Les lignes
suivantes sont écrites à lintention des amis de lUDPS.
Le titre de cet article a dû rester
sur le disque dur de mon ordinateur pendant plus de deux mois ! Je voulais écrire...
mais jhésitais. Comment cela serait-il accueilli par les premiers concernés ?
me demandais-je sans cesse. Sur ces forums où les passions bouillonnantes et les
intérêts inavoués des uns et des autres tiennent lieu de vérité, on ne cherche
surtout pas à voir où est la vérité vraie. Et cest ceux-là qui, eux,
cherchent à la voir qui passent pour des hérétiques. Javais écrit sur
ludps en septembre ou octobre de lannée dernière, on mavait répondu
tout net, de Ontorio : "Laissez Tshisekedi et ludps tranquilles". Malgré
mes hésitations, aujourdhui je reviens à la charge. Si ludps veut quon
la laisse tranquille, elle na quà ne plus intervenir dans la marche des
affaires de la Cité. Car par ses prises de position, elle influence la vie publique, elle
influence le cours de notre histoire présente et future. Et nous sommes tous concernés,
quon le veuille ou non, par ses prises de position. Alors, si ludps ne me
laisse pas "tranquille", moi non plus je ne la laisserai pas
"tranquille". Dissipons tout de suite un malentendu : jai beaucoup
destime pour ludps et pour son actuel président. Aux amis, je dis souvent,
parlant de ce parti : Si ludps navait pas existé chez nous, il aurait
fallu linventer.
Tous les moralistes sérieux le
disent : une loi injuste nest pas à proprement parler une loi. Et tout homme
est moralement tenu à désobéir à une telle loi. Même juridiquement parlant, il est
des cas où la désobéissance à une loi ou à un ordre est prescrite. Par exemple, en
France, le code de déontologie de la police (décret du 18 mars 1986) prescrit, en son
article 17 : "Le subordonné est tenu de se conformer aux instructions de
lautorité, sauf dans le cas où lordre donné est manifestement illégal
et de nature à compromettre gravement un intérêt public"(cf. J. Duquesne, Le
bonheur en 36 vertu, Paris, Albin Michel, p. 86). Tous les citoyens dun pays
sont tenus, obligés à désobéir à un ordre ou à une loi qui va manifestement
contre leur intérêt ou contre lintérêt du pays. Le Général de Gaulle, pour
rester en France, en 1940, a merveilleusement su exploiter ce fameux devoir de
désobéissance. Désobéissant aux ordres de ses chefs, partisans déterminés de la
signature dun armistice avec Hitler, il décida de continuer la lutte et appela les
Français à faire comme lui, c-à-d à désobéir. Et quelques mois plus tard, il
dira : "Dans son état de servitude, cet organisme (le gouvernement du maréchal
Pétain à Vichy) ne peut être, et nest en effet, quun instrument utilisé
par les ennemis de la France contre lhonneur et lintérêt du pays".
Cest clair : lhonneur et lintérêt des Français justifiaient la
désobéissance (cf. Ibid. p. 83).
La désobéissance civile est donc
légitime. Ludps, pour revenir à elle, use de cette terrible arme pour lutter
contre le pouvoir en place. Déjà du temps de la deuxième république, du moins à
partir de 1990, elle protestait contre le pouvoir dalors en appelant à la
désobéissance civile. Lorsque Kabila a pris le pouvoir, ce pouvoir dont ludps ne
reconnaît pas jusquà présent la légitimité, ce parti sest engagé dans
une désobéissance civile systématique. Au fond, nos amis de ludps sont très
cohérents avec eux-mêmes : si, disent-ils, le pouvoir de Kabila est illégitime,
aucune des lois, des ordres émanant de ce pouvoir ne peut être légitime,
cest-à-dire digne dêtre accueilli. Il faut donc tout bafouer. Selon cette
logique de ludps, nous sommes, voilà presque deux ans, en train de nager dans
lillégitimité et lillégalité les plus totales. Je me garde de faire des
commentaires, ici. Seulement je voudrais dire quil y a déjà eu, dans
lhistoire, des pouvoirs illégitimes et illégaux qui se sont par la suite
légitimés et légalisés ou qui ont préparé la voie à des pouvoirs légitimes et
légaux. Cela dit, je crois, cest mon opinion personnelle, que, à lheure
actuelle, la meilleure façon de servir ce pays, le nôtre, cest daider le
pouvoir en place à se légitimiser ou à préparer le chemin à un pouvoir légitime (par
la voie des urnes). Ainsi, au lieu de tout balancer, sous le prétexte que tout est
illégitime, profitons de ce quil y a de positif dans lactuel pouvoir et
aidons-le à évoluer dans le sens ci-dessus mentionné.
Quand il ne rapporte pas, le devoir de
désobéissance doit, selon moi, faire place à lobéissance stratégique,
cest-à-dire lobéissance du sage, celui qui sait pourquoi il obéit, celui
qui sait quen désobéissant, dans des circonstances actuelles, il perd tout, il
perd justement même ce quil voudrait gagner. Lobéissance stratégique
signifie obéir aujourdhui pour peut-être désobéir efficacement demain.
Lobéissance stratégique signifie chercher à changer, à améliorer les choses de
lintérieur même du pouvoir quon combat. Corbatchev (comment ça
sécrit déjà ?) a compris cela. Sa perestroika, il la exercée de
lintérieur du pouvoir. Il obéit à toutes les lois communistes, quil jugeait
mauvaises, pour mieux y désobéir après. On parle maintenant du Débat National, chers
amis de ludps, allez-y, prenez-y part activement... même si le pouvoir qui organise
ce débat est, selon vous, illégitime. Allez-y, et cherchez justement, par le moyen de ce
débat, à pousser le pouvoir à se légitimiser ou à céder la place à un autre
légitime. Nous savons que vous êtes des radicaux. Mais votre radicalité doit
être un moyen et non une fin. Et le moyen est bon sil permet
datteindre la fin. Au nom de cette radicalité, plus dune fois, vous avez
manqué au rendez-vous de lhistoire... En politique, on nest guère crispé,
raide, on négocie, on sarrange, on concède, on compose, même avec
ladversaire, pour justement parvenir au but. Tendre la main au pouvoir en place ne
signifierait pas forcément cesser dêtre radical. Il peut sagir là dun
acte de désobéissance sous la forme dune obéissance stratégique. Nous sommes
heureux de savoir que Tshisekedi a accueilli positivement lidée de ce Débat
National.
Comme dhabitude, malgré mon
souhait, je nai pas réussi à être bref...
Bernard Ilunga |