| - Le 15 septembre a Goma, Commune de
Karisimbi, sur l'avenue MutongoII, Monsieur Mbarushimana, assis devant la porte de sa
maison, se vit entoure de plusieurs militaires. Il fut serieusement battu et embarque dans
une Nissan Patrol escortee par une camionnette de marque Daihatsu. Il fut relache apres
l'intervention de sa famille et du Chef d'avenue. A notre rencontre avec lui, Monsieur
Mbarushimana, grievement blesse, nous dira que les militaires ont ete amenes par une maman
qui etait sa locataire. Cette derniere n'etait pas
en mesure d'acquitter les frais de loyer et fut mise dehors avec une dette impayee de six
mois apres toutes les procedures normales. Cette maman profita de l'affrontement du 14
septembre pour accuser Monsieur Mbarushimana d'Interhamwe parce qu'il stoquait dans sa
maison des sacs de haricots. Comme les May May et les Interhamwe venaient de piller le
depot de logistique alimentaire des militaires de la 10eme Brigade, donc c'est chez ce
dernier qu'ils auraient amene les haricots, concluent-ils. Et les militaires y sont alles
et ont commis cet acte sans verification ni enquete.
- Le 16 septembre 1998, au quartier Mutongo II, pres de
l'ecole primaire Rutobogo, dans la Commune de Karisimbi, le nomme Dominique a ete arrete
par les militaires rebelles et amene de son domicile par une camionnette de marque Land
Cruiser. Il a ete relache le 17 apres avoir ete severement torture. Ce dernier a ete
soupconne d'etre Interhamwe. Il a ete remarque apres que son ancienne epouse, une tutsi,
voulait se venger sur lui d'autant plus que son frere etait de l'armee rwandaise.
- En date du 18 septembre 1998, dans le quartier Majengo,
le nomme Ntahoshoboka Ernest, 62 ans, cultivateur et pasteur de l'Eglise de Dieu au Congo
(EDAC), domicilie sur l'avenue Ngangi, a ete arrete par trois militaires tutsi et amene
jusqu'a Monigi,a quelques kilometres de Goma au Nord de l'aeroport. Il etait accuse d'etre
Interhamwe. Malgre les interventions du Chef d'avenue, du Chef de quartier et des voisins,
ce vieux est toujours retenu au cachot souterrain appele Bureau II (pres du Parquet de
Grande Instance de Goma).
- Le 15 septembre 1998, apres l'attaque des May May, des
gens furent arretes et incarceres sur base ethnique.
B.ENLEVEMENTS
- Le 14 septembre 1998 vers 12 H.00 au marche de Virunga,
Monsieur Gangi, boucher, domicilie au quartier Majengo a Goma, a ete enleve par des
militaires et amene dans une prison de Rugerere, a 7 km de Gisenyi au Rwanda.
- Le mardi 15 septembre 1998 a Goma, dans le quartier
Mabanga, sur l'avenue Mutakato, vers 4 heures, Messieurs Murefu Mpabuka, Nzabonimpa
Byatete et Bizimana Nzabandora, tous hutu du Masisi, ont ete enleves et conduits par trois
soldats au cachot du Bureau II, puis a Rugerero dans la Prefecture de Gisenyi au Rwanda,
le lendemain. Les trois soldats sont: Nganizi Bihira, Bigirimana et Sebukweto, tous de
l'Armee Patriotique rwandaise.
- Le 14 septembre 1998, trois hommes : Nzabonimpa Hamuli
(30 ans), Habimana Semajongi (29 ans) et Bahati Nturiza (26 ans) ont ete enleves en pleine
journee par trois militaires rwandais. L'un d'eux, tres connu a Goma, s'appelle Papy. Ces
derniers ont rencontre leurs victimes dans un depot de vente de haricots dans le quartier
Birere. Ces infortunes etaient des Hutu. Le gerant du depot, Monsieur Ngoroma, nous dira
que l'incident s'etait deroule dans un calme absolu. Ils etaient tous les trois de Kaghusa
(Territoire de Masisi).
- Le 19 septembre 1998 a Goma, dans la Commune qui porte
ce nom, au quartier Birere, le nomme Ilunga Jean-Pierre, agent de l'ANR (Agence Nationale
de Renseignements), a ete enleve par des militaires sous pretexte qu'il est Katangais et
qu'il etait detenteur d'un appareil de communication avec les services de Kabila.
Jusqu'aujourd'hui, il est porte disparu.
- Le 21 septembre, derriere l'Institut Faraja, a cote de
l'ecole primaire protestante, Monsieur Kasuku alias Peroquet', fils de feu Malira
Mishona et operateur radiophoniste au Gouvernorat de Province du Nord-Kivu, a ete enleve
et porte disparu jusqu'a present.
C. ASSASSINATS
- Deux militaires nous ont raconte que Monsieur Kibonge et
Monsieur Mutopa, officiers katangais respctivement charge des operations axe aeroport et
commandant de securite au Camp Katindo, avaient ete froidement executes le 3 aout 1998.
- Le 4 aout 1998, vers 10 heures, a l'aeroport de Goma, le
nomme Bernard, 21 ans, est mort, tue par les militaires de Sylvain Buki Lenge, qui lui
avaient assene des coups de bottes a la tete. Residant au quartier Virunga, finaliste des
humanites mathematiques-physiques a l'Institut Ndahura de Goma et photographe amateur, il
avait ete appele par d'autres militaires pour la prise des photos
- Le 14 septembre 1998, autour de 13 heures, le nomme
Kalume Didier, footballeur de l'equipe Virunga, residant au quartier Birere, a ete
assassine par des militaires quand il revenait d'un deuil au quartier Office II ou il
avait passe nuit. Il a ete tue avant d'atteindre son
domicile.
- Le 14 septembre 1998, vers 11H.30, Monsieur Delenge
Manshuda, 26 ans, a ete tue. Son corps crible de trois balles a ete trouve dans une
voiture qui stationnait devant un atelier de soudure. Selon des voisins de l'atelier, ce
sont les militaires venus du Rwanda qui escortaient les chars et blindes pour la
represaille contre l'attaque des May May et Interhamwe, qui l'auraient tue. Il gardait la
voiture parce que l'atelier n'a pas de batiment. Il a ete suspecte d'etre May May.
D. EXPROPRIATION DES BIENS PRIVES
Il est devenu tres normal pour les militaires du RCD
(Rassemblement Congolais pour la Democratie) de prendre forcement des voitures des
particuliers et de faire leurs courses privees avec leurs concubines. On ne peut aller
nulle part pour se plaindre. Si on ose le faire, c'est s'exposer a toute sorte de danger.
- Le chauffeur de taxi Gabriel Nkuba, a ete violemment
battu pour avoir conteste energiquement cette pratique. Il en est de meme pour les
camionnettes et camions.
- Ainsi, la camionnette Daihatsu de couleur blanche de
Monsieur Jules Shematsi, chauffeur aux Medecins Sans Frontieres (MSF), avait ete prise de
force par les militaires pour les operations quand elle amenait des commercantes au marche
de Minova. Ils ont ete abandonnes sur la route.
E. ATTEINTE E L'INTEGRITE PHYSIQUE ET VIOLS
- Dans la prison souterraine du Bureau II, les tortures
sont de plusieurs ordres. Tirer les sexes au moyen de ficelles, tirer les mamelons de
femmes au moyen de pinces, pincer les ongles, mettre du piment dans le vagin des femmes,
laisser les prisonniers sur un pavement imbibe d'eau salee etc.
Le 16 septembre 1998, la nommee Zaina Mafuluko, femme du
militaire Jacques actuellement au front, a ete violee par un militaire parlant kinyarwanda
qui l'avait menacee de mort si elle n'obtemperait pas.
- Dans la nuit du 18 septembre 1998, une femme repondant
au nom de Kavira Syauswa du quartier Mabanga, residant sur l'avenue Osso n.58, a ete
violee avec sa fille par des militaires parlant lingala et kinande. Plusieurs autres
effets seront voles, tels que televiseurs, radios et couverts de table.
F. TRACASSERIES POLICIERES ET MILITAIRES
Ces cas sont tres nombreux maintenant et il est difficile
de les denombrer tous. Tout ce qu'il y a a savoir est que les anciennes pratiques
mobutistes ont recommence. Des Militaires ravissent les biens de la population civile sur
la route ; les gens ne sont plus libres de se promener quand ils veulent et ou il veulent.
Les agents de la Police Speciale de Roulage (ancienne Brigade Routiere) demandent des
pourboires avant tout passage de vehicule.
G. MASSACRES
-Le 14 septembre 1998, a l'orphelinat de Ndosho II, plus
de 100 personnes deplacees tutsi, hommes, femmes et enfants confondus, qui venaient de
Kisangani, ont ete massacrees par les May May et Interhamwe lors de leur tentative de la
prise de Goma. Ce bilan n'est que provisoire car l'acces y est interdit.
- Selon un rescape de Muja, au Nord de Goma, la population
villageoise de l'ethnie hutu, a ete massacree par des militaires tutsi lors de l'operation
de ratissage a la recherche des Interhamwe et May May. Cette localite etant un lieu
operationnel, il est difficile d'etablir le bilan.
Cependant, les habitants de la parlent de 300 morts parmi
les civils innocents.
- Mercredi le 23 septembre 1998, plus de 50 militaires et
leurs femmes ont ete tues dans l'orphelinat de Ndosho II. Ceux-ci etaient les remplacants
de ceux qui, precedemment, y avaient trouve la mort. Plusieurs blesses constates a
l'hopital general de Goma se plaignaient d'y avoir ete envoyes sans armes pour se
defendre.
II.3.3. SITUATION DES DROITS DE L'HOMME DANS LA CITE DE
SAKE/NORD KIVU
A. ARRESTATIONS ET DETENTIONS ARBITRAIRES
- En date du 1er septembre 1998 a Sake, dans le Territoire
de Masisi, les nommes Maene Kaberuka, Yengayenga Katembo (Fofana) et Sambo Buutsi, ont ete
arretes a 19 heures par des militaires tout pres du marche de Sake. Il fallait payer
200.000 NZ par personne pour etre liberes et cela, sans connaitre le motif de
l'arrestation. Les etalages hebergent plus de 100 personnes chaque nuit. On est conduit au
cachot si on manque cette somme.
Aucune annonce de patrouille ni de couvre-feu n'a ete
faite.
- Le 18 septembre 1998, Monsieur Egide Bagula, habitant
Sake au quartier Kaduki, pere de 4 enfants, sera pris ligote de son domicile lors des
represailles menees par les militaires de la rebellion contre les Mayi Mayi apres leur
combat de Sake. Il sera relache apres une longue discussion entre les militaires congolais
et les non congolais.
- Ce meme 18 septembre 1998, Monsieur Henri Kinyunda, age
de 38 ans, celibataire, et Monsieur Bahiga Mahebera Jacques, age de 41 ans, veuf, seront
amenes par des militaires la nuit. Apres que tous les voisins et autorites administratives
aient ete alertes, ils seront ramenes le lendemain par des militaires congolais. A notre
conversation avec eux, ils nous diront qu'ils ne savaient pas ou ils etaient; ils etaient
mains liees et yeux bandes et ont ete pris par des militaires parlant kiganda et
kinyarwanda. Ils ont ete sauvagement battus a tel point que le visage de Monsieur Bahiga
etait plein de plaies.
B. ENLEVEMENTS
- Le 18 septembre 1998 toujours, Monsieur Deo Muhanya
Balekage (Delvis), mari de Justine Bihirike et pere de 5 enfants, domicilie a Kaduki/Sake,
sera emporte mains et pieds lies et yeux bandes dans une camionnette Land Cruiser blanche
vers une destination inconnue. Nos recherches ont permis de le retrouver dans un container
a l'aeroport de Goma. Deux plus tard, il etait deja deplace. Il se trouvait dans l'enclos
du Domaine de Katale de l'autre cote de la route principale. Suite a l'inaccessibilite de
ce lieu, sa situation est couverte de beaucoup d'ombre jusqu'a present.
- Le 21 septembre 1998 a Sake, Monsieur Salumu Balingene,
vieux age de 70 ans, responsable d'une tres grande famille, a ete enleve de sa maison a 6
heures du matin par des militaires rwandais et conduit dans un vehicule Nissan Patrol sans
immatriculation. Jusqu'a present, il est porte disparu.
- Le 22 septembre 1998, Monsieur Kahasha, tradipraticien
(guerisseur) habitant quartier Kaduki, a ete amene par trois Land Cruiser aux vitres
fumees a une destination inconnue. Bien qu'il ait exhibe tous les documents officiels
l'etablissant dans cette carriere, d'apres ses enfants, ses bourreaux l'accusent d'etre le
feticheur des May May. Jusqu'a maintenant,
il est porte disparu.
C. ASSASSINATS
- Le 17 aout 1998, Monsieur Clement Hangi, chauffeur de M.
Jean Mambo, a ete tue par des militaires (ex-FAZ) bases a Kabati alors qu'il se rendait a
Kaghusa. Il s'etait oppose a l'ordre de changer de destination et laisser ses passagers en
cours de route pour transporter les militaires.
- Le 25 aout 1998, sur l'axe Sake-Nyamitaba, dans le
Territoire de Masisi, la nommee Charlotte Ndalemwa (Maman Lyly), epouse de Monsieur Simon,
agee de 32 ans et residant a Sake, a ete tuee par des Interhamwe. A bord du camion de son
mari, elle se rendait au marche de Muheto pour acheter des haricots. Choisie seule parmi
les autres, elle sera criblee de deux
balles, une au crane et une autre au thorax, bien qu'elle
ait deja donne tout le fruit de son commerce. Elle est morte sur place.
1.-Le 28 aout 1998 a Sake, Monsieur Jean-Pierre Miteo,
habitant de Lushangi, a ete tue par des militaires PACO (para-commandos) ex-FAZ. Une autre
victime de ce meme jour est Monsieur Kamuzungu Miteo, age de 32 ans. Les militaires les
avaient tous deux accuses de May May parce qu'ils n'avaient pas fui lors du passage de ces
derniers.
2.-A Lushangi, un certain Yahaya Bihembe sera execute
devant sa biere de banane, laissant une veuve et 3 enfants. Ces PACO qui les ont tues
controlent les positions de Rubindi (Kasururu), de Lushangi et de l'entree de la
Plantation Lushangi. Ces trois personnes seront enterrees dans une fosse commune a
Lushangi-meme.
3.-Apres l'affrontement des May May avec les soldats du
RCD, Monsieur Shamavu, fils de Monsieur David, age de 16ans, et Monsieur Kibakuli, age de
30 ans, pere de 7 enfants ainsi qu'une femme repondant au nom de Ndahondi, veuve et mere
de 8 enfants, ont ete arretes a Mitumbala et executes apres par les militaires rebelles.
Les cadavres etaient abandones sur la route. La population sera forcement obligee
d'inhumer les corps en putrefaction dans une fosse commune en bas de la route Rudindi, 20
km de la route principale menant vers Masisi.
*Apres le meme affrontement, dans la cite de Sake,
Monsieur Maniera Kalemba et deux autres hommes rescapes du conflit de Masisi en 1993, ont
ete tues alors qu'ils revenaient du champ et n'ayant pas su ce qui se serait passe dans la
cite apres leur depart tres tot le matin. Ils sont enterres dans un meme trou, pres de la
riviere Mutahyo.
* Le meme jour, Monsieur Akili, age de 16 ans, retire de
son lit, sera amene derriere la maison pres du Stade de Sake ou il sera fusille et
enterre.
D. EXPROPRIATION DES BIENS PRIVES
- Pendant les affrontements a Sake, la camionnette
Daihatsu de Monsieur Bakulu Salumu fut prise par les militaires pour le deplacement du
materiel de guerre. Il nous dira que meme son carburant ne lui a pas ete rendu.
- A Sake, depuis le declenchement de la rebellion, plus de
3.000 militaires y ont ete deployes, vidant toutes les positions a l'interieur du
Territoire de Masisi. Ne trouvant pas ou loger, rien comme logistique d'accueil, ils se
sont imposes dans les differentes ecoles de la place.
L'ecole primaire islamique en pleine rehabilitation et en
construction par l'Organisme CONCERN, ils ont presque tout detruit: bancs, tableaux et
autres materiels scolaires. Ils utilisent tout comme bois de chauffage.
L'ecole primaire Kamuronza et les eglises locales ont subi
le meme sort.
- Les autres militaires restants se sont imposes dans des
maisons en chantier et inhabitees dont ils devenaient les nouveaux maitres.
- A Mitumbala, 5 km de Sake, le Centre de Sante Rubindi a
ete completement demoli par les militaires PACO. Microscopes, produits medicaux et tout le
reste ont ete amenes. Les portes, fenetres et vitres sont etalees en vente sur la route de
Sake par ces militaires.
- A Mitumbala toujours, des actes de barbarie ont erige
domicile. Les militaires ravissent haricots, habits, ustensiles de cuisine, poules,
moutons, chevres etc.
E. ATTEINTE A L'INTEGRITE PHYSIQUE ET AUTRES VIOLS
- Le 17 aout 1998, le nomme Mumbere, aide-chauffeur de
Monsieur Clement, chauffeur de M. Jean Mambo, a ete victime d'une balle aux mains et a la
jambe droite. Cela s'etait passe lors de l'assassinat de son chauffeur Clement.
- Des militaires coupent des champs de bananeraies sous
pretexte que des ennemis s'y cachent. Ils brulent des villages pour cette cause, a
l'exemple de Chandago, Muhungwe et autres endroits peripheriques de Lushangi.
- Des jeunes de Sake n'ont plus le droit de vivre chez
eux, car ils craignent d'etre traites de May May ou d'etre amenes au front malgre leur
refus.
- La population de Sake est obligee de dormir a 18 heures.
- La majorite d'enfants de Mitumbala et de Lushangi sont
souvent forces de passer la nuit dans des positions militaires avec les soldats a la belle
etoile pour leur servir d'eclaireurs et de transporteurs pendant et apres leurs
executions.
F. TRACASSERIES POLICIERES
- Les chauffeurs sont ranconnes par des policiers. Des
barrieres sont nombreuses et a chacune d'elles, il faut payer au moins 2.000.000 NZ soit
200 FC avant de passer (52 $US).
- Les habitants de Mitumbala, surtout les hommes, pour
acceder au marche de Sake ou ils peuvent tout vendre et tout acheter, sont obliges de
devier sur une dizaine de kilometres au lieu de cinq en vue d'eviter les ranconnements
militaires.
G. MASSACRES
- Seize civils ont ete massacres par des militaires
lorsqu'ils revenaient du marche de Sake. Est-ce qu'ils ont ete confondus aux Interhamwe et
May May pendant la fuite de ces derniers? Leurs noms ne nous ont pas ete communiques.
Neanmoins, sept tombes sont a Sake, pres du pont, a quelque 6 metres a gauche de la route
de Masisi.
II.3.4. SITUATION DES DROITS DE L'HOMME DANS LES LOCALITES
DE MINOVA ET BWEREMANA AU NORD-KIVU
A. ARRESTATIONS ET DETENTIONS ARBITRAIRES
- Le 25 aout 1998 a Minova (marche), dans le Territoire de
Kalehe, Province du Sud-Kivu, Monsieur Gachaniro, adulte, d'ethnie hutu, residant a
Ngisha, a ete arrete par des militaires au moment ou il venait de vendre ses pommes de
terre. Conduit au cachot a Sake a 23 km, il y sera libere apres l'intervention de Monsieur
Theophile Baleke. A notre descente sur le terrain, Monsieur Gachaniro, collaborant
difficilement, nous parlera d'un autre jeune garcon nomme Hitimana, detenu aussi dans les
memes conditions.
Ils avaient ete battus a mort au point que Monsieur
Gachaniro ne savait plus marcher. Monsieur Hitimana y est encore detenu.
B. ASSASSINATS
-Deux jours durant, du 7 septembre 1998, les May May
erigent des barrieres sur la route de Sake-Minova. Ils tuerent tout tutsi qui etait de
passage, c'est-a-dire tous ceux qui avaient la morphologie tutsi. Le nombre de victimes a
ete difficile a connaitre car ces actes barbares ont ete poses a la plus grande
discretion. Neanmoins, deux personnes dont l'identite n'etait pas non plus connue, ont ete
executees au Stade de Minova et d'autres au marche. Un certain Simwe qui a echappe de
justesse, a eu peur de nous citer les noms des victimes.
- Le 12 septembre 1998 a Minova, Monsieur Hemero Elvis,
aga de 35 ans, domicilie a Minova/Kalere, a ete assassine par les rebelles. On l'accusait
de May May.
-A la meme date, Monsieur Mateso, age de 28 ans, residant
a Minova/Centre commercial et cultivateur, a ete tue sous pretexte qu'il etait en
connivence avec les May May et les Interhamwe.
C. EXPROPRIATION DES BIENS PRIVES
- En date du 13 septembre 1998 a Bweremana, les militaires
du RCD ont pris les biens des citoyens juste apres leur affrontement avec les May May.
Voici la liste des victimes :
- Monsieur Katiti : les militaires lui ont pris 27.000.000
NZ.
- Monsieur Yayuwa : les militaires lui ont pris 2 chevres.
- Monsieur Munganga Balume : 3.000.000 NZ.
- Madame Chantal Karamo : 5.000.000 NZ.
- Madame Claudine : 13.000.000 NZ.
- Mademoiselle Mawazo Kiza : 4.000.000 NZ.
- Monsieur Kanane Kosnwa : 1 montre.
- Monsieur Munganga, Prefet de l'Institut Wetemwami : 1
montre.
- Monsieur Muhararo Wetemwami, Chef de Groupement : 1
montre, documents administratifs et 9 pieces de tissus pour femmes.
- Monsieur Kanumbu Pierre, Chef de Ressort des Transports
et Communications a Sake : 1 montre, 1 sac a main et pieces d'identite.
- A la Paroisse de Bobandana, les May May, a leur tour,
ont apporte un appareil magnetophone, plus video et une importante somme d'argent destinee
au fonctionnement de la Paroisse.
- Le 12 septembre 1998, les May May et les Interhamwe
viendront dans la Paroisse de Bobandana et prendront 23 casiers de Primus et autres
boissons locales, les habits des pretres, toute la nourriture, prevus pour la fete de
premices du 12 septembre 1998 de trois jeunes pretres originaires de cette Paroisse qui
avaient ete ordonnes a Goma le 6 septembre.
D. ATTEINTE A L'INTEGRITE PHYSIQUE
- L'Abbe Valere Majune, Econome de la Paroisse de
Bobandana, avait failli perdre sa vie le 12 septembre 1998 a cause de sa morphologie
semblable a celle des Tutsi. Il s'en sortira malignement en leur servant la biere comme
distraction.
E. TRACASSERIES DIVERSES
- La majorite de la population de Bweremana et de Minova
se sont deja deplacees a cause des barrieres erigees partout sur la route et dans les
quartiers, tantot par les soldats rebelles tantot par les May May. Aussi, a cause des
represailles des uns sur les autres et vice versa.
II.3.5. SITUATION DES DROITS DE L'HOMME DANS LE TERRITOIRE
DE RUTSHSURU
- Les populations de Rugari sont dans une grande
inquietude. Elles n'ont que leurs bananeraies pour survivre. Maintenant, elles n'ont plus
acces a leurs activites champetres et leurs bananeraies sont sauvagement coupees car,
selon les militaires, elles servent de cachettes pour les Interhamwe.
A. RWANGUBA
- Le 12 septembre 1998 a 12 heures, une bande de personnes
a mains armees habillees en militaires, ont quadrille l'hopital de Rwanguba, toutes les
maisons des membres du personnel de l'hopital et les autres habitations voisines.
- Chez le Docteur Baabo Dominique, ils ont emporte une
somme evaluee a 1.000.000 $, deux appareils de radio/Motorolla, ses vetements ainsi que
ceux d'autres personnes qui s'y trouvaient, notamment Messieurs Justin Kabali, Dieudonne
Kakuru Baabo et Felicien Machozi. Monsieur Kakuru Baabo Dieudonne recevra de violents
coups au dos en dessous de son lit oł il se cachait.
- Chez le pharmacien Bwimba Eliphase, ils ont pris tous
ses vetements ainsi que ceux de sa femme et de son enfant, un appareil Motorolla, un
magnetophone, un appareil televiseur et une somme d'argent non precisee.
- Chez l'Administrateur Ndaishimye Kapalata Julien, ils
ont emporte de l'argent, une radiophonie de controle, un appareil Motorolla et des
vetements. Les agents ci-haut cites sont aujourd'hui refugies a Kisoro, en Ouganda.
- De graves menaces ont ete faites a l'endroit du
Comptable, Monsieur Justin Ntampuhwe, qui leur ouvrira la caisse de l'hopital.
- Tout le depot pharmaceutique a ete vide.
- A l'hopital, tout le materiel de communication dans les
differents services, a ete emporte.
- Les boutiques et kiosques proches et voisins de
l'hopital ont ete pilles et ces malfaiteurs ont oblige les villageois a transporter tous
ces biens apres leur forfait jusque tres loin dans le Parc national de Virunga.
III. CONCLUSION
Apres cinq mois d'invasion de la RD du Congo par le
Rwanda, le Burundi, l'Ouganda et leurs allies succedanes Congolais, il ne parait pas
evident que l'issue heureuse de la crise soit pour bientot.
Au moment meme ou les concepteurs de la guerre en cours en
R D du Congo devraient se prevaloir de controler plus de 38 % du territoire congolais,
elle a implique trop de pays et des peuples. Elle a engendre trop de frustrations et a
massacre inutilement des populations. Aussi, l'eclatement des divergences de nature a
conduire des millions de populations des zones occupees vers leur apocalypse. De
veritables hecatombes humaines pointent a l'horizon.
C'est dans ce contexte fort mouvant de la vie nationale
que le Collectif des Organisations et Associations des Jeunes du Sud-Kivu COJESKI'
rend public le present Rapport pouvant servir de donnees dans les enquetes futures, au
regard des violations massives des droits humains en cours dans la partie Est de la
Republique Democratique du Congo sous controle des forces d'agression hostiles au Pouvoir
Central.
Ce Rapport est soumis a l'appreciation de toute personne
ainsi que de toute institution nationale ou internationale, soucieuse d'apporter sa
contribution pour freiner ces violations massives des droits humains et partant promouvoir
une paix durable dans la sous-region des Grands Lacs africains aujourd'hui en profondes
mutations socio-politiques.
Point n'est plus besoin de demontrer que toutes les formes
possibles de violations des droits humains ont ete commises dans les Provinces du
Sud-Kivu, du Nord-Kivu et du Haut-Congo (Province Orientale) pendant ces cinq premiers
mois d'occupation de la RD du Congo.
Les droits de l'homme restent ainsi en peril dans toutes
les provinces occupees de l'Est du pays. C'est pourquoi, le COJESKI denonce avec vehemence
toutes ces violations et exactions, et plaide pour qu'une enquete internationale soit
faite dans le but de juger et de condamner les commanditaires et auteurs implicites et
explicites de toutes les atrocites commises contre des populations civiles, innocentes et
sans defense, aujourd'hui abandonnees a leur triste sort.
Fait a Kinshasa, le 10 janvier 1999
Pour le Collectif des Organisations et Associations des
Jeunes du Sud-Kivu COJESKI'
Emmanuel KABUNGULU OMBENI
Representant de la communaute Estudiantine du Sud-Kivu
Bienvenu KASOLE MUKUBAGIRE
Representant des Groupes de Pression et de Lobby du
COJESKI
Christophe BINTU MUSHARAMINA
Representant des Pastorales des Jeunes de toutes les
confessions religieuses du Sud-Kivu
Alain MAZAMBI WALANDJA
Representant des Initiatives locales de Developpement et
ONGD membres du COJESKI
Rene KAHUKULA MASUMBUKO
Conseiller Technique du COJESKI
Fernandez MURHOLA MUHIGIRWA
- Coordonnateur Provincial a.i. du COJESKI
- Conseiller de Surveillance de la Societe Civile du
Sud-Kivu.
SOURCES D'INFORMATION :
1. Rapport sur la situation des droits de l'homme a Goma
et ses environs pour la periode allant du 2 aout au 23 septembre 1998, produit par la
Solidarite pour la Promotion de la Paix a Goma SOPROP/NORD-KIVU
2. Vue synoptique sur les violations massives des droits
de l'homme pendant les trois premiers mois d'agression du Sud-Kivu/R.D.C. Rapport du
COJESKI rendu public le 20 novembre 1998.
3. Plan de Paix elabore par la Societe Civile du Sud-Kivu
pour la RD du Congo et l'Afrique des Grands Lacs, rendu public a Bukavu, le 14 novembre
1998.
4. Les Consequences Politiques et Socio-Economiues de la
Guerre du Congo a Kisangani, aout-septembre-octobre-novembre 1998, par le Groupe Justice
et Liberation de Kisangani, Rapport rendu public a Kisangani le 23 novembre 1998.
5. Investigations + Equetes sur terrain.
6. Plusieurs reseaux anonymes d'information.
POUR TOUT CONTACT AVEC LE COJESKI :
A Bukavu : - Fernandez MURHOLA MUHIGIRWA / COJESKI
- Dieudonne MUSHAGALUSA CIRUZA/COJESKI
- Willy TSHITENDE WA MPINDA/COJESKI
- Didi MWATI BULAMBO / COJESKI
- Henri de Paul IGWABI / COJESKI, B.P. 1.555 BUKAVU /
R.D.C. |