| Selon le "petit Robert ", cette
expression se dit "de la catastrophe postérieure à sa propre mort et dont on se
moque".La légende congolaise la prête également au feu Président Mobutu dont le
long règne autoritaire a laissé peu de structures dÉtat. Lactualité
justifie pour linstant cette prédiction ; lavenir la confirmera si toutes
choses restent en lEtat. Car aussi bien son successeur, le peuple congolais , les
voisins du Congo et la communauté Internationale ; tout le monde est tombé dans le
piège ! Avant propos. Pendant la rébellion de
lAFDL (1) en 1996-97, par un titre éloquent "allons négocier"(2) on
recommandait en vain à lancien pouvoir daccéder à temps à la thèse de
négociation avec elle car lenthousiasme populaire évident lui avait conféré un
caractère révolutionnaire irréversible. La rébellion daujourdhui ne
soulève pas les foules mais si elle senlisait, on peut craindre daboutir à
une partition de fait du Congo. Partition que la volonté de la population, daprès
les résultats du récent sondage réalisé par Berci (3), rejette à 90%.
En 1997, à trois mois seulement avant sa chute, alors que
la terre sétait déjà dérobée sous ses pieds, le régime encensé et entêté
par ses thuriféraires ne le réalisait guère. Comme lexprime en ce moment le
gouvernement Kabila ; au nom de lorgueil national, le pouvoir ancien aussi dans son
ensemble (présidence, haut-conseil de la République, gouvernement, armée) avait rejeté
systématiquement des appels répétés de lAFDL à la négociation. De la même
manière que le pouvoir actuel toise le RCD (4), le précédent qualifiait avec arrogance
et mépris lAFDL dêtre à la solde du même "petit Rwanda ". On se
souvient de la promesse dune "offensive totale et foudroyante " qui
navait pas eu lieu.
Pour lintérêt supérieur du Congo, le régime
actuel de Kinshasa devrait se résoudre à négocier ouvertement avec son opposition
armée même si elle paraît postiche à ses yeux . Les deux parties conviendraient de
transformer cette opportunité en une concertation nationale destinée à rechercher une
nouvelle légitimité et une réconciliation autour de la gouvernance du pays. Cest
précisément la contestation de la gouvernance qui fonde ou justifie le cycle des
oppositions armées
Sur base déléments observés actuellement sur le terrain,
si la guerre ne sarrete pas rapidement par la négociation, le Pays va vers un
embrasement généralisé.
La similitude entre les guerres de 1996-97 et 1998 est en
effet frappante :
a) Dans les déclarations dintention dabord :
les rebelles de lAFDL comme ceux du RCD prétendent tous lutter contre la dictature,
pour lalternance démocratique et la reconstruction nationale.
__________
*Lauteur est un analyste politique reconnu au Congo
comme le père de la réforme politique du 24 avril 1990 ;
Universitaire, membre de lInstitut International des
Etudes Stratégiques de Londres ; ancien Ambassadeur à New York (N.U.), à Berne, et à
Londres ; esprit libre, Conseiller Spécial de Mobutu de novembre 1986 à fin avril 1990,
ce diplomate travaille actuellement dans le secteur privé à Kinshasa.
(1) Alliance des Forces Démocratiques pour la
Libération.
(2) SOFT :bi-hebdomadaire, Kinshasa, Mars 1997.
(3) Bureau détudes, recherches et consulting,
novembre 1998.
(4) Rassemblement des Congolais pour la Démocratie.
-1-
b) La position de la communauté internationale en 1996-97
était ouvertement sympathique à la rébellion ; aujourdhui, elle est plutot
partagée entre la réserve vis-à-vis de celle-ci et linhospitalité vis-à-vis du
pouvoir de Kinshasa.
c) Dans les curs des populations : les
"Zaïrois " dans leur majorité privilégiaient la négociation à la guerre
pour la sauvegarde de lunité nationale ainsi que la réconciliation pour sauver la
continuité du changement démocratique porteur de leurs espoirs. Aujourdhui face à
une nouvelle guerre, les Congolais sont largement animés des mêmes dispositions.
d) Les deux périodes diffèrent sur deux points :
premièrement en 1996-97, la population clamait ouvertement son ras-le-bol vis à vis de
lancien système et portait son espoir sur le nouveau. Tandis quen 1998, la
même population avisée exprime certes ouvertement son hostilité à la manipulation
étrangère du mouvement de la rébellion mais ne cache pas non plus ses déceptions vis
à vis de la nouvelle gouvernance. Deuxièmement : en 1996-97, tous les pays voisins
dest en ouest soutenaient activement ou passivement la rébellion ; alors quen
1998, chacun deux tire la couverture de son côté.
Lenlisement de la guerre peut entraîner la
partition du pays. Reprenant de mémoire AMILCAR CABRAL, il me souvient quil pensait
que "si les masses suivent un leader dans un combat, quil ne croit jamais que
cest pour lui ; mais plutôt pour la réalisation de leur propre dessein quest
lamélioration de leurs conditions de vie ". .
1. En voulant remettre les compteurs à zéro, le nouveau
Président setait esseulé.
LDK (1) est arrivé au pouvoir par une conjonction de
circonstances opportunes bien connues à savoir : la lutte des Tutsis congolais pour leur
naturalisation et intégration au sein de la communauté nationale ; ensuite la
conspiration anti-Mobutu ourdie par les voisins du Congo chacun derrière ses enjeux,
appuyées par une Communauté Internationale lasse dun régime sclérosé et
réfractaire à la démocratisation. Le tout s est déroulé sur un boulevard royal
ouvert par laspiration forte des "Zaïrois " au changement démocratique,
face aux tergiversations politiciennes à la base dune interminable transition.
LDK a joué sur ces divers tableaux. Installé au pouvoir,
le nouveau chef de lEtat qui se proclamait toujours "rebelle "a tenté de
ramener cette nouvelle et complexe réalité à un simple aboutissement de la lutte
révolutionnaire commencée il y a 30 ans, malheureusement aujourd'hui sans répondant.
Cette conviction en lui semble sous-tendre la ligne politique quil tente de
construire. Toutefois, faute de transparence et de concertation, le Président assume
malheureusement seul la responsabilité des contradictions nées de la gestion pour le
moins controversée des intérêts dont certains paraissent inconciliables, avec ses
alliés dhier.
La classe politique intérieure tenue de toute façon à
lécart des affaires et traitée indistinctement et péjorativement de mobutiste est
restée indifférente. Pourtant, le président aurait eu tout intérêt à partager le
poids des alliances avec la classe politique nationale ainsi quavec la population.
Il na habilement exploité la fibre nationaliste de celle-ci que lorsque les forces
rebelles se sont trouvées aux portes de Kinshasa. De plus, LDK na pas jugé
nécessaire de considérer ni dintégrer les acquis que le peuple
__________
(1) Laurent Désiré Kabila.
-2-
avait précédemment capitalisés pendant les sept années
dune transition au cours de laquelle la classe politique sest illustrée par
son égoïsme et par son irresponsabilité. Cest par exemple maladroit de
navoir pas formellement reconnu lapport des ex- FAZ(1) qui, par leur refus de
se battre pour défendre le régime Mobutu, avaient favorisé laboutissement rapide
de la rébellion. Aboutissement que les chancelleries à Kinshasa avaient qualifié de
"soft landing" traduit "atterrissage en douceur ". Internés à Kitona
sous le motif de formation idéologique marxiste, ils ont vécu les pires humiliations,
selon leurs propres récits. Ce séjour leur a laissé un vif ressentiment. Le fait de
faire table rase sur ces acquis dans lensemble a dune part créé un sentiment
de désenchantement et dinutilité chez tous ceux qui avaient lutté de quelque
manière que ce fût pour un changement mais a aussi dautre part brisé la ferveur
de létat de grâce accordé par lopinion. Cette autre indélicatesse a
aggravé les impatiences i
Il faut reconnaître quen 15 mois dexercice,
on a beaucoup exigé du nouveau pouvoir. Rebelle en 1996, il fut entouré de toute la
sympathie internationale. Aujourdhui installé et agressé, aucun des principaux
acteurs internationaux ne lève le petit doigt fût- ce pour condamner lagression.
Si vis à vis de l'opinion congolaise, LDK considère que ce manque de soutien
extra-africain est une preuve de son nationalisme intransigeant ; pour la communauté
internationale qui a accompagné lenfantement de son régime, les bases de
gouvernance quil est en train de jeter augurent mal de valeurs d'efficacité, de
transparence, ou du respect des droits de lhomme. Valeurs requises par le nouvel
univers de mondialisation à lautel desquelles les Américains ont résolu de
sacrifier leur fidèle ami Mobutu. La volonté manifestée de LDK de réécrire
lhistoire à partir de 1960 est perçue par diverses opinions comme la répétition
accélérée et inutile des séquences dun film déjà vu. Lhomme de la rue à
Kinshasa lexprime ais
2. Redresser la sécurité, réformer la monnaie, et
rompre avec limpunité, mais la corruption sincruste
Tranchant avec le
passé, trois points notables sont cependant à inscrire à lactif du nouveau
pouvoir. Le redressement rapide de la dérive de linsécurité généralisée à
Kinshasa grâce à lencadrement pédagogique et matériel assuré à sa naissance à
la Police Nationale. La réforme monétaire bien menée grâce à la crédibilité
rapidement forgée par ladresse et la compétence du nouveau gouverneur de la Banque
Centrale ; réforme hélas hypothéquée par labsence de politique de relance de
production et de programme de collaboration avec les institutions financières
internationales et enfin par linsuffisance dappui financier
extérieur
avant dêtre emportée par les effets de la guerre.
Aujourdhui chacun sait quun ministre ou un
général est justiciable. Il reste à y mettre la forme qui respecte la dignité humaine
et le principe de présomption dinnocence. Il est de notoriété publique que les
dignitaires de la IIè République passables de poursuites des faits de racket du pays ne
sy trouvaient plus. De nombreux dignitaires, même les plus innocents, sont partis
par peur des
représailles.
__________
(1) Forces Armées Zaïroises.
-3-
Aujourdhui encore, plusieurs cadres congolais et
hommes daffaires étrangers sexpatrient non par sympathie particulière pour
la rébellion mais bien plus par désapprobation du système qui sest installé au
quotidien : délations, tracasseries, arrestations, limitation de mouvement,
dépossessions des biens privés, humiliations,
souvent dirigées contre les dits
mobutistes et affectant fatalement léconomie. Les entrepreneurs se trouvent de la
sorte complètement déstabilisés par des convocations intempestives et parfois
simultanées auprès de différents commandements de la police, des services de sécurité
militaire, des parquets et ce généralement pour des motifs de conflits de travail ou de
fiscalité. Loin d'être encouragés, les nationaux et étrangers qui avaient emprunté
des capitaux à lextérieur et investi au Congo sont pénalisés par rapport à ceux
qui avaient plutôt expatrié les capitaux du pays. Le déclenchement de la guerre de
lEst a donné à ces pratiques les élans dune véritable psychose. Et
laggravat
3. Déjà très tôt la population voulait la
réconciliation avec la classe politique intérieure. Depuis le début du régime kabila,
on a observé que la population kinoise
aspire constamment à une politique plus systématique de
réconciliation avec les membres de la classe politique restés au pays dabord. A
ses yeux, ceux-ci jouissent de plus de crédibilité que ceux qui ont quitté le pays le
17 mai 97. Elle sest souvent exprimée bruyamment pour un rapprochement notamment
avec lUDPS (1) dEtienne Tshisekedi et le PALU (2) dAntoine Gizenga. Mais
à linstar de lancien pouvoir, en traitant les politiques restés au pays de
proies et dotages ; ceux partis à létranger en partenaires privilégiés, le
nouveau pouvoir inverse justement la logique de la réconciliation. Pourtant, il est
indéniable que du traitement réservé à la classe politique intérieure et aux
opérateurs économiques locaux dépendront le retour spontané au pays de ceux qui se
sont expatriés ainsi que la venue de nouveaux investisseurs.
La population ne semble pas cautionner lexclusion
autoritaire et globale quentend pratiquer le nouveau régime comme solution au
problème de renouvellement de la classe politique. A cet égard, la vive réprobation que
lopinion à Kinshasa a opposée à la liste des 300 exclus assortie au projet
constitutionnel de la commission Kashamura était éloquente. La population n'acceptera
pas quon lui crée des représentants à coup de décret comme aux premiers temps du
MPR (3).
4. Peuple congolais cherche guide pour mise en uvre
de son "programme écrit en lettre de sang". Modelé dans le moule de parti
unique, le peuple na pas arrêté sa quête de sidentifier à un guide
protecteur. A Kinshasa, le chef de lÉtat souffrait du complexe de se sentir mal
aimé. Depuis que la population lui a exprimé massivement son soutien lors de la
tentative avortée de la prise de Kinshasa par les rebelles, LDK est assuré davoir
été reconnu et adopté par les Kinois. Le 16 septembre 1998 lors dun meeting à la
place Ste Thérèse de Ndjili, il leur a exprimé sa fierté et promis sa fidélité. Mais
les Kinois savent faire la part des choses. Ils attendent quà son tour, le
président prenne en
______________
(1) Union de la Démocratie et du Progrès Social.
(2) Parti Lumumbiste Unifié.
(3) Mouvement Populaire de la Révolution.
-4-
compte leurs acquis chèrement gagnés pendant la
transition de la Conférence Nationale Souveraine. Ce programme se résume en trois
concepts : démocratisation, décentralisation, fédéralisme. Tout prétendant qui ne
rencontrera pas cet appel populaire écrit en lettre de sang versé le 16 février 1992,
naura la tâche facile ni à Kinshasa ni sur toute létendue de la
République.
5. " LEtat cest moi " doctrine qui
convient en réalité aux multinationales. A laube du 21e siècle, la notion
dintérêt supérieur de lEtat est malheureusement encore occultée par
la subjectivité des dirigeants politiques. De sorte que
les relations entre Etats demeurent largement sous lempire des émotions. Tant que
la doctrine de "lEtat cest moi " névoluera pas au bénéfice
des opinions nationales, la potentialité des conflits restera grande. Il est regrettable
que les Etats développés comme les multinationales ne déploient pas des stratégies qui
favorisent plutôt limplantation des institutions démocratiques ; la stimulation
directe des classes moyennes naissantes ; et lencouragement aux sociétés civiles
émergeantes dont lapport à la promotion de la démocratie sest avéré
capital ailleurs. Au contraire, les puissances développées saccrochent encore à
l'imposition des "hommes forts ". On aperçoit les agents des multinationales
dans les couloirs des chefs de guerre. En 1996, par exemple, elles navaient pas
attendu larrivée de lAFDL à Kinshasa pour signer des contrats de concession
minière. En 1998, même si lon n'en parle pas à haute voix, elles ne lorgnent pas
moins vers le
6. La volonté collective de lunité est sabordée
par la tendance à la confiscation du pouvoir. Si lunité menacée du Congo résiste
encore aujourdhui, on le doit à la farouche volonté de la population de demeurer
un "ensemble uni ". Certaines dictatures, comme certains événements, forgent
le sentiment national. Tout le monde reconnaît à Mobutu dy avoir largement
contribué. Mais le cancer dont toute lAfrique a souffert sappelle refus à
peine voilé de partage et dalternance. Les hommes qui sinstallent au pouvoir
ont souvent tendance à le confisquer avec leurs clans tribaux. Dès lors, dautres
ethnies bien que se résignant à chanter et à danser par effet dopportunisme ou
dentraînement, cultivent des frustrations tout en fourbissant des armes. Le bon
sens le plus élémentaire ne soppose pas au recrutement des collaborateurs
dune administration politique dans lethnie du Chef de lEtat. Il dicte
cependant un minimum de critères de compétence et defficacité pour que ce choix
ne corresponde pas au népoti
La réaction à cette tendance hier comme aujourdhui
sexprime par laspiration quasi unanime des Congolais pour la mise en place
dune armée républicaine.
7. Eviter daggraver les clivages en poussant les
espaces ethniques à sériger en fractions armées. La guerre actuelle ne soulève
plus lenthousiasme de 1996-1997 ; la personnalisation du pouvoir rappelle aux
Congolais les avatars du pouvoir mprien ; les appels à la haine raciale ou tribale sont
un piège à lintégration nationale recherchée . Tout cela noriente pas le
regard des Congolais vers une meme direction. E n outre, les
-5-
bombardements qui tuent massivement et qui détruisent ;
les exactions et massacres perpétrés sur les populations non-armées ( au Kivu, au
Haut-Congo, à lEquateur
) ; sèment les germes de virtuelles tensions
interethniques.Il faut arrêter la guerre ! Sa poursuite ferait craindre le développement
de la tendance à sauto-armer par les fractions ethniques affectées ou menacées.
On se rapprochera là du schéma somalien.
Dans le passé, la rupture de confiance vis à vis du
gouvernement central ainsi que laffaiblissement croissant de sa crédibilité
auprès des provinces avaient toujours constitué des facteurs qui menaçaient
dangereusement lunité nationale. A la simple observation, on peut avancer
quen moins de deux ans, le système Kabila qui se veut nationaliste mais qui se
cherche encore, a malgré tout rallumé plus de clivages tribaux que le système
précédent sur une période équivalente. Cela à cause des effets pervers de
lhyperconcentration des pouvoirs dans un contexte général devenu inapproprié, des
craintes de généralisation virtuelle de la guerre, de létat dune sévère
récession économique, et de la forte montée des incertitudes.
8. Nécessité dun nouveau contrat de confiance au
fondement de lédifice. Au milieu des déchirements déjà antérieurs au régime
actuel cest vrai, le Congo se présente comme une maison profondément fissurée.
Les sensibilités ethniques articulées au niveau des provinces existantes ont toujours
revendiqué directement ou à travers les partis politiques, de participer chacune aux
décisions de la Cité. Le mérite de la Conférence Nationale Souveraine du Zaïre
dalors a été de les rassembler sous diverses lignes de force et ensuite
dexorciser les démons de la division. On nest pas chantre de
lethnocratie, mais lon soutient quil est vain de prétendre supprimer
les réalités ethniques par décret ou par contrainte. La longue colonisation et les
longues dictatures de partis uniques nont fait que les raviver. Les cadres
dirigeants sont les premiers à les attiser pour se protéger ou pour se sécuriser.
Abandonnons cette vieille hypocrisie mystificatrice. Ouvrons au contraire les espaces
ethniques à lexercice démoc
Tout le monde sest accordé sur lidée que
pour atténuer leur caractère antinomique par rapport à lintégration nationale,
il faut nécessairement décentraliser linitiative politique de manière à leur
permettre de sexprimer, voire de se gérer localement. Une longue observation du
phénomène de léthnicité a permis détablir que plus un régime politique
est centralisateur, plus les structures tribales se referment par réflexe sécuritaire et
identitaire. Le fait quen Afrique, les élections reflètent une connotation
ethnique prononcée même dans les centres urbains, est aussi une réponse des structures
tribales aux dictatures. En attendant, il faut recourir à ce fondement pluriethnique
relativement organisé et équilibré autour des provinces existantes pour chercher une
nouvelle légitimation de laction de réconciliation nationale et du maintien de
lunité nationale : condition de paix et de reconstruction. En trois années, le
pays a vécu deux rébellions justifiées par la demande démocratique et la revendicati
9. Esquisse dun schéma vers la paix au Congo et
dans les Grands Lacs. A cet effet, on peut suggérer aux décideurs politiques un plan en
deux phases.
PREMIERE PHASE : Réunion entre Alliés et Convention
entre Congolais.
Le scénario peut se dérouler à peu près de la façon
suivante :
-6-
Point 1. Belligérants et alliés manifestent leur
volonté de recourir à lautorité du Secrétaire Général des Nations Unies
assisté du Secrétaire Général de lO.U.A. et appuyé par la Belgique, la France,
les USA et la Grande Bretagne, pays dont lintérêt moral et économique pour la
région des Grands Lacs a toujours paru évident ; pour couvrir moralement et
matériellement lentièreté du processus de paix dans la région.
Point 2. Chaque partie confirme son engagement au cessez-
le- feu quil applique instantanément, et que le Secrétaire Général des Nations
Unies garantit par des missions dobservation.
Point 3. Réunion entre Etats africains alliés des
belligérants, dans le but didentifier leurs enjeux réels au Congo.
Point 4. De leur côté, les Congolais convoquent une
concertation représentative de la nation ou Convention Nationale : qui mettra en
présence les délégations des provinces et de la capitale comprenant :
4.1. les leaders ou notables à raison de 4 représentants
pour les moins peuplées ; 6 pour les plus peuplées.
4.2. les leaders de la société civile (églises,
associations humanitaires et de droits de lhomme ; associations de professions
libérales ; et celles du monde universitaire, ouvrier, paysan et traditionnel) ;
4.3. les délégués de 5 ou 6 partis politiques
influents, y compris le grou-
pement politique du pouvoir (AFDL) et celui de la
rébellion (RCD).
Cette assemblée "CONVENTION NATIONALE " ainsi
basée sur les provinces évitera lesprit de bipolarisation et celui de partocratie
qui avaient handicapé la bonne fin des travaux de la Conférence Nationale Souveraine. Sa
composition ne devra pas dépasser 120 à 150 mandataires. Sa durée 20 à 30 jours au
maximum. Son but ultime sera de réconcilier les Congolais autour de lunité et de
la paix nationales ; de lorganisation du pouvoir politique et de celle de
lalternance ; du choix concerté des structures et de la forme de lEtat ; et
bien entendu de la sécurité et de la coopération avec les Etats voisins et autres de la
région, du continent et du monde. Tous thèmes déjà traités à la Conférence
Nationale Souveraine : un avantage à tirer par les nouveaux acteurs.
4.4. La Convention Nationale désignera des structures
classiques légères de lEtat avec double mission précise : concrétiser les
accords de sécurité avec les pays voisins ; et organiser les élections dans un délai
irrévocable de 9 à 12 mois.
DEUXIEME PHASE : élection dune législature
intermédiaire.
En tirant tous les enseignements de la transition du
HCR-PT, Il convient décarter lidée dune nouvelle transition conduite
par les partis politiques non encore légitimés par un scrutin, parce que le choix des
animateurs échappe à la volonté populaire et le fonctionnement des institutions à son
contrôle. En effet la transition du HCR-PT dominée par le mirage que représentait la
trouvaille nommée " partage équitable et équilibré du pouvoir " a tourné en
une interminable querelle autour des postes et de positionnement. Dans cette optique le
pouvoir et son opposition saccordaient pour les prolongations.de la Transition
devant un peuple pris en otage. Cest pourquoi, lon propose que cette fois, la
législature intermédiaire serve de transition, au début de la IIIième République.
_________
(1) Haut Conseil de la République - Parlement de
Transition.
-7-
Point 1. La Convention Nationale proclamera lentrée
formelle et soudaine du pays dans
la troisième République.
Point 2. La Convention Nationale mettra en place outre les
règles, une équipe exécutive
consensuelle composée de personnalités choisies pour
leur compétence et crédibilité sur base de léquilibre géopolitique ; et dont la
mission serait uniquement dorganiser les élections endéans neuf à douze mois
avec laide de la communauté internationale.
Point 3. A lissue de ces élections, Présidence,
Parlement et Gouvernement, seront occupés par des animateurs élus pour conduire la
première législature. La composition du gouvernement dunion nationale reflétera
le paysage politique établi à lAssemblée Nationale.
Point 4. La première législature de la IIIè République
sera une législature intermédiaire : 3 ans.
Sa mission :
 Restructurer léconomie du pays.
 Mettre en place les textes et les
institutions dun Etat de droit.
 Cultiver la nouvelle image du Congo
réconcilié et dirigé par des institutions légitimes.
La législature intermédiaire sera dominée par un esprit
de collaboration entre les partis dune part ; et dautre part entre les partis
et la société civile ; pour mener à bien la mise en place des mécanismes dun
Etat démocratique.
CONCLUSION :
Ce schéma perfectible vise avant tout à mettre fin par
la négociation à une guerre qu'en réalité personne ne gagnera vraiment par les armes.
Son prolongement inconsidéré
même en réponse à une agression déjà avouée ferait
le jeu des partisans de la partition du Congo. Car les alliés des uns et des autres
justifieront leur permanence militaire sur notre territoire par largument de
prévention à leur sécurité. Notons aussi quà cause de limage que notre
pays présente aujourdhui, tant quil y aura la guerre et même au-delà, aussi
longtemps que les dirigeants ne seront pas correctement élus par un scrutin dont les
règles auront été mises en place de manière concertée, le Congo ne bénéficiera pas
de lassistance financière internationale indispensable à sa reconstruction.
Le scénario vise également dune part à rompre le
cycle infernal de guerres civiles au Congo comme mode dalternance au pouvoir ; et
dautre part la restitution de sa souveraineté par voie de négociation , ainsi que
de sa stabilité par voie démocratique. Souveraineté et stabilité retrouvées au Congo
grâce à la volonté de toutes les parties intérieures et extérieures impliquées,
demeurent le gage dune paix durable pour la région. Puissent nos chefs dEtat
et de gouvernement prendre conscience que la paix, don commun de Dieu à lhumanité,
est le fruit de la volonté collective.
Peut-être pourrions-nous, avec Son aide, désamorcer le
piège de la catastrophe annoncée qui sabat déjà sur le Congo et sur les Grands
Lacs ; et la menace quelle fait peser sur toute lAfrique. Comme justement
lavait craint FRANTZ FANON: " LAfrique est un revolver dont la gâchette
est placée au Congo ".
Ambassadeur Roger Nkema Liloo |