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Nouvelles du Kivu: Mouvements de troupes, rumeurs, negociations inter- communautaires

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Transmis par Kambale Katahwa

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1/ Des troupes qui partent, des troupes qui arrivent

Nos correspondants, qui dementent que Bukavu soit "encercle par les Mai-Mai" comme certaines depeches l'ont sugere, disent par contre avoir observe "depuis quelques jours un mouvement des troupes et materiel dans les teritoires occupes de l'est". Les plus optimistes sur place lient ce mouvement a l'atmosphere de decrispation a laquelle Kampala et Kigali s'emploient a participer, au moins au niveau du discours. Mais nombreuses sont les interrogations qui demeurent, comme en temoigne la correspondance suivante recue de Bukavu et datee du 1er juin (extrait):

" La semaine derniere, on a vu passer trois chars, en provenance d'Uvira. Ils ont ete embarques sur le bac pour Goma le lendemain. Nous avons, par la suite, appris qu'il s'agissait des chars ugandais qui avaient ete pretes aux soldats rwandais et qui rentraient au bercail !

Effectivement, les hommes de Museveni se sont retires du Nord-Kivu (sauf à Beni et Butembo) et du Sud-Kivu. Ils ne sont pas rentres en Uganda; ils seraient alles plutot en Province Orientale. Qu'est-ce que cela signifie ? Nous y voyons une manoeuvre inquietante : est-ce une facon de se repartir le territoire ?, de le fractionner avec plusieurs
chefs de guerre chacun avec ses allies ? Ce qui est tout de meme positif dans cela, c'est que l'Uganda a coupe avec l'aile dure du RCD soutenue par le Rwanda, emportant aussi le materiel qu'il leur avait prete. Mais    le Rwanda vient de deployer encore, entre le 28 et le 31 mai, plus de 3500 hommes supplementaires a Bukavu et a Goma.

2/ Rumeurs folles

Toutes ces interrogations alimentent des rumeurs dans tous les sens a Goma et Bukavu. Mais c'est l'offre de cessez-le-feu unilateral de Paul Kagame qui semble avoir relance ces rumeurs: personne a Goma et Bukavu ne semble accorder le moindre credit a cette offre. Une correspondance de Goma: " Concernant le 'cessez-le-feu unilateral' de Kigali, les commentaires vont dans tous les sens. Et des maneouvres de coulisse aussi. Ce n'est
pas de gaiete de coeur qu'ils l'ont declare; c'est parce qu'ils subissent de serieux revers sur le terrain et que leur partenaire ugandais devient hesitant ! Car, entretemps, des rumeurs confirment qu'ils seraient en train de finaliser avec le RCD/Goma le projet de la secession du Kivu et de la proclamation de "l'Etat du Kivu". La rumeur vient des conseillers des autorites RCD dont certains viennent de faire un sejour (formation ideologique) de deux semaines à Kigali. Des consultations discretes sont deja en cours au niveau de
certains commercants a ce sujet.

3/ Espoirs de negociations interethniques locales

Et comme au Kivu a chaque versant montant d'une colline correspond toujours un versant descendant, ces nouvelles plutot inquietantes n'empechent pas des manoeuvres locales de se poursuivre. Entre deux coups de canon et a l'abri des projecteurs des faiseurs de paix internationaux, les representants des communautes ont repris des pourparlers en vue de
negociations autour de la question de cohabitation. Et comme la correspondance suivante l'indique, les ONG locales, qui ne cachent pas un certain scepticisme, esperent que cette fois, des "leaders politiques" auto-proclames, prenant des ordres de Kigali ou d'ailleurs (dont certains sont maintenant desavoues par les paysans) ni des humanitaires faiseurs de
paix ne viendront troubler la serenite des discussions sous pretexte de protection des "minorites", et des discours de ce genre, qui ont fait plus de tort que de bien aux communautes de la region, y compris, et a commencer par ceux qu'on voulait proteger. C'est pour mettre ces preparatifs a l'abri de l'influence de ces "internationaux" que des references precises (noms, dates) sont volontairement omises dans le message suivant, recu aujourd'hui de Bukavu:

"Nous avons recu plusieurs fois des emissaires Banyamulenge qui nous disent de negocier. Hier nous nous sommes reunis. Nous avons decide de repondre favorablement. Cette fois, ils sont conscients que la situation n'est plus a leur avantage. Il y a d'ailleurs des signes que les paysans veulent prendre les choses en mains et ne veulent plus obeir aux politiciens Tutsi et meme a Kigali. Le mois dernier, les paysans ont empeche Bizima Karaha de mettre les pieds dans son village a Minembwe; ils l'ont traite d'assassin. Serukiza aurait ete traite de la meme facon. La nouvelle, je la tiens de (...) : elle est donc vraie !

"Leur offre de negociation, ce n'est pas de la blague, donc.. Le (...) prochain nous allons nous reunir pour les preparatifs d'une eventuelle rencontre.

"Mais, nous ne devons pas etre naifs. Ce sont les memes qui, avant aout 1998, ne voulaient pas entendre parler de cohabitation qui, aujourd'hui, montent au creneau. Les memes personnes qui nous ont contactes avaient declare, en juillet 98, dans une reunion au Crongd, qu'il y avait deux groupes ethniques au Congo (eux et le reste des congolais, et que dans tous les debats, il fallait etre a egalite, 50 % des participants etant eux! Ils
disaient que nous parlions de negocier et de cohabitation parce qu'ils avaient des armes. Aujourd'hui, ils se rendent compte que d'autres peuvent savoir ou trouver les armes. Meme si c'est du passe; mais tout cela doit interpeller notre conscience et nous eviter toute naivete."

Quant a la situation au Nord-Kivu, nos correspondants ecrivent: "nous avons eu des nouvelles avant-hier. Tout le monde parle effectivement de cette espece d'accord entre Hutu (les ex-Far et interahamwe de 1994) et Tutsi; [...]. Maintenant, il y a mefiance, et les autochtones se demandent encore a quoi tout cela va mener. [...]".

Transmis par Kambale Katahwa
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