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Faisons la plitique autrement

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Dr Assani Ali Arkamose

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LE BUDGET 1999

Les politiciens congolais ont un grand défaut: celui de sacrifier l'économie et le social au détriment de la politique. Cette attitude s'explique par la fascination qu'exerce le pouvoir chez nos politiciens. Ceux-ci préfèrent ainsi passe le plus clair de leur temps à élaborer les stratégies méme diaboliques pour s'emparer du pouvoir ou s'y maintenir plutôt qu'à chercher des solutions pour sortir notre pays de la crise économique.
Malgré son long séjour au maquis et ses promesses pour relancer rapidement l'économie de notre pays, Mzee Kabila n'échappe pas à cette règle.
Le budget 1999, adopté par son gouvernement, en est la parfaite illustration. Dans son mot de clôture du conseil ministériel qui a adopté ce budget, Mzee Kabila a qualifié celui-ci d'« un pacte sacré par lequel l'Etat congolais donne à sa population des outils de travail afin qu'il acquiert les moyens de demeurer sur le chemin de la reconstruction nationale, tout en contribuant à l'effort de guerre...». Qu'y a-t-il de spécial dans ce budget pour qu'il soit qualifié de pacte sacré? Dans son compte rendu rendu public à l'issu de ce même conseil ministériel, Mr Mumengi, ministre de l'information et du tourisme, fournit des précisions sur les objectifs à atteindre au cours de cet exrecice budgétaire : « Le budget ainsi approuvé est mis à la disposition des réalisations des actions inscrites comme prioritaires dans le plan triennal pour la période allant de juin à décembre 1999...». Il précise que dans ce budget « les dépenses en capital représentent 30% du total. Une proportion jamais atteinte dans les budgets antérieurs. Elles permettront d'amorcer enfin l'exécution de grands travaux d'infrastructures, le financement des CPP (comité du pouvoir populaire), pour les inititives créatrices des richesses, de la relance des activités des agents économiques et des administrations.
Ce nouveau cadre prévisionnel des opérations financières de l'Etat prend en compte, dans son enveloppe, de rémunérations, le nouveau barème à payer aux agents de l'Etat. Aussi, la rubrique fonctionnement alloué aux différents services administratifs des crédits nécessaires à l'exécution de leur mission».

Pour réaliser ces différents objectifs, rappelons que le gouvernement s'est doté d'un budget de 2.958.778.032 Fc (soit plus ou moins 400.000.000 de $US) comme dépenses estimées et 2.099.072.063FC (plus ou moins 300.000.000 $US) comme recettes estimées, soit un déficit de 859.697.969 Fc (plus ou moins 100.000.000 $US).

En comparant avec les budgets des années antérieures, deux remarques s'imposent :
1)Par rapport à l'année 1998, le volet dépense du budget 1999 représente une hausse d'environ 450%. Comment un pays en guerre peut-il réaliser une telle hausse malgré la diminution de ses ressources (1/3 du territoire est occupé)? Si Mzee Kabila est capable de réaliser de telles perfomances à l'espace d'un an, comment peut-on expliquer alors la modicité du budget de l'année 1998?
2)Par rapport aux budgets des gouvernements sous le régime de Mobutu, le présent budget ne représente que le quart. Néanmoins, il est comparable aux budgets de derniers gouvernements de la transition.

Quoi qu'il en soit, le gouvernement du Mzee Kabila a-t-il les moyens de boucler ce budget? Hélas, malgré sa modicité,  ce budget paraît irréalisable parce que les recettes de l'Etat sont loin inférieures aux prévisions. Par exemple, les recettes recoltées au premier trimestre de cette année accusent déjà un déficit de 90%. Dans ces conditions, le gouvernement doit choisir certains objectifs jugés prioritaires. Vu la crise éconimique avec ses conséquences néfastes sur le social, ce choix devrait logiquement être dicté par les considérations socio-économiques. Dans le budget 1999, les objectifs socio-éeconomiques qu'on peut considérer comme prioritaires sont : l'exécution de grands travaux d'infrastructures et le nouveau barème salarial à allouer aux agents de l'Etat. Le premier projet créera sans nul doute de nombreux emplois contribuant ainsi à la diminution du chômage qui touche plus de 70 % de la population active. Il entrainera aussi d'autres retombées économiques positives dans d'autres secteurs.
Quant au second objectif, l'augmentation des salaires des fonctionnaires de l'Etat soulagera leur misère et relancera la consommation et l'épargne, situation très propice à l'exlosion et à l'expansion des petites et moyennes entreprises, bref au demarage de l'activité économique. Le seul projet politique prioritaire qu'on peut épingler dans ce budget est le financement des CPP. Mais ce financement n'a aucun impact direct ou indirect sur l'économie et le social. De plus il est plus coûteux que les deux projets socio-économiques en raison du nombre trop élevé des CPP. Chaque rue a son CPP.

Mais malgré son coût dispendieux et son impact nul sur l'économie, le financement des CPP a retenu au détriment des autres projets. Voici les preuves.

1)Les fonctionnaires de l'Etat ne toucheront plus le barème promis. Il leur sera alloué un barème intermédiaire en raison de « ressources jugées minimes», selon les termes même du ministre de la Fonction publique.
2) Aucun grand chantier n'est encore ouvert pour exécuter les grands travaux d'infrastructures. Aucun axe routier sur lequel ces travaux vont se réaliser n'est encore connu.Pourtant la saison sèche tend vers sa fin dans de nombreuses régions.
3)Les promesses sur le financement des CPP seront tenues. Voici la reponse du Mzee Kabila aux doléances présentées par les étudiants et le comité de gestion de l'Université de Lubumbashi : « ...le gouvernement de Salut Public est disposé à aider à la restauration de cette université. La seule condition qu'exige le gouvernement, c'est l'organisation et la prise en charge des problèmes de cette communauté universitaire par ses propres membres et, à travers les CPP, qui sont les lieux d'initiation des masses populaires à la gestion de la cité.»
4)Les multiples voyages de SAKOMBI, secrétaire général des CPP, à travers les provinces. Pourtant, pour réduire les dépenses de l'Etat afin de boucler le budget, le gouvernement s'est engagé à « réduire les consommations sur les rubriques budgétaires, notamment les frais de mission, la location des avions, les communications, etc...». Pourquoi alors financer les voyages de SAKOMBI, qui ne peuvent rien rapporter à l'Etat?

A cette allure, quel bilan Mzee Kabila présentera au peuple congolais pour justifier son élection? La solution qui s'imopse à lui est de retarder le plus longtemps possible les échéances électorales. Au fait n'a-t-il pas promis d'organiser ces élections après deux ans, c'est-à-dire en 1999? Dans ce budget, rien n'est prévu pour l'organisation d'un quelconque scrutin. Qui vivra verra.


Dr Assani Ali Arkamose

Président du PDECO

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