"AFDL : conglomérat
d'aventuriers, d'opportunistes ... foyer de médiocrité" |
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Jean-Baptiste Ndeke |
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L'on croit rêver d'apprendre ce sévère
réquisitoire de la bouche même de Kabila. Et pourtant c'est la réalité qu'il faut
regarder en face et qui explique la dissolution de ce truc.
Le discours du président Kabila lors du premier congrès des CPP répond directement à
deux des mes préoccupations : autour de l'AFDL et autour de la loi sur les activités des
Partis politiques.
1. Autour de l'AFDL
La disparition officielle de l'AFDL répond à la double logique à la fois du caractère
vieillot de sa raison d'être et surtout du danger qu'il représente pour la
"libération". L'objectif de l'Afdl ayant été la victoire sur la dictature, il
devenait dès lors caduc de militer pour un objectif déjà atteint. Seuls quelques
intellectuels opportunistes refusaient de voir en face cette réalité et se délectaient
dans des motions de soutien au président de la République se terminant par des souhaits
de longue vie à l'Afdl!
Quant au danger que constitue cette Afdl, il est heureux de l'entendre de la bouche même
du président Kabila lorsqu'il la qualifie d' "un conglomérat d'opportunistes et
d'aventuriers". Kabila dit que la création de l'AFDL était "imposée à la
direction révolutionnaire comme condition sine qua non des liberrtés de mouvements,
d'acquisition des matériels de guerre, de droit de passage, etc. C'était une des
conditions. Admettre les Tutsi prétendant être des réfugiés congolais était une des
conditions essentielles pour les Rwandais qui voulaient nous donner le passage. Englober
dans les rangs de la direction de la révolution leurs espions recrutés et incorporés
dans leur armée, avec mission de surveiller les actes de la direction révolutionnaire !
Parce que, vous le savez déjà, les intentions des pays qui nous ont soutenus dataient de
longtemps. Donc, il fallait surveiller la direction du mouvement révolutionnaire pour
briser son indépendance en lui imposant des espions et des gens d'autres nationalités
qui passa
Si la création de l'Afdl était imposée pour obtenir du matériel de guerre, sa
disparition était inscrite dans la logique des choses. Il dit devant la nation : "
Donc la disparition de l'AFDL ne pourrait être fortuite. Sa disparition, elle était
inscrite parce que si l'AFDL se transformait en parti politique à quoi allait ressembler
ce parti politique ? Il n'aurait pas été cohérent , il ne pouvait qu'être un foyer de
médiocrité et d'opportunistes. La dissension et l'indécision. Et vous avez vécu, en
quelques temps, la course effrénée dans la capitale, par exemple, à l'enrichissement
rapide, à la rapine, aux pillages des biens d'autrui, vols organisés et à d'escortes
qui accompagnaient des dirigeants des différents groupuscules qui composaient l'AFDL.
Vous avez vécu un peu de ca. Les gens s'en plaignaient déjà. C'était une phase
transitoire. Il fallait donc mettre fin à l'aventurisme politique".
Peut-on être encore plus clair devant ceux qui confondent raison et sentiment, soutien à
l'action de quelqu'un et adhésion à un ramassis d'aventuriers; peut-on être plus clair
devant ceux qui veulent faire du débat national leur affaire comme ayants droit sous le
couvert de l'Afdl, ce "foyer de médiocrité et d'opportunistes" ? Nous n'avions
pas attendu ce moment pour réclamer le sabordage de cette sauce-à-tout dont les membres,
dans un malaise à peine dissimulé, préféraient s'identifier pudiquement et simplement
comme membres de l' " Alliance " (des ...médiocres).
L'ex-Zaire est plein d'intellectuels et des compétences, mais la dépravation
intellectuelle était arrivée à un point tel que seul comptait l'encensement du chef.
Plus on y allait tête baissée, mieux cela rapportait. La libre réfléxion rymait avec
subversion. Tenez : un homme est né en 1930 et nous dit que sa mère est née, elle, en
1921. Poser la question de savoir si une fillette peut avoir son (second ?) fils à 9
ans... était de la subversion ! Mobutu, puisque c'est de lui qu'il s'agit, s'est
tellement plu dans les ovations et les éloges de surface qu'il en est resté prisonnier
et s'est fait otage de son entourage. Ce grand homme politique a vécu ses derniers jours,
à en croire Honoré Ngbanda dans son livre "Ainsi sonne le glas ! Les derniers jours
du Maréchal Mobutu", (Ed Gideppe 1998) en clandestin au Maroc. Le départ
précipité dans le Cargo Illouichine de Savimbi de celui qui, hier ovationné de tous et
là abandonné par tous ses généraux qui voulaient d'ailleurs le liquider (Nzimbi
principalement) afin de
Aujourd'hui Kabila a peut-être raison de se méfier des belles paroles des soi-disant
membres de l'Afdl de l'étranger, comme nous l'apprenons, mais est-ce lié à sa
légendaire méfiance vis-à-vis des compatriotes résidant en occident ou serait-il mis
au vent des dangereuses infiltrations ? Rien de précis. Sans chercher à nous attarder
sur des supputations, nous estimons que des intellectuels devraient éviter des vaines
flatteries qui ne font que les disqualifier. Kabila devrait aussi se méfier des parodies
de la 2e République revue et corrigée par ses chantres.
Non seulement la cérémonie d'ouverture du fameux congrès des Cpp était agrémentée
comme au temps de "Lokuta monene" par la chanson "Tokufa po na Congo"
de l'artiste Tshala Mwana accompagnée par l'orchestre Empire Bakuba, mais c'est la
grand'messe de Dominique Sakombi qui en avait bien les accents. Il fallait que Kabila
fonde quelquechose pour se voir décerner la médaille de ...
"Président-fondateur", et là pour une occasion s'en était bien une. Si le mot
n'était pas laché, les préludes eux étaient bien réunis au conditionnement mental
graduel : Kabila est "le créateur, le penseur, l'initiateur, l'illustrateur, le
maître d'oeuvre et le maître de l'ouvrage" des Cpp. Pauvre pasteur, cette recette
funeste et en plus désuète n'aura plus prise comme au beau vieux temps, et risque à la
limite de s'avérer dangereuse pour son propre créateur.
2. A propos des Partis Politiques
Kabila répond, dans son discours, à notre préoccupation exprimée dans notre
"Réfléxion sur les Partis Politiques" publiée sur ce site le 25 février
dernier. En substance nous disions que l'opposition devrait être une opposition
parlementaire et que le grouillement des Partis politiques était dû au manque de
sanction populaire. La simple création d'un parti donnait droit à l'entrée au
parlement. Les uns y allaient pour acclamer et grossir les rangs des votants, les autres
pour y soutirer un profit matériel que représentait la diète.
Nous préconisions deux critères pour entrer au parlement :
a) le critère de taux de voix au vote : 10 ou 15% dans l'ensemble
b) le critère de représentativité spatiale : au moins 5% chaque fois dans les 2/3 des
régions du pays.
A ce propos le président Kabila nous renvoit au Débat National pour décider. Soit. Mais
c'est la clause des 30.000 FC qui pose encore, à mon sens, des interrogations. Il trouve
tout à fait normal car c'est, à ses yeux, une manière de limiter les partis. "Ces
gens sont des milliardaires, vous les connaissez. Vont-ils manquer 30.000 FC ? Ce n'est
pas vrai. (...) En somme de quoi est-il question du thème qui parle de Décret 194 ? Il
est tout simplement question de parler à nos compatriotes que des 185 pays membres de
l'ONU, le Congo est le seul à avoir eu dans son histoire 400 partis politiques. Et quand
on dit cela, même la communauté internationale nous dit que c'est finalement un cirque,
une récréation, une foire d'irresponsables. (...) On ne nous dira pas que c'est un signe
de richesse que d'avoir des centaines des partis politiques. Alors, il fallait mettre un
terme à cela pour aider notre pays".
Très bien. Si c'est pour mettre un terme à la naissance des partis que cette loi des
30.000 FC a été pensée, alors il se pose un problème résumé en ces points :
1. Dans un pays où le revenu moyen par habitant est de loin inférieur à 100 $ et où
par ces fameux Cpp l'on entend "remettre le pouvoir au peuple", est-il
raisonable de fixer la simple inscription à la formation d'un Parti à plus d'une année
de salaire ? Comment prétendre remettre le pouvoir au peuple et en même temps fixer des
conditions pratiquement inaccessibles pour lui ? C'est une mesure qui rend impossible en
pratique ce qu'elle prétend faire en théorie.
2. La loi des 30.000 FC ayant été pensée en fonction de "ces gens-là", sans
doute des anciens mobutistes de la rébellion -à moins que ce ne soit les dirigeants des
grands Partis-, il devient alors clair qu'elle perd son caractère impersonnel. Le manque
de sérieux ne réside pas dans le nombre des Partis politiques, mais dans la propension
à du provisoire, à du ponctuel, à des lois sur l'accessoire et qui ne doivent leur
survie, dans un environnement de démocratie moderne, qu'à coup d'incessants amandements.
Il réside dans l'incapacité d'ériger le durable et le définitif, l'impersonnel. L'on a
vu des projets des lois décrire la situation d'un individu afin de lui barrer
maladroitement le chemin vers un poste auquel ses atouts pourtant l'y destinent. C'est
cela la vraie récréation.
3. Si "ces gens" sont effectivement des "milliardaires" et n'ont
aucune peine à réunir les 30.000 FC, alors je ne vois pas en quoi réside le caractère
limitatif, en quoi cette loi contribue-t-elle à limiter le cirque, puisqu'ils peuvent
payer de toutes facons s'ils en ont envie. Il est clair que cette clause n'est pas pour
limiter leur accès, mais pour tenir loin le petit peuple. Et voilà le pouvoir dérobé
au peuple au profit des nantis! L'effet escompté se retourne au contraire contre le petit
peuple et c'est déjà l'échec des Cpp.
4. Qu'il y ait une caution à payer, là n'est pas le véritable problème, encore faut-il
définir comment le gouvernement agira en retour par rapport à ce qu'il percoit, mais que
cela ne soit pas pensé en premier lieu pour les milliardaires. Si la Communauté
internationale se moque de notre cirque, elle rira encore mieux d'apprendre que la
liberté d'association politique au Zaire est réservée aux seuls milliardaires !
- Le nombre des partis enregistrés ne doit nullement faire peur car la similitude presque
inévitable des programmes et des projets de société des uns et des autres ainsi que la
rigidité des conditions d'accès au parlement ouvert à tous (voir plus haut), acculeront
la multitude des partis à se regrouper dans des grandes tendances qui seront en fin de
compte de loin inférieur au chiffre du départ. A cela il faut ajouter la sanction des
urnes.
Puisque la loi sur les Partis et les regroupements politiques est un des thèmes du débat
national, nous exhortons les participants à prendre, sur ce sujet, des résolutions
équilibrées pour des projets durables et utiles qui transcendent des mesquines querelles
dont notre pays n'a que faire.
Jean-Baptiste Ndeke
Allemagne |
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