Pistes de solution pour sortir le
Congo de l'enfer |
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Marcel Kabundi |
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Chers amis,
Voilà deux ans que Mobutu, le dictateur, est mort. Mais voilà plus de 32 ans que les
Congolais souffrent. Sans raison. Sans justification. Mais voilà deux ans que Mobutu est
parti et que nous avons un nouveau gouvenement. Deux ans de guerre et de lutte de pouvoir
sans aval ni mandat du peuple congolais. Je comprends ceux qui, comme moi, refusent de
s'engager dans la politique active.
Je les comprends parce que comme disent les Lubaphone du Kasai en République
démocratique du Congo, la politique c'est << tshididi (dishima)>>. Cela
voudrait dire que ceux qui font la politique excellent en mensonge pour ne pas dire que ce
sont des menteurs. Cela existe également ailleurs sauf là, le pouvoir judiciaire étant
un troisième pouvoir indépendant, on est sûr d'être protegés en demandant des comptes
aux politiciens.
Traiter ces politiciens de menteurs, il n' y a qu'un pas. Mais gardons-nous de
généraliser. L'objet de mon propos n'est pas de disserter sur cela. Bien au contraire,
je voudrais rappeler ce que tout le monde sait.
En effet, si les Congolais que nous sommes, nous ne changeons pas de comportement et
d'attitude, nous sommes condamnés à une vie misérable et de dépendance eternelle.
Alors comment initier, promouvoir et implanter le changement d'attitude ou de
comportements en RDC? Ce changement est capital et le plus difficile et lent à survenir
car le Mobutisme a conditionné beaucoup de gens pendant 32 ans. Si vous relisez les
travaux de Pavlov, vous comprendrez comment les comportements des Congolais étaient
presque irreflechis, automatiques et irresponsables. Les intellectuels ont, d'ailleurs,
achevé ce travail machiavielique de lavage de cerveau initié par Mobutu. Aujourd'hui,
Mobutu est mort. Il est parti. Il faudra essayer de trouver des moyens de nous sortir de
cet enfer.
Pour qu'un tel changement puisse s'implanter avec succès, il faut une certaine démarche
qui comporte trois étapes plus ou moins difficiles, longues et intenses selon les
personnes et les groupes concernés écrivent Pierre Collerette et Gilles Delisle (1982,
page 27),auteurs du changement planifié. Ces étapes sont les suivantes: la
décristallisation, le mouvement et la recristallisation.
Rapidement, retenons que la décristallisation est la période où au Congo, on commence,
individuellement ou collectivement, à remettre en question volontairement ou non ses
perceptions, ses habitudes ou ses comportements. C'est cette période où nous essayons de
dénoncer les effets pervers du Mobutisme. Il faut dénoncer la corruption, le
clientelisme, les violations de droits de la personne, les arrestations et détentions
arbitraires, les pillages, les viols, les détournements des déniers publics, les
antivaleurs qui constituaient la charpente et la colonne vertebrale du régime mobutiste.
Il faut cette anamnèse pour que les gens comprennent et tirent des leçons pour adopter
de nouvelles valeurs. Il faut décristalliser. Ceux qui vivent dans des pays froids comme
le Canada comprendront que la décristallisation est le dégel. Il faut dégeler le
mobutisme, c'est-à-dire le faire passer de l'état solide à l'état liquide et même
gazeux pour mieux l'évacuer de nos têtes. Pendant ce dégel, on explore d'autres
alternatives ou alors, on accepte d'autres façons de faire.
Cette période est difficile car elle est accompagnée d'insécurité, d'anxiété
puisqu'on abandonne ses habitudes, ses points de repères, les pistes connues pour se
lancer dans l'inconnu et l'aventure dans le but d'un nouvel équilibre meilleur. Ceux et
celles qui vivaient du crime, doivent trouver d'autres sources légitimes et légales de
revenus.
Voilà pourquoi, lorsque ce changement ne vient pas vite, les protestations, les critiques
peuvent surgir de part et d'autres. Tout le monde est débalancé comme les pneux d'une
auto. Le nouvel équilibre ou balancement doit mener à l'expérimentation de nouvelles
habitudes, de nouveaux comportements et de nouvelles attitudes fondées sur de nouvelles
valeurs de justice, d'équité et de respect du bien commun, du respect du chacun, bref,
des valeurs démocratiques universellement admises.
La meilleure garantie d'un tel changement est la Justice, prompte, rapide, équitable et
surtout juste. Le meilleur garant est un État de Droit. Dès l'instant que les
populations observent une quelconque forme de marche arrière, l'anxieté, les critiques
et le doute s'installent et surgissent dans la population et empêchent la progression du
mouvement de décristallisation vers la recristallisation de nouvelles pratiques, de
nouvelles attitudes.
Si cette recristallisation ne prend pas corps ou bien n'est pas accepté d'une façon
consensuelle par la population, toute la population sans discrimination basée sur
l'origine tribale ou idéologique, tout ce processus de changement s'estompe et ouvre la
voie à d'autres avenues parfois violentes comme c'est le cas actuellement avec la
rebellion.
En Criminologie on a constaté que lorsque les gens constatent que les voies légitimes ne
conduisent pas ou ne permettent pas toujours à atteindre des fins légitimement
acceptées, alors, ils vont se rebeller en rejetant ces voies et en adoptant d'autres
voies, illégitimes cette fois-ci, pour réaliser leurs fins. Les crimes contre la
propriété ou les crimes commis par les nouveaux immigrants en quête de richesse rapide
peuvent s'expliquer de cette manière.
Cel fait état d'un certain dysfonctionnement dans la société où les principes de
justice et d'équité ne sont pas respectés. C'est pourquoi pour implanter tout
changement, il faudra un CONSENSUS.
La méthode concilliante, participative et moins radicale que nous recommandons pour
implanter tout changement est ouverte à l'écoute des expressions de résistances et à
la manifestation de l'empathie à l'égard de ceux qui ne pensent pas comme nous, bref, au
dialogue.
Pour qu'il y ait un véritable changement au Congo d'après Mobutu et pour que tout le
monde se sente concerné par le changement incarné par les dirigeants actuels, venus au
pouvoir, par la voie des armes et curieusement avec le soutien total de la population
congolaise et de la communauté internationale fatiguée de Mobutu, il faut, selon moi, à
travers UN PROCESSUS DE DIALOGUE SINCÈRE ET ORIENTÉ VERS LE MIEUX-ÊTRE DE TOUTE LA
POPULATION CONGOLAISE ET ÉTRANGÈRE VIVANT AU CONGO, neuf (9) éléments nécessaires
pour juger de la bonne santé d'une nouvelle organisation, d'un nouveau régime, bref d'un
véritable nouveau gouvernement d'après Mobutu.
Ces neuf éléments sont notamment, 1) le leadership (il faut de véritables leaders
presque charismatiques et champions du dialogue, 2) la vision (le changement planifié
expliquant à la population ce qu'on fait, pourquoi on le fait et comment on le fait),
3) l'engagement de tous les citoyens et de tous les partis politiques et groupes de
pression, 4) le système de justice juste, indépendant du pouvoir politique, efficace,
compétent et fondé sur le principe de la primauté du droit (Rule of Law), 5) le
dialogue interne, intranational et international caractérisé par une communication
sincère, ouverte, verticale et horizontale ainsi que par un respect mutuel,
6) les dirigeants et gestionnaires nommés sur base de leurs compétences et expériences
plutôt que sur des critères subjectifs (tribalisme, regionalisme, etc.), 7) le travail
et l'esprit d'équipe au sein de l'équipe gouvenementale et au sein de la fonction
publique et privée, 8) la capacité et l'acceptation de s'adapter et de s'ajuster et
enfin 9) la vérification, la reddition des comptes, la responsabilisation,
l'imputabilité et l'auto-critique suvies de réelles mesures correctives appropriées et
raisonnables.
En jettant un coup d'oeil sur le gouvernement actuel au Congo et dans des pays africains
en guerre, ces éléments ne sont pas tous réunis. Voilà pourquoi il y a et y aura
toujours des rebellions, des guerres civiles jusqu'à ce que tous ces éléments à
travers un consensus général, se retrouvent réunis et mis en application.
Sinon, les Congolais et les Africains continueront à faire le bonheur des fabricants et
marchands d'armes jusqu'à ce que tous les stocks d'armes se trouvant ici et là ,
vestiges de la guerre froide soient complètement épuisés. Et pendant ce temps, nos
mères, nos pères, nos frères, nos soeurs, nos enfants, nos amis continueront à mourir
soit des maladies, de la pauvreté ou surtout de la folie meurtrière des responsables et
antagonistes politiques africains et congolais.
Et au moment où je termine à écrire ces lignes, plusieurs congolais, peut-être
cinquante (50), peut-être plus, à l'heure, sont déjà morts d'une façon ou d'une
autre. Plusieurs femmes probablement nos mères, nos soeurs, nos femmes, nos fiancées,
bref, nos compatriotes sont violées par nos propres frères africains. Ouvrons donc les
yeux et soyons continuellement conscients de cette réalité violente.
Marcel Kabundi
Juriste-criminologue |
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