La problématique dune paix
durable en Afrique. Brève considération à partir du conflit actuel en RDC |
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Dr. Mwamba K. Tshibangu |
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Une année terrible vient de
sécouler. Une année au cours de laquelle notre pays a été confronté, pour la
deuxième fois en lespace de deux ans, à une guerre dite de libération.
Le concept enveloppant le mot libération, emblématique par sa nature, fatidique sinon
lourde de conséquences pour la population congolaise, est remis irrémédiablement en
discussion à cause de ses ambiguïtés. Il devrait à notre humble avis, être éludé
pour quon arrive, une fois pour toute, à un entendement commun de cette notion.
Après la libération du joug colonial le 30 juin 1960 on aurait dû croire que le peuple
congolais ne serait plus soumis à des multiples libérations, les unes plus
insignifiantes des autres.
Lengouement de certains politiciens à vouloir sériger en libérateurs du
peuple est-il à considérer à certains égards sincère ? Faut-il relever dans cette
démarche la volonté de se mettre au service du peuple, au service de la nation, en
uvrant pour son émancipation ou elle est plutôt le signe précurseur dun
malaise récurrent ?
Le constat ou si lon préfère le bilan de la gestion de cette bande des
«politicailleurs» est plutôt médiocre. Le pays, au lieu daller de lavant,
au lieu de se lancer dans une perspective de reconstruction pour le bien des populations,
traîne le pied, sembourbe dans une dynamique de destruction.
Tout indique à croire que la gangrène qui affecte aujourdhui le Congo est une
maladie dordre général en Afrique. Elle est liée certainement à
plusieurs causes. Principalement, elle semble résulter de la déficience dune
culture démocratique affirmée et diffuse; cette carence se répercutant par ailleurs,
négativement, sur lensemble des institutions politiques et non moins sur la vie
quotidienne.
La démocratie, dans la majeure partie de cas, souffre encore sur le continent africain
des balbutiements et des maux de jeunesse. Elle est souvent galvaudée et certains
dirigeants nhésitent pas à la tourner carrément en dérision en nous présentant
une parodie de démocratie coiffée de létiquette bien distinctive, «à
lafricaine».
Si on voudrait calibrer nos paramètres et sélever au diapason dautres
continents, la démocratie devrait être affermie partout. Plus que cela, elle devrait
incarner et aiguiller la bonne gouvernance des pays en développement.
Au cours de son histoire récente, un vent de démocratisation a semblé balayer
lAfrique. Mais hélas, le mouvement venu de lest en 1989 na pas
ébranlé les résistances et les avatars dune certaine Afrique tiraillée entre
lère moderne et son ancrage dans les traditions séculaires, du moins, celles qui
sont néfastes et décidément anti-progressistes.
Cette situation danomie, se reflète de manière patente sur la stagnation du
continent. En effet, ce nest pas un hasard si au seuil de lan 2000 la plupart
de dirigeants africains naient pas encore associé la notion de développement
socio-économique à lémergence ainsi quà la pleine application de la
démocratie pluraliste comme méthode idéale, en dépit de ses nombreuses
contradictions, de gouvernement des peuples. En saccrochant aux méthodes
obscurantistes et aux pratiques arbitraires, ce prototype de dirigeants conduit le peuple
africain à la dérive.
Au même moment, on constate ailleurs la naissance des grands blocs économico-politiques.
LEurope unie est aujourdhui une réalité. LALEMA regroupant
lAmérique du Nord et du Sud est en train de se construire.
En Afrique, le rêve de Lumumba, de Nkrumah, etc.. dune union panafricaine na
pas évolué vers des lendemains prometteurs ayant été carrément vidé de son contenu.
Il a été pour ainsi dire détourné de ses orientations initiales au profit des rêves
ethnicistes de petits espaces, de «micro-nations». Au demeurant, les vraies
alliances ne se tissent quautour des intérêts militaires visant à déstabiliser
ou à protéger quelques régimes en place.
La régionalisation actuelle du conflit congolais est un cas pathétique et constitue une
illustration concrète du danger que coure lAfrique. Au lieu de participer à
luvre de construction, plus de 8 pays africains se sont alliés en deux blocs
distincts dans une guerre sauvage et destructrice.
Pour aller de lavant, pour effectuer de bon pied un bond décisif dans le troisième
millénaire lAfrique toute entière devrait se construire un avenir radieux en
institutionnalisant la pratique démocratique dans ses fondements ontologiques et en
souscrivant des pactes de non agression au niveau régional dabord puis au niveau
continental. Certaines clauses telle que la prohibition pour tout pays de servir de base
arrière aux agresseurs de tout poil devraient y être incluses.
Le peuple africain devrait veiller plus quil ne la fait jusquici pour
que la culture de la paix doublée dune démocratie réelle et non seulement
formelle soit de mise partout. Cest dans ces conditions que le continent tout entier
pourrait vivre une pax africana porteuse despoir et despérance pour une
renaissance africaine.
Dr Mwamba K. Tshibangu
(Editorial paru sous le titre «La Pax Africana» dans le mensuel de l'Union de la
Diaspora Congolaise, La RENAISSANCE n° 23 du 28 décembre 1998, édité à Montréal,
Canada) |
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