Réponse à une réponse. A Monsieur
De Tibeiro |
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Pierre Mangila |
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Merci beaucoup pour vos réponses à mes
questions. Elles ont le mérite d'être claires; ce qui permet de faire avancer le débat.
J'ai beaucoup apprécié votre introduction sur ce qui donne aux gens le désir de
changer. Je crains cependant que nous ne tirions de ces raisons générales des
conclusions diamétralement opposées à propos du cas précis qui nous concerne hic et
nunc: le départ de Kabila.
En effet, je soutiens que ce sont précisément les raisons que vous avancez sur ce qui
donne aux gens le désir de changer qui expliquent pourquoi Kabila est là et va
probablement rester jusqu'à la tenue, le plus rapidement possible, d'éléctions
transparentes.
Les trois raisons que vous avancez sont, pour faire court: la souffrance trop longtemps
endurée, la désespérance, la réalisation de ses propres capacités à changer la
situation (je signale en passant que ces trois "raisons" sont dialectiquement
liées). C'est premièrement
pour avoir trop longtemps enduré les affres de l'ère mobutienne que les Congolais ont
accepté (et acceptent Kabila). C'est ensuite pour l'espoir de changement qu'il apportait
face à la désespérance de la fin du régime mobutien que les Congolais ont décidé de
donner une chance à Kabila, en toute lucidité, en sachant que ce changement ne
s'opererait pas en une matinée. C'est enfin parce que Kabila a su montrer aux congolais
de quoi ils sont capables; il a pu leur montrer qu'ils sont capables de littéralement
chasser de Kinshasa Mobutu (qui l'eut cru?) et les Ruandais-Ougandais; il a su leur
montrer que l'inflation n'est pas une fatalité et que la corruption au quotidien des
forces de l'ordre n'est pas dans je ne sais quelle nature immuable des congolais; etc;
Avant que vous ne m'accusiez d'être tchembe-tchembe (accusation que je ne redoute du
reste pas, étant donné que je sais que je n'en suis pas un), je dois ajouter qu'il est
indéniable que Kabila et son gouvernement ont commis (et commettent encore) des erreurs
difficiles à comprendre, des maladresses aux conséquences incalculables. Qu'il
suffise de citer notamment: l'incapacité à pactiser avec l'opposition interne, la
gestion catastrophique des affaires étrangères et des dossiers diplomatiques et de la
coopération, la dérive autoritaire et régionaliste, les nominations aléatoires et
fantaisistes des collaborateurs, la dilapidation irresponsable de l'immense capital de
confiance, etc
Mais cela justifie t-il qu'il doive partir? Surtout si l'on sait que ce régime a tout de
même aussi des acquits non négligeables, d'autant plus remarquables au regard du
contexte international qui était au mieux indifférent et attentiste et au pire,
franchement hostile?
Quelles sont les priorités pour notre pays aujourd'hui? Il ne s'agit pas à mon avis de
faire partir Kabila ou d'avoir un autre dirigeant, mais plutôt de construire la paix, de
rétablir la justice, et de relancer le travail. Croyez-vous que ces priorités seraient
servies par le scénario démissionaire que vous proposez? Ne voyez vous pas que le
départ de Kabila au moment et sous les conditions que vous préconisez a le potentiel de
multiplier les rébéllions ethniques et régionalistes (en tant que stratégie de
repositionnement pour la course au pouvoir)? Ce départ maintenant ne risque t-il pas de
conduire à l'aggravation de l'arbitraire et de l'injustice? Ne va t-il pas retarder la
remise au travail du pays, déjà compromise par cette guerre "inutile"?
Vous écrivez, à juste titre, que nous devons éviter à tout prix que l'armée et-ou la
guérilla ne reste l'unique recours. Votre appel à la démission de Kabila contredit le
principe démocratique que vous soutenez. Une démission-fuite de Kabila serait une
consécration de la guérilla (qui plus est, activement soutenue par une invasion
étrangère) comme moyen de prise de pouvoir. Ce n'est certainement pas cela que vous
souhaitez, ce n'est certainement pas cela la légitimité républicaine que vous defendez.
Vous faites aussi référence au pouvoir autoproclamé de Kabila. L'autoproclamation n'est
pas ma manière préférée de prise de pouvoir; cependant l'auto-proclamation de Kabila
à la présidence n'est pas ce qui me gêne le plus. Je ne sais pas qu'elles auraaient pu
être les
autres alternatives. Un vide à la tête du pays? Ou Bugera? Bizima Karaha ou Masasu?
D'autres avant Kabila, sous d'autres cieux, se sont auto-proclamés avant de se révéler
des vrais démocrates. ATT que vous citez en exemple n'était pas non plus porté au
pouvoir par les urnes.
Vous écrivez enfin "qu'on oublie souvent que Kabila fut l'allié des pays qui ont
agressé.....". Aucune personne de bonne foi ne pourrait l'oublier. Mais aucune
personne de bonne foi ne devrait oublier la différence fondamentale entre cette alliance
qui visait un objectif partagé par la plupart de Congolais (la fin du régime Mobutu) et
l'invasion actuelle qui détruit un processus de reconstruction en cours et sème la
désolation; et qui est toujours récusée à travers tout le pays, et même dans les
zones occupées!
L'idée d'un Conseil des Sages est fort séduisante. Il en faut effectivement un, composé
de personnalités au dessus de tout soupçon et sans ambition politique. Ce Conseil
n'aurait pas pour objet de recevoir une quelconque démission de Kabila. Il aurait plutôt
pour vocation de réconcilier Kabila avec l'opposition armée et interne, de modérer
l'intransigeance improductive et le radicalisme stérile de l'opposition, d'exposer les
dérives de Kabila et de son système, de créer les conditions d'un déblocage politique
et social de la situation
par l'organisation d'un véritable débat national en vue de l'instauration d'une
démocratie apaisée et paisible, de conforter l'indépendance du judiciaire, de
préserver la liberté d'une presse responsable, etc;
Il existe des solutions moins aventurières que la démission-fuite de Kabila. La
priorité pour notre pays est de construire la paix et de créer l'ouverture politique
démocratique, notamment par la réalisation d'éléctions transparentes. Donnons au
peuple l'occasion de trancher.
Pierre Mangila |
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