La victoire militaire n'est pas une
solution durable pour le Congo |
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Médard Munda Nkulu |
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Monsieur Milembamane,
Depuis bientôt huit mois, la logique de la guerre qui a pour objectif principal la
conquête pour les uns et la consolidation du pouvoir les autres sur des bases
dictatoriales ont engendré des conséquences néfastes pour des millions de populations
civiles, innocentes et sans défense, dans notre pays.
Dans la tentative des solutions à apporter à la crise, deux solutions se sont avérées
envigeables:
- La poursuite de la guerre (d'une longue guerre) jusqu'à la victoire totale des forces
pro-Kabila sur les rebelles et la condamnation pure et simple des pays qui servent de base
arrière à la rébellion, considérés à ce titre comme "pays agresseurs";
- L'arrêt des combats et la tenue des négociations entre non seulement les forces
armées impliquées dans ce conflit mais aussi avec des forces politiques et sociales
représentatives et significatives de la société congolaise.
Alors que le pays, déchiré par la guerre civile, est en train de basculer tout doucement
dans un chaos total, vous êtes de ceux qui s'évertuent à présenter sur ce forum la
poursuite de la guerre comme condition inévitable à la solution de la crise que connaît
notre pays en témoignant solennellement votre soutien inconditionnel à M. Kabila dans sa
logique belliciste. Certains, en la personne de M. Bilolo, ont même proclamé que Kabila
n'a qu'une seule alternative: la victoire ou la démission et que sa survie politique
était liée à la victoire militaire et non à des négociations politiques avec qui que
ce soit.
Comme si cela ne suffisait pas, vous avez même, de temps à autre et sans preuve tangible
(si ce n'est que par ce biais électronique), traité d'étranger tout celui ou toute
celle qui a eu à émettre un avis contraire au votre. Croyez-vous que tout le monde doit
penser comme vous? Nous avons chacun le droit de différence.
Parlant au nom du patriotisme congolais (ce qui est votre droit le plus légitime), vous
vous croyez plus congolais que ceux qui ne prônent pas la guerre.
Dans mon entendement, par contre, la guerre signifie destruction, chaos, affres ou
désastre, tueries ou massacres, viol, vol, grande calamité et tout ce qu'il y a de pire
encore pour une nation et son peuple. Vu dans cette optique, je ne vois pas le sens que
l'on peut donner à votre nationalisme tant il n'inspire que la désolation de son peuple
que l'on prétend tant aimer. Pour moi, le vrai nationalisme c'est celui qui tient compte
surtout de la dimension sociale et humanitaire de sa nation et tout ce qui lui appartient.
En prônant la guerre que vous soutenez à travers vos écrits et en vous adressant
directement à Kabila à qui vous avez renouveller solennellement votre soutien au nom de
toute la diaspora congolaise, pouvez-vous concrètement me donner les moyens probants dont
ce dernier dispose pour gagner cette guerre dans un temps record sans appui extérieur
afin d'éviter nos populations civiles et militaires des affres d'une guerre inutile?
(C'est justement de cet appui extérieur que proviennent la plupart de malheurs que notre
peuple endure et que nous déplorons tous aujourd'hui). Faire la guerre pour la guerre,
n'est-ce pas sacrifier sans chère nation et son cher peuple? Comment des massacres a-t-on
déploré jusque là? Plusieurs. Si nous n'exigeons pas des belligérents la fin des
hostilités, je crois que nous en aurons encore davantage.
Vous évoquez partout l'agression extérieure rwando-ougandaise dont fait l'objet notre
pays pour justifier votre attitude belliciste, ignorant scrupuleusement l'existence de la
rébellion. Il va sans dire que quand vous faites référence à celle-ci, vous parlez
d'une bande des marrionnettes à la solde du Rwandais Kagame et de l'Ougandais Museveni.
Tenez. Si les prémisses qui constituent un raisonnement sont fausses, la conclusion que
l'on peut en tirer ne peut qu'être erronnée. Si, pour vous, la présence sur notre
territoire des troupes rwandaises et ougandaises et leur participation aux côtés des
rebelles congolais peuvent expliquer l'agression de notre pays par celles-ci, je crois que
l'erreur peut d'ores et déjà résider dans la perception même du mot
"agression". De ce fait, la fameuse thèse d'agression que vous formulez à
l'intention de la communauté internationale pour obtenir la condamnation du Rwanda, de
l'Ouganda ou du Burundi ne peut trouver écho que dans les pavillons zimbabwéen,
angolais, namibien, t
Cher monsieur, comme vous, nous ne sommes pas tous nés de la dernière lune et personne
n'est dupe. La vérité, elle, est connue de tous et demeure quelque part dans ce que vous
ne dites pas: Ces troupes, les mêmes, qui ont porté Kabila au pouvoir n'ont jamais
quitté notre pays depuis la fameuse "guerre de libération". L'on se souviendra
d'ailleurs qu'après la prise Kinshasa, notre peuple avait sincèrement remercié les
armées étrangères (rwandaise, ougandaise, angolaise,
) qui nous ont aidé à nous
débarasser de l'ancien dictateur. Il avait, par la même occasion, exprimé son désir de
voir ces armées quitter le plus rapidement possible notre territoire et regnagner leurs
pays respectifs. L'on sait la réponse de Kabila à propos. Faudra-t-il attendre le 2
août 98, soit quinze mois après, pour parler de l'agression extérieure quand bien même
les militaires rwandais continuaient à vivre chez nous (au fait, qui était James
Kabare?). Ce ne s'appelle pas le nationalisme.
Dans le même ordre d'idées, nous savons aussi qu'un attentat aurait été organisé
contre la personne de Kabila quelques temps avant sa décision intempestive de rapatrier
les troupes rwandaises et ougandaises. Je vous rappelle que Kabila n'a pas renié ce fait
lors de son passage à la télévision belge, mais comme pour miminiser l'événement, il
n'a pas donné les détails sur le pourquoi ni sur le comment de la chose. A propos,
quelle est votre version des faits pour justifier cette agression extérieure, mieux les
vraies causes de la guerre actuelle? De grâce, les réponses du genre: "C'est à
cause de nos richesses naturelles tant convoîtées par nos voisins que par les puissances
occidentales", "la réalisation du plan de colonisation Hima-Tutsi",
"la colonisation rwandaise", etc
ne passent pas. Car facile à évoquer,
mais difficile à prouver sur base d'une argumentation solide et scientifique.
A l'époque, quand Kabila utilisait les mêmes forces étrangères (rwandaises et
ougandaises) pour la conquête du pouvoir contre Mobutu, qui avez osé une seule fois
dénoncé d'agression extérieures? Pourtant c'étaient les mêmes Rwandais et Ougandais
avec la bénédiction de Kagame et Museveni qui ont fait la guerre aux forces armées
zaïroises (FAZ). Je ne crois pas que la souveraineté du Congo ait commencé avec Kabila
et que le Zaïre de Mobutu ne jouissait pas de cette souveraineté qu'il fallait à tout
prix défendre contre les forces étrangères. Ça c'est de l'hypocrisie, de la
malhonêteté de nos dirigeants et de ceux qui cautionnent leurs égarements.
Aujourd'hui, vous demandez aux congolais de haïr et de considérer comme étrangers
Bizima, Bugera et compagnie. Comment avons-nous fait connaissance de ces personnes?
N'est-ce pas par le truchement de Mzee national. Quand ils mangeaient tous à la table du
roi, ses compagnons de lutte étaient des Congolais, maintenant qu'ils se trouvent à
l'extra muros ils sont automatiquement devenus étrangers! Ces jeunes gens ont occupé des
postes ministériels importants dans le gouvernement Kabila jusqu'au début de la guerre
actuelle. Maintenant que nous apprenons qu'ils sont étrangers, ne trouvez-vous pas que
Kabila a hautement trahi la nation congolaise en faisant sciemment et consciemment gérer
la res publica par des étrangers?
Hier, les grands amis de la RDCongo étaient l'Ouganda de Museveni, le Rwanda de Paul
Kagame ou encore l'Afrique du Sud de Nelson Mandela pour le soutien militaire ou
logistique qu'ils apportaient à notre pays. Kabila a rompu brutalement avec eux pour des
raisons qui nous sont inconnues jusqu'à ce jour. Ajourd'hui, c'est le Zimbabwe avec
Mugabe, l'Angola avec Dos Santos et la Namibie avec Nujoma qui sont à l'honneur. Leurs
armées se trouvent actuellement sur le sol de nos ancêtres sur invitation du Mzee
national. Dans ses sales habitudes, quand il aura fini de s'en servir, il se brouillera
avec eux pour demander ensuite à qui veut l'entendre que le Congo fait l'objet d'une
agression extérieure.
Pour ma part, rassurez-vous, je désapprouve totalement la guerre et ses conséquences
néfastes sur mon pays et mon peuple. Cela ne veut pas dire que je suis moins nationaliste
et moins congolais que ceux qui ne jurent que par la guerre ou la victoire militaire de
Kabila pour exprimer leur patriotisme. Cette guerre, ne vous y trompez pas, ne profite à
personne sinon à Kabila, à Wamba et aux pays étrangers présents chez nous.
Je crois, comme la majorité des congolais que, vu la gravité et la complexité du
conflit armé et les dangers réels qu'il présente pour la paix et le développement dans
notre pays et dans la région, la solution pouvant en résulter ne peut être militaire;
D'où l'impérieuse nécessité d'obtenir un arrêt des hostilités et conclure un
réglement politique global comprenant des aspects nationaux et régionaux impliquant
toutes les forces politiques représentatives du pays sans exclusion et bénéficiant
d'une garantie internationale.
Patriotiquement
Médard Munda Nkulu. |
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