Dans exactement huit mois, la République Démocratique du Congo et
le reste de lhumanité à lunisson vont franchir le seuil du Troisième
Millénaire. Lentrée de la RDC dans le vingt-et-unième siècle coïncidera avec
ses dix ans dapprentissage de la démocratie. Il ny a pas de honte à
confesser que lassimilation de la démocratie savère encore un exercice ardu
qui nécessitera une longue période dinitiation pour les congolais.
Sil faut reprocher à la RDC de navoir pas
réussi en 9 neuf ans de transition à organiser les élections libres et démocratiques,
à linstar de ce qui se passerait déjà pour la deuxième ou la troisième fois
dans dautres pays du continent, il doit néanmoins lui être reconnu le bénéfice
davoir amorcé un processus multipartite très anthousiaste et disputé.
Aprés avoir débuté par un multipartisme limité à
trois partis politiques, la démocratisation du Zaïre sest vue imposer le
multipartisme dit " intégral" par la dynamique socio-politique dont était
impregné le démarrage de la Transition. Certes, à la faveur de ce multipartisme
illimité, il y a eu prolifération des partis politiques que certains théoriciens de la
transition zaïroise nhésitent pas à accuser comme co-responsable de la
précarité ou du tatônnement de la démocratie dans ce pays. En tout état de cause, le
débat reste ouvert sur cette question particulière. Du moins, le constat indéniable
demeure le fait que depuis le commencement de sa marche démocratique, la RDC a vu le
multipartisme sincorporer dans les moeurs socio-politiques des citoyens
jusquà devenir le synonyme même de la démocratie tout court. En dehors des
vélléités aventuristes ou opportunistes affichées par les fondateurs de certains
partis politiques congolais(zaïrois), créer un parti politique, cétait tester ou
matérialiser la liberté dassociation politique garantie par la Constitution.
Cest lexplication rationnelle que lon pourrait aussi réserver à la
pullulation des formations politiques constatée durant les premières gestations de la
démocratie zaïroise.
Eu égard à laccoutumance des citoyens zaïrois au
multipartisme, il ne serait pas erroné de considérer que la suspension des activités
des partis politiques par lAFDL aura été une surprise désagréable pour ces
citoyens. Si cette décision a été draconiennement exécutée par le pouvoir à
lendroit des partis politiques, elle na pas surtout manqué dêtre
nuisible à la crédibilité démocratique du pays, en constituant la raison suffisante
recherchée par les censeurs démocratiques occidentaux pour consigner la RDC dans le
registre des "Etats de non-droit". Placée dans pareille nomenclature, la
RDC sest mise à subir lisolement dont elle pâtit jusquà présent de
la part des puissances occidentales. Labsence du multipartisme dans le Congo de
Kabila était devenue ainsi le talon dAchille vers lequel étaient dirigés tous les
assauts lancés par tout celui qui voulait nuire au pouvoir AFDL.
Quelque soit la propension naturelle du congolais à
regimber face aux diktats étrangers, ne nous gênons pas au demeurant dadmettre que
la carence temporelle du multipartisme, consécutive à linterdiction des activités
des partis politiques, était devenue la présomption irréfragable ayant facilité le
régime dêtre qualifié sans coup férir de dictatorial.
Lon se rappelera que les sondages menés dans les
grandes villes du Congo-Kinshasa, avant le déclenchement de la guere, avaient indiqué le
raidissement de lanthousiasme populaire envers le pouvoir en place. A plus forte
raison, cette attitude dapathie populaire dont Montesquieu dit qu"elle
est pire dans une démocratie que le serait la tyrannie dun prince dans une
oligarchie", serait lun des stimulants ayant convaincu les tutsis
Banyamulenge à oser leur sédition, dans lespoir que le peuple congolais, lassé
par le Jacobinisme monolithique ayant élu domicile dès laube de la liberation,
mordrait à lhameçon dune alternative alléchante, mais derrière laquelle
sest mal vraisemblement cachée lambition mesquine de conquérir le pouvoir
pour le pouvoir.
La réhabilitation du multipartisme congolais par le biais
du décret-loi No 194 relatif aux partis et aux regroupements politiques a été
acceuillie par lopinion internationale comme un indice de bonne foi des autorités
de Kinshasa à renouer avec la culture démocratique congolaise en composition depuis la
Transition zaïroise. Malgrè laustérité substantielle, du reste remédiable,de la
nouvelle loi sur les partis, la communauté internationale la reconnu comme un
élément pouvant servir petit à petit au renversement de la présomption néfaste qui
pesait sur le gouvernement congolais. Ainsi, la décision du Président Kabila à
soumettre la loi régissant les partis au crible des discussions à tenir dans le cadre du
Débat National reflète la sagesse acquise par les dirigeants congolais de ne plus
sattirer inutilement les critiques et le courroux des surveillants démocratiques
planétaires pour qui la démocratie est inconcevable et irréalisable sans le
multipartisme.
Cest ici que, tout en saluant le retour du
multipartisme congolais, nous nous rendons à lévidence que cet acquis mérite une
protection, un encadrement et une orientation en vue de sa pérennité. Il ny a pas
de doute que cette entreprise exige de la méthode et des tactiques, dautant plus
quil sagit de pragramatiser un concept socio-politique dont la maïtrise
maladroite par les gouvernements africains a été à la base des clopinnements des
démocraties de ce continent. Nous sommes persuadés que la RDC est assoiffée de
démocratie et celle-ci nest pas envisageable sans le multipartisme, qui est son
véhicule quotidien; lequel de surcroît doit être entretenu et révisé aux fins de la
poursuite avec assurance de son avancée.
Tels se présentent le fondement et la raison dêtre
de lObservatoire Congolais du Multipartisme , en sigle O.C.M.
que viennent depuis deux mois de porter sur les fonds baptismaux un groupe de congolais,
armés de patriotisme et épris de démocratie. LObservatoire Congolais du
Multipartisme est une ONG de droit congolais qui sest dotée de
lambition inépuisable dobserver le processus multipartite de la RDC. Fort de
cet objectif quil est déterminé à atteindre, lO.C.M.
sengage à aider la RDC à remporter le défi du multipartisme comme gage de sa
réussite démocratique.
POUR LOBSERVATOIRE CONGOLAIS DU MULTIPARTISME
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Le Directeur-Exécutif Johannesburg, le 19 avril 1999
Elvis Kambaj