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Rôle et responsabilité historique de l’intellectuel congolais en 1999
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Dr Paul Mulemeri Kanamby

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La gestion d’un pays ne relève pas que de ses dirigeants mais bien de tous les citoyens sains d’esprit et en âge d’assumer cette responsabilité. S’y dérober équivaut à une démission pure et simple. Cette dérobade est multiforme : du silence éloquent à la lâche turpitude et à l’adoption d’attitudes et/ou de comportements anti-patriotiques, en passant par l’indifférence désinvolte, la pratique de la lorgnette, les manoeuvres dilatoires, la torpeur psychotique, la passivité horripilante, le repli désolant sur soi, l’auto-exclusion systématique de son groupe d’appatenance nationale,…

Heureusement, ce devoir qui est fondé sur la cogestion est une responsabilité quotidienne et permanente. Dans ce sens, mieux vaut tard que jamais pour ceux et celles qui se sont, pour une raison ou une atre, abstenus jusqu’à ce jour. Ils peuvent, à l’instar de ceux et celles qui se sont déjà mis à l’oeuvre, s’atteler à cette noble tâche, en tout temps.

Dans ce texte, nous avons déterminé l’année 1999 dans le seul but de souligner la gravité de la conjoncture politique actuelle de la République démocratique du Congo (RDC) dont l’intégrité territoriale est effectivement compromise, au risque d’aboutir inexorablement à l’éclatement du pays. C’est notre destin en tant que peuple qui est carrément en jeu. Mettons donc nos querelles intestines, nos accointances partisanes et nos divergences idéologiques de côté et dressons-nous comme un seul homme pour bouter dehors l’ennemi qui a agressé et violé les fontières de notre beau pays, jusqu’à décider comminatoirement de s’installer à demeure.

Ne pas réagir, c’est pire que tomber en léthargie et, dans ce sens, c’est faire le boutefeu des agresseurs, cela dans la mesure où, en s’abstenant, non seulement on n’aide pas les nôtres en ne participant pas à l’effort de guerre, mais pire, on fait preuve de lâcheté devant l’ennemi qui verrait dans cette attitude, ou bien un manque de sens patriotique de notre part, auquel cas il serait conforté dans sa détermination belliqueuse à poursuivre son entreprise de conquérir notre pays parce qu’il se serait alors rendu compte de notre inconscience; ou bien il pourrait considérer notre apathie comme un comportement obséquieux, auquel cas il adopterait une attitude condescendante à notre égard, parce qu’il aurait présumé, en son for intérieur, que nous n’ayons pas le sens de l’honneur.

On voit ainsi qu’à tous égards la démission a pour effet de favoriser le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi qui ont importé et imposé la guerre chez nous, loin de chez eux, en dehors de leurs territoires. Les compatriotes qui sèment la confusion dans les esprits et/ou qui taisent délibérément l’agression contre notre pays jouent le jeu de l’ennemi et sont, dans ce sens, ses alliés objectifs. Les agresseurs ne perdent rien mais ont tout à " piller " tandis que nous avons tout à perdre, que nous le voulions ou non.

Dès lors, force est de conclure que ce n’est plus le moment de tergiverser et d’atermoyer, ni de celui de se lancer dans des circonlocutions grandiloquentes inspirées de réflexions velléitaires. Beucoup de nos compatriotes civils innocents sont sommairement exécutés contre toute attente, au gré d’humeurs des occupants, qui sont assurés de l’impunité à cause de l’indifférence et du silence coupable de la communauté internationale. Nombre de cadres du Kivu font l’objet de déportation vers le Rwanda et les familles restent sans leurs nouvelles. Le sort réservé à nos mères, soeurs, nièces, cousines, tantes,… est celui de subir et de vivre, en permanence, dans l’appréhension des atrocités du viol à répétition. Le tort des victimes est d’être congolais de souche, donc à leurs yeux, d’ennemis virtuels et, partant, des suspects.

Pour résister et repousser l’ennemi sur place, chez nous, nos parents, frères, soeurs, amis et compatriotes, qui sont quotidiennement exposés, font flèche de tout bois : de la résistance passive, notamment en refusant de payer l’impôt, d’envoyer les enfants à l’école, d’ouvrir les magasins, à l’appui effectif et psychologique aux combattants Mayi Mayi, en passant par l’utilisation d’armes blanches, la désobéissance civile, l’impression et la distribution de tracts contre l’occupant,etc…Pendant ce temps, que faisons-nous qui sommes à l’étranger, loin du théâtre des opérations? La réponse à cette question est l’objet de cette interpellation que je me permets d’adresser aux intellectuels congolais en général, et à ceux du Canada en particulier.

D’emblée, je tiens à rappeler que c’est un devoir sacré que celui d’apporter assistance à la patrie en péril et que, quelles que soient les conditions dans lesquelles on se trouve, on se doit de faire sa part, autant que faire se peut. À moins d’être sérieusement handicapé d’une quelconque façon, aucune excuse n’est de mise, encore moins orthodoxe. À la diaspora qui voudrait se réfugier derrière l’alibi de la distance pour justifier son mutisme et/ou ses réserves, je réponds que, depuis que la terre est devenue un village à cause de la révolution technolgique, la distance n’existe plus et qu’elle n’est donc plus un obstacle.

Pour preuve, il suffit de suivre l’évolution de cette guerre pour constater que certains de ses commanditaires manoeuvrent et prennent part, d’une manière ou d’une autre, à la mobilisation d’énergies entourant les préparatifs et la conduite de ces hostilités, à partir de l’extérieur, loin du continent africain.

Sous cette forme, la distance est devenue davantage une barrière visuelle qu’un vrai obstacle. De nos jours, grâce au progrès technologique, on réalise à distance des exploits de toute sorte qui, jadis, nécessitaient le déplacement physique et l’intervention directe de l’homme. Sur le plan militaire, on n’a plus besoin d’attaquer l’ennemi de visu ou à sa proximité comme par le passé. À cause des appareils sophistiqués performants qui détectent la présence des cibles et leurs localisations à des milliers de kilomètres de distance, les combattants peuvent s’affronter à distance et se tirer dessus sans se voir. Dans le domaine de l’information, une nouvelle diffusée d’un pays quelconque, à l’autre extremité du globe, est captée presqu’instantanément aux quatre coins du monde.

Dans tous les cas, ce qui importe au-delà de toutes ces performances, c’est la maîtrise du traitement de l’information : plus rapidement on en obtient et plus on en a, mieux c’est. La performance se mesure ainsi à l’aune des techniques appliquées dans le traitement des données, de l’amont à l’aval, c’est-à-dire à chaque étape du processus constitutif du système post-industriel de communications.

Voilà un créneau que la diaspora a tout intérêt à exploiter pour, à court terme, prendre part à l’effort de guerre et, à long terme, mettre à contribution ses connaissances et son savoir-faire. Dans la mesure où c’est le court terme qui nous intéresse dans l’immédiat à cause de l’urgence de la situation, nous ne parlerons ici que de notre apport dans le contexte de la guerre en cours chez nous, la réflexion sur notre contribution pour le long terme étant programmée pour une date ultérieure à déterminer en fonction de l’évolution du pays.

Durant cette période de guerre, chaque intellectuel congolais de la diaspora a le devoir patriotique et moral d’informer, de la situation de notre pays, les individus et le public qu’il côtoie partout où il passe. L’exercice de ce devoir est opérable à la fois individuellement et collectivement au sein d’une association ou d’un groupe organisé pour défendre les intérêts de la RDC. À cette fin, il existe plusieurs créneaux à notre disposition : les analyses dans les médias, aussi bien électroniques que de la presse écrite  (des journaux locaux et internationaux, des revues, des périodiques spécialisés, des participations à des émissions télévisuelles et à des programmes radiophoniques, l’exploitation optimale de l’internet)…

L’autre moyen consiste à rédiger des pétitions et à organiser des manifestations pour dénoncer la trahison de nos compatriotes qui pactisent avec l’ennemi au détriment du pays et du peuple, les gouvernements étrangers, les firmes, les organismes constitués et les individus qui soutiennent politiquement, diplomatiquement, militairement et/ou financièrement l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi dans leur agression contre la RDC et la violation de son territoire. On se doit, sur le même élan, de rendre régulièrement publiques les informations relatives aux pillages systématiques des nos ressources et les sabotages de nos infrastructures par les agresseurs, aux exécutions sommaires et aux déportations massives des populations du Kivu, jusqu’à dresser la liste de victimes chaque fois qu’on sera en mesure de le faire (nous publierons les noms de celles que nous avons actuellement dans le prochain numéro).

Dans cette même foulée, l’OPCC a pris l’initiative de lancer une campagne de financement pour récolter, auprès des Congolais, des amis canadiens et des sympathisants étrangers, un peu d’argent destiné à l’effort de guerre. Les besoins sont incommensurables,  notre peuple manquant de tout : du strict minimum vital en termes des substances nutritives aux simples édicules en guise d’abris pour se mettre à couvert et se loger, en passant par la privation de droits aussi élémentaires que les soins médicaux primaires, l’accession à l’enseignement faute d’argent pour payer les professeurs et se procurer des fournitures scolaires ou à cause des fermetures d’institutions imposées par les conditions de guerre,…

Il va sans dire que l’ordre de l’état de besoins est immense, mais c’est toujours mieux de contribuer, ne fût-ce que symboliquement, que de ne rien faire. Car ce geste, tout en ayant de retombées matérielles palpables, aussi minimes soient-elles, est de nature à conforter notre peuple dans sa détermination à résister à l’ennemi et à défendre la patrie. Dans la mesure où la cotisation pour l’effort de guerre est d’intérêt national, on a le choix de s’adresser aux organismes congolais constitués, mobilisés dans cette campagne. En d’autres termes, l’OPCC n’est pas le passage obligé. Cette invitation qui est adressée à tous les compatriotes de la diaspora se veut tout simplement une contribution parmi plusieurs à la sensibilisation au bien-fondé de notre engagement à la cause noble pour la défense de la nation.

Dr Paul Mulemeri KANAMBY

Président de la Commission

Politique de l’OPCC

Montréal, Québec

Canada

EDITORIAL

Fondée en septembre 1997, l’Organisation des professionnels congolais du Canada (OPCC), dont le siège social est à Montréal, est une association non partisane et sans but lucratif. Elle est composée de spécialistes et de techniciens congolais du Canada ainsi que de ceux de souche canadienne, amis du Congo-Kinshasa (Congo-K). La mission qu’elle s’est assignée est de promouvoir et de soutenir le processus démocratique au Congo-K d’une part et, de l’autre, de contribuer au développement économique et social de ce pays, en mettant à sa disposition les connaissances, les relations, le savoir-faire, les expertises de ses membres et de ceux des sympathisants.

Ne prétendant pas être seule maîtresse d’oeuvre mais plutôt partie prenante dans l’investissement pour assurer la promotion du Congo-K, c’est à dessein que l’OPCC déclare qu’elle entend apporter sa contribution en joignant son action à celles des autres. Elle sait que sur place, au Congo-K, et ailleurs, à travers le monde, nombre d’organismes congolais sont, comme elle, déterminés à dédier leurs efforts à la réalisation d’objectifs similaires.

C’est donc en tant qu’une composante des instances congolaises vouées à la cause de la RDC que l’OPCC a pris cet engagement. Dans cet esprit, elle reste ouverte à tous les professionnels congolais et candiens qui le désirent pourvu qu’ils remplissent les conditions d’admission.

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