Il nous faut un véritable Débat
National ! |
 |
Katchelewa Simbi Kamba |
 |
|
UNION NATIONALE (RDC)
Communiqué de presse 05/99/BM
------------------------------------------
Plusieurs forums organisés au pays par la société civile, des
conférences épiscopales, quatre conférences tenues à l'étranger (Genève, Anvers,
Montréal, Durban)... ont émis le souhait de voir le gouvernement de Kinshasa consentir
à un débat national qui viserait non seulement l'arrêt des hostilités mais aussi le
retour au processus démocratique que les guerres préparées à partir de l'Ouganda, du
Rwanda et du Burundi (celle ayant conduit l'AFDL au pouvoir et celle en cours menée au
nom du RCD) sont venues arrêter.
Mais le gouvernement a publié des décrets-lois (213 à 215) dont la
teneur traduit moins la volonté d'aider le pays à s'en sortir que le souci d'esquiver
les vrais enjeux d'un tel débat. Ces décrets-lois confèrent au président le pouvoir de
mettre fin aux travaux du Débat National quand cela lui semblera bon; ils accordent au
comité organisateur, nommé par le président de la République, le pouvoir d'arrêter et
de condamner certains participants pour leurs opinions (lire spécialement le Décret-Loi
213, art. 4 et 6)...
Pour les membres de l'Union Nationale, l'on ne peut parler de débat
national que si certaines conditions sont remplies, notamment:
- Concernant l'organisation: s'il y a débat national, toutes les organisations sociales,
politiques et économiques du pays doivent être impliquées; le comité organisateur doit
être constitué selon des critères de responsabilité et de représentativité sociale
et régionale.
En désignant certains faucons de son régime pour organiser le "Débat
National", le président de la RDC a prouvé qu'il ne veut pas d'un réel débat et
nous pensons qu'il faut un réel effort de sa part.
Nous proposons quant à nous que le comité organisateur soit
constitué selon des normes d'équité: avec un comité organisateur de 18 personnes
représentant le gouvernement, les partis politiques, le clergé, la société civile, les
deux rébellions et les organisations congolaises de la diaspora, et ce en raison de 3
délégués par groupe.
Ce comité organisateur se réunirait une première fois pour se choisir un exécutif de
plus ou moins 5 personnes dont les tâches lui seront assignées par le comité
organisateur.
Le lieu de ce débat serait une des villes de la Zambie dont le
président a déjà le mandat d'assurer la médiation entre les forces en conflit en RDC.
La Zambie est en effet fréquentée aussi bien par les officiels du gouvernement Kabila
que par les représentants rebelles; les uns et les autres devraient s'y sentir en
sécurité. La Zambie a également plusieurs villes que même les délégués des régions
occupées peuvent atteindre facilement.
Les arrestations récentes des journalistes, la non libération des
prisonniers politiques...sont un signe que Kinshasa, comme lieu du débat, ne peut
rassurer certains participants quant à leur sécurité ni susciter l'engouement en faveur
d'une telle table ronde.
De même un pays européen est trop loin pour permettre à beaucoup de délégués du
peuple de s'y rendre.
Avec une organisation plus pragmatique, un tel débat doit durer au maximum 15 jours,
parce qu'il faut se limiter aux seules questions permettant d'obtenir des solutions
politiques à la crise actuelle.
-Concernant les thèmes à débattre: l'Union Nationale propose un débat assez large sur
toutes les questions importantes concernant les institutions de la transition
démocratique, la sécurité aux frontières et la sécurité des biens et des personnes,
l'agrément des partis politiques, le calendrier électoral...
Dans ce cadre, nous recommandons vivement de partir des conclusions de
la CNS quitte à les réactualiser pour les adapter au nouveau contexte politique. Il ne
s'agit donc pas de refaire les débats qui ont déjà eu lieu à la CNS et passer beaucoup
de temps à débattre pendant que la population se meurt.
Il faudra plus précisément débattre de la formation d'un
gouvernement de transition de large union nationale, tant soit peu représentatif des
partis politiques réellement actifs. Ce gouvernement devra être dirigé par un premier
ministre appartenant à une famille
politique autre que celle du président de la République. Et le parlement de transition
devra comprendre au moins un délégué de chaque organisation politique active, des
organisations de la société civile et des organisations congolaises de la diaspora.
Le débat national devra aussi traiter de la question décisive
concernant la constitution d'une armée républicaine en considérant les possibilités
d'incorporer à l'armée certaines milices nationales et de désarmer les milices
étrangères qui opèrent au pays.
Concernant la participation: il convient de faire participer à ce débat les
représentants du gouvernement, des partis politiques, des deux mouvements rebelles et des
groupes de résistance armée, du clergé, de la société civile (comprenant ONG de
développement, ONG des droits de la personnes, syndicats nationaux) et des organisations
congolaises de la diaspora. S'agissant des partis politiques, nous devons noter qu'il n'y
a pas au pays plus de dix partis qui n'ont pas rejoint les rangs de l'AFDL.
Pour les partis politiques, nous aurions donc une dizaine venant du pays et quelques
partis réellement actifs basés à l'extérieur. Les partis auraient donc une dizaine de
représentants et toute la conférence réunirait un total de 60 personnes.
Pour l'Union Nationale, il importe que le gouvernement initie une véritable consultation
de toutes les forces vives au pays et en diaspora; en tant que tenant du pouvoir
aujourd'hui, il lui revient de prouver au peuple qu'il est capable de bons choix lorsque
le pouvoir de quelques personnes et la survie de la patrie risquent de devenir
incompatibles.
Fait à Montréal ce 02 avril 1999
Pour L'UNION NATIONALE
Katchelewa Simbi Kamba
Président de l'Exécutif National |
|