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De la vigilance ethnique ? A. M. MILEMBAMANE Millenz

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Faustin Kutshienza

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Cher compatriote,

1. Je suis d'avis avec vous lorsque vous parlez de la vigilance de notre peuple. Mais, au lieu d'une vigilance ethnique, il serait raisonnable de parler d'une vigilance nationale (peuple). Au vu et su des évenements récents voire passés, notre peuple tout entier devrait en effet être vigilant vis-à-vis des gouvernants, des hommes politiques (responsables des partis), d'abord et vis-à-vis de l'extérieur, ensuite.

2. Certes, après la dislocation des royaumes et empires, les ethnies, les tribus et les clans sont les réalités d'organisation sociale traditionnelle qui survivent dans notre pays. Mais, dans le contexte actuel, ces réalités devraient être considérées comme dépassées pour la simple raison que le Congo est aujourd'hui un Etat-Nation.
- Un Etat: avec ses trois éléments constitutifs à savoir, un élément matériel: le territoire congolais avec ses frontières héritées de la colonisation belge et reconnues par la communauté des Etats (communauté internationale), un élément personnel: la population congolaise et un élément formel: l'autorité étatique. - Une Nation: puisque après la colonisation belge, la population congolaise (élément personnel) a décidé la formation d'une nation par le partage d'un même mode de vie et d'une volonté de vivre ensemble.

3. De ce qui précède, on retient:
- (1) les individus composant les tribus et les ethnies jadis séparés sont devenus la population congolaise (élément personnel de l'Etat congolais);
- (2) les teritoires (espaces) jadis propriétés des tribus et ethnies constituent le territoire congolais (élement matériel) de l'Etat congolais.
L'Etat congolais n'est rien d'autre que la forme institutionnalisée du pouvoir politique congolais, qui est l'instrument d'affirmation de la souverainété du peuple congolais aussi bien au plan intérieur qu'au plan extérieur. Le territoire congolais est donc propriété exclusive de l'Etat congolais. En conséquence, aucune ethnie, tribu ne pouurait disposer comme il l'entend de la partie du territoire où elle est installée. En cette matière, la Loi Bakajika de 1967 est suffisamment claire.
- (3) A l'autorité des chefs coutumiers s'est substituée une autorité suprême: l'autorité étatique congolaise (élement formel)

3. De même les réalités royaumes et empires ont disparu non seulement du point de vue de leur existence mais aussi dans le langage et l'autorité des rois Meni Kongo, Kuba et des empereurs Mwant Yav et Kasongo Lunda ont laissé place à l'autorité étatique congolaise, de même les réalités ethnies et tribus devraient disparaître à la suite de leur intégration dans ce que je pourrais appeler une "macro-réalité" d'organisation de la société, qui doit comprendre tous les individus composant les ethnies et les tribus.
Cette "macro-réalité", c'est le PEUPLE CONGOLAIS. Ainsi donc la tribu et l'ethnie devraient disparaître dans notre langage et ne plus constituer le socle (cadre) des nos réflexions. Car en relisant l'histoire de notre pays, vous constaterez que ces réalités (ethnies et tribus) se sont souvent revelées comme des obstacles majeurs non seulement à la mise en place d'un véritable Etat congolais unitaire et solide mais aussi au développemnt d'une pensée unique: la pensée congolaise pour le développement et le progrès social du peuple congolais.

4. Vous parlez de la Nation. On devrait, à mon avis, éviter de fonder la conception de la Nation congolaise sur les seuls critères objectifs comme la langue, la culture et la géographie. Aux régards des diversités linguistiques, culturelles et géographiques de notre pays, une telle conception peut entraîner des dérives extrêmement dangereuses dont le régime Nazi (Allemagne) constitue la plus grave illustration. La purification ethnique dans l'ex-Yougoslavie et particulèrement en Bosnie en 1996 et au Shaba avec le Gouverneur Kuyungu en 1994 en est également une illustration éloquente.

5. Voici à mon avis quelques arguments convaincants pour appeler à une vigilance nationale plutôt qu'à une vigilance ethnique. Tout notre peuple doit être vigilant vis-à-vis du gouvernement: connaître le programme politique, économique et social du gouvernement, ses objectifs en matière de croissance, d'inflation de chômage et des finances publiques. Notre peuple doit être également vigilant vis-à-vis des hommes politiques: mieux appréhender les idéaux et les valeurs défendus au sein des partis politiques, adhérer aux partis politiques non pas en fonction de l'appartenance ethnique ou tribale mais en fonction du programme politique, économique et social du parti. Car, la théorie de la politique économique enseigne que la fonction d'utilité d'un homme politique ne correspond pas souvent avec la fonction d'utilité du peuple.

6. Quant à vous, Monsieur Milembamane, évitez d'épouser les thèses et doctrines fondées sur la culture de la violence, la culture de la haine ethnique, la culture de la guerre et la culture de la mort.

Mes salutations patriotiques.

Faustin Kutshienza

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