Monsieur Léon Diatezua,
Je suis très content de l'intérêt que vous
portez à mes réflexions. Merci.
Le concept de la recherche scientifique au
Congo est un sujet qui me passionne. Je suis heureux que cela vous passionne aussi.
J'aurais aimé que beaucoup d'intellectuels de notre pays s'y intéressent aussi au lieu
de s'intéresser aux individus.
Je continue à penser que le Président
Kabila fait bien de défier les chercheurs, lorsque il dit "Si vous ne parvenez pas
à résoudre, par vos recherches, les problèmes du pays, à quoi servez vous alors
?". Je suis très heureux d'entendre cela de la bouche d'un dirigeant congolais.
C'est la toute première fois qu'un haut responsable mette l'avenir du pays entre les
mains des chercheurs. Ses collaborateurs et les chercheurs doivent maintenant
matérialiser cette pensée du Chef de l'Etat.
Je crois dans la recherche appliquée même
si c'est le pouvoir publique qui en est le commanditaire. C'est le chercheur de prendre
les précautions pour éviter de tomber dans les travers. Pour avoir fait un certain
nombre de recherches appliquées avec le pouvoir public comme maître de l'ouvrage, je
partage vos craintes. Mais cela ne me décourage pas et travailler avec le pouvoir public.
Au Congo, la recherche scientifique est morte
faute de financement car les chercheurs cherchent à ce que le pouvoir finance la
recherche fondamentale sans la recherche appliquée. Notre pays est encore dans la
conception ancienne d'un professeur savant qui est loin du public et qui aligne un bon
nombre d'articles publiés dans des revues internationales sans aucun impact immédiat sur
la vie publique. Si les Africains appliquaient déjà les recherches fondamentales
d'ailleurs ou se mettaient à adapter les applications scientifiques faites ailleurs, cela
ferait déjà beaucoup de bien à l'Afrique. Je n'interdis pas aux chercheurs africains de
faire de la recherche fondamentale. Cependant, étant donné la modicité de leurs moyens
techniques et financiers et l'urgence à résoudre, grâce aux nombreux résultats
trouvés ailleurs, de multiples problèmes qui se posent dans tous les domaines de la vie
dans ce continent, je leur conseille de privilégier, plus souvent, la recherche
appliquée par rapport à la recherche fondamentale.