La gestion dun pays
ne relève pas que de ses dirigeants mais bien de tous les citoyens sains desprit et
en âge dassumer cette responsabilité. Sy dérober équivaut à une
démission pure et simple. Cette dérobade est multiforme : du silence éloquent à
la lâche turpitude et à ladoption dattitudes et/ou de comportements
anti-patriotiques, en passant par lindifférence désinvolte, la pratique de la
lorgnette, les manoeuvres dilatoires, la torpeur psychotique, la passivité horripilante,
le repli désolant sur soi, lauto-exclusion systématique de son groupe
dappatenance nationale,
Heureusement, ce devoir qui est fondé sur
la cogestion est une responsabilité quotidienne et permanente. Dans ce sens, mieux vaut
tard que jamais pour ceux et celles qui se sont, pour une raison ou une atre, abstenus
jusquà ce jour. Ils peuvent, à linstar de ceux et celles qui se sont déjà
mis à loeuvre, satteler à cette noble tâche, en tout temps.
Dans ce texte, nous avons déterminé
lannée 1999 dans le seul but de souligner la gravité de la conjoncture politique
actuelle de la République démocratique du Congo (RDC) dont lintégrité
territoriale est effectivement compromise, au risque daboutir inexorablement à
léclatement du pays. Cest notre destin en tant que peuple qui est carrément
en jeu. Mettons donc nos querelles intestines, nos accointances partisanes et nos
divergences idéologiques de côté et dressons-nous comme un seul homme pour bouter
dehors lennemi qui a agressé et violé les fontières de notre beau pays,
jusquà décider comminatoirement de sinstaller à demeure.
Ne pas réagir, cest pire que tomber
en léthargie et, dans ce sens, cest faire le boutefeu des agresseurs, cela dans la
mesure où, en sabstenant, non seulement on naide pas les nôtres en ne
participant pas à leffort de guerre, mais pire, on fait preuve de lâcheté devant
lennemi qui verrait dans cette attitude, ou bien un manque de sens patriotique de
notre part, auquel cas il serait conforté dans sa détermination belliqueuse à
poursuivre son entreprise de conquérir notre pays parce quil se serait alors rendu
compte de notre inconscience; ou bien il pourrait considérer notre apathie comme un
comportement obséquieux, auquel cas il adopterait une attitude condescendante à notre
égard, parce quil aurait présumé, en son for intérieur, que nous nayons
pas le sens de lhonneur.
On voit ainsi quà tous égards la
démission a pour effet de favoriser le Rwanda, lOuganda et le Burundi qui ont
importé et imposé la guerre chez nous, loin de chez eux, en dehors de leurs territoires.
Les compatriotes qui sèment la confusion dans les esprits et/ou qui taisent
délibérément lagression contre notre pays jouent le jeu de lennemi et sont,
dans ce sens, ses alliés objectifs. Les agresseurs ne perdent rien mais ont tout à
" piller " tandis que nous avons tout à perdre, que nous le voulions
ou non.
Dès lors, force est de conclure que ce
nest plus le moment de tergiverser et datermoyer, ni de celui de se lancer
dans des circonlocutions grandiloquentes inspirées de réflexions velléitaires. Beucoup
de nos compatriotes civils innocents sont sommairement exécutés contre toute attente, au
gré dhumeurs des occupants, qui sont assurés de limpunité à cause de
lindifférence et du silence coupable de la communauté internationale. Nombre de
cadres du Kivu font lobjet de déportation vers le Rwanda et les familles restent
sans leurs nouvelles. Le sort réservé à nos mères, soeurs, nièces, cousines,
tantes,
est celui de subir et de vivre, en permanence, dans lappréhension des
atrocités du viol à répétition. Le tort des victimes est dêtre congolais de
souche, donc à leurs yeux, dennemis virtuels et, partant, des suspects.
Pour résister et repousser lennemi
sur place, chez nous, nos parents, frères, soeurs, amis et compatriotes, qui sont
quotidiennement exposés, font flèche de tout bois : de la résistance passive,
notamment en refusant de payer limpôt, denvoyer les enfants à lécole,
douvrir les magasins, à lappui effectif et psychologique aux combattants Mayi
Mayi, en passant par lutilisation darmes blanches, la désobéissance civile,
limpression et la distribution de tracts contre loccupant,etc
Pendant ce
temps, que faisons-nous qui sommes à létranger, loin du théâtre des opérations?
La réponse à cette question est lobjet de cette interpellation que je me permets
dadresser aux intellectuels congolais en général, et à ceux du Canada en particulier.
Demblée, je tiens à rappeler que
cest un devoir sacré que celui dapporter assistance à la patrie en péril et
que, quelles que soient les conditions dans lesquelles on se trouve, on se doit de faire
sa part, autant que faire se peut. À moins dêtre sérieusement handicapé
dune quelconque façon, aucune excuse nest de mise, encore moins orthodoxe. À
la diaspora qui voudrait se réfugier derrière lalibi de la distance pour justifier
son mutisme et/ou ses réserves, je réponds que, depuis que la terre est devenue un
village à cause de la révolution technolgique, la distance nexiste plus et
quelle nest donc plus un obstacle.
Pour preuve, il suffit de suivre
lévolution de cette guerre pour constater que certains de ses commanditaires
manoeuvrent et prennent part, dune manière ou dune autre, à la mobilisation
dénergies entourant les préparatifs et la conduite de ces hostilités, à partir
de lextérieur, loin du continent africain.
Sous cette forme, la distance est devenue
davantage une barrière visuelle quun vrai obstacle. De nos jours, grâce au
progrès technologique, on réalise à distance des exploits de toute sorte qui, jadis,
nécessitaient le déplacement physique et lintervention directe de lhomme.
Sur le plan militaire, on na plus besoin dattaquer lennemi de visu ou
à sa proximité comme par le passé. À cause des appareils sophistiqués
performants qui détectent la présence des cibles et leurs localisations à des milliers
de kilomètres de distance, les combattants peuvent saffronter à distance et se
tirer dessus sans se voir. Dans le domaine de linformation, une nouvelle diffusée
dun pays quelconque, à lautre extremité du globe, est captée
presquinstantanément aux quatre coins du monde.
Dans tous les cas, ce qui importe au-delà
de toutes ces performances, cest la maîtrise du traitement de
linformation : plus rapidement on en obtient et plus on en a, mieux
cest. La performance se mesure ainsi à laune des techniques appliquées dans
le traitement des données, de lamont à laval, cest-à-dire à chaque
étape du processus constitutif du système post-industriel de communications.
Voilà un créneau que la diaspora
a tout intérêt à exploiter pour, à court terme, prendre part à leffort de
guerre et, à long terme, mettre à contribution ses connaissances et son
savoir-faire. Dans la mesure où cest le court terme qui nous intéresse dans
limmédiat à cause de lurgence de la situation, nous ne
parlerons ici que de notre apport dans le contexte de la guerre en cours chez nous,
la réflexion sur notre contribution pour le long terme étant programmée pour une date
ultérieure à déterminer en fonction de lévolution du pays.
Durant cette période de guerre, chaque
intellectuel congolais de la diaspora a le devoir patriotique et moral dinformer, de
la situation de notre pays, les individus et le public quil côtoie partout où il
passe. Lexercice de ce devoir est opérable à la fois individuellement et
collectivement au sein dune association ou dun groupe organisé pour défendre
les intérêts de la RDC. À cette fin, il existe plusieurs créneaux à notre
disposition : les analyses dans les médias, aussi bien électroniques que de la
presse écrite (des journaux locaux et internationaux, des revues, des périodiques
spécialisés, des participations à des émissions télévisuelles et à des programmes
radiophoniques, lexploitation optimale de linternet)
Lautre moyen consiste à rédiger
des pétitions et à organiser des manifestations pour dénoncer la trahison de nos
compatriotes qui pactisent avec lennemi au détriment du pays et du peuple, les
gouvernements étrangers, les firmes, les organismes constitués et les individus qui
soutiennent politiquement, diplomatiquement, militairement et/ou financièrement
lOuganda, le Rwanda et le Burundi dans leur agression contre la RDC et la violation
de son territoire. On se doit, sur le même élan, de rendre régulièrement publiques les
informations relatives aux pillages systématiques des nos ressources et les sabotages de
nos infrastructures par les agresseurs, aux exécutions sommaires et aux déportations
massives des populations du Kivu, jusquà dresser la liste de victimes chaque fois
quon sera en mesure de le faire (nous publierons les noms de celles que nous avons
actuellement dans le prochain numéro).
Dans cette même foulée, lOPCC a
pris linitiative de lancer une campagne de financement pour récolter, auprès des
Congolais, des amis canadiens et des sympathisants étrangers, un peu dargent
destiné à leffort de guerre. Les besoins sont incommensurables, notre peuple
manquant de tout : du strict minimum vital en termes des substances nutritives aux
simples édicules en guise dabris pour se mettre à couvert et se loger, en passant
par la privation de droits aussi élémentaires que les soins médicaux primaires,
laccession à lenseignement faute dargent pour payer les professeurs et
se procurer des fournitures scolaires ou à cause des fermetures dinstitutions
imposées par les conditions de guerre,
Il va sans dire que lordre de
létat de besoins est immense, mais cest toujours mieux de contribuer, ne
fût-ce que symboliquement, que de ne rien faire. Car ce geste, tout en ayant de
retombées matérielles palpables, aussi minimes soient-elles, est de nature à conforter
notre peuple dans sa détermination à résister à lennemi et à défendre la
patrie. Dans la mesure où la cotisation pour leffort de guerre est dintérêt
national, on a le choix de sadresser aux organismes congolais constitués,
mobilisés dans cette campagne. En dautres termes, lOPCC nest pas le
passage obligé. Cette invitation qui est adressée à tous les compatriotes de la
diaspora se veut tout simplement une contribution parmi plusieurs à la sensibilisation au
bien-fondé de notre engagement à la cause noble pour la défense de la nation.
Dr Paul Mulemeri KANAMBY
Président de la Commission
Politique de lOPCC
Montréal, Québec
Canada
EDITORIAL
Fondée en septembre 1997,
lOrganisation des professionnels congolais du Canada (OPCC), dont le siège social
est à Montréal, est une association non partisane et sans but lucratif. Elle est
composée de spécialistes et de techniciens congolais du Canada ainsi que de ceux de
souche canadienne, amis du Congo-Kinshasa (Congo-K). La mission quelle sest
assignée est de promouvoir et de soutenir le processus démocratique au Congo-K
dune part et, de lautre, de contribuer au développement économique et social
de ce pays, en mettant à sa disposition les connaissances, les relations, le
savoir-faire, les expertises de ses membres et de ceux des sympathisants.
Ne prétendant pas être seule maîtresse
doeuvre mais plutôt partie prenante dans linvestissement pour assurer la
promotion du Congo-K, cest à dessein que lOPCC déclare quelle entend
apporter sa contribution en joignant son action à celles des autres. Elle sait que sur
place, au Congo-K, et ailleurs, à travers le monde, nombre dorganismes
congolais sont, comme elle, déterminés à dédier leurs efforts à la
réalisation dobjectifs similaires.
Cest donc en tant quune
composante des instances congolaises vouées à la cause de la RDC que lOPCC a pris
cet engagement. Dans cet esprit, elle reste ouverte à tous les professionnels congolais
et candiens qui le désirent pourvu quils remplissent les conditions
dadmission. |