Messieurs,
Ecoeurés par la manière dont notre pays et son gouvernement sont vilipendés dans les
médias suisses et autres, les prêtres congolais résidant en Suisse ont voulu faire
entendre un autre son de cloche. A cet effet, ils ont publié le texte ci-joint qu'ils
veulent publier dans différents journaux. Nous vous serions reconnaissant de le publier
sur votre site.
Abbé Constantin Panu-MbendeleLA GUERRE EN RD CONGO :
Prise de position des prêtres Congolais en
Suisse
" Pourquoi ce tumulte parmi
les nations, ces vaines pensées parmi les peuples ? Pourquoi les rois de la terre se
soulèvent-ils ? Et les princes se liguent entre eux
? " (Ps. 2,
1
2)
O. PREAMBULE
Aujourdhui, notre pays traverse une
période des plus sombres de son histoire. Plus les jours passent, plus la situation
devient très inquiétante. Notre séjour en Suisse pour des raisons détudes ne
nous dispense pas de notre devoir de pasteurs. Coupable et condamnable serait notre
silence. Voilà pourquoi, nous aimerions élever nos voix pour répercuter ce que ressent
notre peuple en ce moment. Nous voulons faire entendre la voix de ces pauvres villageois
et de tous les sans voix qui nont personne pour dire quils ont aussi droit à
la vie, à la santé, à la scolarisation. Nous aimerions également attirer
lattention de la communauté et de lopinion internationales sur les
conséquences de la situation qui prévaut actuellement dans la République Démocratique
du Congo.
I. FAITS
Cest depuis le 2 août 1998
quune guerre civile est en train débranler le peuple de la RD Congo. Tout est
parti avec le renvoi par le Chef de lEtat congolais des Rwandais des Forces Armées
Congolaises (FAC) en juillet 1998. Commençons par rappeler que pour son offensive sur
Kinshasa, M. Kabila et ses partisans avaient bénéficié de lappui en personnel et
en logistique des troupes rwandaises et ougandaises. La conquête dun territoire
aussi vaste que lex-Zaïre en moins de 8 mois avait étonné beaucoup de personnes,
sauf ceux qui étaient au courant de limpopularité de lancien régime et de
loption quavait prise notre peuple pour le changement. Une fois M. Kabila
installé au pouvoir, ses alliés étrangers commencèrent à sillustrer par des
actes que la population ne supporta pas et que la presse locale se mit à dénoncer :
le viol, le vol, le transfert à Kigali et à Kampala des biens spoliés non seulement aux
anciens barons du régime Mobutu, mais aussi aux ecclésiastiques, voire aux simples
citoyens. Qui plus est, des hautes fonctions de lEtat avaient été confiées ou
plutôt assumées par des étrangers. Tout cela fut sévèrement critiqué par la
population et dénoncé par la presse locale.
Compte tenu de la pression sociale et dans
le souci dasseoir son assise populaire, le Président Kabila commença à prendre
distance vis-à-vis de ses anciens maîtres, jusquà ce quen juillet 1998, il
décida du renvoi des troupes étrangères qui lavaient aidé à prendre le pouvoir.
Ce renvoi provoqua un mécontentement dans le rang de ceux qui tenaient à asseoir leur
pouvoir en sappuyant sur ces forces étrangères. Du coup, fut déclenché un
mouvement dit de rébellion. Aujourdhui les agresseurs rwandais, ougandais et
burundais sont présents dans six des onze provinces que compte la RD Congo : le
Nord-Kivu (Goma), le Maniema (Kindu), le Sud-Kivu (Bukavu), la province orientale
(Kisangani), une partie du Katanga et une partie de lEquateur. Et pour les bouter
dehors, le gouvernement de Kinshasa a sollicité des soutiens extérieurs à commencer par
les pays membres de la SADC (South African Development Community) dont le Zimbabwe,
lAngola et la Namibie qui ont répondu favorablement en envoyant des troupes qui
continuent de combattre aux côtés des FAC (Forces Armées Congolaises). Dautres
gouvernements africains sont également intervenus en faveur du régime de Kinshasa soit
par lenvoi des troupes (le Tchad et le Soudan) soit par une contribution financière
à leffort de guerre (La Libye).
II. ANALYSE DE LA SITUATION
- Cette guerre est le fait dune part des ex alliés au
pouvoir de M. Kabila, déçus et mécontents de la nouvelle répartition du pouvoir et des
équilibres politico-économiques envisagés par ce dernier ; et dautre part
des anciens dignitaires et membres de famille politique ou naturelle de Mobutu,
aujourdhui en exil.
- Nous constatons que les soi-disant rebelles qui ont
décidé de prendre les armes sont ceux-là même qui nont jamais pu avoir des
assises populaires malgré les richesses quils ont accumulées pendant des années
quand ils assuraient de hautes responsabilités de lEtat, ou qui nont pas
réussi à se faire accepter par la population.
- Quoiquil en soit, il y a un fait :
Aujourdhui, il existe à Kinshasa un régime de fait. Il sagit de celui
dirigé par M. Kabila. Même sil nest pas parvenu au pouvoir par la voie
démocratique, les Congolais, dans leur majorité, acceptent cette realia politica
dans lespoir de se doter, dans un proche avenir, dinstitutions issues des
élections libres et démocratiques. Sur ce point, les régimes de Kigali, de Bujumbura et
même de Kampala nont aucun modèle démocratique à proposer.
- Que les soldats ougandais soient stationnés à plus de 400
Km (Isiro) et même 700 Km (Kisangani) de leurs frontières dans le seul but de parer aux
incursions des rebelles ougandais est plus que douteux. Daprès des sources
crédibles, depuis 1997, la Banque Centrale de la RD Congo exporte annuellement 300 Kg
dor. En revanche, le Burundi, le Rwanda et lOuganda exportent respectivement 3
tonnes, 4 tonnes et 10 tonnes par an. Or tout cet or, comme on le sait, est extrait des
gisements miniers de la RD Congo et acheminé frauduleusement vers les pays
susmentionnés.
- Cette guerre a complètement perturbé la vie sociale et
économique de la RDC : plusieurs familles sont brisées ou traumatisées à causes
des actes de pillage, de vandalisme et de viols ; des populations quittent leurs
maisons pour aller vivre dans des cachettes en forêt ; à certains endroits, les
gens ne cultivent plus alors quils ne vivent que de lagriculture. Dans un tel
contexte, personne ne peut entreprendre un projet de développement ni investir le peu de
capital quil a pour répondre au défi de reconstruction nationale.
- Nous faisons aussi remarquer que lembargo que les
chancelleries occidentales recommandent depuis presque une décennie en vue de faire
pression sur les régimes en place à Kinshasa na jamais atteint ses objectifs. Car
ce sont toujours les plus pauvres qui en font les frais. Tenez. Au moment où les
prestations sociales du gouvernement laissent à désirer (pas décole, pas de
médicaments, pas de route, bref pas dinfrastructures), les barons de ces régimes
ne sont pas trop concernés sinon politiquement- par ce drame parce quils
peuvent se soigner à létranger, leurs familles vivent pour la plupart en Europe ou
en Amérique où leurs enfants sont scolarisés dans de meilleures conditions. Tel est
aussi le cas de ceux qui prétendent libérer le peuple congolais par les armes.
- Les luttes interethniques de nos voisins se sont
déversées sur notre pays où les Tutsi et les Hutus cherchent à régler leurs comptes.
- Le droit à lautodéfense amène aujourdhui des
compatriotes à se constituer en groupes paramilitaires de résistance en vue de se
défendre contre loccupation étrangère.
- La situation qui prévaut à lEst du pays est en
train dengendrer dans les rangs du peuple congolais en général des réflexes
quil navait pas habituellement : la haine, la rancur,
lanimosité etc.
- SENTIMENTS ET ASPIRATIONS DU PEUPLE CONGOLAIS
- Le sentiment unanime de tous les Congolais est que notre
pays est victime dune agression de la part du Rwanda, de lOuganda et du
Burundi.
- Devant cette situation dagression, grande est notre
indignation de constater le mutisme et le silence de la Communauté Internationale, en
commençant par lONU, les institutions internationales de défense des droits de
lhomme, en passant par la lUnion Européenne et la fameuse troïka occidentale
(La France, la Belgique et les USA) qui, pour des raisons bien évidentes, est sensée
plus informée que tous les autres sur les problèmes de la RD Congo.
- Nous nous demandons si un complot international ne serait
pas tramé contre la RDCongo en vue de trouver des solutions au problème épineux de la
surpopulation du Rwanda. Car comment expliquer quà la déclaration du Président
rwandais selon laquelle " les frontières coloniales ont fait leur
temps ", il ny ait pas eu de réactions fermes de la part de la
communauté internationale ?
- Nous décrions la soi-disant politique occidentale de la
non-ingérence dans les affaires africaines que lon continue à faire prévaloir,
car elle se révèle aujourdhui comme une espèce de colonialisme rétrograde par
lequel de puissants lobbies tentent de propulser ou de maintenir des groupes minoritaires
ou des dirigeants impopulaires à la tête des Etats.
- Nous ne doutons plus que dans leurs visées
expansionnistes, les régimes de Kigali et de Kampala soient sûrement parrainés par des
puissances occidentales qui chercheraient à les utiliser pour contrôler, voire
monopoliser la gestion de nos ressources naturelles. Il y a quelques mois, la presse
africaine et occidentale avaient fait état de la présence dinstructeurs
américains dans les armées ougandaises et rwandaises.
- Nous dénonçons et condamnons le fait que les marchands
darmes aient trouvé en notre pays un marché propice pour écouler leurs produits.
Le peuple congolais paie et paiera un lourd tribut en rapport avec cette guerre, car pour
poursuivre cette guerre, chaque camp a contracté des dettes et compte sur
lexploitation de nos richesses naturelles pour soutenir son effort de guerre. Ainsi
donc, les fonds qui auraient dû être utilisés pour des projets nobles de reconstruction
du pays servent désormais à payer les armes et à honorer des dettes liées cette guerre
absurde.
- Ceux qui peuvent être considérés comme les véritables
catalyseurs des aspirations du peuple congolais notent presque à lunanimité que
celui-ci trouve cette guerre injuste, injustifiée et complètement stupide. Le 05
septembre, lAMOCO (Association des Moralistes Congolais) avait noté que
" cette guerre est une absurdité qui se manifeste par le goût effréné de
certains de nos compatriotes à semparer du pouvoir par la force des
armes. " Deux mois plus tard, les Evêques Catholiques de la RD Congo trouvent
cette guerre injustifiée : " Valait-elle vraiment la peine quand on
connaît les efforts de reconstruction qui commençaient à porter des fruits dans
certains secteurs de la vie ? Quel problème y a-t-il que nous naurions pu
résoudre de manière pacifique ? ", sinterrogent-ils. (Cfr leur
lettre du 07.nov.98)
- Avec nos évêques (Cfr lettre précitée), nous crions
haut et fort : " Nous ne voulons pas quon nous impose des dirigeants qui
serviraient des étrangers. De même nous ne voulons pas que des dirigeants
simposent à nous par des armes pour servir leurs intérêts égoïstes ".
IV. . RECOMMANDATIONS
- A nos " frères " agresseurs, tout en
leur notifiant, comme beaucoup dautres compatriotes lont déjà fait, que
lintégrité de notre territoire national ne peut en aucun cas faire lobjet
dun quelconque marchandage, nous demandons de sabstenir de toute exportation
de et de toute excitation à la culture de la violence pour résoudre les problèmes
congolais.
- A tous les Congolais engagés dans cette guerre de
lune ou de lautre manière, à leurs principaux alliés et à tous ceux qui
leur vendent les armes, nous disons non à la guerre. La RD Congo nétant la
propriété de personne, aucune alliance ne devrait se permettre de brader le patrimoine
national sous aucun précepte, parce que, répétons-le, cette guerre ne profite pas du
tout au peuple congolais. Dailleurs, celui-ci nest plus dupe.
Aujourdhui, il est témoin impuissant des massacres, des viols, des vols et de la
spoliation de ses biens. Mais viendra un jour où il demandera des comptes et exigera
réparation aux différents acteurs. Il est donc temps darrêter cette guerre.
Nest-ce pas que lhistoire est têtue ?
- Au Président de la RD Congo, nous demandons de tout mettre
en uvre pour favoriser et sinscrire dans une logique de loyales négociations
entre tous les fils du pays, pour un projet de société consensuel et linstauration
dun Etat de droit. Ainsi donc tout en lui présentant tous les encouragements pour
les efforts quil fournit en vue de sauvegarder lintégrité territoriale, nous
lui rappelons de ne pas perdre de vue que notre peuple a déjà payé de son sang la mise
sur pied dun nouvel ordre politique et que, par le biais de la Conférence Nationale
Souveraine, il a déjà dit non à toute dictature. Aussi faut-il poursuivre le processus
de démocratisation amorcé et éviter tout arbitraire dans la conduite des affaires
publiques.
- A tous ceux qui ne sont pas daccord avec la gestion
actuelle de M. Kabila nous savons quils sont nombreux, même au sein de son
équipe gouvernementale nous conseillons de faire pression, comme dautres
fils du pays le font déjà, par des moyens pacifiques pour que les élections que notre
peuple attend depuis plus de dix ans puissent être organisées dans des conditions
raisonnables.
- A tous ceux qui veulent accéder au pouvoir et à tous ceux
qui veulent les soutenir, nous disons que notre peuple sest déjà prononcé sur le
projet de société auquel il aspire : il sagit du cadre défini par la
Conférence Nationale Souveraine qui avait réuni en son temps toutes les forces vives de
la Nation. La probité morale et lhonnêteté intellectuelle inclinent à
reconnaître cette évidence. Ce qui nexclut pas damendements au regard de
lévolution socio-politique du pays.
- A nos compatriotes qui sont au pays, à létranger et
ici en Suisse, nous demandons de rechercher le bien et non le mal (Am. 5, 14). Tout en
nous mobilisant pour préserver la conscience nationale et lintégrité de notre
territoire, nous devons toujours sauvegarder les valeurs qui nous sont chères, notamment
le respect de toute vie humaine. Par conséquent, la défense de la patrie ne doit en
aucun cas donner libre cours à des actes de violence (verbale ou physique), car un peuple
qui prend goût à la violence et à la haine est un réel danger pour lui-même, pour ses
voisins et pour ses propres dirigeants. Puisque la population congolaise est dans sa
majorité croyante, nous nous permettons de rappeler cet enseignement de saint Jean :
" Si quelquun dit " Jaime Dieu " et
quil haïsse son frère, cest un menteur. En effet, celui qui naime pas
son frère quil voit, ne peut pas aimer Dieu quil ne voit pas.
Que
celui qui aime Dieu aime aussi son frère " ( 1 Jn 4, 20-21). Tenons donc
bon et travaillons ardemment pour bâtir une nation vraiment prospère au cur de
lAfrique.
- A tous ceux qui aiment la RD Congo, à tous ceux qui
sinvestissent pour donner à notre peuple des raisons despérer, à tous les
hommes de bonne volonté, nous exprimons nos vives reconnaissances. Quils sachent
que notre peuple tient absolument à lunité de notre pays qui nest du reste
pas négociable. Bien que la RD Congo soit constituée de nombreuses ethnies (près de
400), nous nous sentons un seul peuple. Aussi tenons-nous à la souveraineté nationale et
au patrimoine économique, à lintégrité et à lunité du territoire. Notre
peuple a le droit de vivre dans lunité et la paix sur la terre de nos ancêtres.
Fait à Fribourg, le 18 Janvier 1999.
1. Abbé Bruno Kazadi,
Prêtre du diocèse de
Luiza
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2. Abbé Constantin
Panu-Mbendele,
Prêtre du
diocèse de Luebo
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| 3. Abbé Emmanuel Luhumbu,
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4. Abbé Jean-Anatole Sabw,
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| 5. Abbé Rigobert Kabwita,
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6. Abbé Simon Tshibambe,
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| 7. Père Vincent Ngoie,
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8. Abbé Hilaire Mitendo,
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| 9. Abbé Modeste Kisambu,
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10. Abbé Charles Makengo,
|
| 11. Père Roger Gaïse,
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12. Abbé Joseph Lukelu,
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13. Abbé Constantin Yatala,
Prêtre du diocèse de
Kabinda
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