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Dr
Paul Mulemeri KANAMBY
5491,
Victoria, suite 107, Montréal, Québec, Canada H3W 2P9
Fax
(514) 737-3707 E-mail :
paul.kanamby@sympatico.ca
Montréal,
le 9 juillet 1999
Son
Excellence M. Laurent-Désiré KABILA
Président
de la République démocratique du
Congo
(RDC)
à
Kinshasa
Excellence,
Congolais
originaires du Kivu, c’est dans l’appréhension et la mort dans
l’âme que nous suivons, depuis le début, les tractations relatives
au contentieux entourant
notre terroir occupé, dont, comme vous le savez vous-même pour y
avoir longtemps vécu, la population paisible et pacifique n’a
jamais cessé de souffrir le martyre. De manière générale, depuis
les années 60 et, plus particulièrement, depuis que les troupes de
la coalition ougando-rwando-burundaise se sont installées à demeure
sur le territoire du Kivu, les autochtones congolais subissent
impitoyablement les affres de l’humiliation et de la mort tout
simplement parce qu’ils ont tort de défendre leur patrie.
Aujourd’hui
mais après quel retard, tous les Congolais réalisent que ce que leur
ressassaient les ressortissants du Kivu à longueur d’années est
fondé, à savoir que les Rwandais et les Burundais ont toujours
nourri des visées hégémoniques et expansionnistes sur les provinces
congolaises interlacustres du Kivu qu’ils s’évertuent à considérer
comme leur hinterland. Nous n’avons pas besoin de rappeler ici
l’historique de la présence des Rwandais et des Burundais en RDC
pour prouver cette supercherie.
Nous
savons tous que les annales du Burundi et du Rwanda sont jalonnées,
depuis des lustres, d’affrontements ethniques meurtriers entre Hutus
et Tutsis et que notre pays, le Congo-Kinshasa (Congo-K), dans ses
deux provinces du Kivu qui jouxtent ces deux pays, a toujours donné
asile aux réfugiés fuyant la persécution chez eux. Selon que c’étaient
des Hutus ou des Tutsis au pouvoir dans leurs pays respectifs, le Kivu
accueillait indistinctement les uns et les autres.
Jusqu’en
1994, année où le gouvernement du Front patriotique du Rwanda (FPR)
a pris le pouvoir par la force des armes, sous la férule du Général
Paul Kagame, vice-président de ce pays et ministre inamovible de la défense,
la RDC observait, sur le plan externe, une politique de coexistence
pacifique avec ses voisins de l'Est et, sur le plan interne, elle
veillait à ce que les Hutus et les Tutsis réfugiés sur son
territoire n’y transposent leur conflit séculaire.
Sous
prétexte d’exercer leur droit de poursuite, Le Rwanda du Général
Kagame, l’Ouganda du président Museveni et le Burundi du Major
Buyoya après son deuxième coup d’État ont mis en cause non
seulement la tradition de l’hospitalité légendaire de la
population du Kivu mais aussi cette pratique consacrée par l’ONU et
l’OUA qui consiste à mettre les réfugiés à l’abri. La nouvelle
dynamique que ces trois pays s’appliquent à imprimer sur
l’orientation de leurs relations avec les voisins se traduit par la
politique de la canonnière et, sur le plan interne chez eux, par l’égotisme
et le népotisme ethniquement exclusif.
Voilà
pourquoi, même au Congo-K où ils se sont réfugiés, les Tutsis qui
ont créé de toutes pièces une tribu fictive dite banyamulenge
ont exclu de ce concept d’appartenance leurs compatriotes Hutus.
La conceptualisation de ce terme traduit ainsi, à la fois, la détermination
à poursuivre les hostilités hutu-tutsi en RDC et à refuser de
s’intégrer à la société d’accueil, en l’occurrence
congolaise.
La
preuve est faite que la population autochtone du Kivu qui est le
premier ayant droit tous azimuts est ignorée, à l’instar des Hutus
au Rwanda et au Burundi. Pour notre part, nous disons que nous ne
pouvons accepter que des étrangers viennent fouler aux pieds nos lois
et nous imposer leur modus vivendi. En lieu et place, ils devraient se montrer reconnaissants.
Pour
toutes ces raisons, nous considérons comme non représentatif tout
accord auquel n’auront pas pris part les délégués des FAP et ceux
de la population du Kivu. Par voie de conséquence, nous nous désolidariserons
de toute entente qui se concluera sur le dos des nôtres. Nous nous
demandons pourquoi on a associé aux pourparlers les rebelles
congolais qui ont pactisé avec l’ennemi et écarté les FAP qui,
non seulement soutiennent le gouvernement légal, mais en plus elles
jouissent de l’appui de la population des territoires congolais
occupés.
Céder
au chantage des rebelles en accédant à leurs lubies aurait pour
effet, non pas de résoudre la crise, mais plutôt de susciter et
d’encourager d’autres foyers d’incendie parce que cela aurait
prouvé que l’insurrection est payante. Cela ferait également
croire à la population du Kivu que le gouvernement l’a abandonnée.
Nous
n’ignorons pas que vous subissez beaucoup de pressions mais il est
sage de garder toujours présent à l’esprit que c’est votre
peuple qui demeure votre dernier rempart et que c’est à lui que
vous avez à rendre des comptes, comme vous l’avez si fréquemment
souligné à juste titre d’ailleurs.
Il
est inadmissible que la RDC se résigne aux ignominies aussi pires que
cette humiliation qui lui est infligée par ceux-la-mêmes qui ont
commis des massacres et qui, en plus, nous demandent des concessions,
non sans avoir pillé nos ressources et occupé notre pays. Au
contraire, nous avons le devoir patriotique de les traduire en
justice. Nous ne doutons pas que vous partagiez notre appréhension.
À cet effet, nous nous réjouissons des initiatives diplomatiques que
vous ne cessez de prendre.
Avec
nos remerciements pour l’attention qu’il vous plaira de porter à
la présente, nous vous prions de croire, Excellence, en
l’expression de notre haute considération.
Pour les
ressortissants congolais du Kivu
Dr
Paul M. KANAMBY
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