Gouvernement congolais: encore une
occasion manquée |
 |
Constantin Panu-Mbendele |
 |
|
Lettre ouverte au gouvernement congolais
pour sa molle réaction face à l'accusation de complicité dans le massacre des touristes
euro-américains.
Via Ministère de l'information.
Monsieur le Ministre ,
Nous saluons avec joie la déclaration du Congo au sujet de l'horrible massacre des
touristes américains, britanniques et néo-zellandais dans la réserve de Bwindi
(Ouganda). Nous nous réjouissons que le Congo l'ait condamné fermement et qu'il ait
demandé une enquête internationale pour établir toute la lumière sur les
responsabilités des uns et des autres. Le peuple congolais est un peuple hospitalier et
pacifique. Il hait toute violence.
Mais nous déplorons que le Congo n'ait pas saisi cette occasion pour dénoncer une fois
de plus et avec la plus grande fermeté le mensonge de l'Ouganda et du Rwanda. Nous
regrettons infiniment que face à toute l'injustice que nous avons dû subir, le
porte-parole du gouvernement se contente de dire que le Congo n'est pour rien dans ces
massacres!
On sait que pour justifier l'abominable agression et l'occupation de notre territoire, le
pillage éhonté de nos richesses et la violence contre les populations congolaises des
territoires occupés, ces deux pays ont brandi devant la face du monde le prétexte que le
gouvernement congolais ne garantissait pas la sécurité de leurs frontières. Et l'on
sait également que depuis lors, les gouvernements et les médias euro-américains ne
cessent
de nous rabâcher les oreilles avec cette rengaine, cherchant ainsi à se donner bonne
conscience devant leur refus coupable de ne pas condamner l'injuste et flagrante agression
du Congo, lequel refus absout ipso facto les multiples massacres des populations
congolaises par ces vampires qui veulent répandre dans toute l'Afrique des Grands-Lacs
leur anti-culture de l'amour du sang humain. Et comme si cela ne suffisait pas, on ose
surrenchérir encore en prétendant que cette prise d'otages et le massacre de Bwindi
aient été orchestrés par Kinshasa. Devant une accusation aussi grave, aucune réaction
stratégique, aucune agressivité, mais une simple condamnation du massacre. Quelle
complaisance, mon Dieu! Le gouvernement congolais ne voit-il pas qu'il laisse lui filer
entre les doigts une occasion qui lui est offerte sur un plateau d'or lui permettant de
saper au
niveau diplomatique l'argumentation des agresseurs? Et ce n'est pas la première fois
qu'il montre qu'il manque de stratégie. Tenez. Au moment où Kinshasa venait d'être
libérée et que toute la population se trouvait derrière le président grâce entre
autres à votre agressivité personnelle, il convenait de remanier le gouvernement, de
convoquer l'opposition intérieure - qui est là, même si vous ne voulez pas la
reconnaître et qui
était affaiblie entre autres à cause des déclarations malheureuses et maladroites de
l'UDPS -, de l'associer à la défense du pays, en prenant le peuple pour témoin de cette
magnanimité d'un gouvernement qui aurait placé les intérêts supérieurs de la nation
au-dessus des querrelles partisannes.
Cela aurait eu pour effet: (1) la rébellion aurait perdu son argument principal: la
tendance dictatoriale de Kabila; (2) l'opposion serait prise à son propre piège: ou
collaborer avec le gouvernement pour défendre le pays ou s'alliéner l'opinion publique
qui était derrière le Chef de l'Etat; (3) celui-ci en serait sorti plus fort que jamais.
Non, en lieu et place, ce fut une politique policière, des arrestations arbitraires des
membres des associations des défenses des droits humains, des journalistes..., des refus
d'octroi de passeport aux politiciens invités à l'étranger leur faisant une publicité
gratuité et leur re-octroyant ce que le peuple venait de leur dénier, l'humiliation des
ministres récalcitrants, etc... C'est franchement incroyable la vision politique du
gouvernement.
Monsieur le ministre, je trouve, pour ma part, que cette prise d'otages et ce massacre -
à supposer qu'ils ne soient pas l'oeuvre des soldats de Museveni et Kagame, car avec ces
gouvernements d'escrocs tout est possible - révèlent deux choses:
(1) L'argument d'insécurité aux frontières avancées pour justifier l'invasion du
territoire congolais est nul et non avenu. Si eux, qui disposent d'armées aguérries et
de beaucoup d'argent - l'argent qui leur est versé en remerciement pour leur salle
besogne de destructuration et de déstabilisation de l'Afrique et celui issu du pillage
des richesses
congolaises qu'ils ont toujours enviées - ne sont pas encore parvenus à garantir leur
sécurité aux frontières congolaises, comment le gouvernement congolais (sans armée ni
argent) pouvait bien réussir une telle entreprise en moins d'une année?
(2)Leur échec montre que le problème de la sécurité aux frontières est un pendant des
problèmes politiques internes. Tant que ces gouvernements continueront à répandre leur
idéologie de discrimination, tant qu'ils croiront qu'une minorité peut impunément
soumettre la majorité de la population, tant qu'ils n'auront pas compris qu'ils doivent
renoncer à leur
complexe d'infériorité converti en complexe de supériorité et qu'ils doivent
s'intégrer au reste des peuples bantu qui leur ont généreusement transmis le peu de
culture dont ils peuvent encore se prévaloir aujourd'hui (p. ex. le Kinyarwanda qui est
une langue bantu), ils pourront tuer et mentir, il n'y aura jamais de paix.
En conséquence, il faut que les Euro-américains cessent de se cacher la vérité. Il
faut qu'ils obligent enfin leurs protégés à cesser de piller le Congo et de commettre
tant d'iniquités qui risquent d'hypothéquer pour plus longtemps encore les relations de
bon voisinage, et à se retirer du territoire congolais.
Excellence, les événements sont encore très actuels. Profitez de cette occasion pour
mettre les pendules à l'heure.
Constantin Panu-Mbendele |
|