 Groupe Justice et
Libération
Association chrétienne de défense des droits de l'homme
(KISANGANI)
REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO
I N T R O D U C T I O N
Il y a aujourd'hui cinq mois, jour pour
jour, que la République Démocratique du Congo (R.D.C.) est en situation de
guerre.
En effet, le 2 août 1998, une rébellion
s'est déclarée à GOMA, capitale du Nord-Kivu, contre le pouvoir central de la
République. Elle prit plus tard la dénomination politique du Rassemblement congolais
pour la démocratie (RCD en sigle), une plate-forme à présidence collégiale
où l'on retrouve plusieurs dissidents de l'AFDL, actuel cartel politique au pouvoir.
Au fil des affrontements entre rebelles et
armée gouvernementale, il s'est avéré que des pays voisins sont directement impliqués.
Certains ont même reconnu avoir déployé des troupes en RDC et ne cachent pas leur
désir ardent de voir Mr KABILA, Président auto-proclamé, lui-même issu d'une
rébellion, libérer le siège de la magistrature suprême.
Mais ce qui serait une guerre contre un
individu, en l'occurrence Mr KABILA, a mis à nu des hostilités entre peuples dont des
droits fondamentaux sont massivement violés. C'est donc sous cet angle des droits des
peuples que le Groupe Justice et Libération, une association chrétienne des
Droits de l'Homme, veut aujourd'hui analyser cette guerre dans ce document qui fait suite
à deux autres.
Le premier document, daté du 18 septembre
98, a examiné les cas des droits individuels violés au cours des 45 premiers jours de la
guerre.
Dans le deuxième document, produit le 23
novembre 98, le groupe s'est abondamment penché sur les conséquences politiques,
sociales et économiques.
Dans ce troisième document, il s'agira
principalement d'apprécier les affrontements sur le plan des droits des groupements ou
collectivités. Deux parties en constituent la charpente.
La première partie analyse les
violations. Etant donné que les droits des peuples sont légèrement plus complexes à
saisir que les cas individuels, nous commencerons - contrairement au schéma classique -
par situer les peuples et les droits avant d'en aborder les violations.
La deuxième partie consiste en
appréciation et recommandations.
Comme dans les autres documents, nous nous
baserons principalement sur la situation de KISANGANI (et environs) où le Groupe a son
siège pour la simple raison que c'est celle que nous pouvons pour le moment maîtriser.
- LES VIOLATIONS DES DROITS DES PEUPLES
La Guerre du Congo menée par le RCD et
les pays voisins contre le Gouvernement de Kinshasa connaît sur le terrain une sorte de
trêve.
Deux mois après la chute de KISANGANI le
23 août, la guerre a gagné, l'une après l'autre, les principales contrées de la
Province Orientale, notamment BUNIA, ISIRO, ISANGI, BUTA, ainsi que quelques cités des
provinces voisines (EQUATEUR et MANIEMA). Les axes de conflits seraient actuellement
LISALA - GEMENA (province de l'Equateur) et le Nord de la Province du KATANGA.
En effet, la situation générale sur le
plan militaire (offensive ou contre-offensive) est stationnaire. D'un côté, le
Gouvernement de Kinshasa a réussi, grâce à ses alliés, à stopper l'avancée des
rebelles; mais aucun territoire significatif n'a été repris. De l'autre côté, la
rébellion semble se contenter de consolider les positions conquises; et l'on dirait même
que la rébellion a pour le moment relégué au second plan la conquête de tout le pays
(principalement Kinshasa). D'où une consécration implicite de la bipartition du pays.
Ce qui paraît pour le moment évident,
c'est que, telle que menée jusqu'à ce jour, cette guerre a non seulement violé des
droits individuels, mais elle a, de manière préméditée et planifiée, attenté aux
droits des peuples. Commençons par identifier les auteurs et les victimes de ces
violations.
- AUTEURS ET VICTIMES
Ce n'est un secret pour personne que l'actuelle
Guerre du Congo est principalement une guerre entre peuples entiers. Cela est
manifeste à quatre niveaux.
- L'invasion et la collectivité nationale
La décision du RCD (Rassemblement
congolais pour la démocratie) de prendre les armes pour conquérir le pouvoir est une
actualisation du désir d'invasion des gouvernements ougandais, rwandais (et burundais).
- Un mois après la prise de KISANGANI, l'OUGANDA a reconnu
une "présence limitée" de ses troupes sur le territoire congolais.
- C'est au terme d'un vaste ballet diplomatique, et sur
exigence de Kinshasa pour faire avancer les négociations, que le RWANDA, par la voix de
son Vice-Président, a reconnu la présence de ses troupes en RDC (République
Démocratique du Congo).
- Quant au BURUNDI, il a indirectement reconnu la présence
de ses troupes aux frontières, et laissé entrevoir la possibilité d'aller plus loin.
Les trois pays allèguent généralement
la sécurité de leurs frontières et accusent la R.D.C. d'entretenir des factions armées
contre le pouvoir légitimement établi. Déjà à ce niveau, c'est un cas d'invasion des
pays voisins contre un état souverain, en l'occurrence la REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU
CONGO.
Mais il y a plus. Les troupes ougandaises
et rwandaises se trouvent aujourd'hui à environ 1.600 Km des frontières qu'elles
veulent soi-disant sécuriser. Il va sans dire que la guerre est motivée par autre chose
que la simple sauvegarde des frontières.
En plus, l'organisation socio-politique
des territoires occupés par les troupes étrangères alliées au RCD, étant entièrement
entre les mains des gouvernements qui inspirent la rébellion (surtout le RWANDA), le
problème se pose en des termes plus forts que celui d'une simple invasion : l'on peut
à juste titre parler d'une colonisation.
Les auteurs de cette violation
flagrante sont donc les gouvernements ougandais, rwandais et burundais. Les
victimes en sont le peuple et le gouvernement congolais.
- Peuples apatrides
Le contexte de l'actuelle guerre nous met
en présence d'un problème particulier, celui des peuples errants, sans nation.
a) Peuple Banyamulenge
Une des plus chères revendications du
RCD, ou tout au moins de certains de ses animateurs, tourne autour du problème de la
nationalité.
Il s'agit, en effet, de la nationalité à
octroyer au peuple dit banyamulenge (étymologiquement habitant de Mulenge),
Mulenge étant une colline entre Uvira et BUKAVU. Par extension l'expression "banyamulenge"
désigne aujourd'hui toutes les populations rwandophones (tutsi) des
collines du Kivu, qui se disent lésées dans leur droit à appartenir à une nation.
Rappelons-nous que la Guerre de l'AFDL et le Gouvernement dont elle avait accouché en
avaient déjà fait leur cheval de bataille.
A cette question de nationalité s'ajoute,
toujours dans le contexte du KIVU, celle de la "terre" (ou du sol). Dans le
contexte socio-culturel du KIVU, la terre est une propriété des chefs coutumiers qui en
disposent par justice distributive entre les sujets. Les banyamulenge estiment que
leur droit de disposer des "terres" dont ils seraient propriétaires
serait de fait aboli au cas où la nationalité congolaise ne leur serait pas reconnue.
Dans ces conditions, disait d'ailleurs le Président BIZIMUNGU en octobre 96, si les
congolais veulent refouler les banyamulenge vers le RWANDA, qu'ils leur restituent
aussi leurs terres. Une des interprétations de cette déclaration laissait entendre que
"refouler les banyamulenge vers le Rwanda, c'était aussi restituer au Rwanda
leurs terres", d'où l'hypothèse la plus répandue de la possibilité d'une
annexion d'au moins une partie du KIVU par le RWANDA. Dans tous les cas, sans terre, les banyamulenge
ne seraient ni congolais ni rwandais. Leur droit à appartenir à une nation serait
violé.
Aux vrais banyamulenge issus des
mouvements migratoires, s'est ajoutée une multitude inouïe de vagabonds, commerçants,
et autres opportunistes qui n'avaient pour droit que l'unique appartenance au label tutsi.
Ces gens, fortement politisés par le gouvernement rwandais, ont décidé de revendiquer,
armes en mains, la nationalité et ses avantages (possession de terres, etc.). Et pour
cela ils ont exterminé des peuples entiers. Force est alors de constater que cette
question de nationalité se posant avec acuité au KIVU n'a jamais été traitée de
façon objective et conséquente, et cela depuis Mr MOBUTU jusqu'à ce jour.
Les revendications pertinentes des banyamulenge
se corrompent quand, tout en se disant lésés, ils s'adonnent massivement à la tuerie
facile, en s'en prenant plus particulièrement aux peuples du KIVU et encore plus
lorsqu'ils font appel à l'appui militaire du Rwanda.
S'il appartient aux banyamulenge,
se considérant congolais, de réclamer leurs droits avec comme interlocuteur le
gouvernement congolais, il n'appartient vraiment pas au RWANDA ou à un autre pays de
faire la guerre à la R.D.C. sur base de ce motif. D'ailleurs le problème ne devrait pas
se poser pour le Rwanda qui de par sa constitution reconnaît la nationalité à tout
sujet au sang rwandais.
b) Peuple HUTU
Le peuple Hutu est le grand oublié
dans l'actuelle Guerre du Congo. Or il se trouve au centre des enjeux importants
qui sous-tendent les affrontements armés se passant actuellement en République
Démocratique du Congo.
L'opinion internationale joue de
l'expression "peuple hutu" sur deux registres contradictoires :
- En 1994, le peuple HUTU (du RWANDA) a été pointé du
doigt comme auteur impitoyable du génocide rwandais qui coûta la
vie à près d'un million de personnes.
- En 1996 et 1997, le peuple HUTU est médiatisé comme victime
d'un massacre perpétré par le gouvernement rwandais via les troupes dites de l'AFDL
qui ont mené Mr KABILA à la magistrature suprême : on a théoriquement déploré autour
de 400.000 morts et un grand nombre de disparus. Et jusqu'à ce jour, l'enquête initiée
par l'O.N.U. n'a jamais abouti.
Entre temps, certains HUTU sont rentrés
au RWANDA où ils ne sont pas nécessairement bien accueillis. Plusieurs croupissent dans
des prisons surpeuplées en attente d'un jugement dont le verdict est presque connu
d'avance. Mais plusieurs autres errent à travers le monde, principalement en République
Démocratique du Congo où ils essaient d'organiser des factions armées pour
déstabiliser le gouvernement actuel rwandais, voire le renverser.
Le Gouvernement de Kinshasa, sans armée
organisée, blessé dans son orgueil par un "petit pays", partage en
coulisse les ambitions des HUTU de reprendre les rênes du pouvoir au RWANDA aux fins de
"mieux composer avec les voisins". Cela ne plaît pas aux Gouvernements
rwandais et Burundais.
Donc, la Guerre du RCD téléguidée par
KIGALI est aussi une guerre contre le peuple HUTU. Or personne n'en parle ouvertement, à
aucun échelon des négociations. Indésirable au RWANDA, étranger en RDC, le peuple HUTU
est un peuple "vagus".
Malheureusement certains hutu,
auteurs d'incursions militaires au RWANDA à partir du territoire congolais, ont
régulièrement exposé de paisibles citoyens congolais aux représailles de l'armée
rwandaise. Bien plus, pour survivre, ils surgissent ponctuellement sur certains axes
routiers pour extorquer, violer, piller et rendent ainsi impossible la circulation des
personnes et des biens.
Les auteurs de ces cas de violation
sont l'armée rebelle et le peuple HUTU. Les victimes sont le peuple congolais et
le peuple HUTU.
3. Peuple Mayi-Mayi et la
résistance armée
Les Mayi-Mayi sont à part entière
des peuples congolais. Pendant la Guerre de l'AFDL en 1996-1997, ils ont combattu aux
côtés des troupes de l'AFDL avant d'en devenir les ennemis irréductibles lorsqu'ils ont
réalisé que l'AFDL était à majorité tutsi. Le Gouvernement AFDL les a alors
systématiquement combattus au point de vouloir les exterminer.
Quand l'AFDL a rompu avec ses alliés
d'hier, il a naturellement rencontré l'assentiment des Mayi-Mayi qui aux
premières heures des affrontements ont brillé par leur bravoure.
Aujourd'hui, dans les territoires
occupés, les Mayi-Mayi résistent par les armes à l'occupation rwandaise. Ils
sont naturellement devenus indésirables et obligés de se terrer dans la forêt pour
échapper aux représailles impitoyables de l'armée d'occupation qui tue sans sommation,
au risque de tuer des innocents, car il est difficile de déterminer qui est Mayi-Mayi
et qui ne l'est pas. De fait, tout jeune qui prend les armes pour résister à
l'occupation est pris pour un Mayi-Mayi.
D'autre part, les Mayi-Mayi
développant les pratiques de la guérilla se volatilisent dans la nature à la moindre
attaque des rebelles à qui ils tendent régulièrement des pièges. Ces derniers, par
mesure de représailles, s'en prennent aveuglément à tous les villageois. A leur tour,
les Mayi-Mayi se font justice sur les villageois soupçonnés de collaboration avec
les rwandais.
Les Mayi-Mayi deviennent ainsi
indésirables même pour la population.
Les auteurs de ces cas de violation
sont l'armée rebelle, principalement rwandaise et les Mayi-Mayi. Les victimes sont
le peuple congolais et le peuple Mayi-Mayi.
- Peuples congolais contre peuples congolais
Au cours des affrontements armés entre
les rebelles et l'armée congolaise, certaines ethnies congolaises ont été
marginalisées, et mises systématiquement en insécurité.
- Plusieurs personnes d'origine Kivutienne ont été prises
à partie par d'autres groupements ethniques.
- La guerre contre Mr KABILA, a exposé les originaires du
KATANGA, province d'origine de M. KABILA, à des représailles de la rébellion. Celle-ci
a largement accusé Mr KABILA à travers les médias et les tracts d'avoir indûment
affecté ses frères katangais, à tous les grands postes de commande.
- Les actuelles dissensions politiques laissent profiler à
l'horizon une marginalisation d'autres peuples. L'hostilité envers le RCD est en
train de se muer en hostilité contre les compatriotes originaires des provinces de
certains animateurs, civils et militaires, de la rébellion.
La Guerre du RCD en République
Démocratique du Congo oppose donc entre eux plusieurs peuples et collectivités de la
Région des Grands Lacs. Les violations vont de l'invasion à la discrimination ethnique,
en passant par l'extermination et l'exploitation. Nous en relevons quelques cas.
B. VIOLATIONS EFFECTIVES
Après ces considérations d'ordre
général qui nous permettent d'emblée de cerner la complexité du problème, nous
examinons ci-dessous quelques cas qui illustrent les violations des droits des peuples.
1. Extermination des peuples
La Guerre du RCD semble être le
prolongement du conflit hutu-tutsi qui prévaut au Rwanda. Ce conflit, avec son
profond enracinement historique, s'était radicalisé avec le génocide de 1994 et les
massacres des réfugiés hutus pendant la Guerre de l'AFDL.
En fait, le soutien de Kigali aux Banyamulenge
contre M. KABILA et l'invasion du territoire congolais visent à neutraliser les ex-FAR et
les milices hutus qui "insécurisent" le Rwanda à partir de la
R.D.C. En organisant et en armant les Banyamulenge, la "minorité au
pouvoir" au Rwanda poursuit le même but que pendant la Guerre de l'AFDL. Pour
y parvenir, les troupes rwandaises en R.D.C. ne se comportent pas comme une simple force
de dissuasion destinée à refroidir l'ardeur belliqueuse des hutus. Elles
appliquent la "solution finale" (l'extermination). Sur le front de
MOBA-PEPA, des soldats hutus auraient été envoyés en première ligne. A BUKAVU,
pour dissuader les populations autochtones enclines à cacher les hutus, les
troupes rwandaises exécutent à titre de représailles des dizaines des jeunes gens dans
les villages.
La haine viscérale que les Tutsi
et les Mayi-Mayi se vouent continue à faire des victimes à LUBUTU. Le RCD, pas
plus que l'AFDL, n'a réussi à rassembler les communautés ethniques, beaucoup s'en faut.
En attendant le rassemblement, les uns et les autres appliquent "la solution
finale", l'extermination de l'autre et pour y parvenir, ils sacrifient des
innocents.
- C'est le cas au Point Kilométrique (P Km) 166 sur l'axe
Kisangani - Lubutu où 23 personnes (hommes, femmes et enfants) ont été massacrées en
novembre par les troupes rwandaises basées à LUBUTU. Les faits : Monsieur Mario KOKO a
été pris en otage avec ses marchandises et conduit dans la forêt par les Mayi-Mayi
qui avaient fait une sortie au village à la recherche de tabac, de sel et d'autres
produits. Il a été relâché après avoir été dépouillé de ses biens. Revenu à
LUBUTU, Monsieur MARIO a averti le Commandant de bataillon (un Tutsi) qui a
dépêché des unités au PKm 166. Celles-ci sont parties en camion et en ont rejoint
d'autres parties de WANIE-RUKULA. N'ayant pas trouvé les Mayi-Mayi, elles s'en sont
prises aux villageois qu'elles ont massacrés. Une vingtaine de corps mutilés ou
éventrés ont été retrouvés. Parmi eux, Madame SAHANI, seconde épouse de Monsieur
Matthias MANISIMU, partie dans ce village pour la récolte, et le Pasteur de l'Eglise
CEPECO. Les corps ont été inhumés dans une fosse commune. Le Chef BISMAS est porté
disparu.
- Sur l'axe LUBUTU-WALIKALE, il y a eu massacre de Mayi-Mayi
et de personnes détenant des armes de guerre. Les soldats rebelles ont circulé à MOBI
avec une tête d'homme en signe de trophée.
- Sur l'axe LUBUTU-OBOKOTE, les détenteurs d'armes de guerre
sont assimilés aux Mayi-Mayi et liquidés sans autre forme de procès. C'est le
cas de deux jeunes gens et d'un ancien élément des FAC (Forces armées congolaises)
converti en civil et devenu Pasteur de l'Eglise Adventiste. Le premier a été abattu
entre UFUA et OBONGENE, on lui a coupé les fesses; le second entre OBONGENENE et OTAKO.
Le dernier (un Mushi) est mort des suites de ses blessures; il a été poignardé
systématiquement entre OTAKO et KATINGA.
2. Exploitation des richesses
La guerre du RCD aura été, pour ce
mouvement, l'occasion de la recherche effrénée d'un enrichissement rapide et ce, au
détriment du peuple congolais.
- Prolifération des sociétés aériennes
Avant la guerre, trois sociétés
aériennes opéraient dans la Province Orientale et à Kisangani :
- Lignes Aériennes Congolaises
(Compagnie Nationale, ex
Air-Zaïre) avec un Boeing 737;
- Congo Air Lines
(Société privée) avec un Boeing 727
version passagers et un Boeing 707 version fret;
- SUN AIR
(Société privée) avec deux Antonov de
location.
Ces sociétés s'acquittaient
régulièrement de toutes les taxes auprès de la Régie des Voies Aériennes
(atterrissage, route, stationnement, etc.).
Avec la guerre, plusieurs sociétés
d'essence privée se disputent le ciel des territoires dits libérés avec des aéronefs
qui n'ont subi aucun contrôle technique. Le contrôle technique devrait être effectué
par le personnel du service matériel volant de l'aéronautique civile à Kinshasa. Les
pilotes n'ont jamais exhibé leurs licences.
Tous ces avions, hormis celui de GOM
AIR, sont immatriculés à l'étranger alors que la législation aéronautique
congolaise n'autorise pas un avion étranger à desservir le réseau national.
Pire, la navigation s'opère au
"pifomètre" car le service d'aiguilleur du ciel de l'aéroport international de
Bangboka a été transféré à l'aéroport de Simi Simi. D'après une
mesure du Gouverneur de Province ( 1), cet aéroport devrait servir au trafic civil afin
de réserver Bangboka à l'usage exclusivement militaire. Mais les transporteurs
aériens n'ont jamais obtempéré à cette mesure.
(1) Gouverneur sortant; le nouveau ayant été nommé fraîchement
n'est pas encore entré en fonction. Ce dernier répond au nom de BARUTI, originaire de la
Province orientale, évoluant dans le RCD dès les premières heures de sa création. Le
Gouverneur est désormais secondé par deux vice-gouverneurs : Mme LOTSOVE ADELE s'occupe
des finances, et Mr YOBA de l'administration.
Voici par ailleurs la liste de ces
sociétés privées et de leurs avions :
- GOM AIR
(Société rwandaise) qui utilise un Boeing 727
desservant les lignes KISANGANI - GOMA - KIGALI et parfois KISANGANI - ISIRO.
- Air Aéro
qui dispose d'un DC 3 et d'un Kingair.
Elle assure principalement le transport des vivres en provenance de l'Afrique du Sud pour
BANALIA via KIGALI et KISANGANI pour le compte de la société SAROPA (cfr. Infra) qui y
exploite, depuis peu, le diamant. La compagnie transporte aussi des passagers et du fret
sur les lignes KISANGANI - BANALIA - BUTA et KISANGANI - BUNIA.
- CAGL
:Compagnie Africaine des Grands Lacs (Société
rwandaise) avec un Antonov affecté à la ligne KISANGANI - BUNIA - BENI - GOMA -
KIGALI.
- SKY Air Lines
qui, sans appareil propre, opère avec
ceux d'Air Aéro pris en location pour le transport du fret.
Enfin, les avions ougandais affrétés
pour usage militaire, offrent également leurs services aux passagers et acceptent
également le transport du fret sur "arrangement" avec les commandants
militaires. Ces avions desservent la ligne KISANGANI - KAMPALA - KISANGANI.
Toutes ces sociétés aériennes refusent
de s'acquitter des taxes de navigation dues à l'Etat à la faveur de leurs accointances
avec le RCD. Pourtant, le coût du billet (pas moins de cent dollars US) et du fret
(environ un dollar le kilo) est suicidaire pour les affaires et la population.
- La société SAROPA et le diamant
Le 30 novembre 1998, la population de
Kisangani regarde, ébahie, la longue colonne de cinq camions-remorques transportant à
BANALIA un imposant matériel d'exploitation de diamant.
Le convoi est dirigé par un groupe de
blancs sud-africains. C'est là l'entrée en trombe dans la Province de la Société
sud-africaine SAROPA qui va exploiter le diamant à BANALIA en système semi-industriel.
Auparavant, le matériel débarqué à
l'aéroport de BANGBOKA à plusieurs vagues - à partir du lundi 23 novembre - avait été
transporté directement de l'aéroport de Bangboka au siège de la société Air
Aéro sans visa du service des douanes et sans droit d'entrée.
L'installation de cette société a été
contestée par le Gouverneur BENE KABALA (2) pour faute de respect de la procédure
en la matière. Une lettre du Directoire du RCD a anéanti les justes revendications de
l'autorité provinciale.
- Le trafic ambulatoire
Un sujet belge du nom de PHILIPPE,
contrôle le marché d'achat de diamant à Kisangani au nom du RCD pour lequel il
travaille. Il fait au Centre National d'Expertise de fausses déclarations sur les
quantités achetées. Bien plus, il exporte les colis sans respect de la législation en
la matière, se targuant de ses entrées faciles auprès du pouvoir de GOMA. En quatre
mois d'exploitation, ce Monsieur a engrangé des dividendes de 48.000.000 $ US sans bourse
déliée en terme de taxes dues au Trésor Public.
- Création anarchique de comptoirs de diamant
La hiérarchie militaire du RCD, par
personnes interposées, est co-actionnaire dans certains comptoirs de diamant qui ont
spontanément ouvert à Kisangani.
- Les trafiquants tutsi
LUBUTU comptait une importante colonie de Nande,
presque tous dans le commerce et le négoce. En passant sous commandement rwandais Lubutu
a vu cette colonie se retirer sur la pointe des pieds. Restés seuls maîtres, les
militaires rwandais évacuent régulièrement par avion sur Kigali l'or, le diamant, le nobnium,
l'ivoire et le riz à partir des pistes d'atterrissage de TINGI-TINGI et d'AMISI sur l'axe
Lubutu-Walikale .
Deux motos de marque Suzuki 175
venues de KIGALI ont été remises à Monsieur DJONGO (Administrateur Adjoint de Lubutu)
et Monsieur TABU AKAKE qui sillonnent Lubutu et ses environs et même les carrières à la
recherche du diamant, de l'or, du colta, de l'ivoire et du riz que la population
est bien obligée de vendre puisqu'il n'y a pas d'autre alternative. Bien plus, personne
ne songe à discuter sérieusement le prix des matières de peur d'encourir des
représailles.
Ces nouveaux trafiquants ne connaissent ni
les droits de la douane, ni les licences pour l'achat des matières premières. La Banque
Centrale à KISANGANI est incapable de contrôler la situation.
(2) M. BENE KABALA est aujourd'hui
démis de ses fonctions et appelé à d'autres non encore spécifiées.
3. Insécurité
Nous considérons ici le terme
"insécurité" au sens large, c'est-à-dire comme situation dans laquelle la
population ne peut vivre tranquille, assurée de ne pas courir de risques hors du commun.
Nous l'envisagerons à différents niveaux :
- Interruption de fourniture de l'électricité et de l'eau
Depuis le 30 décembre 1998, la ville de
Kisangani est sans courant électrique et par conséquent la régie de distribution d'eau
se trouve dans l'impossibilité d'approvisionner les habitants.
La panne est située au niveau de l'unique
turbine (des trois) encore opérationnelle. Cette turbine est noyée de suite des fissures
dans le béton armé. Cette situation, antérieure à la guerre, s'est aggravée à cause
de l'enclavement de la ville depuis les hostilités. Le devis pour la remise en état
s'élève à plus de 300.000 $ US.
Les conséquences de cette rupture sont
énormes :
- au plan de la santé publique (risques d'épidémies,
impossibilité de conserver les vaccins et autres produits pharmaceutiques, etc.),
- au plan de la sécurité (l'obscurité est favorable aux
actes de banditisme),
- au plan économique (arrêt des activités de production de
rares entreprises encore opérationnelles),
- etc.
- Insécurité physique
- Pose de mines anti-personnel
Un témoin rapporte qu'il a vu poser des
mines autour de l'aéroport de Simi Simi. Cet aéroport est entouré de terres cultivables
; les cultivateurs non-avertis risquent désormais leur vie en travaillant leurs champs.
- Insécurité généralisée à Lubunga
La commune de Lubunga, sur la rive gauche
du Fleuve, connaît une situation d'insécurité généralisée à cause de la présence
des troupes rwandaises qui font régner la terreur.
- Quelques cas isolés
- En date du 12/11/1998, le Gérant de l'U.B.C./Kisangani,
Monsieur EBONI BADENGO fut convoqué à la Cour d'Appel de Kisangani en tant que témoin
dans l'affaire des détournements des fonds destinés à la paie des fonctionnaires de
l'Etat pour le mois de mai 1997 effectué dans les banques privées. En raison de l'état
de santé de son épouse, le Gérant s'est présenté avec un retard de 15 minutes. Sans
l'entendre, la Cour l'a condamné à une réclusion de quinze jours avec une amende de 500
FC à payer sans délai. Après 48 heures, il a été relâché sous paiement. Jusqu'à ce
jour, les amendes et taxes payées ne sont pas sanctionnées par des quittances
officielles justifiant la sortie des fonds à l'UBC / Kisangani.
- Certaines autorités politico-administratives du
Gouvernement KABILA continuent à se cacher craignant toujours pour leur vie. Cependant
celles qui sont sorties n'ont pas été inquiétées.
- Incertitude du lendemain
S'il est vrai que, par sa condition même,
l'homme n'est jamais assuré du lendemain, cette incertitude atteint dans la Province
Orientale un degré aigu.
Personne ne peut se hasarder à faire des
projets, à envisager l'avenir à moyen ou long terme, que ce soit dans le domaine privé
(fonder une famille, avoir des enfants, entreprendre des études, partir en voyage, etc.)
ou dans le domaine public (restauration de la paix, développement du pays, avènement de
la démocratie, calendrier politique, etc.)
De façon plus spécifique on peut parler
de :
- L'incertitude dans le domaine de
la survie
L'absence de salaire, la hausse des prix
incontrôlée, le manque de liquidités, la rareté de certains produits, etc. font que
les parents ne savent pas pendant combien de jours ils pourront encore nourrir leur
famille.
- L'Incertitude dans le domaine de la santé
- En ITURI, une sévère épidémie de choléra s'est
déclarée au début du mois de décembre. Les malades ne peuvent être soignés faute de
sérum.
- À Kisangani, la malnutrition et le manque d'hygiène
entraînent une recrudescence du nombre des tuberculeux. Au C.A.T. (3) , 16 malades
sont actuellement hospitalisés ; certains sont déjà très atteints car le manque de
moyens financiers les oblige à retarder indéfiniment le moment de la consultation. Les
malades hospitalisés reçoivent les médicaments spécifiques contre la tuberculose mais
le Centre ne possède pas les autres médicaments (aspirine, anti - malariens, etc.).
Beaucoup de tuberculeux restent chez eux et circulent dans les quartiers, risquant ainsi
de contaminer leurs proches.
- Les diabétiques sont voués à la mort par manque
d'insuline. L'insuline n'a pas totalement disparu du marché mais elle est rare et coûte
donc très cher (un flacon coûte en pharmacie 800.000 NZ soit 2,26 $ US).
- Le tétanos est un risque constant à Kisangani mais
actuellement le danger du mal est accru : une ampoule de sérum anti - tétanique (presque
introuvable) se vend à 500.000 NZ en pharmacie ; or pour un tétanos déjà déclaré, il
faut au moins 30 ampoules.
- Le SIDA est difficilement détecté par manque de
test dans la plupart des formations médicales. Là où il est encore pratiqué, le test
de SIDA se paie 5 dollars.
- D'une façon plus générale le personnel soignant se
plaint de ce que les malades commencent des cures de médicaments et ne les achèvent pas
faute d'argent, ce qui entraîne dans l'organisme des malades des résistances à tous les
médicaments courants. Le personnel hospitalier met aussi en doute la qualité de certains
médicaments vendus en ville et soupçonne des contrefaçons (ampicilline par exemple).
- Un avion de MEMISA devant apporter des médicaments à
KISANGANI au début du mois de décembre n'a pas encore décollé de Bruxelles parce que
non encore autorisé par GOMA.
- Incertitude dans le domaine de l'éducation
- Les jeunes finalistes de l'enseignement secondaire qui ont
passé leur examen d'Etat en fin d'année scolaire ne savent pas si cet examen sera
un jour corrigé. Pendant des mois, les épreuves ont été gardées dans des malles à la
Banque Centrale du Congo.
- Les élèves et étudiants de tous niveaux commencent à
Kisangani une année scolaire ou universitaire sans savoir si elle pourraêtre menée à
son terme (les parents pourront-ils continuer à payer la prime ? Les enseignants
continueront-ils à travailler sans salaire ? Les combats ne vont-ils pas reprendre
?).
- Dans bien des localités de la Province Orientale ou du
Kivu, les cours n'ont pas repris. Les jeunes ignorent à quel âge ils pourront entrer
dans la vie active.
(3) C.A.T. : Centre anti-tuberculeux
d) Tourmente dans certaines contrées
Les rebelles qui contrôlent la zone
militaire de BUTA, sont en majorité des ougandais et les congolais du 118ème
bataillon. A cause du retard de paiement de la solde du côté congolais, un grand
mécontentement a gagné les rangs des militaires.
Sans moyens de subsistance, ils doivent
soit mendier, soit extorquer. C'est ainsi que dans la nuit du 11 Décembre 98, deux
soldats (un rwandais et un autre ougandais) et un policier congolais s'introduisent dans
une résidence sur l'avenue Baboa et emportent de l'argent et certains biens. Les
autorités militaires averties ouvrent une enquête qui aboutit le lendemain (12
décembre) à l'arrestation des présumés auteurs. Le rwandais réussit à prendre
le large, mais ses deux compagnons sont exécutés le même jour (samedi 12 Décembre).
Toutefois un mouvement de repli non
suffisamment expliqué a été ordonné vers KISANGANI visant principalement les
éléments du 118ème bataillon. Sur le chemin du repli vers Kisangani, les
militaires pillent des magasins dont celui de M. Mbili-Mbili. Et comme il fallait s'y
attendre, ils ravissent des vélos et extorquent de l'argent à ceux qui ont le malheur de
se trouver sur leur route. C'est le cas de M. FlAVIEN MALENGA, dévalisé et passé à
tabac. Quoique rassurée par la hiérarchie militaire, la population de Kisangani vit
toujours dans la crainte d'un pillage perpétré par les militaires.
e) Imbroglio politico-militaire dans le
RCD
Au regard de tout ce qui se passe dans ce
mouvement, nous pouvons nous demander si celui-ci est bien régi par des textes.
- Les faits confirment les allégations selon lesquelles le
RCD - comme l'AFDL hier - n'est qu'un fourre-tout. En effet, ce mouvement qui se dit
démocratique semble être la propriété de certains individus qui y prennent des
décisions au gré de leurs intérêts.
- Comme nous l'avons repris dans notre premier document du 18
septembre dernier, faute d'adhésion populaire, le RCD a accepté en son sein tous les
anciens mobutistes et kabilistes aigris, et tous les autres opportunistes en mal de
positionnement, sans tenir compte de leur passé. Aujourd'hui, la plupart de ceux-ci, ne
trouvant plus leur compte dans ce mouvement, expriment ouvertement leur désapprobation
sur la manière dont celui-ci est dirigé.
- Le 08/12/98, M. WALLE SOMBO, Coordinateur Provincial du RCD
s'en est pris violemment sur les antennes de la télévision nationale / Kisangani aux
autorités du RCD/GOMA qui, selon lui, se nourrissent des efforts de la Province Orientale
sans contrepartie. Il s'est même fait l'avocat des fonctionnaires de cette partie de la
République pour réclamer le payement de leurs arriérés de salaires.
- Monsieur WALE a été relayé le lendemain sur les antennes
de la radio nationale par M. MANGUBU LOTIKA, Inspecteur Urbain du RCD/Kisangani qui, lui,
a dénoncé la signature d'un contrat léonin entre les autorités du RCD à Goma et une
société sud-africaine, SAROPA (voir supra) pour l'exploitation du diamant dans la
Province Orientale. A l'instar de Mr WALE, Mr MANGUBU a appelé les fils et filles de la
Province à se mobiliser pour protéger leurs intérêts menacés. Mais cet appel était
marqué par l'opportunisme habituel des hommes politiques.
- Réagissant à ces discours, le Gouverneur de Province a
signé en date du 11/12/98 un arrêté suspendant la diffusion des émissions
"Antenne RCD".
- En date du 17/12/98, M. KALALA SHAMBUY, chef du
département de mobilisation et propagande, a suspendu M. WALLE de ses fonctions de
Coordinateur Provincial mais celui-ci continue à faire fi de cette décision, prétextant
que celui qui l'a prise n' a pas qualité pour le faire. Pour preuve, il a installé le
18/12/98 à Lubuya-Bera le comité du RCD.
- Arrivé à Kisangani le 23/11/98, le Président Ernest
WAMBA dia WAMBA a conduit dans la Province Orientale une importante délégation de son
mouvement. Sa mission principale était d'examiner la possibilité de transférer de Goma
à Kisangani l'Etat Major du RCD
- Emboîtant les pas à son aîné l'AFDL, le RCD a organisé
des séminaires de formation pour ses cadres mais la participation a été faible.
- Mr WAMBA a tenu aussi plusieurs séances de travail avec
les différentes couches de la population (fonctionnaires, opérateurs économiques,
artistes, sportifs, etc.) qui ne lui ont exprimé que leur désolation : la situation de
la population empire de jour en jour.
- La délégation a étendu sa propagande aux écoles
secondaires où les élèves ont exigé du RCD qu'il commence par payer régulièrement
leurs parents avant de venir leur demander leur adhésion.
- Le moment le plus tendu de cette visite à Kisangani a
été certes la rencontre avec les étudiants dans l'amphithéâtre de l'UNIKIS. Ceux-ci
ont exigé que le 1er Vice - Président du RCD, M. Moïse NYARUNGABO, prétendu
sujet rwandais, se retire de la salle. Il a fallu pour calmer la tension que le Commandant
ONDEKANE accède à cette requête et dépêche d'urgence une délégation pour appeler le
Président Ernest WAMBA dia WAMBA avec qui les étudiants ont finalement accepté de
dialoguer. Toutefois, aucune réponse convaincante n'a été apportée à leurs
interrogations, spécialement concernant les raisons profondes de la prise des armes par
le RCD.
- Après KISANGANI, cette délégation s'est rendue dans le
District de l'ITURI. La population de ce district a vivement exprimé sa désapprobation
par rapport à la guerre. Les enseignants ont été catégoriques sur la reprise des
enseignements qui reste liée au paiement de leurs arriérés de salaire et à l'assurance
que leurs salaires seront dorénavant payés régulièrement pour mettre fin au système
de prise en charge des enseignants par les parents.
- Les autorités territoriales se plaignent de la mesure
prise par le RCD exigeant qu'elles versent toutes leurs recettes à la D.G.R.A.D. (4) ,
les empêchant ainsi d'effectuer certains travaux d'assainissement de leurs entités et de
payer les agents émargeant de leurs budgets.
(4) D.G.R.A.D. : Direction Générale des Recettes
Administratives et Domaniales.
2ème partie |