| I. LES FAITS Dimanche 10 Janvier, dans la soirée, un avion non identifié a
survolé la ville de Kisangani; vers 21H 45 il a laché plusieurs bombes. Dix-sept civils
ont été tués, une vingtaine dautres blessés dont 10 gièvement, 4 maisons ont
été détruites, des plafonds et des vitres ont été soufflés.
Les lieux touchés se trouvent tous sur
une trajectoire allant dOuest en Est: La résidence du Gouverneur,
lextrémité de la piste de laéroport militaire du Plateau Médical, le
bureau du Centre Anti-Tuberculeux (C.A.T), le quartier KITENGE, la 2 ème
Avenue Tshopo, la maison de Mr. Kanyama sur la 5 ème Avenue du Quartier
des Musiciens. Pour les deux premiers lieux cités, il est difficile de vérifier car les
militaires ne laissent pas approcher le public; dassez nombreux militaires seraient
morts ou auraient été blessés à la résidence du Gouverneur. Tous les civils tués ou
blessés lont été au quartier KITENGE ou sur la 2 ème Avenue Tshopo.
En dehors des cinq lieux cités ci-dessus
tous au Centre Ville (Communes de Makiso et de la Tshopo), La Forestière, à 17 Km de la
ville, qui est occupée par les militaires ougandais aurait été également touchée.
Lopération a duré moins dun
quart dheure et lavion est reparti dans la nuit, laissant derrière lui une
population révoltée et consternée avec, sur les bras, ses innoncents, morts ou
blessés, ensangalantés, déchiquetés
. Très vite, malgré lobscurité (car
le courant électrique a été coupé dans toute la ville) les blessés ont été conduits
dans les formations médicales les plus proches, spécialement au Centre de Santé Saint
Joseph de la 11 ème Avenue Tshopo. De là les plus atteints, en priorité les
enfants, ont été transférés par les bénévoles à lHopital de Réfénce de
Kabondo (qui était lui-même sans électricité.)
Peu apès le bombardement, les militaires
de la rébellion sont allés sur les lieux pour faire le constat et aider à évacuer les
blessés vers les hôpitaux.
Ils ont, par ailleurs rapporté à la
population quils avaient tiré sur lavion mais quils lavaient
raté.
Dans les heures qui ont suivi le
bombardement, des malades se sont enfuis des Cliniques Universitaires de Kisangani et des
mères avec leurs nouveaux-nés de la maternité, tandis que les médecins se mettaient à
labri. A la Prison Centrale, tous les détenus se sont évadés.
Au cours de la même nuit, peu avant
minuit, des tirs ont retenti à partir de la Rive Gauche du fleuve, ce qui a ajouté à la
panique générale.
Le lendemain matin lundi 11 janvier, le
Commandement des opérations des Forces Rebelles a expliqué, sur les antennes de la radio
locale, que lavion ennemi appartenait à larmée gouvernementale et que les
Forces Rebelles avaient riposté à lattaque.
Dans la journée, la foule a défilé
silencieusement devant les dépouilles des victimes et sur les lieux sinistrés.
Monseigneur Laurent Monsengwo, Archevêque de Kisangani, est venu lui même manifester sa
compassion et sa solidarité avec les familles éprouvées. Le soir, la population a
enterré ses morts en présence du nouveau Gouverneur de la Province après la levée des
corps à lhôtel de ville. Le Gouverneur a profité de loccasion pour exciter
la population contre Mr. Kabila et lappeler à soutenir la cause du RCD. Les frais
denterrement ont été pris en charge par le gouvernorat de la provinve.
Mardi, le 12 janvier, le Commandement des
opérations des Forces Rebelles annonce à la radio que lavion qui avait bombardé
la ville avait été atteint par larmée du R.C.D. alors quil tentait de
revenir sur la ville.
II. ANALYSE
- Il nest pas facile de déméler les responsabilités:
qui a fait quoi? Les rumeurs vont bon train parmi la population qui interprète
diversement les faits en fonction de ses convictions politiques.
- On peut pourtant supposer que lavion bombardier
appartient à larmée gouvernementale de Mr. Kabila. Vraisemblablement
lattaque visait laéroport militaire du Plateau Médical et lhôtel
Zongia où logeaient les officiers des Forces Rebelles. Le premier objectif aurait été
partiellement atteint alors que le deuxième a été manqué dune centaine de
mètres.
- Tous les boyomais (habitants de Kisangani) ont entendu, du
moins au Centre Villle, 4 explosions pouvant correspondre à la chute de 4 bombes jetées
de lavion. La première de ces bombes serait tombée à la résidence du Gouverneur,
la 2 ème à lextrémité de la piste de laéroport, la 3 ème sur
le Centre Anti-Tuberculeux (C.A.T) , la 4 ème sur la maison de Mr. Kanyama.
Comment Justifier alors les destructions et les morts du Quartier Kitenge et de la
2 ème Avenue Tshopo? Il apparaît de plus en plus probable quil
sagit de roquettes lancées par les Forces Rebelles pour riposter à lattaque
aérienne dautant plus quen dehors du Plateau Médical et du quartier des
Musiciens on ne peut pas voir dimpact correspondant à des bombes lâchées par un
avion. La radio du R.C.D. a dailleurs elle-même annoncé que lavion
gouvernemental avait été atteint et avait fini sa course sur Boende.
- A qui donc imputer la responsabilité de ce bombardement
meurtrier? En priorité bien sûr, à ceux qui ont commencé la guerre: Le RCD et ses
alliés. Néanmoins, on peut penser que Mr Kabila, sur le point daller négocier à
Lusaka veut apparaître en position de force et montrer quil est capable
datteindre Kisangani que les occupants ougandais et rwandais ainsi que les rebelles
congolais disaient invulnérable. Quant à la rebellion, elle a probablement seulement
répliqué très maladroitement à lattaque gouvernementale, causant ainsi près de
20 morts inutiles.
- Si, en 1996 lors de la campagne de l"AFDL contre la
dictature de Mr Mobutu, les populations de lEst du Congo ont vécu la psychose de
bombardements aériens des forces loyalistes, la panique aujourdhui correspond à la
réalité: Mr. Kabila, sans armée organisée, ne peut que compter sur ses alliés par des
bombardements aveugles (tuant surtout les civils) pour prétendre récupérer les
territoires occupés. Il est à craindre que la rebellion cherche maintenant à
séquiper en bombardiers pour faire jeu égal avec son ennemi. Si on atteint ce
stade, le Congo et la Région des Grands Lacs risquent de sembraser totalement.
- Dans tous les cas, les deux parties mènent la guerre au
mépris des conventions internationales surtout celles portant sur la protection des
populations civiles.
III. CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
Lundi, sur toutes les lèvres on
nentendait que cette phrase: cette guerre a trop duré, il faut arrêter cette
guerre"
Le Goupe Justice et Libération qui a
produit jusquici trois documents réitère lessentiel de ses recommandations:
- Que les belligérants des deux camps déposent les armes et
découvrent les vertus du dialogue.
- Que les troupes étrangères se retirent du territoire
congolais.
- Que la communauté internationale aide la Région des
Grands Lacs à se doter dinstitutions démocratiques et sabstienne dy
installer des "seigneurs de guerre".
Fait à Kisangani, le 12
Janvier 1999.
Pour le Groupe Justice et Libération
François ZOKA (Président)
Justin PABU (Vice - Président)
Françoise MARCHAND (Secrétaire)
Pierre KIBAKA (Secrétaire)
Pour contact et diffusion à
létranger
Monsieur Clément Citeya
Représentant du Groupe Justice et
Libération
2703 Jacques Hertel
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Tél: 514-768-5467 Fax: 524-768-6507
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