Souveraine pour se Réconcilier, s'Amender et Réparer ".
La CNS était organisée pour la réconciliation des congolais (Zaïrois à l'époque). Si
monsieur Kengo portait une responsabilité individuelle ou collective dans la ruine de
notre pays, j'étais à la CNS pour me réconcilier avec lui. Ceux qui ne voulaient pas de
la réconciliation devaient logiquement quitter la CNS parce qu'elle était organisée
principalement pour se réconcilie. Ils ne l'ont pas fait. Illogique. En acceptant de
collaborer avec lui au nom de la CNS, je lui ai donné la possibilité de s'amender et de
réparer ses fautes. L'a-t-il fait ? C'est l'Histoire qui le jugera. Moi, j'ai fait
ma part. Moi, comme toute l'élite d'ailleurs du pays, je porte une responsabilité
individuelle et collective dans la ruine du Congo. Kengo s'est réconcilié avec moi.
C'est à moi de faire le reste. L'Histoire m'en jugera. Je ne suis pas partisan de
l'exclusion ni de la diabolisation ; surtout là où je n'ai aucune preuve. C'est
dans cet esprit de la réconciliation nationale que, s'il m'était donné de le faire, je
ferais tout pour que Kengo et Kabila collaborent. Ce que je connais de ces deux hommes me
poussent à penser qu'ils peuvent, ensemble, aider notre pays à s'en sortir.
Malheureusement, ils se méfient encore l'un de l'autre jusqu'à ce jour. Un jour il se
connaîtront et s'apprécieront mutuellement, j'en suis sûr. Le Kengo que j'ai connu à
la CNS et après se plaisait de dire qu'il était devenu un homme nouveau après la CNS.
Il m'a donné cette impression.
2. L'idée des courants au sein d'un parti avait déjà
était acceptée aux " Accords de Gbadolithé " en 1987 entre Mobutu
et les dirigeants de l'UDPS de l'époque (Kibasa, Ngalula, Tshisekedi, Kapita
.) Tous
ont contraint Mobutu à accepter des courants au sein du MPR-Parti Etat. L'UDPS était
ainsi devenue un courant du MPR-Parti Etat suite à ces accords. Tous les responsables de
l'UDPS de l'époque ont, au nom du courant UDPS, accepté d'entrer dans les structures du
Parti Etat, MPR. Certains sont devenus des ministres, des PDG, des membres du Comité
Central etc. Ceux qui étaient avec lui, ce jour là à Gbadolithé, disent que Monsieur
Tshisekedi a même demandé, sans obtenir, qu'il en soit le Premier Ministre. Voyant sa
demande non exaucée, il dénoncera ces accords quelques temps plu tard, après avoir
reçu, de Monsieur Mobutu, un fonds de commerce. Je ne saurai le conformer, n'ayant pas
des preuves. Ce que je sais moi, est qu'en 1986, Messieurs Tshisekedi, Ngalula et Kibasa
sont passés à Lubumbashi pour annoncer à notre branche clandestine de l'UDPS que l'UDPS
allait entrer dans le MPR comme courant.
Je me dis que si le dictateur Mobutu avait accepté des
courants au sein du MPR pourquoi ceux qui ont demandé et obtenu cela refusent-ils, à
leur tour, d'accorder le droit des courants au sein de leur parti (UDPS) ?
Seraient-ils plus dictateurs que Mobutu ?
Je suis touché par les regrets que vous formulez sur
notre parti. N'oubliez pas qu'il souffre plus de ses propres insuffisances
organisationnelles et fonctionnelles que du reste. En effet, du fait qu'aucune d'elles
n'acceptait de s'effacer devant l'autre, quatre personnes (Kibasa, Mbwakiem, Tshisekedi,
Lihau) se sont retrouvées au même moment et en un même lieu " Présidents du
Parti ". Une présidence collégiale, disait-on. Allez-y comprendre quelque
chose. Juste en dessous de la cette présidence quadricéphale, il vient le Collège des
Fondateurs. C'est l'organe de conception, d'orientation et de décision du parti. Il est
héréditaire. C'est-à-dire, lorsqu'un membre meurt ou quitte, son conjoint le remplace
automatiquement dans son poste au sein de cet organe du parti. Cela ne s'est jamais vu
dans un parti républicain, sauf chez-nous à l'UDPS. Même le Comité Central du
MPR-Parti Etat, n'était pas héréditaire. A cette organisation structurelle qui appelle
des interrogations, c'est le moins que l'on puisse dire, il se superpose un fonctionnement
qui n'en appelle pas moins. A titre d'exemple, je me demande si toutes les positions
officielles que prend publiquement, au nom du parti, l'UDPS Benelux, lui sont
communiquées par les organes dirigeants du parti ou elle le fait d'elle-même et met
ainsi le parti devant des faits accomplis ?
Avec un outil aussi mal conçu et mal huilé, la conquête
et la conservation du pouvoir, deux fonctions principales de tout parti politique,
deviennent hypothétiques.
Je n'ai parlé que de maux visibles, le reste, même pire,
je ne peux le dire sur la place publique car l'UDPS est mon parti.
On a toujours accusé Mobutu et maintenant Kabila de
vouloir affaiblir l'UDPS ; c'est de la bonne guerre. Ils ne sont pas adversaires
politiques pour rire. C'est à l'UDPS elle-même de s'organiser de façon à lui permettre
de faire face avec succès à l'adversité.
3.Vous avez raison, les postes de ministre, surtout celui
du premier d'entre eux, éblouissent beaucoup de membres de notre parti. Il n'y a pas
qu'eux.
Vous êtes taquin lorsque vous parlez de
" katangatitude ". Les métaphores pareilles sont faciles à trouver
par quiconque se plait aux procès d'intention. Il lui suffit de voir, par nos noms qui
reflètent souvent nos régions d'origine, qui attaque qui, qui défend qui. Mais ce jeu
est enfantin.
Vous m'avez dit ce que vous considérez comme une
violation qui a accompagné l'investiture de Monsieur Kengo comme Premier Ministre en
1994.
Il n'y a pas eu de violation des Accords du Palais du
Peuple ni de l'Acte Constitutionnel de la Transition qui en découlait, d'après ma
compréhension. Je m'explique. L'article 78 de l'Acte Constitutionnel est le seul qui
organise la mise en place du Gouvernement et de son Chef, le Premier Ministre. Je le cite.
" Le Premier Ministre est le Chef
du Gouvernement "
" Il est présenté, après
concertation de la classe politique, par la famille politique à la quelle n'appartient
pas le Chef de l'Etat dans les dix jours suivant la promulgation du présent
Acte ".
" Passé ce délai, le
Haut-Conseil-Parlement de Transition, se sait du dossier ".
" Il est nommé ou investi, selon
le cas, par ordonnance présidentielle ".
Je m'arrête là dans la citation car le reste de
l'article n'intéresse plus notre question, à mon avis.
Analysons ces quatre phrases qui ont fait couler beaucoup
d'encres et de salives.
* La première phrase est claire, le
Premier Ministre est le Chef du Gouvernement. Cela n'a jamais donné des controverses.
* La deuxième phrase dit que le Premier Ministre est
présenté après la concertation de la classe politique. Il s'agit de toute la classe
politique. C'est-à-dire, celle de la famille politique du Chef de l'Etat comme de celle
de la famille politique à la quelle n'appartient pas le Chef de l'Etat. En tout cas, le
législateur n'a pas spécifié les membres de la classe politique qui se concertent pour
présenter le Premier Ministre. Donc il s'agit de tous les membres. Se concerter, veut
dire : " se mettre ensemble pour agir d'un commun accord " (voir
Larousse). Il en découle, qu'avant de le présenter, toute la classe politique devait se
rassembler et le désigner d'un commun accord. Et cela, dans les dix jours qui suivaient
la promulgation de l'Acte Constitutionnel de la Transition. Celui-ci avait été
promulgué le 09 avril 1994. Durant les dix jours, le Premier Ministre élu à la CNS qui
était le pressenti principal à ce poste, a refusé de se concerter avec la classe
politique tout entière. Même au sein de sa propre famille politique, il n'y en a pas eu
de consensus autour de sa personne. Notez, en passant, que cet alinéa reste muet sur la
personne du Premier Ministre, la contrainte porte sur la famille politique qui la
présente et non sur lui-même. Ce qui signifie qu'il pouvait, aux termes de l'Acte
Constitutionnel de la Transition, provenir même de la famille politique du Chef de
l'Etat, pourvu qu'il soit accepté par toute la classe politique et présenté par la
famille politique à la quelle n'appartient pas le Chef de l'Etat. Lorsque je lis tout
cela, je me demande comment la délégation de l'opposition a-t-elle accepté de telles
monstruosités.
* Dans la troisième phrase, le législateur avait prévu
qu'au-delà des dix jours, si les dissensions persistaient, le Parlement de transition se
saisissait du dossier. C'est ce qui fut fait.
* La quatrième phrase prévoit au moins deux cas :
un relatif à la nomination du Premier Ministre et l'autre à son investiture. Il est
nommé, s'il est désigné par consensus tendis qu'il est investi, s'il est élu. En
effet, on ne peut investir qu'une personne qui est élue. Donc en prévoyant le cas
d'investiture, le législateur a préconisé un vote éventuel pour départager les
opinions en cas d'absence de consensus. Ce qui était le cas. Qui dit élection, dit
existence de plusieurs candidats. Il y en a eu. Et Monsieur Kengo fut élu Premier
Ministre avec plus de 70 % des voix.
En outre, cette quatrième phrase crée la vacance au
poste de Premier Ministre. En effet, elle dit qu'il est nommé ou investi, selon le cas.
Cela signifie que le poste est vacant, car le législateur ne pouvait pas préconiser la
nomination ou l'investiture de quelqu'un à un poste de Premier Ministre qui n'est pas
vacant. Monsieur Tshisekedi, en introduisant sa candidature, le 18 avril 1994, au poste de
Premier Ministre, avait admis, par ce geste, que le poste de Premier Ministre, qu'il
occupait depuis son investiture après son élection le 15 août 1992 à la CNS, était
vacant. Si non, comment poser votre candidature à un poste que vous occupez déjà ?
Je me résume :
* Au terme de l'alinéa 4 de l'article 78
de l'Acte Constitutionnel de la Transition, le Poste de Premier Ministre était vacant et
cela était admis par tous, y compris Monsieur Tshisekedi.
* En prévoyant la nomination ou l'investiture, cet
alinéa préconisait que le Premier Ministre pouvait être désigné par consensus ou par
vote.
* L'alinéa 2 de l'article 78 dit qu'avant de présenter
le Premier Ministre à la nomination, la classe politique tout entière devrait, au
préalable, se mettre d'accord sur sa personne.
* Le dossier de candidature de Monsieur Tshisekedi du 18
avril 1994, avait était introduit sans consensus de la classe politique dans son
entièreté. Ce dossier avait donc été introduit en violation des dispositions de
l'alinéa 2 de l'article 78 de l'Acte Constitutionnel de la Transition.
* Suite à l'absence du consensus dans les
dix jours évoqués ci haut, le Haut Conseil de la République Parlement de
Transition s'était saisi du dossier conformément aux dispositions de l'alinéa 3 de
l'article 78 de l'Acte Constitutionnel de la Transition.
* Le vote a eu lieu conformément à l'esprit et à la
lettre de l'alinéa 4 de l'article 78 de l'Acte Constitutionnel de la Transition. Et
Monsieur Kengo a été élu à 70 % des voix. Deux ans après, il a fait appelle à moi et
j'ai accepté de bon cur pour servir ma nation. Maintenant l'Histoire jugera de ce
que j'ai fait comme Ministre de la Santé et Famille du 26 février 1996 au 25 mars 1997.
4. Vous me demandez s'il faut nécessairement être au
gouvernement pour contribuer au développement de la RDC ? Je réponds qu'il est plus
facile de faire appliquer son modèle de société lorsqu'on est au gouvernement que si on
y est pas.
La leçon à tirer de tout cela est que, hier comme
aujourd'hui, il ne faut pas envoyer aux négociations des fanatiques aveugles car ils ne
comprendront pas toujours le sens profond de ce à quoi ils s'engagent. Le Président
Kabila vient de lancer l'idée d'un " Débat National ". Notre parti
pourra-t-il tirer les leçons du passé, notamment en ce qui concerne la désignation des
membres de sa délégation ou va-t-il, comme d'habitude, recourir uniquement aux
émeutiers.
Pour votre information, le Courant Réformateur de l'UDPS
n'est pas opposé au Président Kabila, au contraire, il le soutient dans son uvre
de la reconstruction nationale et surtout en ce moment où il fait face à l'agression
colonisatrice Ruando-Ougando-Burundaise.
Qui plus est, le Président Kabila est socio-démocrate,
il prône l'économie sociale de marché comme projet socio-économique. La sociale
démocratie est le projet de société de l'UDPS. En face, il y a l'extrême droite qui
prône l'enrichissement individuel et qui combat militairement et politiquement monsieur
Kabila. L'UDPS se trahirait si elle composait avec elle pour déstabiliser un
socio-démocrate Kabila. La différence entre le projet de Kabila et celui de l'UDPS est
que Monsieur Kabila prône un Etat unitaire gouverné par un régime présidentiel alors
que l'UDPS est pour un Etat fédéral dirigé par un régime parlementaire. Mais les
questions de la forme de l'Etat et du système de Gouvernement sont toujours réglées par
la Constitution. Les groupes politiques, dans toutes les démocraties, s'affrontent, non
sur ces questions, mais sur les modèles de société. Donc lorsque le référendum
populaire aura vidé le différend qui les oppose, le groupe de Kabila et celui de l'UDPS
vont se retrouver dans le même camp des siocio-démocrates face à la droite et à
l'extrême droite. Ils doivent déjà en être conscients au lieu de s'affaiblir
mutuellement et ainsi faire le lit de la droite. L'identité du modèle de société est
une des raisons qui détermine le courant réformateur de l'UDPS de soutenir le Président
Kabila dans son combat contre l'extrême droite qui s'est enrichie scandaleusement en
détruisant le pays, et qui ne veut pas s'amender et réparer mais qui a pris les armes
pour revenir au pouvoir afin de continuer son uvre dévastatrice du pays et du
peuple congolais.
Je n'ai pas pu répondre à temps car le téléphone
était coupé dans notre quartier pendant plus d'une semaine. J'ai été long, je n'ai pas
pu être plus bref car, à plusieurs reprises, Monsieur Tshimona Bitoke, vous m'avez
demandé d'être le plus clair possible et le plus complet que je pouvais. Je considère
cela comme une preuve, de votre part, d'une quête permanente de vérité. A part une
taquinerie, même si vous n'êtes pas d'accord avec moi, vous ne m'avez pas maltraité. Je
vous respecte et vous remercie.