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L'Abrutissement des Cadres ou "Culture Bangamba"

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Mme Schiller, Libambu M.

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La culture bangamba est le produit de la creation des centres urbains. Au depart, ce sont naturellement les villageois, pecheurs ou cultivateurs, qui sont devenus des paysans de la ville, pour se transformer ensuite en paysans-citadins apres avoir acquis les manieres de la ville.

A l'aube du developpement des centres urbains, on les reconnaissait facilement le Dimanche a l'Eglise ou a la place du marche, grace a leur "aspect villageois". Mais des qu'ils accomplissaient leur metamorphose en citadins, c'etait de plus en plus difficile de les distinguer d'emblee de ceux qui sont nes citadins. Qu'ils aient obtenu l'education de base ou non, ils connaissent les manieres de la ville. Ils savent comment se rendre elegants, comment charmer leur cible. Ils ont des notions elementaires de la vie publique (livrets, cartes de membres, etc).

Mais a cause de leur niveau d'instruction limite, il leur est difficile de comprendre des idees ou situations complexes ou sophistiquees. Beaucoup sont simplement des analphabetes. Leurs preoccupations et leurs aspirations tournent autour de besoins primaires et certains
besoins secondaires. Ce ne sont pourtant pas ceux-la qui posent un probleme.

L'inquietant phenomene que nous observons de plus en plus est celui de la bangambanisation des cadres. Nos cadres s'abrutissent a un rythme alarmant. Le nombre de ce type de cadres devient sans cesse plus eleve, et ils semblent si confortables dans leur peau qu'on les prendrait pour de veritables detenteurs de la culture bangamba! Le phenomene est inquietant dans la mesure ou c'est des cadres Zairo-Congolais que
depend l'avenir de notre pays.

Allons-nous nous limiter a la consommation anarchique de biens produits par les autres sans essayer de maitriser reellement le mecanisme de production? Continuerons-nous a negliger les valeurs intrinseques jusqu'a se pencher sur des aspects extrinseques de facon desequilibree?
Comment allons-nous progresser si la majorite de cerveaux inities aux choses sophistiquees continuent a se comporter comme de petits esprits?

D'aucuns incrimineraient la vie dure et les circonstances. Mais a vrai dire, l'abrutissement des cadres est avant tout une question d'attitude. Plus les conditions de vie sont abrutissantes, plus on lutterait pour maintenir un certain niveau de connaissances, ne fut-ce
que par amour-propre. Ceux qui n'acceptent pas de s'abrutir essaient de sauvegarder leur heritage intellectuel en recherchant autant que possible des gens qui s'interessent a l'epanouissement, en lisant regulierement pour enrichir leurs connaissances.

C'est necessaire de se rafraichir la memoire de temps en temps dans son domaine de formation, en s'efforcant de suivre l'evolution des choses meme si l'on n'est plus dans la pratique. Car, lorsqu'apres avoir "perdu la main", on perd egalement les notions elementaires, le risque d'abrutissement total est tres eleve, a moins qu'on ait tout
simplement vire vers un autre domaine.

Il est temps d'arreter ce fleau, autrement, l'Afrique s'en sortira tres difficilement. Tandis que des citadins non-instruits sont des compagnons interessants et tres agreables, les faux bangamba, eux, sont terriblement nuisibles.

Mme Schiller, Libambu M.
Paru dans Bulletin de l'AZEA, Vol. 3 No.13 du Jan/98.
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