| A propos de la lettre ouverte au
Président Kabila |
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| Lucien Mandjandja Naki |
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MISE AU POINT
Chers compatriotes, quand la situation est dramatique, nul ne souhaite s'exposer en
première ligne ; dès qu'elle devient plus facile, les attaques et les ambitions se
réveillent.
Trop d'exilés Congolais (Zairois) continuent à se taire de peur des représailles sur
les amis et parents restés au pays. Je sais que je mets des vies en danger en écrivant
ces lignes ; mais je sais aussi que mon silence ne serait le garant de la sécurité de
personne.
Oui, en m'adressant directement au Président Kabila, je sais parfaitement bien ce qui
peut arriver aux miens et à moi-même(je suis originaire de la même sous-région que le
Président Kabila) mais je suis obligé de le dire non au mépris de toute logique
humaine, mais parce que je crois et je continue à croire que le salut de la RDC passe par
la réconciliation et le dialogue.
Je dis et je répète, seule une réconciliation entre Kabila, Tshisekedi, Gizenga, le
général Mulanda, Olenghankoy
peut sauver l'unité du Congo-Kinshasa.
Pour chasser les Rwandais et les Ougandais, pour mettre fin à la guerre et l'injustice,
le président Kabila devrait s'asseoir autour d'une même table avec ses compatriotes afin
de trouver une solution à la congolaise. Aux problèmes congolais, des solutions
congolaises.
Ma lettre ouverte au Président Kabila est pour moi avant tout un hommage à tous les
Congolais (Zairois) vivants ou morts dont on ne connaîtra jamais les noms et à tous ceux
qui sont en prison sous la torture à Kinshasa comme à Kisangani, Lubumbashi, Goma
,
et tous les Congolais qui sont en exil.
Cette lettre ouverte est la seule façon pour moi d'écouter ma conscience ainsi que les
principes universels d'une conduite civilisée, car pour le moment je n'ai pas d'autre
alternative pour convaincre le Président Kabila de faire la paix avec ses frères et
surs de l'opposition afin de constituer un front commun contre les envahisseurs.
C'est le seul moyen pour venir en aide aux miens en détresse et l'occasion de soulever un
cri de protestation à travers le monde entier à la suite de la tragédie de tout un
peuple.
AUX MEMBRES DU SECRÉTARIAT TECHNIQUE(CONFÉRENCE DE MONTRÉAL)
Chers compatriotes et collègues du secrétariat technique (comité de suivi de la
conférence de Montréal), par la présente, j'aimerai vous dire que j'assume la pleine
responsabilité de la lettre ouverte au Président Kabila.
Je m'engage personnellement. Je dégage tout membre du secrétariat technique et du
Comité de suivi de la Conférence de Montréal de toute complicité ou collaboration dans
la rédaction de celle-ci.
J'aimerai souligner seulement que cette lettre ouverte a été écrite avec autant
d'objectivité que le chagrin et la colère me l'ont permis au nom de tous les miens. Mais
en ce qui concerne un manque quelconque d'objectivité de ma part dû à l'indignation qui
m'inspire, je n'offrirai d'excuses à personne. Et les commentaires qui l'accompagnent
sont dictés par les sentiments qu'éprouve tout fils épris de l'amour de son pays en
guerre.
De mon côté, je continue à prendre tout ce qui m'arrive, le bon comme le mauvais, sans
jouer des coudes pour me mettre en avant.
En écrivant cette lettre ouverte, je voudrais qu'au-delà de ma propre personne
apparaisse dans mes écrits l'image d'un mouvement qui exprime les aspirations les plus
profondes de ma génération et qui reste toujours l'espoir des Congolais : la paix, la
démocratie(un véritable gouvernement démocratique), la justice, la solidarité
SUITE À LETTRE OUVERTE, MES REMERCIEMENTS À
A mes Chers frères Léon DIATEZUA et Wemba - KOY OKONDA, Je vous suis profondément
reconnaissant de votre compréhension et surtout de votre sens d'analyse dont vous avait
preuve dans vos articles. Inspiré par l'esprit de réconciliation de la CONFÉRENCE DE
MONTRÉAL, cette lettre ouverte est, de fait, dans le droit fil du travail et de la
réflexion qui sont les vôtres, vous tous mes frères et surs, vous qui préparez
l'avenir du Congo-Kinshasa.
Encore une fois de plus, un merci tout spécial à vous mes frères Léon et Wemba pour le
vif intérêt que vous avez témoigné à cette lettre, travaillons ensemble pour la paix
de notre pays. Mille mercis à tous les Congolais qui luttent pour la paix, la démocratie
et la réconciliation nationale.
RECONCILLIATION NATIONALE
Cher frère Diatezua,
Le salut de la RDC passe par la réconciliation et le dialogue. La vie est une lutte et
c'est le combat continuel contre le statu quo qui vivifie la société, crée de nouvelles
valeurs et donné à l'homme l'espoir renouvelé de parvenir finalement au progrès.
Le Président Kabila devrait discuter directement avec ses frères Thisekedi, Olenghankoy,
Gizenga, le général Delphin Mulanda, Mbumba Nathaël
Lorsque je parle de la
réconciliation, c'est avant tout, avec ceux qui ont aidé Kabila à prendre le pouvoir,
ceux qui ont déblayé et balisé le chemin qui a mené la victoire de l'ex-AFDL. Ces
hommes et ces femmes qui ont mis leur vie en péril pour combattre et déboulonner la
dictature de Mobutu.
La réconciliation ne signifie qu'une chose : quand un camp détient un pouvoir suffisant
alors l'autre camp se réconcilie avec lui, si le plus fort accepte. Le plus
fort(Vainqueur) doit avoir la doigté de faire participer le faible(vaincu) à son festin.
Si festin il y a !
L'idéal étant que toujours le présent serve à construire l'avenir, sans par contre
oublier le passé.
Parce que pour tous, les Congolais, notre sentiment en est un de réconciliation nationale
et sociale, d'acceptation du changement, d'abolition de l'ambiguïté et de la méfiance,
et surtout de ralliement de tous les Congolais malgré nos divergences d'opinions, autour
d'un avenir(idéal) commun.
Je crois que le temps est venu d'emprunter de l'architecte cette discipline qu'il nomme
<<Fonctionnelle>>, de jeter aux orties les mille préjugés dont le passé
encombre le présent et de bâtir pour l'homme noir nouveau de l'Afrique Centrale une paix
durable.
Renversons les totems, faisons éclater les tabous. Ou mieux, considérons-les comme non
avenus. Froidement, soyons intelligents.
LES MOBUTISTES ET L'AVENIR DU CONGO-KINSHASA
Je ne souhaite pas que les mobutistes soient châtier de manière vengeresse, mais les
contraindre plutôt à saisir l'énormité de leur crime contre le peuple congolais. En
d'autres mots, idéalement, qu'ils réapprennent la notion de justice en étant simplement
amenés à la raison et rendus capables d'accéder à une véritable plénitude pour eux
et leurs enfants, dans un Congo tel que nous avions imaginé à la chute de Mobutu le 17
mai 1997 et pour l'avènement de laquelle nous travaillons.
La violence du gouvernement ne peut qu'engendrer la contre-violence. A la limite, s'il ne
répond pas à l'appel de la raison, la querelle entre les mobutistes et le peuple
congolais ne se réglera nécessairement par la force et l'esprit de vengeance.
Cher frère, pour que l'espoir ainsi soulevé de l'avènement d'une ère de liberté et
démocratie ne conduise pas, comme après le 17 mai 1997, à une nouvelle impasse, des
conditions existent qu'il faut remplir.
En avril 1997, j'avais proposé un préalable avant tout à mon ami et frère Mwenze
Kongolo, commissaire de la justice à l'époque au quartier général de l'AFDL à
Lubumbashi : dénoncer les crimes de Mobutu et de ses complices, tous ses complices, car,
malheureusement, il n'aura pas été seul dans son itinéraire sanglant. Un procès
international public auquel la presse internationale, les observateurs de pays
étrangers(surtout africains) et des organisations internationales seraient invitées,
serait le meilleur cadre d'une telle dénonciation, les accusés bénéficiant de toutes
les garanties reconnues à la défense en pareil cas, celle notamment fondamentale de
l'assistance d'avocats.
En accusant un homme qui ne peut se défendre, on se déshonore. Et cela d'ailleurs ne
justifie ni la mort ni la détention sans procès.
Comme 2ème Impératif, j'avais recommandé : pas d'exécution capitale ! Je suis
personnellement, autant du cur que de raison, autant par sentiment que par
conviction, farouchement opposé à la peine de mort, surtout en matière politique.
Pour moi, comme pour la plupart de Congolais, si le peuple du Congo a le droit, si les
familles des victimes ont le droit, un droit imprescriptible et inaliénable de savoir ce
qui s'est passé, de connaître les circonstances de la disparition des leurs, ils n'ont
nullement besoin d'une nouvelle effusion de sang qui ne résoudrait rien et qui, bien au
contraire, ne mènerait qu'aux errements du passé que nous avons condamnés, que nous
condamnons et qu'il faut à tout prix éviter !
Cher Frère Diatezua, si j'ai accepté de m'asseoir autour d'une même table avec les
mobutistes comme le vieux Nendaka lors des assises de Montréal, c'est parce que je crois
dans la réconciliation et le pardon. De plus, je suis de ceux qui sont et demeurent
fermement convaincus que la pire sanction à infliger aux complices de Mobutu, c'est de
les condamner non pas à mort, mais à vie, de reconstruire ce pays ce pays qu'ils se sont
évertués à détruire, de remettre en état son économie qu'ils ont délibérément
sacrifiée, d'assurer l'unité et la cohésion de son peuple qu'ils ont toujours cherché
à diviser au nom du principe<<diviser pour régner>>. Il faut que tous
s'expliquent pour nous aider à comprendre, si tant est que l'on puisse jamais comprendre.
Ils doivent nous dire pourquoi et comment ils ont assassiné tant d'innocents dont le sang
rougit encore leurs mains!
Mon cher Léon, je sais ce qu'implique de difficultés de l'organisation d'un tel procès,
les complices du tyran ayant été nombreux à tous les niveaux, dans toutes les couches
de la population et au sein des rebelles (RCD) et au sein même de la nouvelle équipe
dirigeante au pouvoir à Kinshasa (le cas Sakombi). Mais parmi eux il y a au il y aura au
moins un "saint Paul", j'ai foi en Dieu.
J'ai conclu ledit document en ces termes ; après ce préalable, il faudra s'atteler à la
tâche de restauration de l'État qui a dépéri sous le règne de Mobutu, non pas de ce
dépérissement cher aux marxistes soviets, mais d'une façon qui favorisait les desseins
machiavéliques du régime. L'État s'est étiolé, aussi bien dans l'esprit des citoyens
que dans la réalité quotidienne. La réforme institutionnelle doit être fondée sur le
nécessaire équilibre du pouvoir et des libertés des citoyens, tout déséquilibre en
faveur du premier conduisant à la dictature et, en faveur des seconds, à l'anarchie.
Il ne faut pas se le cacher : l'apprentissage de la liberté qui inclut la liberté
politique, la liberté économique(liberté d'entreprendre, liberté de commerce), de la
démocratie qui implique le pluralisme politique, le dialogue permanent entre gouvernants
et gouvernés, ne sera pas facile le monopartisme trop souvent, pour ne pas dire toujours,
instrument efficace de domination du peuple par un individu ou une <<clique>>
d'individus, doit définitivement céder la place au mulipartisme malgré un risque à ne
pas exagérer d'ailleurs, d'effritement de l'opinion. A ce point de vue, l'exemple
canadien de 3 à 4 partis politiques m'a toujours fasciné et séduit et, si pour une
raison historique et de tempérament national, il n'est pas possible de l'adopter, il
existe tout de même des techniques constitutionnelles qui permettent de limiter le nombre
de partis politiques.
Dans cette réforme institutionnelle, il faut puiser, sans complexe, dans l'expérience
d'autres pays, des principes ou simplement des recettes qui ont fait, depuis longtemps, la
preuve de leur efficacité : la séparation des pouvoirs, avec comme corollaire la
réalité du législatif et l'indépendance du judiciaire, le contrôle de la
constitutionnalité des lois, le contrôle organisé des gouvernants par les gouvernés,
pour ne citer que ceux-là, n'appartiennent plus en propre à aucun pays, à aucun peuple,
mais ressortissent au patrimoine universel de l'humanité.
Et enfin, quant à l'exécutif je ne suis pas partisan du bicéphalisme; un chef d'État
plus un chef de gouvernement, qui comporte toujours des risques de heurts entre les deux
(le cirque Mobutu-Tshisekedi qui a fait perdre un temps en or). Le modèle helvétique
d'exécutif collégial est fort intéressant et plein d'enseignements : peut-on les
adapter à nos réalités ne fut-ce que pour un gouvernement provisoire de transition ?
LES PARTIS D'OPPOSITIONS ET LE TRIBALISME
Mon cher Diatezua, une autre leçon, depuis longtemps assimilée ailleurs et que le Peuple
du Congo-Kinshasa a apprise à ses dépens, c'est que le pouvoir doit être et demeurer
objet de méfiance, de surveillance constante. Ce n'est pas une question de personne :
c'est une question
d'essence même du pouvoir : <<Tout pouvoir corrompt. >> << le pouvoir
absolu corrompt absolument. >> Gouvernants et gouvernés doivent s'en méfier, les
premiers pour découvrir et éviter ses <<traquenards>>, les seconds pour
empêcher un dérapage qui leur serait funeste, comme un passé récent vient de le
démontrer.
Que ça soit avec l'UDPS, le PDC, le PALU, le FONUS
au pouvoir, que les Congolais ne
se leurrent surtout pas! La marche sera encore longue et difficile qui mène à liberté
vraie, à la démocratie vraie, à l'unité nationale vraie, en un mot au redressement
national et à la construction d'un État de droit.
Ne nous voilons pas la face ! Comme partout ailleurs en Afrique, le problème ethnique
qu'on appelle aussi d'un terme péjoratif le tribalisme, risque d'être ici, comme là, un
puissant obstacle à l'unité nationale. Les Rwandais et les Ougandais profitent de nos
divisions tribales pour envahir notre pays.
La marche est déjà parsemée d'embûches(la guerre et le refus de la démocratisation du
pays...) et exige de tous et de chacun, gouvernants et gouvernés, beaucoup d'efforts, de
discipline sur soi-même, de discipline collective, d'enthousiasme aussi ; des
gouvernants, beaucoup de lucidité et de clarté dans la définition des principes et des
objectifs, de fermeté en même temps que d'humilité dans leur application.
Lucien Mandjandja Naki
E-mail: nakim@hotmail.com
Tél./Fax : (514) 256 0403 |
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