| Jusque quand le Congo et sa population
devront-ils payer ? |
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| Mme Catherine Tshefu |
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Il est vrai que la communauté
internationale se sent encore coupable de n'avoir pas empêché le génocide qui a été
commis au Rwanda contre les Tutsi et des Hutus modérés en 1994 (malgré les moyens à sa
disposition pour y mettre fin), et se montre ainsi encline à banaliser les forfaits
commis par les Tutsi dans les pays qu'ils dirigent ou dans des pays voisins. Le Congo
doit-il payer, de son démembrement et du sang de ses citoyens, le prix d'un génocide
commis par des Rwandais contre d'autres Rwandais ? La communauté internationale aveuglée
doit-elle permettre que des citoyens congolais soient impunément victimes eux aussi de
génocide, dans les portions du territoire national occupées par les troupes étrangères
et leurs exécutants locaux ?
Plusieurs rapports attestent de la cruauté des envahisseurs qui se livrent à un
véritable nettoyage ethnique sur le sol congolais. Des Tutsi sont déportés du
Nord-Katanga vers les Kivus, provinces congolaises convoitées par les envahisseurs. Les
populations congolaises
non-Tutsi de ces provinces sont quant à elles déplacées de manière brutale, les
récalcitrants et les leaders communautaires (chefs coutumiers, intellectuels,
commerçants, etc.) étant soit massacrés soit déportés au Rwanda. Les horribles
massacres de Kasika (territoire de Mwenga) et Makobola (Uvira) dans le Sud-Kivu ne sont
plus connus que
grâce aux témoignages courageux de l'Eglise catholique. Dans ces deux cas, suite à des
embuscades tendues par des éléments de la milice maï-maï, les troupes rwandaises ont,
quelques jours après, égorgés plus d'un millier de paysans de ces villages. N'est-ce
pas là des représailles contre des civils innocents du type de celles qu'ont commises
les forces nazies en France ? Pour deux massacres médiatisés, combien sont passés sous
silence ?
Tous ces drames concernant les Congolais sont si banalisés, qu'à la limite, c'est comme
si le peuple congolais avait tellement pêché, qu'il ne mérite qu'une mort atroce.
Lorsque les Palestiniens se font massacrer au Moyen-Orient, les jeunes Arabes en France,
les noirs aux USA n'est-ce pas toujours parce qu'ils ont "commis quelque chose
? " Ceux qui ont la gâchette facile n'invoquent-ils pas toujours la légitime
défense ?
Que vaut la vie des Congolais dans leur propre pays ? Ils sont tués dans l'indifférence
générale. Ceux qui nous tuent ne prétendent-ils pas le faire pour sécuriser leurs
frontières, Ils sont en légitime défense, leurs rebelles opérant à partir du Congo
affirment-ils. Cependant, aux yeux de la communauté internationale, c'est normal et même
catholique
que les "rebelles congolais " aient leurs bases arrières au Rwanda, Ouganda et
Burundi. Dans cette situation, les décideurs de ce monde ne s'insurgent pas.
Aujourd'hui, les Congolais se font exterminer, demain quand il sera trop tard, la
communauté internationale enverra une commission d'enquête internationale pour savoir
combien des congolais sont morts et dans quelle condition. Aujourd'hui nos surs, nos
mères sont volontairement contaminées par les militaires sidéens des pays agresseurs,
demain, quand il sera trop tard, la communauté internationale enverra les plus grands
spécialistes du SIDA pour soulager les souffrances de ceux qui ne seront pas encore
morts. Le SIDA est ainsi utilisé comme une arme de guerre pour décimer notre population,
sans aucune condamnation de la part de la communauté internationale. Aujourd'hui, suite
à cette guerre, l'économie ne fonctionne plus, nos familles meurent de faim, demain,
quand elles seront toutes squelettiques, le Programme alimentaire Mondial (P.A.M) enverra
des tonnes et des tonnes de nourriture.
Aujourd'hui, suite à cette guerre, il ya recrudescence des maladies qui n'existaient plus
au Congo, demain, quand il sera trop tard, l'Organisation Mondiale de la Santé (O.M.S)
enverra des tonnes et des tonnes de médicaments. Aujourd'hui, les jeunes enfants sont
enrôlés dans l'armée par les agresseurs, demain, quand il sera trop tard, l'UNICEF
parlera de leur démobilisation. Chère communauté internationale, quand vous viendrez
demain sous l'il des caméras (CNN en tête), il sera trop tard, il n'yaura plus
personne a sauver. Beaucoup seront morts, sidéens, séropositifs, dénutrits
A quoi
alors servira alors votre aide ? Le peuple vous dira alors Merci de nous laisser mourir
dignement.
Refusant de condamner une invasion qui depuis le 2 août sème mort et désolation au
Congo, cette invasion faite au mépris des chartes de l'OUA et de l'ONU ainsi que des
autres dispositions du droit international. La communauté internationale via certains
pays africains, préfère initier de réunions ressemblant plus a des foires de
retrouvailles entre
copains. Que valent les Nations-Unies et l'Organisation de l'Unité Africaine si elles ne
veulent pas condamner une agression faite par des pays membres contre un autre ?
Les décideurs de ce monde ne se gênent même plus et vont jusqu'à faire pression sur
les alliés du Congo pour que ceux-ci se retirent et laissent la voie libre aux
charognards, afin de leur permettre d'arriver "plus rapidement à Kinshasa
". Ainsi tout d'un coup l'Unita (mouvement rebelle angolais ) qui est sous embargo,
recommence ses offensives en
Angola. Au Zimbabwe, la société civile entre en ébullition, l'armée aussi se révolte,
il ya même tentative de coup d'état, le Fonds Monétaire Internationale somme le
Zimbabwe de se retirer du Congo. La Namibie aussi doit faire face à un grand
mécontentement interne.
Avec un cynisme qui dépasse tout entendement, il est annoncé sur toutes les ondes le
lancement d'une offensive des rebelles. Personne ne s'insurge sur le fait que les
étrangers lancent une offensive dans un pays qui n'est pas le leur. Lorsqu'un chef
rebelle fait défection, et annonce ce qui se passe dans cette "rébellion ",
cette nouvelle est volontairement non médiatisée. Par contre si un petit village tombe
aux mains des rebelles, toutes les chaînes de télévision, toutes les radios, toute la
presse écrite en font un large écho.
Mandela hier, dans son pays a refusé de négocier avec ses tortionnaires, et a mérité
le respect des Africains pour son engagement dans la défense de la cause des opprimés.
Aujourd'hui, il impose aux Congolais de négocier avec ceux qui sèment mort et
désolation chez nous depuis le 2 août. Naturellement, lorsqu'il s'agit du Congo, des
considérations
spéciales entrent en ligne de compte, les bourreaux deviennent des interlocuteurs
valables
Quelle image, aimerait-il que les générations congolaises futures gardent
de lui ? De ce grand homme de la trempe de Lumumba, N'Krumah, Sankara ou de ce président
qui a concouru au démembrement et à la récolonisation du Congo ? Que pense t-il de ses
poulains qui sans pudeur, sans gêne, crient à la face du monde : " il y avait
quelques divergences entre nous, nous sommes allés les régler à Kigali et Kampala
" ? Ce genre de personnages méritent-ils le respect du peuple congolais ? Ceux qui
trouvent normal d'aller présenter leurs lettres de vassalité au Rwanda, Ouganda, qu'en
sera t-il si par un
malheureux hasard, ils arrivaient au pouvoir ?
S'il doit y avoir une rencontre interétatique sur cette crise majeure, elle devra porter
que sur TROIS PROBLEMES ESSENTIELS :
1. le respect des frontières héritées de la colonisation . Pour satisfaire certains
Etats, la communauté internationale est prête à ouvrir cette boîte de pandore qu'est
le non respect des frontières héritées de la colonisation
A t-elle les moyens de
gérer la situation que créerait un tel précèdent ? Si le Congo aujourd'hui est
démembré, dans quelques mois qu'est-ce qui empêcherait d'autres pays de créer de
rebellions pour envahir et conduire a la désintégration de l'Etat voisin convoité ?
2. la signature d'un pacte de non-agression entre les Etats et de non-ingérence dans la
politique intérieure des pays voisins ;
3. la démocratisation de tous les régimes de la région. Je suis de l'avis de M. Koffi
Annan, lorsqu'il affirme que : " ce qui se passe aux frontières est révélateur de
ce qui se passe à l'intérieur du pays ". Si ces paradis des Occidentaux : le
Rwanda, Ouganda, Burundi étaient des Etats démocratiques, les majorités exclues de ces
pays ne chercheraient pas à prendre les armes pour révendiquer leurs droits.
Puisque la communauté internationale impose aux dirigeants de la RDC, une négociation
avec les "rebelles " pour mettre fin à la "rébellion " que traverse
le Congo. Les gouvernants de la RCD devraient aussi exiger lors de cette rencontre
interétatique la présence de tous les rebelles de la région des grands lacs. Si c'est
vrai que les "rebelles congolais " se battent pour la démocratie, quoi de plus
normal que ceux des pays voisins qui poursuivent le même combat, soient aussi associés
à toutes les rencontres en rapport avec la démocratie et la paix dans la région ! ! !
Les autorités de la RDC devraient :
1.continuer à nouer des relations apaisées non seulement avec leurs partenaires
étatiques occidentaux, mais aussi avec la presse internationale et avec les organisations
de défense des droits de l'homme auprès desquelles ils peuvent même trouver conseils et
soutien ;
2. continuer à adopter un style de communication transparent et modeste (comme lors de la
visite du rapporteur spécial de l'ONU sur les droits de l'homme en RDC, le Chilien,
Roberto Garreton). Un style leur permettant de défendre leurs points de vue avec
fermeté, à exposer leurs problèmes de manière concrète et à construire un
partenariat critique avec les divers acteurs du monde international ;
3. réhabiliter les ambassades auprès de principaux partenaires politiques et
économiques occidentaux (USA, Canada, France, Belgique, Allemagne, Angleterre et Suisse)
et mieux les utiliser comme officines de communication et moyens de nouer et consolider
des contacts et des alliances (d'où la nécessité d'y nommer des personnels
matériellement sécurisés, motivés pour la défense des intérêts du pays et
intellectuellement compétents pour comprendre le monde occidental et ses subtils rouages)
;
4. participer de manière plus régulière et active à la vie des organisations
internationales, afin d'y nouer des contacts, de contrecarrer la propagande incessante des
pays ennemis en matière de droits de l'homme, et d'y apprendre peu à peu les règles et
techniques de la bonne gouvernance économique ;
5. solliciter auprès des partenaires européens une aide conséquente et urgente en
faveur de la population des territoires sous leur contrôle dans les domaines clés de la
santé, de l'alimentation, des transports et de l'éducation ;
6. renforcer la défense du territoire sous son contrôle. Celle-ci devrait faire l'objet
de soins les plus détaillés. Ils doivent associer dès maintenant la population à un
concept de défense acharnée en cas d'attaque surprise d'ennemis venant de n'importe où
et n'importe quand ;
7. renforcer la défense de Kinshasa. Garder la capitale, c'est continuer à s'assurer la
reconnaissance internationale comme pouvoir légal. Bien gérer Kinshasa, c'est consolider
la légitimité acquise déjà par la défense des thèses nationalistes lors d'une guerre
qui semblait perdue au départ ;
Le défi est de taille, et l'enjeu est la survie et la prospérité d'un pays de cinquante
millions d'habitants : notre patrie.
Patriotiquement,
Mme Catherine Tshefu |
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