Pr.
Kasongo Numbi : l'éthique est aussi très nécessaire à l'exercice du pouvoir. |
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Tshimona
Bitoke |
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| Professeur,
Je vous
remercie d'avoir accepté de répondre à mes questions sur le gouvernement Kengo auquel
vous aviez appartenu, sa légitimité et sur l'existence des courants au sein de l'UDPS,
votre parti. J'apprécie votre façon directe de répondre aux questions. Avec vous au
moins, on ne cache pas le chat dans le sac. Contrairement à mon épouse qui vous connaît
pour avoir étudié à l'Université de Lubumbashi, moi, je ne me souviens pas vous avoir
vu (même pas à la télé) alors que j'étais au pays au moment de la CNS. Comme je
rentre au pays en vacances chaque année, la prochaine fois, je me propose, si vous
l'acceptez, de vous rendre une visite de courtoisie pour discuter longuement
Autant
j'étais convaincu de votre analyse sur la dualité des textes constitutionnels proposés
par la CNS et la commission Kashamura, autant je ne suis pas convaincu de certaines des
thèses que vous défendez. Finalement, je vous respecte avec vos choix.
Plus que les
actes des hommes politiques congolais, c'est surtout les motivations à leur base qui font
que nous n'ayons pas la même lecture et donc, la même analyse de certaines situations
politiques dans notre pays. A tort ou raison, j'accorde une grande importance à la
dimension éthique (servir pour le bien de tous) nécessaire à l'exercice du pouvoir
politique alors que vous semblez privilégier le rendez-vous avec l'histoire même si
l'histoire pouvait vous reprocher un jour d'avoir répondu à un mauvais rendez-vous !
Craignant le
jugement de l'histoire, j'avais refusé, à la grande surprise de mes amis, d'occuper un
poste "intéressant" au sein des services des renseignements zaïrois en 1990.
C'était deux ans après la fin de mes études de droit à Kinshasa. J'avais 28 ans et
j'étais célibataire. L'âge ou on rêve irrésistiblement d'un bon salaire, d'une belle
femme, d'une belle maison et d'une belle voiture. Malgré l'insistance d'un de mes
professeurs, qui voulait donner un "visage humain" aux services de sécurité,
j'avais dit NON. Pour moi, les conditions éthiques pour effectuer un tel travail
n'étaient réunies ! C'est mon avis, il ne peut pas être partagé par tous.
Sans chercher
à polémiquer avec vous, je m'interroge encore sur le fonds de certains de vos propos :
1. J'avais
très bien compris que c'était le principe du gouvernement dit d'union nationale, qui
était préconisé pour éviter la guerre et pas vous -même en tant que personnes. Vous
écrivez : "Le gouvernement d'union nationale a réellement mis fin au dédoublement
des institutions et à la multiplicité des textes constitutionnels". A mon humble
avis, s'il y a eu unanimité sur l'unicité le texte constitutionnel de transition, sa
compréhension était l'objet d 'une multiple interprétation. Pour preuve, le fameux
gouvernement Tshisekedi continuait à se réunir. De plus, pour diverses raisons, le
Gouvernement Kengo n'était pas reconnu par ceux qui l'avaient pourtant élu Premier
ministre. Pire encore, ceux qui avaient porté ce gouvernement aux fonds baptismaux,
l'avait violemment viré, accusant le premier ministre de Rwandais, de mauvais
gestionnaire, de complice avec les rebelles de Kabila, etc. Ce fut une drôle
d'illustration de la réconciliation nationale et de la cure de jouvence made in CNS!
2.
"Admirer la constance de M.Tshisekedi" : je n'ai pas écrit cette phrase même
si je l'avais beaucoup entendu à Kinshasa. Pour moi, qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas,
Tshisekedi a des qualités, (notamment le refus de la compromission face à l'idéal de
l'Etat qu'il défend) et des défauts indéniables ( l'un de ses défauts, c'est notamment
l'inconstance dans la constance). Contrairement à ce que j'ai pu comprendre entre vos
phrases, je ne suis pas partisan de Tshisekedi. Je suis plutôt très admiratif de la
génération de Joseph Kasa-vubu, Joseph Iléo, Bolikango, Patrice Emery Lumumba. Ces
hommes n'avaient de doctorats mais ils avaient un grand sens du devoir de l'Etat
(l'éthique essentielle à l'exercice du pouvoir politique dont j'ai parlé en
introduction). Ils nous ont légué un pays qui marchait et que les docteurs et les
professeurs ont, malheureusement et pour leurs intérêts personnels, réussi à effacer
de la carte des enjeux africains et internationaux.
3. Mon nom ne
renvoie pas nécessairement à ma région d'origine. Je suis né à Kolwezi de père du
Katanga et de mère du Kasaï. J'ai étudié jusqu'en sixième secondaire au Katanga De
par les origines différentes de mes deux parents, j'ai décidé de pas jouer la carte des
identités régionales comme certains Katangais l'ont pendant la période du tristement
célèbre Kyungu. Je suis nationaliste et je ne juge pas les hommes politiques sur les
critères de la région d'origine (je prépare un article sur l'UDPS et je n'écrirai pas
que d'éloges sur mon "oncle Tshitshi"
)
4. "
Droit d'un Ministre à une indemnité digne" : vous avez raison, un Ministre doit
être bien payé pour être à l'abri des sollicitations contraires à la dignité de sa
fonction. J'en sais personnellement quelque chose avec ma modeste expérience comme
magistrat. Le moment venu, je n'ai hésité à accepter un autre job pour mettre fin à
des tentations ridicules. Actuellement, je travaille dans une structure qui me paie
décemment. Je suis co-signature de la gestion annuelle de 2 millions de dollars et je
n'ai jamais été tenté d'utiliser même une feuille à titre privé. Mon organisme me
considère, elle me donne les moyens de vivre et ceux de réaliser les objectifs mon
travail, j'y crois et, naturellement, je lui retourne la même considération.
5. Je vous
félicite d'être rester dans un gouvernement qui vous traitez avec cynisme ou vous
n'aviez pas, je présume, des moyens de votre politique. En ce qui me concerne, je
n'embrasserai pas une carrière politique pour devenir impérativement Ministre (avec une
telle philosophie, je comprends aisément pourquoi presque tout le monde veut devenir
Ministre en RDC). Etre Ministre n'est pas pour moi une fin en soi dans une carrière
politique. Je ferai d'abord la politique pour défendre une cause juste en laquelle je
crois. En plus, pour moi, on ne passe d'assistant au professeur ordinaire dans une
carrière universitaire.
6. J'ai cru
comprendre que votre passage en Belgique était pour des raisons d'études. Si tel n'est
pas le cas, je vous prie de m'excuser.
7.
"Faire la part des choses entre le principe et les individus" : belle phrase
mais qui est un arbre qui cache la forêt. Que valent les principes sans les hommes qui
les appliquent et doivent les faire respecter ? Mon expérience à la magistrature à
Kinshasa, m'a montré que ce sont les hommes qui donnent un sens aux principes et non le
contraire.
8. "Se
réconcilier avec Kengo à la CNS" : vous écrivez que le triple objectif de la CNS
était de "se réconcilier, s'amender et réparer". Curieusement, vous mettez
seulement l'accent sur la réconciliation et non sur la réparation. Pour vous, Kengo
a-t-il suffisamment réparé pour mériter de se réconcilier avec le peuple congolais. Je
souhaiterai que les autres Congolais répondent également à cette question. Moi je dis NON.
Et il ne s'agit d'une exclusion. C'est du réalisme vrai et positif que d'écarter tous
ceux qui se sont enrichis sur le dos de la population. Kengo homme nouveau, je rigole
9.
"Toute l'élite du pays porte une responsabilité morale et individuelle dans la
ruine du Congo": une telle généralisation me fait peur et m'énerve. Je pourrai
l'accepter d'un Congolais moyen formé l'école du mobutisme sauf d'un professeur
d'Université. Personnellement, je n'ai AUCUNE responsabilité personnelle ou
collective dans la ruine de mon pays que j'aime tant. Mon père avec son salaire obtenu à
la sueur de son front à la Gécamines, m'a payé les études alors que des Ministres et
autres responsables (ceux à qui les Belges ont gratuitement assuré de bonnes conditions
d'études) faisaient tout pour nous rendre la vie estudiantine impossible. A peine
terminée mes études, deux ans plus tard, je n'étais même plus payé comme
magistrat
10. Vous
n'avez pas répondu à ma question par rapport aux dividendes politiques que votre parti a
tiré de l'existence des courants. L'UDPS courant du MPR, c'était une bêtise. Que
l'idée soit venue de Tshisekedi, de Kibassa ou de Ngalula, je pense que la compromission
avec le MPR et les courants politiques antagonistes, ont fragilisé l'UDPS, un parti dans
lequel nous avions placé les espoirs un moment. Aujourd'hui, ce parti n'est plus une
force crédible d'alternance. Vous en savez certainement plus que moi sur votre parti.
11.
"Violation des Accords du Palais du peuple et du texte constitutionnel de
transition" : je n'avais pas encore eu l'occasion de procéder à l'exégèse de ce
texte juridique. Je m'en tenais comme bon nombre des Congolais aux grands principes. Votre
analyse m'a beaucoup édifié et, comme vous, je me demande comment la délégation de
l'opposition a-t-elle accepté de telles monstruosités !!!!!!!
12. Si
Tshisekedi avait réellement posé sa candidature au poste de Premier ministre au même
moment que Kengo, il avait alors fait preuve d'un grave délit d'incohérence par rapport
à ce que une bonne partie du peuple attendait des négociations du Palais du peuple.
Mobutu et ses amis dont Kengo, avaient montré leurs limites dans la gestion du pays. Nous
avions besoin des hommes nouveaux et des structures nouvelles. A l'époque, Tshisekedi et
l'UDPS traduisaient bien cet idéal de Changement. Remettre Kengo au pouvoir par un jeu
des mots juridiques, après dénoncé ses méthodes de gouvernement, a été le gros
scandale de la classe politique et le jugement de l'histoire a donné raison aux
septiques
13.
"Etre au gouvernement pour faire appliquer son modèle de société" : tout à
fait d'accord. Mais encore faut-il que les conditions s'y prêtent et que les moyens
soient disponibles.
14.
"C'est de bonne guerre que d'affaiblir l'UDPS" : Oui, c'est aussi à l'UDPS de
se défendre. Mais une guerre politicienne menée sur la ruine totale du pays (comme c'est
le cas pour la RDC) ne vaut pas la peine. Au lieu de chercher à entrer au gouvernement
pour y mettre fin ou de rapprocher les individus, j'estime que la meilleure solution
serait que les principaux responsables travaillent au déblocage de la vie politique
nationale. Mandela, Abdou Diouf, Alpha Omar Konaré et tous les hommes politiques
responsables ont agi de la sorte à un moment ou à un autre de la crise dans leurs pays.
15. Kabila
socio-démocrate ! Je souhaiterai savoir d'où vous tirez cette affirmation. Mzee ou le
reste de l'AFDL ont-t-ils déjà publié leur modèle de société ? Puis-je en avoir un
exemplaire ? Dans mon entendement, Kabila est un vestige du marxisme léninisme, il a un
mûr de Berlin dans la tête. Par nationalisme, je lui préfère aux Rwandais et Ougandais
(qu'il a d'ailleurs amené en RDC). Pour moi, Kabila n'a pas d'étoffe de Président de la
république. A défaut de mieux, je le considère comme un moindre mal. Il avait commencé
à "grossir la tête" à la manière de Mobutu, mais la guerre actuelle lui a
montré que des "hommes de pailles" peuvent, comme lui, prendre également sa
place
16. S'il y a
une chose que Kabila peut faire pour le pays, c'est de créer des conditions nécessaires
à la démocratisation du pays comme au Nigeria et de laisser la place. Il faut qu'il soit
conscient qu'il n' y aura plus de deuxième Mobutu pour régner impunément trente ans sur
la RDC
"Kabila
organise un débat national" : la suggestion vient en retard et comme un contre pieds
à l'initiative prise par Mgr Monsengwo à Pretoria. Ce qui lui enlève de crédibilité.
Elle serait venue auparavant comme nous l'avions suggéré, elle aurait vidé les
revendications de la rébellion de tout leur contenu. Quoi qu'il en soit, je suis de ceux
qui pensent que l'UDPS et toutes les forces du pays doivent y participer avec des
suggestions courageuses. A l'issue de ce débat, il faudra arriver à des solutions
concrètes. Ce forum ne doit pas non plus servir de tremplin à Kabila pour s'offrir une
légitimité ou une nouvelle virginité
Je me
réjouis de vous rencontrer au pays d'ici au mois de septembre pour poursuivre la
discussion. Pour le reste, je vous exhorte à contribuer, à votre manière, à instaurer
une éthique politique dans notre pays, sans laquelle l'exercice du pouvoir politique ne
sera un prétexte pour l'enrichissement et le positionnement personnels. Vous avez
l'occasion et les capacités intellectuelles. A vous de jouer.
Tshimona
Bitoke |
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