Professeur
Ejoh Kasongo Numbi,C'est avec une
attention particulière que j'ai lu vos réponses dans "carte sur table" de
congonline.
Elles sont de grande qualité et ont de la
consistance. Mais, je ne suis pas convaincu avec l'ensemble d'arguments que vous avez
opposés aux questions posées par M.Odiho Lambert Opula.
Par rapport à votre entrée au gouvernement
Kengo, j'aurais souhaité que vous lui disiez que vous y étiez entré par choix personnel
et pour votre confort personnel. C'est votre droit le plus légitime. Dire que vous y
étiez pour éviter la "guerre civile" et le "dédoublement
institutionnel", je trouve l'argument plus que léger. Après avoir grandi en RDC,
étudié à Lubumbashi et en Belgique, milité au sein de l'UDPS, enseigné à l'UNILU,
observé les moeurs politiques de Mobutu et de Kengo, pensiez-vous réellement que le
gouvernement Kengo était en mesure de ramener la paix sociale, d'éviter le dédoublement
et d'empêcher que le pays ne bascule dans la guerre civile? Quels étaient vos critères
d'analyse? Quelle garantie aviez-vous en tant que scientifique, intellectuel plein de bon
sens, de jugement et de sens critique ? Je vous prie de me répondre en âme et
conscience.
Je vous concède l'opinion selon laquelle un
"grand parti" comme l'UDPS, doit admettre les courants en son sein. A mon avis,
si une telle chose est possible, elle doit se faire, après une période de consolidation
des acquis et des réussites. Dans le cas de votre parti, vous n'avez pas d'acquis en
termes des succès politiques. Il y a eu tout simplement une mauvaise gestion des
confrontations internes. En plus, il ne s'agissait même pas de confrontation d'idées,
mais de positionnement ridicule. A chaque remaniement ou négociations politiques
importantes avec le pouvoir, votre parti est toujours en proie à des vives confrontations
internes. La guerre ou mieux la chasse aux ministères est ouverte. Du grand parti que
vous étiez, vous êtes devenus une coquille vide. Vous qui êtes scientifique,
pensez-vous qu'il faille nécessairement être au gouvernement pour contribuer au
développement de la RDC ? Répondez-moi aussi directement que vous l'avez fait dans
"carte sur table".
Vous avez cité l'ANC et la droite
française, comme étant des partis fonctionnant avec des courants internes. Si l'ANC
(grâce à Mandela) gère, tant bien que mal, ses courants internes (encore faut-il
atteindre pour en observer l'évolution lors des élections de juin 1999), la droite
française n' arrive pas, elle est fragilisée et la gauche en a profité" pour
reprendre très rapidement le pouvoir.
Pour moi, si vous étiez unis comme parti,
vous auriez été un interlocuteur crédible pour Kabila à son entrée à Kinshasa. Vos
délits d'incohérences ont fait qu'il vous traite comme des opportunistes pouvoiristes :
fidèle à lui-même, Tshisekedi s'est retrouvé en prison, Kibassa et vous-mêmes, vous
vous êtes contentés d'un strapontin au gouvernement (que vous perdrez certainement),
Kapita, Omer Kamba et Bandoma ont tué le père pour "coucher avec la mère", J.
Kasavubu s'est fait "répudié" comme "une épouse adultère", etc.
Quel est votre poids de courant politique réformiste dans les rapports de force avec
Kabila ? Pour moi, Kibassa et vous-mêmes êtes au gouvernement grâce à votre
"katangatitude". Dites-moi si j'ai tort.
Quelle est la crédibilité des courants
internes ? A mon avis aucun. Professeur, comme à l'armée, un parti politique a besoin
d'une discipline interne pour conquérir le pouvoir. Sa marche vers le pouvoir doit se
faire dans l'ordre et la cohérence. Chaque membre ne peut pas créer son propre courant
au nom de la démocratie et l'hétérogénéité des consciences. Comme parti, vous n'avez
pas pu pas gérer vos divergences internes. Comment alors allez-vous gouverner le pays?
En sept ans de transition, Mobutu avait
réussi à vous opposez les uns contre les autres. Vous n'êtes même plus capables de
vous parler comme de grands. Kibasa, Tshisekedi, Lihau, Mbwankiem, Birindwa, etc. chacun
roule pour lui. Doit-on vous faire confiance ?
Le gouvernement Kengo était légal ? Si mes
souvenirs sont bons, les Accords du Palais du peuple stipulaient que le premier ministre
devait provenir de la famille politique autre que celle du Chef de l'Etat. Au delà de
realpolitik et des considérations juridiques, pensiez-vous, à l'époque des faits, que
Kengo était réellement de la famille politique autre que celle de Mobutu pour occuper ce
poste ? Pour vous, la caution de la troika a-t-il suffi pour faire de Kengo un opposant à
Mobutu?
Tshimona Bitoke