| LA REBELLION ET LES HOMMES POLITIQUES
CONGOLAIS. Après maintes tergiversations, Zahidi
Ngoma s'est enfin résigné à rompre définitivement avec son mouvement rebelle (RDC)
dont il fut cofondateur. On peut s'interroger sur les véritables raisons de cette
défection.
- Ces détracteurs insinuent qu'il s'agit d'un geste de
déception de la part d'un homme politique qui nourrit toujours l'ambition d'accéder à
la magistrature suprême par tous les moyens.
- En revanche, ces partisans soutiennent qu'il s'agit d'un
geste politique fort et courageux de la part d'un homme qui lutte inlassablement contre
toute forme de dictature et qui n'hésite pas à la dénoncer d'où qu'elle vienne.
On peut supposer qu'en adhérant au RDC, un homme de la
trempe de Zahidi croyait fermement aux objectifs poursuivis par ce mouvement dont le
principal est sans nul doute le renversement du régime dictatorial de Kabila afin
d'instaurer une véritable démocratie au Congo. Mais c'est justement cette adhésion à
un mouvement très hétéroclite et aux objectifs très limités qui suscite de nombreuses
interrogations sur la crédibilité de Zahidi en tant qu'homme politique perspicace et
sérieux.
1. Il est notoirement connu que la rébellion armée au
régime de Kabila a été orchestrée par Kagame et Musevegni au lendemain de la décision
prise par le président congolais de renvoyer l'armée rwando-ougandaise qui l'a aidé à
chasser Mobutu. Ceci ne peut surpendre Zahidi qui dénonce aujourd'hui la dérive
maffieuse de ce mouvement hétéroclite qui pille systématiquement les richesses du Congo
pour le compte du Rwanda et de l'Ouganda. Même le pauvre paysan du Kivu s'est vite rendu
compte dès le premier jour que cette rébellion était entièrement à la solde des
Tutsi. Est-ce que Zahidi peut oser afformer ignorer ce fait?
2. La branchepolitique de la rébellion a été
constituée assez tardivement après l'insurrection armée.
Il est donc difficile d'admettre que cette rébellion
poursuit exclusivement des objectifs politiques, en l'occurrence la démocratisation du
Congo. Ce fait a-t-il échappé à Zahidi?
3. Musevegni et Kagame ne cessent de clamer haut et fort
que c'est pour défendre les intérêts de leurs pays qu'ils se sont engagés
militairement au Congo. Or, la seule façon de préserver ces intérêts est de maintenir
à la tête du Congo un homme à leur solde - c'est ce qu'ils ont tenté avec Kabila - ou
de maintenir en permanence leur armée sur le sol congolais.Pourquoi alors ces deux
dirigeants se battront pour instaurer la démocratie au Congo sachant pertinement que
cette démocratie menacerait directement leurs intérêts qu'ils s'acharnent à
préserver. D'autre part, l'Ouganda et le Rwanda ne sont pas des pays démocratiques.
Pourquoi leurs dirigeants s'acharneront-ils à imposer la démocratie au Congo au lieu de
le faire d'abord chez eux?
4. La rébellion est dirigée aussi par des anciens
mobutistes. M Zahidi sait parfaitement que ces mobutistes s'opposaient catégoriquement à
toute forme de démocratie au Congo. Il les a toujours combatu pour cette raison.
Comment s'est-il laissé facilement convaincre par ces
antidémocrates au point de se rallier à leur cause?
A la lumière de cette analyse, il me parait de manière
évidente que l'adhésion de Zahidi au RDC a été exclusivement dictée par ses ambitions
politiques. Il était persuadé que la rébellion lui offrirait une opportunité
d'accéder à la magistrature suprême.
Pour nous, Zahidi est un opportuniste.
Mais il n'est pas le seul à faire ces calculs politiques
odieux. Nombreux sont les hommes congolais qui nourissent des ambitions politiques
démesurées pour accéder au pouvoir. Pour conquérir le pouvoir, Kabila avait accepté
sans états d'âme toutes les renvendications même territoriales du Rwanda et de
l'Ouganda avant de se rebiffer une année plus tard lorque son trône était menacé par
ces anciens alliés. Pour le punir de son ingratitude, ils ont envahi de nouveau le pays.
Paradoxalement, c'est kabila qui sort politiquement grandi de ce conflit alors que le
peuple congolais est entrain de payer quotidiennement un lourd tribut. Quant à
Tshisekedi, il a toujours considéré les deux agressions rwando-ougandaises comme une
lutte des "compatriotes", épris de sentiment démocratique, contre la dictature
en place.
Dans le cas de la première agression, pour tenter de se
maintenir à la primature, il n'a pas hésité à proposer des postes ministériels à la
rébellion de Kabila, qui était pourtant à la solde des Tutsi. Feignant d'ignorer, sa
précédente désillusion, dans le cas du second conflit, il a préféré jouer le
médiateur afin de réaliser un "come back" spectaculaire sur la scène
politique tant nationale qu'internationale au lieu de dénoncer cette agression pourtant
perçue en tant que telle par toute la population congolaise. Cette dénonciation ne
l'obligeait point de pactiser avec Kabila. Que dire des mobutistes et co? Ils n'ont pas
failli à leur réputation d'opportunistes cyniques et naifs, des démagogues de mauvais
goût. Comment peut-on comprendre que ces gens, qui ont été chassés au pouvoir par les
mêmes Tutsi, envisagent d'y revenir en s'alliant à leurs ennemis d'hier? Le cas de
kabila, leur ancien allié devenu aujourd'hui leur ennemi, ne leur a même pas servi
d'exemple.
Le comble est que ces mobutistes se présentent comme
d'ardents défenseurs de la démocratie alors qu'ils ont servi fidèlement la pire des
dictatures pendant de nombreuses années.
Le drame du peuple congolais n'est pas de posséder un
pays riche mais de placer sa confiance en des hommes politiques sans scrupules, prêts à
le sacrifier pour satisfaire leurs ambitions démesurées. Un renouvellement de
génération des politiciens s'impose plus que jamais pour sortir le pays de ces errances
politiques de nos aînés nés avant l'indépendance. Ils sont échoués et se révèlent
incapables de diriger ce pays.
Mais c'est la génération née après l'indépendance qui
en paie le prix. La guerre des générations est tout simplement declarée. Elle est
déjà au coeur du débat politique au Congo.
Dr Assani A.A.
Président du PDECO |