GauHome.jpg (15896 octets) Droitebandeau.jpg (20729 octets)

Le devoir de désobéir et l’obéissance stratégique

politi3.jpg (679 octets)

Bernard Ilunga

politi3.jpg (679 octets)

Les lignes suivantes sont écrites à l’intention des amis de l’UDPS.

Le titre de cet article a dû rester sur le disque dur de mon ordinateur pendant plus de deux mois ! Je voulais écrire... mais j’hésitais. Comment cela serait-il accueilli par les premiers concernés ? me demandais-je sans cesse. Sur ces forums où les passions bouillonnantes et les intérêts inavoués des uns et des autres tiennent lieu de vérité, on ne cherche surtout pas à voir où est la vérité vraie. Et c’est ceux-là qui, eux, cherchent à la voir qui passent pour des hérétiques. J’avais écrit sur l’udps en septembre ou octobre de l’année dernière, on m’avait répondu tout net, de Ontorio : "Laissez Tshisekedi et l’udps tranquilles". Malgré mes hésitations, aujourd’hui je reviens à la charge. Si l’udps veut qu’on la laisse tranquille, elle n’a qu’à ne plus intervenir dans la marche des affaires de la Cité. Car par ses prises de position, elle influence la vie publique, elle influence le cours de notre histoire présente et future. Et nous sommes tous concernés, qu’on le veuille ou non, par ses prises de position. Alors, si l’udps ne me laisse pas "tranquille", moi non plus je ne la laisserai pas "tranquille". Dissipons tout de suite un malentendu : j’ai beaucoup d’estime pour l’udps et pour son actuel président. Aux amis, je dis souvent, parlant de ce parti : Si l’udps n’avait pas existé chez nous, il aurait fallu l’inventer.

Tous les moralistes sérieux le disent : une loi injuste n’est pas à proprement parler une loi. Et tout homme est moralement tenu à désobéir à une telle loi. Même juridiquement parlant, il est des cas où la désobéissance à une loi ou à un ordre est prescrite. Par exemple, en France, le code de déontologie de la police (décret du 18 mars 1986) prescrit, en son article 17 : "Le subordonné est tenu de se conformer aux instructions de l’autorité, sauf dans le cas où l’ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public"(cf. J. Duquesne, Le bonheur en 36 vertu, Paris, Albin Michel, p. 86). Tous les citoyens d’un pays sont tenus, obligés à désobéir à un ordre ou à une loi qui va manifestement contre leur intérêt ou contre l’intérêt du pays. Le Général de Gaulle, pour rester en France, en 1940, a merveilleusement su exploiter ce fameux devoir de désobéissance. Désobéissant aux ordres de ses chefs, partisans déterminés de la signature d’un armistice avec Hitler, il décida de continuer la lutte et appela les Français à faire comme lui, c-à-d à désobéir. Et quelques mois plus tard, il dira : "Dans son état de servitude, cet organisme (le gouvernement du maréchal Pétain à Vichy) ne peut être, et n’est en effet, qu’un instrument utilisé par les ennemis de la France contre l’honneur et l’intérêt du pays". C’est clair : l’honneur et l’intérêt des Français justifiaient la désobéissance (cf. Ibid. p. 83).

La désobéissance civile est donc légitime. L’udps, pour revenir à elle, use de cette terrible arme pour lutter contre le pouvoir en place. Déjà du temps de la deuxième république, du moins à partir de 1990, elle protestait contre le pouvoir d’alors en appelant à la désobéissance civile. Lorsque Kabila a pris le pouvoir, ce pouvoir dont l’udps ne reconnaît pas jusqu’à présent la légitimité, ce parti s’est engagé dans une désobéissance civile systématique. Au fond, nos amis de l’udps sont très cohérents avec eux-mêmes : si, disent-ils, le pouvoir de Kabila est illégitime, aucune des lois, des ordres émanant de ce pouvoir ne peut être légitime, c’est-à-dire digne d’être accueilli. Il faut donc tout bafouer. Selon cette logique de l’udps, nous sommes, voilà presque deux ans, en train de nager dans l’illégitimité et l’illégalité les plus totales. Je me garde de faire des commentaires, ici. Seulement je voudrais dire qu’il y a déjà eu, dans l’histoire, des pouvoirs illégitimes et illégaux qui se sont par la suite légitimés et légalisés ou qui ont préparé la voie à des pouvoirs légitimes et légaux. Cela dit, je crois, c’est mon opinion personnelle, que, à l’heure actuelle, la meilleure façon de servir ce pays, le nôtre, c’est d’aider le pouvoir en place à se légitimiser ou à préparer le chemin à un pouvoir légitime (par la voie des urnes). Ainsi, au lieu de tout balancer, sous le prétexte que tout est illégitime, profitons de ce qu’il y a de positif dans l’actuel pouvoir et aidons-le à évoluer dans le sens ci-dessus mentionné.

Quand il ne rapporte pas, le devoir de désobéissance doit, selon moi, faire place à l’obéissance stratégique, c’est-à-dire l’obéissance du sage, celui qui sait pourquoi il obéit, celui qui sait qu’en désobéissant, dans des circonstances actuelles, il perd tout, il perd justement même ce qu’il voudrait gagner. L’obéissance stratégique signifie obéir aujourd’hui pour peut-être désobéir efficacement demain. L’obéissance stratégique signifie chercher à changer, à améliorer les choses de l’intérieur même du pouvoir qu’on combat. Corbatchev (comment ça s’écrit déjà ?) a compris cela. Sa perestroika, il l’a exercée de l’intérieur du pouvoir. Il obéit à toutes les lois communistes, qu’il jugeait mauvaises, pour mieux y désobéir après. On parle maintenant du Débat National, chers amis de l’udps, allez-y, prenez-y part activement... même si le pouvoir qui organise ce débat est, selon vous, illégitime. Allez-y, et cherchez justement, par le moyen de ce débat, à pousser le pouvoir à se légitimiser ou à céder la place à un autre légitime. Nous savons que vous êtes des radicaux. Mais votre radicalité doit être un moyen et non une fin. Et le moyen est bon s’il permet d’atteindre la fin. Au nom de cette radicalité, plus d’une fois, vous avez manqué au rendez-vous de l’histoire... En politique, on n’est guère crispé, raide, on négocie, on s’arrange, on concède, on compose, même avec l’adversaire, pour justement parvenir au but. Tendre la main au pouvoir en place ne signifierait pas forcément cesser d’être radical. Il peut s’agir là d’un acte de désobéissance sous la forme d’une obéissance stratégique. Nous sommes heureux de savoir que Tshisekedi a accueilli positivement l’idée de ce Débat National.

Comme d’habitude, malgré mon souhait, je n’ai pas réussi à être bref...

Bernard Ilunga

Copyright Afriqu'Info asbl.