Cher Compatriote MUTOMBO Lukasu
1. J'ai pris connaissance de votre question sur le nationalisme et du contenu très
profond de votre article. Je vous en remercie. Je vais tenter de répondre sur les points
suivants:
- l'explication du nationalisme;
- le cas LUMUMBA;
- le cas TSHISEKEDI et KABILA.
I. LE NATIONALISME
2. Qu'est-ce que le nationalisme ? J'avais une fois posé cette question aux chantres du
nationalisme et partisans de la confusion (expression du Professeur Jule de TIBEIRO) sur
les websites Congo2000 et Congonline et que vous connaissez par ailleurs très bien. A ce
jour, aucun d'eux n'a répondu.
Toutefois, le compatriote Julien K. m'avait répondu en donnant les définitions
suivantes:
a) Le nationalisme est la doctrine qui affirme la prééminence de l' intérêt de la
nation par rapport aux intérêts des groupes, des classes, des individus qui la
constituent;
b) Le nationalisme est le mouvement politique des individus qui veulent imposer la
prédominance de la nation à laquelle ils appartiennent dans tous les domaines.
Ces définitions me paraissent très correctes et expliquent suffisammment le concept
"nationalisme". En conséquence, je ne trouve pas d'autres définitions à vous
donner.
3. Cependant, la question la plus importante est à mon avis celle de savoir si le
nationalisme proné au Congo notamment par Mobutu, d'abord et Kabila, ensuite correspond
à ces deux définitions. Comme je l'avais écrit à notre cher Julien K.(que j'apprecie)
la réponse est négative. En effet, le nationalisme auquel a recourru Mobutu pour
consolider sa dictature et recourt Kabila pour justifier sa rébellion de 1996-97 et
s'attirer l'adhésion populaire face à la rébellion du RCD contraste nettement avec les
définitions ci-haut.
Si le nationalisme zaïrois authentique de Mobutu n'est qu'un slogan à des fins de
propagande, de manipulation des masses et de perversion, celui de Kabila est un
nationalisme PRIMITIF, voire sangunaire qui implique l'usage sans limite de la violence la
plus extrême. Le Pasteur Kabongo l'avait d'ailleurs qualifié, dans une interview parue
dans la revue Jeune Afrique économique, de nationalimse " abject ". Pour ma
part, je le qualifie de nationalisme " dénaturé " qui n'est rien d'autre que
du NATIONAL-POPULISME aux tendances xénophobes, voire racistes, particulièrement
prononcées.
Les partisans de ce national-populisme (que vous connaissez bien) se reclament du peuple,
de ses aspirations profondes, de le défendre contre les divers torts qui lui sont faits.
En réalité, ils ne le sont nullement pas.
Pour preuve, ceux qui sont actuellemnt au pouvoir dans notre pays sont-ils l'émanation de
la volonté populaire ? Ne sont-ils pas le produit d'un complot contre les aspirations
profondes du peuple congolais exprimées lors de la Conférence nationale souveraine ?
L'auto-proclamation de Kabila en qualité de Chef de l'Etat du Congo n'est-elle pas la
preuve évidente de ce qui est dit ci-haut ?
4. L'histoire du Congo montre que, par leurs appels repetés au nationalisme, les
gouvernements Mobutu, d'abord et Kabila, ensuite n'ont toujours cherché que la
mobilisation collective de type irrationnel.
5. Comme je l'avais écrit à M. Julien K., le nationaliste respecte son peuple car
l'intérêt de la nation n'est rien d'autre que celui du peuple et exprimé par lui (le
peuple). Le nationaliste ne trahit ni ne noue de cartel avec l'étranger au profit de ses
intérêts personnels ou de son ambition politique démesurée. Or à voir de plus prêt,
dans le cas Mobutu comme le cas
Kabila, il y a eu trahison de l'intérêt de la nation au profit de l'ambition politique
démesurée.
6. Vous avez raison de souligner que le nationalisme est aussi le respect des lois en
vigueur au sein de la nation qu'en conséquence le nationaliste devrait respecter. Je
pense que le nationaliste a également le droit de dénoncer ces lois du moment où il les
estime ne pas traduire les aspirations profondes du peuple. Car, tous, savons comment sont
faites les lois dans notre pays. Si ce n'est pas pour satisfaire le Chef en renforcant
tous les pouvoirs autour de sa personne et sa clique, c'est pour protéger de façon
impropre et irrégulière le mandat des députés au parlement. Ainsi, le peuple se
retrouve sans protection légale et livrée à la merci des gouvernants.
7. Le Congo est Etat-Nation (en théorie) depuis 1960. Le nationlisme congolais devrait
être le résultat d'un certain type de modernité, non comme l'expression des
solidarités traditionnelles. La nation congolaise procède des ethnies et tribus, ce qui
présuppose leurs nouvelles mobilisations. Le nationalisme ne devrait pas apparaître
comme l'éveil d'une force ancienne, latente, qui sommeille. Il devrait être la
conséquence d'une nouvelle forme
d'organisation sociale fondée sur des hautes cultures dépendantes de l'éducation, non
des simples sentiments et reflexes d'appartenance à la nation susceptibles de pousser le
peuple à la mobilisation aveugle et spontannée à la suite des slogans et appels des
dirigeants politiques démagogues et minipulateurs.
8. Il faudrait rendre le nationalisme compatible avec le maintien des libertés, le libre
choix des acteurs acceptant ou non de s'identifier de manière plus ou moins intense à
une nation. L'individu devrait préserver son choix, contrôler son dégré de loyauté au
lieu de disparître derrière la mobilisation collective - comme je l'ai dit ci-haut - de
type irrationnel.
II. LE CAS LUMUMBA.
9. Lorsqu'on examine la pensée de Lumumba en ce qui concerne le nationalisme, on peut
relever deux points essentiels:
a) Lumumba se souciait de l'unité nationale (unité du Congo). Pour preuve, en 1960, face
au bloc Kasa-Vubu et Mobutu, moins pour conforter sa majorité que pour préserver
l'unité du Congo, Lumumba avait noué un cartel avec la Parti solidaire africain (PSA) de
Gizenga, le Balubakat (Association des Baluba du Katanga) de Remy Mwamba et le Centre de
regroupement africain (CEREA) d'Anicet Kashamura.
b) Lumumba était également préoccupé par l'unité du peuple congolais. IL se mefiait
ainsi de tous les facteurs de division, qu'ils soient d'origine extérieure comme la
conception socialiste des classes sociales ou africaine, le tribalisme.
Pour Lumumba, ce qui devrait prédominer, c'est la nation congolaise et son peuple. Il
déclara à ce sujet: " Mort ou vivant, libre ou en prison, ce n'est pas moi qui
compte; c'est le Congo, c'est notre peuple pour lequel l'indépendance a tourné en prise
d'otages ". Le nationalisme de Lumumba en tant que doctrine et mouvement politique
correspond valablement aux définitions du nationalisme données ci-haut. Certes ce
nationalisme est
resté lettre morte pour la simple raison que ce digne et leader incontesté de notre pays
fut la victime expiatoire des puissances impérialistes, les Etats-Unis en tête. En
effet, lors de la réunion du Conseil national de sécurité, le 18 août 1960 à
Washington, l'Adaministration Eisenhower décida son élimination physique. Le 14 fevrier
1961, sa mort fut officielllemnt
annoncée.
III. LE CAS TSHISEKEDI ET KABILA
10. Une littérature abondante présente E. Tshisekedi
come démocrate et nationaliste. Dit-on que c'est peut-être pour cette raison que
l'Occident lui tourne de temps en temps le dos. Pour cet homme, c'est d'abord la Nation
congolaise et son peuple. C'est la volonté populaire qui prédomine. Je pense que si E.
Tshisekedi était guidé par l'ambition politique démesurée, il aurait déjà (depuis
qu'il s'est manifesté grâce à son opposition contre Mobutu) avec son parti l'UDPS
composé avec les forces impérialistes à l'instar de Mobutu et Kabila.
11. Quant au nationalisme de Kabila, celui-ci est sujet à caution. Il me semble que son
nationalisme n'est guere différent du national-populisme dont j'ai donné les traits
dominants ci-haut. C'est le nationalisme PRIMITIF. Les louanges écrites pour Kabila
depuis sa rébellion de 1996-97 sont de pure romance et contrastent avec la nature et le
bilan de ses actes.
12. IL est vrai, comme vous le dites, que les vrais nationalistes, ce sont ces soldats
congolais qui meurent au front trompés par des " nationalistes pervers"
dépourvus de tout scrupule et dont le seul maître est l'enrichissement personnel
(l'argent) ou l'ambition politique démesurée. Les nationalistes ce sont ces civils
pauvres paysans congolais, inoncents mais victimes des massacres et contraints aujourd'hui
à l'exil abandaonnant
leurs champs. Enfin les nationalistes sommes nous qui dénonçons toute forme
d'exploitation du Congo par des dictatures à répétition des aventuriers et guerrilleros
sans intélligence véritable.
Mes salutations.
Faustin Kutshienza |