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De la naïveté du peuple congolais. A Mr. Clement Kanyinda Malu.
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Faustin Kutshienza
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Avant toute chose, je vous prie d'accepter, cher compatriote, mes meilleurs voeux de Bonne Année 1999. Je vous aurai adressé ce message avant fin décembre 1998 mais mon emploi de temps ne me l'avait pas permis. Par ailleurs, je ne vous aurai plus écrit au sujet ci-dessus mais votre affirmation selon laquelle j'ai adressé l'injure la plus grave au peuple
congoalais m'a poussé à le faire.

1. Dans votre dernier message (avant la Noél 1998) "Proposer au lieu de qualifier" vous dites que j'ai adressé au peuple congolais l'injure la plus grave pour avoir écrit que le peuple congolais est naïf. Voir en ces termes l'injure la plus grave faite à notre peuple, c'est, à mon avis, mal percevoir et interpreter les choses. Comme je l'avais écrit à M. Chris Sassa, j'estime n'avoir pas injurié le grand peuple congolais, mais relevé un défaut majeur de ce peuple: la naïveté. Ce qui me semble pourtant fondé.

2. Sans revenir aux nombreux exemples de l'époque de Mobutu, je peux appuyer mon raisonnement sur la réaction de la majorité du peuple congolais à la déclaration de M. Kabila, je cite: "Je reconstruirai le Congo sans l'aide des occidentaux". Qui pourrait croire en une telle déclaration sinon qu'un naïf ? Malheureusement, des congolais y ont cru, trouvant en cette déclaration à la fois l'expression du "vrai" nationalisme congolais de M.
Kabila et sa détermination de confier l'avenir du Congo aux seuls congolais.
Mais avoir de plus près, une telle déclaration n'est à proprement parler que l'expression de la démagogie et de la manipulation.

3. Aujourd'hui, en effet, le contexte économique international est celui de la mondialisation de la production et de la globalisation financière. Les pays qui réalisent des taux de croissance positifs sont ceux qui s'ouvrent sur l'extérieur et s'intégrent dans l'économie mondiale en attirant sur leur territoire des capitaux étrangers nécessaires à l'investissement et en demeurant compétitifs sur le marché mondial. Comme vous pourrez le constater, ce sont les investissements et les exportattions qui tirent la croissance.

4. Or, l'on sait que du fait des 32 ans de dictature destructive de M. Mobutu, le Congo est un pays ruiné: les investissements ont tari, l'appareil de production presque inexistante et la base exportatrice de l'economie nationale effritée (reduite à 3 produits, qui de plus à faible valeur ajoutée). L'actuelle guerre s'ajoutant, le pays est dans un MARASME. Dans une telle situation, il ne fait auccun doute que le Congo a grandement besoin des capitaux. Comme il ne peut pas les trouver localement - l'épargne locale n'existe pas -, le Congo doit faire appel aux investisseurs étrangers notamment du monde occidental car les autres régions du monde sont demandeurs de capitaux.

5. Dans cette situation de pénurie de capitaux accentuée, on peut se poser la question de savoir comment le "Chef" de l'Etat du Congo peut-il faire une telle déclaration et son peuple y croire massivement ? Ce qui est autant frappant, c'est que parmi les fervents croyants à cette déclaration se trouve le Collectif des professeurs. Je respecte beaucoup et très sincèrement les professeurs. Toutefois je me pose la question de savoir si au sein du Collectif,il n'y a pas d'économiste pour se douter de la faisabilité réelle de cette déclaration. A noter que je souhaite pas engager une polémique avec les professeurs du Collectif.

6. On dit que le Congo est un pays scandaleusement riche. C'est vrai, mais jusque-là, ce n'est, à mon avis, qu' une richesse potentielle. Il faudrait donc la transformer en richesse utilisable (réelle). Ce qu nécessite des investissements. Pour ce faire, le Congo doit s'ouvrir sur l'extérieur et attirer des capitaux extérieurs sous la forme des investissements directs
étrangers privés non créateurs des dettes et de technologies associées, et d'aide publique au développement. En effet, l'histoire économique de ces quarantes dernières années a apporté une leçon sans équivoque: C'est sa participation à l'économie mondiale qui est aujourd'hui la clé de la croissance économique et de la prospérité d'une nation. Bien entendu, les investissements et les exportations ne suffisent pas à développer un pays.
Il faudrait organiser le pays au-dedans (à l'intérieur).

7. C'est donc de la démagogie la plus abjecte de déclarer " je reconstruirai le Congo sans l'aide des occidentaux". C'est de la naïveté de croire en une telle déclaration. Pour montrer que cette déclaration a été faite à des fins démagogiques et et propagandistes, l'auteur, comme en prennant conscience, avait fait une autre le 19 novembre 1998, je cite: "L'occident represente pour la RDC un passage obligé. Nous les congolais, nous devons développer notre pays et visiter les pays technologiques avvancées qui peuvent nous aider". Ce qui a expliqué la demande d'aide à l'Union europpéenne par M. Kabila lors de son dernier séjour eu Europe. Malheureusement, les occidentaux ne sont pas dupes. Ils lui ont refusé toute aide sinon l'on conditionée à l'ouverture démocratique et au respect des droits de l'Homme.
Et M. Kabila est retourné mains brédouilles.

8. Nombreux exemples peuvent illustrer la naïveté de la majorité de notre peuple. Ce pendant, j'estime qu'il ne faut pas trop lui en tenir rigueur, car dit-on un peuple est comme un troupeau. C'est au berger de le diriger vers les bons pâturages et le conduire dans la bonne direction. Le berger de notre peuple est, à mon avis, d'abord l'INTELLECTUEL CONGOLAIS, qui raisonne, envisage l'avenir à moyen et long termes. Si l'intellectuel ne
relève pas le défaut du peuple, ne défend pas le peuple, s'il est le démagogue du peuple au lieu d'être le pédagogue, alors le peuple trainera dans la boue et l'exploitation des politiciens sans scrupules.

9. En ce qui me concerne et pour clore le débat, j'ai relevé un défaut de notre peuple: la naïveté. Aujourd'hui, je suis la cible des attaques de tout bord jusqu'à me voir renier la nationnalité congolaise par certains compatriotes. Devant ces attaques et reprenant l'expression d'un philosophe indien, je dis simplement ceci: LA VERITE QUI SAUVE ET PRECHEE PAR LA MINORITE MAIS REJETEE PAR LA MAJORITE. Cette expression vaut également pour ce qui se passe au Congo. Alors que certains congolais menent la lutte pour metre fin à l'élan dictatorial et tyrannique du regime Kabila et éradiquer cette FACON BARBARE de prendre le pouvoir par la force avec comme conséquence le versement du sang des fils et filles du Congo, une bonne partie des congoalais s'attellent à soutenir et défendre des thèses visant à perpetuer au Congo la dictaure et la tyrannie.

Mes salutations

Faustin Kutshienza

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