Conditions préalables pour un réel
accord de paix |
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Marcel Kabundi |
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Chers amis et compatriotes congolais,
Depuis un certain temps, tout le monde se demène pour trouver une issue qui mettrait fin
à la guerre qui prévaut au Congo. Qu'il s'agisse des tentatives en Afrique du Sud, en
Zambie et dernièrement en Libye ou alors qu'il s'agisse des rencontres organisées ici et
là, tantôt à Montréal, tantôt à Bruxelles et ailleurs en Afrique, tout cela est
louable mais ne donnera que de très infimes résultats. ceux et celles qui y participent,
font un peu du tourisme et prennent du bon vin et de la bonne bière, etc. si cela est
possible.
Un jour, nous les payeurs des taxes, on aimerait bien demander aux organisations
canadiennes qui utilisent nos taxes de nous dire ce que nous gagnons dans tout cela
au-délà de slogans habituels. Tout l'argent depensé pour des rencontres dont on
connaît d'avance les résultats pouvait servir à acheter des médicaments et surtout de
la nourriture, pourquoi pas des produits pour avoir de l'eau potable à Kinshasa.
Il serait illusoire de croire que tout va s'arrêter comme cela dès qu'on annonce la
signature d'un parchemin portant le titre <<Accord de Paix au Congo-Kinshasa
>>. Il faut vraiment être incrédule pour croire à une telle chose. Moi, je n'y
crois pas, du mojns plus. Si cela se réalise, bravo, on pourrait festoyer et parler d'un
miracle, ce qui arrive rarement.
En effet, quels enseignements tirons-nous des accords entre Savimbi et Dos Santos.
Qu'est-ce que cela a donné? Un tout petit peu de trêve. Rien de plus. Et pour cause, la
guerre a repris en Angola.
Au Congo, juste en face de Kinshasa, il y a eu des élections vraiment libres et
transparentes. Qu,est-ce que cela a donné? Rien d'autre qu'une courte periode de gestion
par Lissouba.
Et après, Sassou Nguesso est revenu en force, armes aux poings. Aujourd'hui, on le
reçoit comme dignitaire même si les Congolais de Brazza ne sont pas tous du même avis.
Partout, ce sont des intérêts en jeu qui expliquent ces révirements.
Alors, qu'est-ce qu'il faut pour arriver à un véritable cessez-le-feu au Congo-Kinshasa
? D'après mes observations et mes lectures de la situation au Congo, toutes les
démarches pour la paix, si elles sont sincères dans le chef des membres de la société
civile, elles ne le sont pas dans celui des belligérants, doivent clairement définir les
enjeux et les intérêts.
Rappelez-vous que Mobutu avait réussi à faire asseoir sa dictature avec la victoire
obtenue par le général Mulamba Nyunyi, baptisé l'Homme de Bukavu. Mobutu se présentait
comme le garant, le seul à garantir la paix et la sécurité de tous. Tout le monde y a
cru. Et puis, nous étions bernés.
L'homme cachait ses intérêts personnels et égoïstes. Il est devenu maréchal. Il a
fallu de peu qu'il se fasse comme Bokassa, son cousin, président à vie.
En réalité, il était président à vie parce que lorsqu'il est mort, il n'était plus
capable de gérer. Il est allé jusqu'au bout de ses forces. Il s'est enrichi et enrichi
les autres.
Les protagonistes de deux côtés nous rabattent les oreilles qu'ils vont libérer le
peuple congolais. De qui et de quoi et comment? Personne n'ose le dire. Ils ont chacun un
agenda personnel qui n'est pas celui de la population congolaise.
Pour plus de clarté et de sincérité dans les négociations et la médiation, il faut
que nous puissions savoir les éléments suivants.
1) Il faut d'abord et avant tout identifier les acteurs visibles et invisibles qui
agissent directement ou par personnes interposées ainsi que ceux qui ont des intérêts
stratégiques et économiques dans cette région. Il faut dresser la liste complète.
2) Après les avoir identifiés, il faut s'assurer qu'ils sont autour de la table, en
personne ou par mandataires avec pouvoir de décision;
3) il faut identifier tous les enjeux et intérêts de tous les acteurs visibles et
invisibles et vérifier auprès de ces acteurs déja`identifiés si leurs intérêts sont
bien identifiés et compris et communiquer cette information au public interne, africain
et international;
4) il faut identifier tous les points de désaccord afin de planir les différences et
résoudre les différends
5) à chaque procédure, il faut s'assurer que les intérêts nationaux ont préséance et
objectivement informer le monde africain et international.
6) Avant de proposer les termes et les conditions de l'Accord, il faut consulter les
acteurs visibles et invisibles ainsi que les représentants de la population comme la
société civile et les partis politiques reconnus et fonctionnels.
7) informer la population et la communauté internationale sur tout afin que le monde soit
pris à témoin.
8) les personnes jouant le rôle de médiateur ou à quel que titre que ce soit doivent
prouver qu'elles n'ont aucun intêret immédiat ou lointain dans ce qui ce passe au Congo.
9) une fois que l'accord est signé; il faut que la Communauté internationale puisse
utiliser les mêmes moyens comme l'OTAN afin de faire accepter cet accord par les parties
signataires;
10) Les dirigeants politiques au Congo doivent s'engager d'instaurer, sans condition, un
régime poltiique inclusif, participatif et démocratique respectant le principe de la
primauté du droit (Rule of Law).
Cela suppose évidemment l'ouverture et la libéralisation des activités politiques et
l'organisation des élections libres et transparentes sous la haute surveillance de la
communauté internationale.
Si tout ceci n'est pas réalisé ou envisagé, rien de solide ne sortira de toutes ces
négociations et rencontres à n'en plus finir parce que les rapports de force sur le
terrain changent au jour le jour.
Chacun voudrait gagner et être couvert d'honneurs et proclamé dans toutes les
assemblées et à la radio nationale. Un sauveeur est né. Quelle sentiment megalomaniaque
ont ces gens de petite intelligence ! C'est dépassé cette période là. Qu'on le
retienne une fois pour toutes.
Or une victoire militaire sur le terrain n'est pas la solution parce que les perdants
iront dans le maquis et chercheront des alliances pour concocter de nouveaux plans
diaboliques pour contre-attaquer.
Prenez le cas de Savimbi pour comprendre que le danger et le risque d'une autre guerre ne
sont pas écartés. Il faut que les bélligérants comprenent que l'on peut gagner une
bataille et non une guerre. L'exemple même de Kabila s'explique par lui-même. AFDL a cru
avoir gagné complètement la guerre contre Mobutu, l'ennemi national. Or Mobutu est mort
et enterré seul. Il n'a pas emporté avec lui toute sa fortune. Pauvre âme!
Mais, ce sont les propres membres de l'AFDL dont les intérêts n'étaient pas bien
compris et servis qui se sont rebellés de la même manière que leur chef.
Donc, la négociation est la meilleure solution en autant que tous les intérêts sont
discutés et pris en considération. Il n'y a pas de guerre gratuite. Il n'y a pas
d'action sans intérêt, disent les juristes. Voilà ce que nous dictent le pragmatisme et
le réalisme.
Et pour terminer sur une note positive, renseignons sur la façon dont les Sud-Africains
ont réussi à éviter une guerre avec la classe blanche économiquement et militairement
puissante. Consultons les Béninois qui sont les seuls, après les Maliens, à avoir
montré à l'Afrique et au monde que la démocratie est possible.
D'ailleurs, Kérekou, le président actuel du Bénin, devra figurer sur la liste des
pères fondateurs de la démocratie en Afrique. Bien que capable de faire un coup d'état
lorsqu'il a perdu les élections contre Soglo, il a pensé aux intérêts de son peuple et
de ses concitoyens et s'est retiré dans ses plantations et il n'a paas fomenté des coups
d'état. Bravo aux Béninois' à Kérekou et à l'armée béninoise !
Lorsque Sassou Nguesso le rencontre, il doit avoir mine basse et honte parce que Kerekou
était comme lui et dans la même situation. N'est-ce pas là de la sagesse? Je crois
qu'il faut le consulter et l'écouter, n'est-ce pas ?
Marcel Kabundi
Juriste-Criminologue
Ottawa - Canada |
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