| [Ci-dessous un texte ecrit par un abbe du
nom de Bulambo Jacques. Date de Bangwe le 20 fevrier 1999, le texte parait base sur des
temoignages de premiere main et contient des precisions sur des noms, des dates, voire des
heures des evenements cites.] LES MASSACRES DE
MAKOBOLA
Par Abbe BULAMBO JACQUES
Devant le doute et l'obscurite, entretenus peut-etre, sur
les evenements tristes et horribles de MAKOBOLA, ayant une certaine information verifiee
apres descente sur terrain et plusieurs
investigations, nous nous sentons dans l'obligation de ne
pas taire ces agimissements des sans voix' ; en relatant l'historique des
evenements.
De fait, nous avons ete sur place pour les festivites de
Noel du 24 au 25 decembre. Nous avions celebre la messe de la veillee dans le calme car
les militaires rebelles du RCD venaient d'enlever leur position de MAKOBOLA I qui se
trouvait l' ecole primaire de Makobola et occupant la salle polyvalente de la jeunesse.
C'etait la joie car il n'y avait plus de tracasserie et nos salles itaient liberees.
Cette joie de Noel va etre ephemere, car les militaires
rebelles ayant quitte MAKOBOLA I, avaient traverse le pont pour placer leur position dans
MAKOBOLA II qui est deja dans la zone de Fizi, territoire BEMBE. Pour ce dernier c'etait
une provocation, l'occupation de terre de leurs ancetres par les etrangers + BANYAMULENGE.
C'est ainsi que le mardi 29 decembre 1998 a 17h00, ils vont envoyer un message annoncant
leur attaque pour deloger ces militaires Tutsi + Banyamulenge. Et exactement a 17h30' ils
avaient attaque et mis en deroute les troupes Banyamulenge dont le salut etait dans la
fuite apres avoir perdu certains d'entre eux. Notons que tout ceci se passe dans MAKOBOLA
II de l'autre cote du pont et MAKOBOLA I restait encore intact. Jusqu'au mercredi 30
decembre au matin, les May May etaient les maitres du village.
Vers 10h00 de ce mercredi 30 decembre 1998, la nouvelle
circulait deja que les renforts des troupes rebelles + Banyamulenge etaient en route. En
fait, ceux-ci etaient venus a bord des camions a partir d'Uvira et a 10h00, ils s'etaient
arretes dans les tournants de LWANGA, a peu pres 5 km de MAKOBOLA I a un endroit qu'on
appelle HAINDAVA. A partir de la, ils ont quitte les camions pour continuer a pied. Les
May May ayant appris leur arrivee, se retirent du village pour regagner les montagnes. Les
rebelles Banyamulenge, des leur entree dans le village Makobola I, la premiere personne
rencontree c'etait une pauvre maman repondant au nom de NABYOCUCWA ; elle fut la premiere
a etre tuee dans le quartier KASENYA. En evoluant sur leur route, les tueurs arriverent a
la maison de DUNIA ILUTA. C'est par la qu'ils ont commence non seulement a tuer mais aussi
a bruler les maisons. Celle de ce dernier fut la premiere et de la, les maisons vont etre
incendiees par ces tueurs Banyamulenge jusqu'a KAHAMA. La sale besogne a continue avec une
cruaute terrible et ce fut un mercredi noir pour ces paisibles habitants de Makobola.
Certains etaient brules vifs dans des maisons, d'autres tues a l'arme blanche, d'autres
encore par balle.
C'est dans ce carnage que nous avons perdu entre autres
notre Mwongozi NDAMA RUSANGIZA (Catechiste responsable) de la diaconie (secteur) de
Makobola. Et au sujet de sa mort, nous avons le temoignage du sous-directeur de notre
ecole de Makobola BWASHALI, qui a quasi echappe par miracle avec sa famille. Celui-ci
etait le voisin du Mwongozi NDAMA RUSANGIZA. Selon lui, quand les Banyamulenge sont venus
en tirant des coups des balles sur tout ce qui bouge, lui et son ami voisin Ndama
s'etaient retires chacun dans sa maison et ferme la porte. Quand ces tueurs sont arrives
chez eux, ils ont rencontre une maman, devant sa maison et lui ont demande "avec qui
es-tu ?". Celle-ci repondra innocemment "avec ma fille." On lui demanda de
la faire venir et a la sortie de la jeune fille de la maison accompagnee de sa vieille
mere, la fille sera recue par une balle au ventre et la maman par une balle a la poitrine.
Tout cela aux vues du directeur qui observait les choses a
partir d'un trou de sa fenetre. Apres ces deux, on allait faire sortir le Mwongozi NDAMA
de sa maison et celui-ci criait "Mimi ni Docta wenu"
- (Je suis votre infirmier) car etant aussi responsable du
Centre de Sante de Makobola. Il soignait tout le monde sans distinction. Ils l'ont amene
jusque la a la salle polyvalente des jeunes qu'ils occupaient une fois de plus depuis ce
jour-la. C'etait a 16h00 de ce mercredi 30 decembre 1998. Une maman FEZA, voyant qu'on
venait d'amener leur Mwongozi, va les suivre en criant derriere eux : "Sababu gani
munataka kumwua mtu bila kosa ?" En depit de cela, on va le trainer derriere la
maison de l'enseignant BYAMUNGU et l' on va l'abattre au moyen d'une balle a la tete. Il
va s'ecrouler avec son chapelet dans une main et des sachets des comprimes dans l'autre
ceci selon le temoignage des deux garcons qui l'ont enterre le samedi 02 janvier 1999 a
l'endroit-meme. La pauvre maman FEZA qui plaidait pour lui recut aussi un coup de couteau
mais prit la fuite. Mais elle sera tuee apres les tueries de MAKOBOLA II. Le pauvre
sous-directeur, etait toujours pris de panique dans sa maison en chambre avec sa femme,
ses 11 enfants et son beau-frere. On ouvrit aussi sa porte du salon mais sans penetrer
dans la chambre. On amena deux cadavres dans son salon, les cadavres de la maman et de sa
fille tuees a sa vue ; on mit le feu sur la maison de cette femme tuee et sur la maison du
directeur aussi. Quelle panique! La maison brulait et lui etait la dedans avec toute sa
famille. Il etait deja vers 19h00.
Il se decida de quitter par l'autre porte de derriere et
reussit a atteindre la brousse. En effet, si les gens ne fuyaient pas c'est parce qu'ils
croyaient que ca serait comme lors de la guerre de 1996 car a Makobola a cette epoque les
militaires n'avaient pas ouvert les maisons.
Ce qui est le contraire pour cette bande nouvelle des
tueurs Banyamulenge me disaient-ils. Les massacres ont continue jusqu'a MAKOBOLA II et ses
quartiers, a Bangwe, a Katuta, a Mikunga, a Ngalula, a Kasekezi, a Lamba, a Munene, a
Kahama...
A NGALULA et KAHAMA, pour attraper les gens ils ont
utilise une methode. Ils ont attrape un garcon du clan des BASHAUNGU et on lui forca de
crier pour dire aux gens qu'il y a maintenant la paix et les convaincre de retourner au
village. A la sortie de leurs cachettes, les gens, hommes et femmes, enfants, jeunes et
vieux furent mis dans des maisons et brules vifs. Cependant un jeune du nom de BULENGE
s'echappa par la fenetre mais toute sa famille fut brulee. Il est en vie et il temoigne de
tout ce qui s'est passe a Kahama. Celui qui a guide l'operation c'est l'Afande SHETANI, un
Munyamulenge aide par l'enfant de MUCHENGEZI qui repond au nom de BYAMUNGU et l'enfant de
MUNYAKAZI qui repond au nom de VIRINGIRO et selon les temoins, ce sont ces deux qui
auraient abattu le Mwongozi Ndama. Les massacres se sont accompagnes du pillage auquel
moi-meme j'ai assiste.
En plus de ceci, nombreuses sont les personnes tuees dans
leurs cachettes dans la brousse. Ayant appris la nouvelle des massacres, j'ai pris la
route vers la mais c'etait impossible pour moi d'atteindre le lieu car les militaires n'en
voulaient pas. Le mercredi 13 janvier, j'ai force le passage jusqu'a Makobola, mais a mon
arrivee j'etais directement arrete par les militaires qui ne voulaient pas que j'entre en
contact avec qui que ce soit ou voir quoi que ce soit meme notre Eglise. Le Mwongozi
second, un rescape du massacre qui etait venu me saluer, etait chasse comme un chien et
poursuivi apres mon retour a Uvira. Apres debat, on me permettra d'arriver pas a l'Eglise
mais a la maison du Mwongozi Ndama pour voir l'etat de la maison car j'etais avec la femme
et les enfants de celui-ci. Nous nous sommes rendus a la maison, la femme et les enfants
en pleur deja a la vue des maisons brulees mais pour m'eviter tout contact, j'etais
escorte par une quinzaine des militaires jusque dans la maison depouillee de tout! Au
retour ils nous ont meme escorte tout le long de la route pour ne pas nous arreter et
parler aux gens. C'est seulement apres plusieurs interventions aupres de leurs autorites a
Uvira qu'on me permettra d'aller visiter la tombe du Mwongozi Ndama et de dire la messe
aux chretiens et combien de chretiens ma foi! C'etait le dimanche 17 janvier 1999.
En bref, je peux dire que de mes propres yeux (mei occulis
urdi) j'ai vu les maisons brulees en grand nombre, les pillages, une population non
seulement demunie mais aussi pillee et appauvrie. Une multitude de veuves et orphelins
sans assistance !
En annexe, voici la liste des personnes tuees identifiees
et des maisons brulees. J'y joins aussi le contenu du texte de la communaute Bembe
presente lors du siminaire de reconciliation tenu a Uvira pour avoir une idee de la genese
du conflit Bembe et Banyarwanda.
[ Suit une longue liste de plus de 490 victimes
identifiees par leurs noms et ages, 103 maisons incendiees avec adresses et nom du
"responsable" (chef de famille?), ainsi que des indications sur des temoins
survivants, etc. Nous tenons tout cela a la disposition de toute personne interessee sur
simple demande. Le texte (en swahili) des Bembe dont parle l'abbe est aussi disponible,
mais il n'est pas date. Puisqu'il s'agit d'un texte presente, d'apres l'abbe, au cours
d'un "seminaire de reconciliation", on aurait souhaite le mettre en parallele
avec un autre texte (si un tel texte existe) qui aurait ete presente par les banyamulenge
au cours du meme seminaire.]
Transmis par Kambale Katahwa |