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L'état de l'environnement en République Démocratique du Congo à l'aube du IIIème millénaire.

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Dr Assani Ali Arkamose

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THÈME I. LE CHANGEMENT CLIMATIQUE EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO.

A. Le Peuple congolais et le changement climatique.

1. Un sondage réalisé auprès de 300 habitants de Lubumbashi en 1992 a révélé les faits suivants :

- Plus de 80% des personnes interrogées ne perçoivent pas le changement climatique à Lubumbashi en particulier et au Congo en général.

- Plus de 90% ne s’y intéressent pas.

- Plus de 85% croient qu’un changement climatique ne peut entraver le développement économique du pays.

- Plus de 95% pensent que la République démocratique du Congo ne produit pas des gaz à effet de serre.

2. Le rapport de la conférence nationale souveraine n’a pas abordé la question.

3. De même, aucun parti politique congolais ne s’est jamais préoccupé de ce problème.

En conclusion, ni le peuple congolais ni les partis politiques ne s’intéressent au problème de changement climatique, thème qui préoccupe pourtant le monde entier. La question est alors de savoir si on peut parler de changement climatique au Congo.

B. Les preuves scientifiques du changement climatique au Congo.

1. L’analyse statistique des débits du fleuve Congo à Kinshasa sur une longue période (1903-1983) a mis en évidence une hausse significative des débits du fleuve après 1959.

2. L’analyse statistique de la température et des précipitations depuis 1960 a abouti aux résultats résumés au tableau I. Il ressort du tableau que la température augmente sur toute l’étendue du territoire depuis 1960. D’autre part, les totaux pluviométriques diminuent dans de nombreuses régions climatiques.

Tableau I. Évolution de la température et des totaux pluviométriques en République démocratique du Congo entre 1960 et 1990.

Stations climatiques

Type du climat

Variation de température en ° C

Variation des pluies en mm

Bunia

Am

+ 1.62

+ 163

Mbandaka

Af

+ 0.60

- 288

Goma

Cf

+ 0.79

- 472

Bandundu

Aw3

+ 0.74

- 219

Kinshasa

Aw4

+ 1.18

+ 239

Matadi

Aw5

+ 0.74

- 127

Lubumbashi

Cw

+ 1.04

- 391

+ : augmentation; - : diminution

Source : Sanga-Ngoie et Fukuyama (1996).

3. L’analyse des totaux pluviométriques recueillis à Lubumbashi pendant 80 ans (1916-1996) a révélé que la moyenne arithmétique de la série ne varie pas dans le temps. Mais une diminution des totaux pluviométriques a été observée depuis 1980. Durant la décennie 80, les totaux pluviométriques ont connu une baisse moyenne de 170 mm par an par rapport à la décennie 70. Quant au nombre des jours pluvieux, leur fréquence a significativement diminué entre 1921 et 1936, puis depuis 1980; mais elle a augmenté entre 1940 et 1980.

En conclusion, toutes ces études attestent que le climat change en République démocratique du Congo. Donc, le changement climatique est un fait réel et non une utopie. Les partis politiques et le peuple congolais doivent s’y intéresser.

C. Les causes de ce changement climatique.

1. Les causes de l’augmentation des débits du fleuve Congo ne sont pas bien élucidées. Mais nous pensons que l’épisode pluvieux qui a régné entre 1940 et 1980 au Congo serait à l’origine de cette hausse. Cet épisode a atteint son paroxysme durant la décennie 70. Elle est la plus pluvieuse de ce siècle au Congo. A cet épisode pluvieux s’est succédé un épisode sec depuis. On peut dès lors s’attendre à une diminution significative des débits du fleuve Congo à la prochaine décennie si cette baisse ne s’est pas encore amorcée.

2. La hausse généralisée de la température et la diminution des précipitations observée dans certains régions climatiques seraient dues à la déforestation consécutive à l’augmentation rapide de la population dans les centres urbains après l'indépendance du pays en 1960.

3. Une corrélation négative significative a été observée entre les totaux pluviométriques et les événements El Niño/oscillation australe. Ceux-ci pourraient donc expliquer en partie la sécheresse observée ces deux dernières décennies à Lubumbashi

En conclusion, les causes de ce changement climatique ne sont pas encore bien connues. Ceci justifie donc des études poussées.

D. Les conséquences de ce changement climatique.

1. Les impacts de ce changement ne sont pas encore analysés. Néanmoins, nous pouvons d’ores et déjà noter que les deux régions (régions du Haut-Plateaux du Katanga et la région montagneuse orientale) les plus frappées par la sécheresse de ces deux dernières décennies sont de plus en plus confrontées à l’insuffisance de la production agricole due au retard fréquent du retour de la saison des pluies. En outre, ce déficit pluviométrique persistant entame sérieusement les réserves de nappes aquifères. A Lubumbashi par exemple, nombreux sont les quartiers qui ne sont plus approvisionnés en eau vers la fin de la saison sèche. Dans les milieux ruraux, de nombreuses sources et points d’eau tarissent précocement obligeant les paysans de parcourir parfois de longues distances à la recherche de l’eau. La consommation de l’eau des rivières devient une pratique courante et expose la population à des nombreuses maladies d’origine hydrique. Ce qui favorise le déclenchement des épidémies du type choléra.

2. Quant aux conséquences liées à la hausse de la température, il faut probablement craindre entre autres une recrudescence des maladies parasitaires.

Nous pouvons conclure que toutes les conséquences de ce changement climatique sur la santé de la population et le rendement agricole ne sont pas encore bien élucidées.

E. Propositions et recommandations du parti.

- Sensibiliser et informer la population sur le changement du climat et ses impacts éventuels sur leur santé et sur l’économie du pays.

- Réhabiliter le réseau des stations météorologiques qui existaient avant l’indépendance. A l’époque coloniale, la République démocratique du Congo disposait de plus de 500 stations météorologiques. Actuellement, moins de 10 stations sont encore en service. Cette situation est tout simplement scandaleuse dans un pays de 2345000 km² situé au cœur du continent africain. Mais elle n’est pas plus scandaleuse que l’expropriation et le lotissement du parc météorologique de la Binza (à Kinshasa) par des dignitaires de l’ancien régime dont certains sont à la tête de la rébellion. Ce qui dénote l'irresponsabilité du monde politique en général dans le domaine de l'environnement.

- Mettre en place un réseau national de surveillance du climat.

- Le pays doit participer activement aux programmes internationaux de surveillance du climat.

- Former un personnel qualifié pour la collecte et l’analyse des données météorologiques.

- Mettre sur pied une commission d’experts pour évaluer les conséquences de ce changement climatique dans le pays.

F. Quelques références indicatives.

1. ASSANI A.A. 1999. Variabilité temporelle et persistance des épisodes secs en saison des pluies à Lubumbashi. Sécheresse, Paris, vol. 10, no1.

2. ASSANI A.A. Analyse de la variabilité temporelle des précipitations (1916-1996) à Lubumbashi (Congo-Kinshasa) en relation avec certains indicateurs de la circulation atmosphérique (Oscillation australe) et océanique (El Nino/La Nina). Soumis à Sécheresse, Paris.

3. ASSANI A.A. & DEMAREE G. Are rainfall and rain days precipitation decreasing at Lubumbashi?. A soumettre au Journal of Geophysical Research.

4. BULTOT F. & DUPRIEZ G.L. 1987. Niveaux et débits du fleuve Zaïre à Kinshasa (Régime-Variabilité-Prévision), Bruxelles, Acad. Roy. Sciences d’Outre-Mer, Cl.Sciences techniques, Mém.in-4° , t VI, fasc.2., 49p.

5. SANGA-NGOIE K. & FUKUYAMA K. 1996. Interannual and long-term climate variability over the Zaïre River Basin during the last 30 years. Journal of Geophysical Research, 110, 21351-21360.

Dr Assani Ali Arkamose

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