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A Monsieur Tshimona Bitoke.

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Ejoh Kasongo-Numbi K.

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Merci pour les mots aimables. 

1. Je n'ai pas dit que je suis entré au gouvernement de Monsieur Kengo pour empêcher la guerre et le dédoublement des institutions. Qui suis-je pour me donner tant d'importance ? J'ai dit que devant le dédoublement des institutions et de la constitution, le pays était au bord de la guerre. Pour éviter le pire, Monseigneur Monsengwo et la Troïka (Belgique, France et USA) ont préconisé la formation d'un gouvernement d'union nationale. Donc, c'est le Gouvernement d'union national qui était la solution envisagée à la crise et non mon entrée dans ce gouvernement. La formation de ce gouvernement a réellement mis fin au dédoublement des institutions et à la multiplicité des textes constitutionnels. Il a peut-être retardé l'éclatement de la guerre qui a quand même éclatée deux ans plus tard. Il n'a pas résolut tous les problèmes du pays. C'est évident. Monsieur Odiho Lambert Opula m'a reproché mon entrée dans ce gouvernement comme individu. Je lui ai répondu que le principe de formation d'un gouvernement d'union nationale ayant été admise à l'époque par tous (Monsieur Tshisekedi, dont vous admirez la constance, a même introduit sa candidature pour être le Premier Ministre de ce gouvernement), j'y suis entrée dans le quota qui y était réservé à l'opposition à laquelle j'appartenais. Il est possible que j'y sois entré aussi pour mon réconfort moral. Lorsque, au pays, on ambrasse la carrière d'enseignant à l'université comme assistant, il faut un jour arriver à être professeur ordinaire. De même, lorsqu'on ambrasse la carrière politique, il faut un jour arriver à être nommé ministre. Cela donne une confiance en soit, élément nécessaire dans la vie. Quant au confort matériel, il ne serait pas bon qu'un ministre soit nécessiteux. Si non, avec tant de pouvoir qu'il possède par sa signature, on l'induirait en tentation. C'est pour éviter cette tentation que l'article 86 de l'Acte Constitutionnel qui régissait le pays à l'époque stipulait, je cite :

"  Les membres du Gouvernement ont droit à une indemnité digne et équitable fixée conformément aux dispositions de l'article 73 du présent Acte. " Fin de citation.

Il s'est fait malheureusement que, soit disant pour respecter la loi budgétaire, les ministres des finances de l'époque payaient aux ministres, cyniquement et invariablement, soixante millions de nouveaux zaïres par mois. Ceci équivalait, au taux budgétaire (vingt mille nouveaux zaïres pour à un dollar américain), à trois mille dollars américains par mois. Mais le dollar s'échangeait, à la date de mon entrée au gouvernement, le 26 février 1996, à quarante mille nouveaux zaïres contre un dollars. Le taux d'échange est vite arrivé à cent mille nouveaux zaïres contre un dollar ; et à la date de la démission de notre gouvernement, le 25 mars 1997, le billet vert s'échangeait contre cent cinquante mille nouveaux zaïres. Donc mon salaire mensuel de ministre est passé vite de mille cinq cent dollars à six cents dollars puis à quatre cents dollars. Les fiches de paie signés existent au ministère des finances du pays jusqu'à ce jour à la disposition de qui veut vérifier. Je condamne un tel traitement. Je ne suis pas un saint, mais j'ai fait de mon mieux pour ne pas être un ministre corrompu. C'était dur. Le poste de ministre m'a apporté le réconfort, mais pas vraiment le confort.

Je n'ai pas étudié en Belgique, j'ai fait toutes mes études au pays, y compris mon doctorat (voir mon c.v.).

Une fois encore, je vous demande de faire la part des choses entre les individus et les principes. C'est le principe de la formation d'un gouvernement d'union nationale qui était la solution préconisée par tous et non Kengo. J'avais accepté d'entrer dans le gouvernement dirigé par monsieur Kengo car je crois au principe et à l'objet de la Conférence Nationale Souveraine (CNS) qui était "La Conférence Nationale Souveraine pour se Réconcilier, s'Amender et Réparer ". La CNS était organisée pour la réconciliation des congolais (Zaïrois à l'époque). Si monsieur Kengo portait une responsabilité individuelle ou collective dans la ruine de notre pays, j'étais à la CNS pour me réconcilier avec lui. Ceux qui ne voulaient pas de la réconciliation devaient logiquement quitter la CNS parce qu'elle était organisée principalement pour se réconcilie. Ils ne l'ont pas fait. Illogique. En acceptant de collaborer avec lui au nom de la CNS, je lui ai donné la possibilité de s'amender et de réparer ses fautes. L'a-t-il fait ? C'est l'Histoire qui le jugera. Moi, j'ai fait ma part. Moi, comme toute l'élite d'ailleurs du pays, je porte une responsabilité individuelle et collective dans la ruine du Congo. Kengo s'est réconcilié avec moi. C'est à moi de faire le reste. L'Histoire m'en jugera. Je ne suis pas partisan de l'exclusion ni de la diabolisation ; surtout là où je n'ai aucune preuve. C'est dans cet esprit de la réconciliation nationale que, s'il m'était donné de le faire, je ferais tout pour que Kengo et Kabila collaborent. Ce que je connais de ces deux hommes me poussent à penser qu'ils peuvent, ensemble, aider notre pays à s'en sortir. Malheureusement, ils se méfient encore l'un de l'autre jusqu'à ce jour. Un jour il se connaîtront et s'apprécieront mutuellement, j'en suis sûr. Le Kengo que j'ai connu à la CNS et après se plaisait de dire qu'il était devenu un homme nouveau après la CNS. Il m'a donné cette impression.

2. L'idée des courants au sein d'un parti avait déjà était acceptée aux " Accords de Gbadolithé " en 1987 entre Mobutu et les dirigeants de l'UDPS de l'époque (Kibasa, Ngalula, Tshisekedi, Kapita….) Tous ont contraint Mobutu à accepter des courants au sein du MPR-Parti Etat. L'UDPS était ainsi devenue un courant du MPR-Parti Etat suite à ces accords. Tous les responsables de l'UDPS de l'époque ont, au nom du courant UDPS, accepté d'entrer dans les structures du Parti Etat, MPR. Certains sont devenus des ministres, des PDG, des membres du Comité Central etc. Ceux qui étaient avec lui, ce jour là à Gbadolithé, disent que Monsieur Tshisekedi a même demandé, sans obtenir, qu'il en soit le Premier Ministre. Voyant sa demande non exaucée, il dénoncera ces accords quelques temps plu tard, après avoir reçu, de Monsieur Mobutu, un fonds de commerce. Je ne saurai le conformer, n'ayant pas des preuves. Ce que je sais moi, est qu'en 1986, Messieurs Tshisekedi, Ngalula et Kibasa sont passés à Lubumbashi pour annoncer à notre branche clandestine de l'UDPS que l'UDPS allait entrer dans le MPR comme courant.

Je me dis que si le dictateur Mobutu avait accepté des courants au sein du MPR pourquoi ceux qui ont demandé et obtenu cela refusent-ils, à leur tour, d'accorder le droit des courants au sein de leur parti (UDPS) ? Seraient-ils plus dictateurs que Mobutu ?

Je suis touché par les regrets que vous formulez sur notre parti. N'oubliez pas qu'il souffre plus de ses propres insuffisances organisationnelles et fonctionnelles que du reste. En effet, du fait qu'aucune d'elles n'acceptait de s'effacer devant l'autre, quatre personnes (Kibasa, Mbwakiem, Tshisekedi, Lihau) se sont retrouvées au même moment et en un même lieu " Présidents du Parti ". Une présidence collégiale, disait-on. Allez-y comprendre quelque chose. Juste en dessous de la cette présidence quadricéphale, il vient le Collège des Fondateurs. C'est l'organe de conception, d'orientation et de décision du parti. Il est héréditaire. C'est-à-dire, lorsqu'un membre meurt ou quitte, son conjoint le remplace automatiquement dans son poste au sein de cet organe du parti. Cela ne s'est jamais vu dans un parti républicain, sauf chez-nous à l'UDPS. Même le Comité Central du MPR-Parti Etat, n'était pas héréditaire. A cette organisation structurelle qui appelle des interrogations, c'est le moins que l'on puisse dire, il se superpose un fonctionnement qui n'en appelle pas moins. A titre d'exemple, je me demande si toutes les positions officielles que prend publiquement, au nom du parti, l'UDPS Benelux, lui sont communiquées par les organes dirigeants du parti ou elle le fait d'elle-même et met ainsi le parti devant des faits accomplis ?

Avec un outil aussi mal conçu et mal huilé, la conquête et la conservation du pouvoir, deux fonctions principales de tout parti politique, deviennent hypothétiques.

Je n'ai parlé que de maux visibles, le reste, même pire, je ne peux le dire sur la place publique car l'UDPS est mon parti.

On a toujours accusé Mobutu et maintenant Kabila de vouloir affaiblir l'UDPS ; c'est de la bonne guerre. Ils ne sont pas adversaires politiques pour rire. C'est à l'UDPS elle-même de s'organiser de façon à lui permettre de faire face avec succès à l'adversité.

3.Vous avez raison, les postes de ministre, surtout celui du premier d'entre eux, éblouissent beaucoup de membres de notre parti. Il n'y a pas qu'eux.

Vous êtes taquin lorsque vous parlez de " katangatitude ". Les métaphores pareilles sont faciles à trouver par quiconque se plait aux procès d'intention. Il lui suffit de voir, par nos noms qui reflètent souvent nos régions d'origine, qui attaque qui, qui défend qui. Mais ce jeu est enfantin.

Vous m'avez dit ce que vous considérez comme une violation qui a accompagné l'investiture de Monsieur Kengo comme Premier Ministre en 1994.

Il n'y a pas eu de violation des Accords du Palais du Peuple ni de l'Acte Constitutionnel de la Transition qui en découlait, d'après ma compréhension. Je m'explique. L'article 78 de l'Acte Constitutionnel est le seul qui organise la mise en place du Gouvernement et de son Chef, le Premier Ministre. Je le cite.

" Le Premier Ministre est le Chef du Gouvernement "

" Il est présenté, après concertation de la classe politique, par la famille politique à la quelle n'appartient pas le Chef de l'Etat dans les dix jours suivant la promulgation du présent Acte ".

" Passé ce délai, le Haut-Conseil-Parlement de Transition, se sait du dossier ".

" Il est nommé ou investi, selon le cas, par ordonnance présidentielle ".

Je m'arrête là dans la citation car le reste de l'article n'intéresse plus notre question, à mon avis.

Analysons ces quatre phrases qui ont fait couler beaucoup d'encres et de salives.

* La première phrase est claire, le Premier Ministre est le Chef du Gouvernement. Cela n'a jamais donné des controverses.

* La deuxième phrase dit que le Premier Ministre est présenté après la concertation de la classe politique. Il s'agit de toute la classe politique. C'est-à-dire, celle de la famille politique du Chef de l'Etat comme de celle de la famille politique à la quelle n'appartient pas le Chef de l'Etat. En tout cas, le législateur n'a pas spécifié les membres de la classe politique qui se concertent pour présenter le Premier Ministre. Donc il s'agit de tous les membres. Se concerter, veut dire : " se mettre ensemble pour agir d'un commun accord " (voir Larousse). Il en découle, qu'avant de le présenter, toute la classe politique devait se rassembler et le désigner d'un commun accord. Et cela, dans les dix jours qui suivaient la promulgation de l'Acte Constitutionnel de la Transition. Celui-ci avait été promulgué le 09 avril 1994. Durant les dix jours, le Premier Ministre élu à la CNS qui était le pressenti principal à ce poste, a refusé de se concerter avec la classe politique tout entière. Même au sein de sa propre famille politique, il n'y en a pas eu de consensus autour de sa personne. Notez, en passant, que cet alinéa reste muet sur la personne du Premier Ministre, la contrainte porte sur la famille politique qui la présente et non sur lui-même. Ce qui signifie qu'il pouvait, aux termes de l'Acte Constitutionnel de la Transition, provenir même de la famille politique du Chef de l'Etat, pourvu qu'il soit accepté par toute la classe politique et présenté par la famille politique à la quelle n'appartient pas le Chef de l'Etat. Lorsque je lis tout cela, je me demande comment la délégation de l'opposition a-t-elle accepté de telles monstruosités.

* Dans la troisième phrase, le législateur avait prévu qu'au-delà des dix jours, si les dissensions persistaient, le Parlement de transition se saisissait du dossier. C'est ce qui fut fait.

* La quatrième phrase prévoit au moins deux cas : un relatif à la nomination du Premier Ministre et l'autre à son investiture. Il est nommé, s'il est désigné par consensus tendis qu'il est investi, s'il est élu. En effet, on ne peut investir qu'une personne qui est élue. Donc en prévoyant le cas d'investiture, le législateur a préconisé un vote éventuel pour départager les opinions en cas d'absence de consensus. Ce qui était le cas. Qui dit élection, dit existence de plusieurs candidats. Il y en a eu. Et Monsieur Kengo fut élu Premier Ministre avec plus de 70 % des voix.

En outre, cette quatrième phrase crée la vacance au poste de Premier Ministre. En effet, elle dit qu'il est nommé ou investi, selon le cas. Cela signifie que le poste est vacant, car le législateur ne pouvait pas préconiser la nomination ou l'investiture de quelqu'un à un poste de Premier Ministre qui n'est pas vacant. Monsieur Tshisekedi, en introduisant sa candidature, le 18 avril 1994, au poste de Premier Ministre, avait admis, par ce geste, que le poste de Premier Ministre, qu'il occupait depuis son investiture après son élection le 15 août 1992 à la CNS, était vacant. Si non, comment poser votre candidature à un poste que vous occupez déjà ?

Je me résume :

* Au terme de l'alinéa 4 de l'article 78 de l'Acte Constitutionnel de la Transition, le Poste de Premier Ministre était vacant et cela était admis par tous, y compris Monsieur Tshisekedi.

* En prévoyant la nomination ou l'investiture, cet alinéa préconisait que le Premier Ministre pouvait être désigné par consensus ou par vote.

* L'alinéa 2 de l'article 78 dit qu'avant de présenter le Premier Ministre à la nomination, la classe politique tout entière devrait, au préalable, se mettre d'accord sur sa personne.

* Le dossier de candidature de Monsieur Tshisekedi du 18 avril 1994, avait était introduit sans consensus de la classe politique dans son entièreté. Ce dossier avait donc été introduit en violation des dispositions de l'alinéa 2 de l'article 78 de l'Acte Constitutionnel de la Transition.

* Suite à l'absence du consensus dans les dix jours évoqués ci haut, le Haut Conseil de la République – Parlement de Transition s'était saisi du dossier conformément aux dispositions de l'alinéa 3 de l'article 78 de l'Acte Constitutionnel de la Transition.

* Le vote a eu lieu conformément à l'esprit et à la lettre de l'alinéa 4 de l'article 78 de l'Acte Constitutionnel de la Transition. Et Monsieur Kengo a été élu à 70 % des voix. Deux ans après, il a fait appelle à moi et j'ai accepté de bon cœur pour servir ma nation. Maintenant l'Histoire jugera de ce que j'ai fait comme Ministre de la Santé et Famille du 26 février 1996 au 25 mars 1997.

4. Vous me demandez s'il faut nécessairement être au gouvernement pour contribuer au développement de la RDC ? Je réponds qu'il est plus facile de faire appliquer son modèle de société lorsqu'on est au gouvernement que si on y est pas.

La leçon à tirer de tout cela est que, hier comme aujourd'hui, il ne faut pas envoyer aux négociations des fanatiques aveugles car ils ne comprendront pas toujours le sens profond de ce à quoi ils s'engagent. Le Président Kabila vient de lancer l'idée d'un " Débat National ". Notre parti pourra-t-il tirer les leçons du passé, notamment en ce qui concerne la désignation des membres de sa délégation ou va-t-il, comme d'habitude, recourir uniquement aux émeutiers.

Pour votre information, le Courant Réformateur de l'UDPS n'est pas opposé au Président Kabila, au contraire, il le soutient dans son œuvre de la reconstruction nationale et surtout en ce moment où il fait face à l'agression colonisatrice Ruando-Ougando-Burundaise.

Qui plus est, le Président Kabila est socio-démocrate, il prône l'économie sociale de marché comme projet socio-économique. La sociale démocratie est le projet de société de l'UDPS. En face, il y a l'extrême droite qui prône l'enrichissement individuel et qui combat militairement et politiquement monsieur Kabila. L'UDPS se trahirait si elle composait avec elle pour déstabiliser un socio-démocrate Kabila. La différence entre le projet de Kabila et celui de l'UDPS est que Monsieur Kabila prône un Etat unitaire gouverné par un régime présidentiel alors que l'UDPS est pour un Etat fédéral dirigé par un régime parlementaire. Mais les questions de la forme de l'Etat et du système de Gouvernement sont toujours réglées par la Constitution. Les groupes politiques, dans toutes les démocraties, s'affrontent, non sur ces questions, mais sur les modèles de société. Donc lorsque le référendum populaire aura vidé le différend qui les oppose, le groupe de Kabila et celui de l'UDPS vont se retrouver dans le même camp des siocio-démocrates face à la droite et à l'extrême droite. Ils doivent déjà en être conscients au lieu de s'affaiblir mutuellement et ainsi faire le lit de la droite. L'identité du modèle de société est une des raisons qui détermine le courant réformateur de l'UDPS de soutenir le Président Kabila dans son combat contre l'extrême droite qui s'est enrichie scandaleusement en détruisant le pays, et qui ne veut pas s'amender et réparer mais qui a pris les armes pour revenir au pouvoir afin de continuer son œuvre dévastatrice du pays et du peuple congolais.

Je n'ai pas pu répondre à temps car le téléphone était coupé dans notre quartier pendant plus d'une semaine. J'ai été long, je n'ai pas pu être plus bref car, à plusieurs reprises, Monsieur Tshimona Bitoke, vous m'avez demandé d'être le plus clair possible et le plus complet que je pouvais. Je considère cela comme une preuve, de votre part, d'une quête permanente de vérité. A part une taquinerie, même si vous n'êtes pas d'accord avec moi, vous ne m'avez pas maltraité. Je vous respecte et vous remercie.

Prof. Ejoh Kasongo-Numbi K.

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