COMMISSION
INDEPENDANTE DU DIALOGUE INTERCONGOLAIS
A/S CIDPDD
Palais des Congrès de Bruxelles.
DECLARATION FINALE
Les 29 et 30 juin 1999, les représentants
de 16 organisations politiques et sociales suivantes :
- Alliance nationale des démocrates pour le renouveau
(ANADER)
- Antenne de la Nouvelle Energie démocratique (ANED)
- Forces du Renouveau pour la République (FRR)
- Mouvement indépendant pour le Renouveau (MIRE)
- Mouvement national congolais/Lumumba (MNC /L)
- Parti démocrate et social chrétien (PDSC)
- Parti national du Renouveau pour le développement (PNRD)
- Parti Lumumbiste Unifié (PALU) (observateur)
- Rassemblement pour une nouvelle société (RNS)
- Résistance patriotique zairoise (RPZ)
- Collectif des forces vives et démocratiques du Congo
Kinshasa
- Association africaine de défense des droits de
lhomme (ASADHO)
- Grande vision
- Union des peuples Kassaiens (UPK)
- Union des associations congolaises (UAC)
- Voix des sans Voix (VSV)
représentant les forces démocratiques de
lopposition non - armée et de la société civile de la république démocratique
du Congo se sont réunies à Bruxelles sous légide du Centre international des
droits de la personne et du développement démocratique et de la Commission indépendante
pour le dialogue inter congolais pour préparer les négociations politiques inter
congolaises. Ont participé comme observateurs des représentants du Conseil de
lUnion européenne et de la Commission européenne, de lOrganisation
internationale de la Francophonie, du Ministère Belge des Affaires étrangères et de
lAmbassade de la république démocratique du Congo.
Les participants font les constats
suivants :
- Les négociations à Lusaka pour lobtention dun
cessez le feu entre les belligérants sous légide de la SADC piétinent et
démontrent labsence dune volonté réelle de négocier de la part des deux
belligérants et de leurs alliés.
- Les institutions internationales comme lOUA et
lONU semblent avoir démissionné et ne montrent quun faible leadership dans
le dossier du Congo.
- Les forces politiques et sociales démocratiques et non
armées ne sont pas encore jusqu'à présent associées au processus de négociation en
cours.
- La libéralisation non restrictive des activités
politiques réclamée nest pas encore effective sur létendue du territoire.
Quelques dirigeants politiques ont été récemment libérés mais la mesure nest
pas encore générale sur létendue du territoire
- Les violations massives des droits humains ainsi que des
crimes de guerre continuent dêtre commis à légard de la population. Leurs
auteurs connus restent impunis.Il y a une dispersion et un manque de concertation dans les
initiatives de facilitation et de médiation en vue des négociations politiques
inclusives et une absence de leadership de la part de lOUA et de lONU
dans ce dossier.
Les organisations congolaises ont
unanimement reconnu lurgence dagir compte tenu de la gravité de la situation
et lenlisement observé dans le conflit au détriment de la population congolaise.
Elles conviennent donc de construire
durgence une dynamique de consolidation et de convergence des forces sociales et
politiques non armées afin de peser de leur poids dans louverture immédiate des
négociations politiques inclusives sous légide internationale.
Elles remercient le Centre international
des droits de la personne et du développement démocratique du Canada, la Communauté
Sant Egidio dItalie, lorganisation internationale de la Francophonie
pour leur implication actuelle active dans le processus des négociations politiques inter
congolaises et leur recommandent une concertation en vue de mettre sur pied un Comité de
médiation à placer sous légide de lOUA et de lONU afin
daccélérer ce processus et en garantir sa réussite.
Concernant les principes de base,
lesprit et le contenu des négociations, les organisations congolaises se sont mis
daccord sur les points suivants :
- La nature de la crise et du conflit actuel étant
politique, les négociations doivent être politiques
- La non exclusion dans la participation aux négociations
devrait être observée
- Légalité entre les parties négociatrices devrait
être respectée
- Le but des négociations politiques est de ramener la paix
en république démocratique du Congo et de mettre en place les conditions pour bâtir une
société réellement démocratique et pluraliste, reconstruire le pays et satisfaire aux
besoins fondamentaux et au développement de sa population.
- La Conférence nationale souveraine a constitué un moment
déterminant dans lhistoire politique récente et les négociations politiques
devraient tenir compte des consensus déjà obtenus à la CNS .
- Un esprit de franchise, de respect mutuel et de tolérance
devrait prévaloir entre les participants
- La neutralité et lindépendance doit caractériser
les médiateurs dans ces négociations .
Concernant les aspects concrets de
lorganisation des négociations politiques les organisations congolaises
participantes se sont mis daccord sur les points suivants :
- Les préalables politiques aux négociations sont : la
libération des prisonniers politiques et dopinion sur létendue du
territoire ; la signature dun cessez le feu entre les belligérants , la
réaffirmation dune volonté de négocier, lobtention de la part des parties
négociatrices dun engagement réel de respecter les accords issus des négociations
et une garantie de cet engagement de la part des puissances médiatrices .
- La participation aux négociations est garantie aux
délégations librement constituées des quatre composantes suivantes : le
gouvernement de Kinshasa, les oppositions armées en rébellion, les organisations
politiques de lopposition démocratique et non armée (interne et externe) et la
société civile.
- Aucun parti, entité politique ou dirigeant na le
droit de désigner arbitrairement les membres des délégations.
- Un processus interne sera mis en marche pour aboutir à la
désignation des membres qui représenteront la composante des partis politiques de
lopposition non armée. Un processus similaire pour la société civile.
- Lordre du jour des négociations sera déterminé par
le Comité de médiation à partir dune synthèse des propositions soumises par les
quatre composantes parties aux négociations et devra couvrir les contenus
identifiés pour les négociations.
- Par mesure de sécurité les rencontres de négociations
auront lieu à lextérieur de la RDC, de préférence dans un pays membre de la
Francophonie en Afrique ou à lextérieur dAfrique. Les options retenues
sont : Bruxelles, Genève, Rome, Cotonou, Montréal , Abidjan etc.
- Un Comité de médiation devrait être formellement
constitué et placé sous légide conjointe de lONU et de lOUA qui
intègre les facilitateurs et médiateurs actuellement actifs sur le dialogue inter
congolais: Francophonie, Communauté SantEgidio, CIDPDD. Le rôle de ce Comité
devra être défini et agréé par les parties congolaises.
- La caractéristique principale du Comité de médiation est
la neutralité. Les puissances amies et partenaires de la République démocratique du
Congo telles lUnion Européenne (en particulier Belgique, France) les Etats Unis et
le Canada en plus de lONU et de lOUA devront garantir les conclusions des
négociations politiques.
- Le calendrier de réalisation des négociations couvrira de
30 à 45 jours et sera articulé en trois étapes : une ou plusieurs rencontres
préliminaires internes à chaque composante aux négociations pour articuler les points
de convergences et finaliser la composition de léquipe de négociations ; une
deuxième rencontre ou séries de rencontres entre les quatre équipes de négociations
pour finaliser lordre du jour et les modalités des négociations, et enfin une
troisième rencontre au niveau des dirigeants des composantes avec leurs délégations
complètes pour aborder systématiquement les différents points à lordre du jour.
Concernant les aspects militaires et de
sécurité dans le contenu des négociations les organisations congolaises se sont mises
daccord sur les points suivants :
- cessez-le-feu entre les belligérants congolais et au
niveau sous régional, il a été demandé à lUnion européenne de faire des
pressions, étant entendu quune partie de laide accordée dans le cadre ACP
sont affectées aux dépenses de guerre. Le cessez-le feu ne peut être possible que sous
la pression des grandes puissances étrangères.
- déploiement dune force dinterposition sur la
ligne de démarcation et sur les frontières qui posent problème, la force aura un
commandement unique et un mandat clair et précis.-
- identification , localisation et désarmement des milices
- recensement de toutes les forces armées en présence au
Congo et la démobilisation générale en vue de lintégration individuelle.
- retrait des troupes étrangères et déploiement simultané
dune force dinterposition
- protocole dentente pour lintégration des
forces armées signé par les chefs des forces militaires en annexe à laccord final
de négociation politique.
Concernant les aspects liés à la
transition politique, les organisations congolaises se sont mises daccord sur les
points suivants :
- La nécessité dune charte de la transition, partant
de lacte constitutionnel de la CNS comme document de base qui devrait être
remanié.
- détermination des critères de participation au parlement
de transition
- organisation de la commission constitutionnelle et de la
commission électorale
- les négociateurs devront déterminer le mandat et
lampleur des tâches que les autorités de transition auront à accomplir
- création par lautorité de la transition dune
commission spéciale devant régler les questions de nationalité
- mise sur pied dune commission de vérité, de justice
et de conciliation
Concernant les aspects sociaux et
économiques, les organisations congolaises se sont mis daccord sur les
points suivants :
- nécessité dun programme daide humanitaire
durgence à lintention de la population avec évaluation rapide de la
situation des déplacés internes et des réfugiés et mises en place dun train de
mesures sociales durgence
- adoption de mesures damélioration de la situation
des droits humains et de la sécurité des personnes sur létendue du territoire en
particulier dans les régions frontalières
- Elaboration et mise en oeuvre dun programme minimum
de stabilisation économique et sociale et de reconstruction
- la reprise de la coopération internationale pour un
programme à long terme de développement du pays devra être faite après des élections
générales libres et transparentes .
- Négociation en relation avec le FMI et la Banque mondiale
dun moratoire sur le service de la dette extérieure en raison de létat de
destruction des infrastructures et de délabrement du tissu social et économique, voire
annulation de la dette
- Evaluation à faire de la dette de guerre en relation avec
les compensations responsabilités pour les dommages de guerre et lexploitation et
la commercialisation sans contrôle des ressources naturelles congolaises par les alliés
des belligérants.
Adopté au Palais des Congrès de
Bruxelles
Le 30 juin 1999
Transmis par Patrice Bila |