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Rapport du COJESKI- Part II/V
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II.1.2. CONSEQUENCES DE L'INVASION SUR LE PLAN SOCIAL

Les consequences de la guerre du RCD en Republique Democratique du Congo ont un volet social non negligeable.

1. Hypotheque des chances d'une cohabitation interethnique

Le Rwandais etant pointe du doigt comme l'agent destabilisateur de la paix en Republique Democratique du Congo, il devient de plus en plus difficile a plusieurs ethnies du Congo d'envisager une quelconque cohabitation avec les tutsi. L'idee de la creation, suivie de l'elargissement, d'un tutsiland repugne a plus d'un.

Cette allergie contre les tutsi est dangereusement contagieuse. Jadis, on trouvait normale la cohabitation difficile entre rwandophones et populations autochtones du Kivu cause des conflits du passe. Il n'est pas aujourd'hui normal de voir les populations de Kisangani, jadis

tolerantes, developper des reflexes anti-tutsi.

Si l'on continue a banaliser ces indices, l'hostilite ira grandissante et atteindra bientot meme des territoires non frontaliers.

2. La propagation de la culture de la mort

De plus en plus tuer devient un jeu. La mort est banalisee, la vie aussi. L'esprit de vengeance s'installe. Les gens disent "tot ou tard, nous allons en decoudre avec les agresseurs".

L'unique voie de prise de pouvoir ou de simple subsistance devient le recours aux armes.

La spirale de la violence semble enclenchee.

3. La suspicion mutuelle et le manque d'harmonie

La cohesion de la societe est perturbee. Les gens qui essaient de precher l'equilibre et la tolerance sont vus comme des traitres.

La guerre a brise l'harmonie entre les gens en famille, au service, au marche, dans les eglises. On est juge selon que l'on est pour ou contre la rebellion. La suspicion devient monnaie courante et la mefiance se generalise.

4. L'opportunisme et l'aventurisme

Plusieurs personnes usent d'opportunisme pour se positionner dans la societe. C'est la perte de l'ideal et de la foi en l'avenir. Cet opportunisme etait frequent du temps de la deuxieme Republique. Il revient aujourd'hui avec force et vigueur.

5. La descolarisation

Depuis 1992, les parents sont contraints, par la demission de l'Etat, a prendre en charge le fonctionnement des ecoles et universites ainsi que le paiement des salaires des enseignants. Avec la guerre, la situation devient intenable.

Plusieurs enfants, cause des affrontements armes ou simple insecurite, n'ont pas pu rejoindre les ecoles. Parmi ceux qui peuvent s'y rendre, plusieurs n'ont pas les moyens materiels. C'est de nouveau un probleme de lutte de classes : ceux qui peuvent et ceux qui ne peuvent pas, ces

derniers etant les plus nombreux.

Les copies des examens d'Etat (1997-1998) n'ont jamais atteint les centres de correction. Les copies recoltees en ville sont actuellement gardees au coffre-fort de la Banque Centrale. Par contre, on ne sait rien de la destination des copies de l'interieur de la Province. Cela fait une annee perdue pour les eleves.

La scolarisation des enfants est devenue difficile dans les familles nombreuses et cela au detriment des filles, que des contraintes socio-financieres condamnent au mariage precoce.

6. Une echelle des valeurs renversee

La Deuxieme Republique a marque un record dans la perte des valeurs de base. Aujourd'hui, les gens n'ont plus de valeurs de reference. C'est le retour la corruption, aux coups bas, au vol, a l'esprit d'enrichissement rapide et malhonnete.

Les criteres de competence et de morale sont bafoues ; ils ne paient pas, au contraire ils sont suicidaires.

L'impopularite d'une transition interminable a fini par fatiguer le peuple.

7. La blanchisserie RCD et l'inutilite de la justice

Le RCD a admis en son sein plusieurs personnes poursuivies par la justice. Faute d'adhesion populaire, le RCD accepte le premier venu. Les bureaux des differents et multiples commandants militaires sont transformes en tribunaux.

8. La bipartition des liens

Le pays etant bipolarise, plusieurs personnes n'ont plus de contact avec leurs parents ou amis vivant sur un autre territoire.

De l'Ouest a l'Est du Congo, c'est comme desormais d'un pays un autre. Les gens sont devenus etrangers chez eux.

Un visa accorde a l'Est ne vaut pas a l'Ouest et vice versa. Les Congolais qui, pour des raisons de service ou de famille, passent de l'Est a l'Ouest sont simplement assimiles aux rebelles ou tout au moins a leurs complices.

9. La misere et la malnutrition

La misere monte chaque jour et se generalise. Le pouvoir d'achat est nul.

La malnutrition reprend des dimensions inquietantes. Sur 300 enfants pris au hasard au mois de septembre dans les communes urbaines, 12 % sont severement mal nourris contre 2,9 % l'annee precerente ; 32 % sont moderement ou legerement mal nourris contre 13 % l'annee precedente, d'ou un total de 44 % d'enfants mal nourris a Kisangani de facon generale. La situation s'est actuellement aggravee en ville et a empire a l'interieur.

La malnutrition n'est plus qu'enfantine. Les femmes allaitantes sont tres affectees.

La malnutrition guette des familles nombreuses dont l'alimentation quotidienne tourne autour des feuilles de manioc aux tubercules comestibles.

10. La surfacturation et des taxes fantaisistes

Par le biais des organisations humanitaires, la REGIDESO a ete alimentee en produits chimiques de desinfection d'eau. L'achat et le transport furent pris en charge. La Procure des Missions a assure le transport en ville et les frais de communication. La manutention a ete partagee entre la REGISESO et la Procure des Missions. Cependant, le prix d'eau facture a la population n'a pas baisse; bien au contraire au moment ou on n'en donne plus que pendant 6 a 9 heures par jour. Les inspecteurs financiers du RCD ont ordonne a la REGIDESO et a la SNEL de majorer demesurement la facturation. A titre d'exemple, la Procure qui a paye 700 $ US au mois de juillet doit payer en octobre 3.000 $US de courant electrique alors que les activites ont ete reduites.C'est la facon du RCD de soutenir la guerre sur le denuement de la population. L'argent preleve va directement a Goma (siege de la " rebellion").

11. Accroissement du chomage

60 % de la population de Kisangani ont l'age de travailler. Avant la guerre, la ville etait deja incapable de fournir du travail a tout le monde; elle ne salariait que 27 personnes sur 100. De nombreux diplomes de l'universite et des instituts superieurs, notamment des ingenieurs-agronomes, medecins, psychologues, pedagogues, sociologues, politologues et autres gestionnaires d'entreprise restaient au chomage.

La guerre, avec ses effets pervers, est venue aggraver le chomage structurel de la ville. En effet, suite a l'arret des approvisionnements, a la destruction des infrastructures de production et a l'enclavement de la ville, les entreprises ont ete amenees soit a fermer, soit a reduire les

effectifs.

Le tableau ci-dessous est indicatif :

 

Entreprises Effectifs avant guerre Effectifs apres Guerre

Variation

1. SOTEXKI 800 292

- 508 (63,5 %)

2. R.V.A. 143 -

- 143 (100 %)

3. FORESTIERE 56 -

- 56 (100 %)

4. AMEXBOIS 117 -

- 117 (100 %)

5. L.A.C. 46 -

- 46 (100 %)

 

12. Rarete des produits pharmaceutiques, inaccessibilite aux soins de sante et risques d'epidemies.

Avant la guerre, le secteur sanitaire et hospitalier etait domine par l'entreprise privee a cause de l'incapacite de l'Etat a approvisionner ses hopitaux en medicaments et a assurer la paie du personnel. De meme, la couverture des risques professionnels restait un leurre quand bien meme un service national, l'Institut National de Securite Sociale (INSS), existe a cette fin. Les prestations sont non seulement modiques mais sont irregulierement liquidees.

Avec la guerre :

- le retour aux soins de sante indigenes et l'auto-medication sont de mise dans une ville ou le paludisme est endemique ;

- ne pouvant pas etre pris en charge par leurs parents, les enfants gagent la rue. Les filles sont davantage exposees aux maladies sexuellement transmissibles suite au commerce charnel ;

- il manque actuellement a Kisangani des reactifs test HIV-SPOT pour depister le SIDA.

- La REGIDESO a besoin de 500 kg de sulfate et 60 kg de chlore par jour pour fournir de l'eau potable a Kisangani. Elle avait recu le 26 septembre, via la Procure des Missions, 31.500 kg de sulfate et 2.970 kg de chlore. Ce stock est en instance d'epuisement. Si l'eau vient a manquer, la route est grandement ouverte a des epidemies de tous genres.

En conclusion, la guerre n'est pas une bonne chose. Jusqu'a present, la population n'y a rien gagne.

II.1.3. CONSEQUENCES DE L'INVASION SUR LE PLAN ECONOMIQUE

Au regard des instruments juridiques internationaux des droits de la personne, les consequences facheuses de la guerre sur les populations et le pays constituent une grave atteinte au droit a la vie.

Le Pacte International relatif aux droits civils et politiques du 23 mars 1976 prescrit, en son article 6, alinea 1, que "le droit a la vie est inherent a la personne humaine. Ce droit doit etre protege par la Loi. Nul ne peut etre arbitrairement prive de la vie". Le droit a la vie eclate en une vaste gamme de droits qui exaltent les conditions fondamentales du respect de la dignite humaine. Or, la guerre du RCD a deteriore les conditions de vie des populations et a retarde la reconstruction du pays.

La guerre du RCD a d'une part brise l'elan, et d'autre part aggrave une situation deja preoccupante.

1. Naufrage de la reforme monetaire

Depuis le 30 juin de cette annee, le Gouvernement de Salut Public a mis en circulation le Franc congolais dans le cadre d'une reforme monetaire, prelude a un programme d'ajustement structurel. Une periode de 12 mois a ete arretee pour echanger le Nouveau Zaire contre le Franc Congolais. Au lancement de cette reforme, la parite etait alignee sur le cours du jour, a savoir un Dollar americain pour un Franc Congolais trente-huit centimes ou Cent trente-huit mille Nouveaux Zaires.

L'imbroglio politique qu'a connu le pays avant la guerre de 1996 a eu comme consequence economique l'existence au pays de trois zones monetaires. La reforme visait entre autres l'unification de ces zones. A Kisangani, la reforme a connu un naufrage avec la prise de la ville par les "rebelles". Pour faire face aux besoins d'administration et au paiement de la solde des militaires, les "rebelles" ont exige que la Banque Centrale recycle le stock de nouveau zaire en instance d'incineration. Jusqu'a ce jour, les "rebelles" ont retire 170 milliards de NZ et 35 mille FC.

Ce naufrage a eu des consequences suivantes:

1. le rencherissement du cout du $ par rapport au FC qui est passe de 1,38 a 3,80 FC, soit un accroissement de 175,36 % ;

2. le prix des biens et services sur le marche a quintuple pour une population vivant deja dans la precarite ;

3. la suspension de fait des operations d'echange ;

4. les risques de contamination de la population en contact avec des coupures usees et gardees dans les coffres-forts de la Banque Centrale pendant pres de 3 mois. Le signe evident de ce risque est l'odeur nauseabonde que degagent ces billets ;

5. la reprise des activites de certaines banques ainsi que l'ouverture des comptes par les particuliers, a la faveur de l'echange, ont ete compromises ;

6. le refus des coupures de NZ dans les transactions a entraine de ce fait une decote de ces coupures par rapport au FC ; ainsi, un article achete en FC coute moins cher que s'il est acquis en coupures de NZ.

Tout ceci a eu forcement une incidence sur le panier de la menagere. Voici une illustration du panier de la menagere a Kisangani a partir de deux menus, le riz au sombe et le riz a la viande. Ces deux menus representent deux couches de la societe.

 

Panier de la menagere a Kisangani

A. Famille de 5 personnes. Menu : riz au sombe (feuille de manioc)

 

Produits Prix au 20/8/98 Prix au 23/11/98

Sombe (3 bottes) 15.000 NZ 105.000 NZ

Riz (2.5 kg) 150.000 NZ 250.000 NZ

Huile de palme (72 cl) 25.000 NZ 60.000 NZ

Braise 50.000 NZ 100.000 NZ

Ingredients 50.000 NZ 150.000 NZ

 

Savon 40.000 NZ 250.000 NZ

 

Total 330.000 NZ (, $)

915.000 NZ (3,05 $)

1$ = 140.000 NZ 1 $ =

300.000 NZ

 

 

B. Famille de 5 personnes . Menu : riz a la viande.

Produits Prix au 23/8/98 Prix au 23/11/98

3 kg viande 1.500.000 NZ 3.000.000 NZ

Riz (2,5 kg) 150.000 NZ

250.000 NZ

Huile vegetale (36 cl) 150.000 NZ 450.000 NZ

Braise 50.000 NZ

100.000 NZ

Ingredients 100.000 NZ 250.000 NZ

Savon 40.000 NZ

250.000 NZ

Total 1.990.000 NZ(14,2 $) 4.300.000

NZ(14,3 $)

1 $ = 140.000 NZ 1

$ = 300.000 NZ

Un professeur d'Universite qui touche 13.000.000 NZ (equivalant a 92,8 $ avant la guerre, et 42,3 maintenant) pouvait au mois de juillet offrir a sa famille 7 jours de simple repas (viande au riz, sans petit dejeuner.

Aujourd'hui, son pouvoir d'achat ne permet que 3 jours de repas par mois.

2. Destruction des infrastructures de production

Il existait a Kisangani une petite industrie qui deja avant la guerre tournait a 30% de sa capacite reelle.

Avant la guerre, certaines entreprises de production ont vu leurs infrastructures detruites du fait que des militaires rwandophones ont soustrait de maniere deliberee des pieces maitresses des equipements de base. Ils ont egalement emporte des biens de valeur. Il faudrait des investissements se chiffrant a des millions de dollars pour la reprise de leurs activites. C'est le cas de :

a) La Regie des Voies Aeriennes (R.V.A.) toutes les pi ces des pupitres commande de la Tour de Controle ont ete deconnectees ;

- 2 phonies de marque KENWOOD avec modules a longue portee HF ;

- Emetteurs recepteurs-radio de 2 centres d'emission ;

- les pieces maitresses de 2 groupes electrogenes de secours ;

- 2 batteries de secours; lampes aldins ;

- toutes les pieces maitresses des vehicules ;

- toute l'installation electrique ;

- un frigo de direction et tous les biens de l'aero-bar (congelateur, chaises, tables, chaine musicale, etc.) ;

- le mobilier et tous les dossiers administratifs detruits ;

- 8 talkies-walkies et chargeurs, 1 machine telex.

b) Lignes Aeriennes Congolaises (L.A.C.)

Sabotage du Chargeur FMC Pallet Container Loader par extraction des pieces maitresses (pompes d'injection, reservoir carburant, cartel huile de moteur) et destruction de l'installation electrique. Cet engin qui a la valeur de 4 camions Mercedes est le seul existant a Kisangani. Il n'y en a que quatre dans tout le pays.

Sabotage par extraction des pieces maitresses du groupe electrogene 115 qui alimente les avions en electricite.

Destruction de divers materiels se trouvant dans l'entrepot de l'aeroport de Bangboka.

c) AMEXBOIS

- 6 moteurs electriques de 15 a 30 CV ; un moteur 10 CV ;deux voitures (Hilux et Land Cruiser long chassis) ravies par les militaires et recuperees completement abimees ;

- 3 crics de 3O tonnes chacun, 1 batterie grand modele ;

- plusieurs materiels et pieces de rechange ;

- 15 portes des bureaux avec serrures a cylindre forcees ;

- une machine a ecrire mecanique avec moyen chariot ;

- un appareil phonie multifrequence ; 2 coffres-forts de fabrication locale et 5.000 $ voles au coffre-fort du Chef du Personnel ;

- des produits pharmaceutiques estimes a 3.500 $ ;

- deux microscopes, une caisse d'outillage ;

- 11 m3 de carburant et lubrifiant, la station de carburant cassee.

d) Station SHELL

Cette station de vente de carburant et lubrifiant situee au centre ville dans la Commune de Makiso, a vu une de ses trois pompes de service detruite par les militaires du RCD. Apres s'etre servi en carburant et s'etant rendu compte que la citerne etait vide, le chauffeur militaire a resolu d'emboutir la pompe en faisant marche arriere.

1. Fermeture ou reduction drastique des activites

A la suite de la guerre, les entreprises ont ferme ou reduit les activites de production.

a) LA FORESTIERE

La FORESTIERE est une societe d'exploitation de bois installee a 13 km du centre ville. Ses installations ont servi de camp militaire aux Rwandais qui en ont pille l'outil de production. Actuellement, elles abritent les troupes ougandaises.Le materiel et le mobilier de bureau ont ete emportes, le magasin des pieces de rechange est vide, les residences des cadres expatries sont occupees par des officiers ougandais. Certains biens pilles ont ete vendus a la population a vil prix.

b) AMEXBOIS

C'est une societe privee d'exploitation de bois dont la grande partie est exportee via Kinshasa. Depuis le 22 aout, l'exploitation est aux arrets. Le manque a gagner peut ainsi etre etabli :la scierie fournit par jour 20 m3 de bois (AFROMOSIA) pour une valeur marchande d'environ 10.140 $, soit 790.920 $ pendant un mois. Pour la production locale, la scierie offre environ 2 m3 de bois par jour, valorises a 500 $, soit 39.000 $ a ce jour.

Cet arret a des implications indirectes sur plusieurs secteurs de la vie en ville, a savoir :

- le retrecissement de la circulation monetaire a cause du chomage du personnel qui recoit pres de 714 $ en salaires ;

- le non-versement des contributions dues a l'Etat, notamment la C.P.R; le non-paiement des cotisations sociales dues a l'I.N.S.S. et a l'I.N.P.P. s'elevant trimestriellement a plus de 200.000.000 NZ.

c) SOTEXKI

La Societe Textile de Kisangani est une entreprise d'economie mixte du Groupe BEAUJOLAIS qui fabrique du tissu. Sa capacite de production reelle oscille entre 1.500.000 et 1.200.000 metres de tissu par mois.Au mois de juillet, sur la route de la reprise des activites, elle a produit 800.000 metres de tissu en dehors du projet de la production des WAX. Depuis la Guerre du RCD, la SOTEXKI a realise le plus bas score de sa production, soit 200.000 metres. C'est ainsi que 450 metiers a tisser sont a l'arret et seulement 10 machines sur 52 fonctionnent. Ce sous-emploi de l'equipement entraine l'accroissement des charges fixes non compensees par la production.

Bien que n'ayant pas ete pillee, la SOTEXKI a subi le contrecoup dans l'approvisionnement et intrants et dans la commercialisation. S'agissant de ce dernier point, la SOTEXKI est obligee actuellement de refaire tout son marche en s'ouvrant sur l'Est avec ce que cela implique comme difficultes dans le transport et la concurrence de la contrefa on.Avant la guerre du R.C.D., plus de 60% de sa production etaient vendus a Kinshasa.

L'etroitesse du marche de Kisangani et le bas pouvoir d'achat de la population sont tels que meme reduite au niveau actuel, la production de la SOTEXKI depasse la demande locale.N'eut ete la guerre, et a la suite de cette reprise du mois de juillet, la SOTEXKI aurait atteint 1.200 travailleurs en novembre 1998 pour produire jusqu'a 1.200.000 metres de tissu par mois. Aujourd'hui, elle ne garde que 292 personnes sur 800 du mois de juillet 1998.

 

d) ONATRA

L'Office national des Transports est une entreprise publique a caractere commercial et industriel. Il opere au port amenage au terminus du bief moyen du fleuve Congo.Ce port est d'un apport substantiel au developpement du 3eme pool economique du pays (la Province Orientale) en tant que carrefour des exportations et importations. En effet, c'est de Kisangani que partent tous les grands axes assurant la liaison avec l'interieur de la Province Orientale d'une part et avec les autres provinces d'autre part.

Les petits producteurs agricoles et piscicoles de la Province Orientale et de la Province soeur de l'Equateur utilisent les embarcations de l'ONATRA pour echanger leurs productions (cossettes de manioc, mais, poissons, riz, betail, etc.).Pendant ces cinq mois de guerre, toutes les activites de l'ONATRA ont ete bloquees, d'ou :

- la mise en chomage de 138 agents et travailleurs, soit 40.466 $ des remunerations non payees;

- l'immobilisation de trois bateaux qui naviguaient avec un total de 1.200 tonnes de marchandises, soit un manque a gagner de 48.000 $ a raison de 40 $ de fret la tonne ;

- a l'arrivee de chaque bateau, un ticket de quai est percu dont la hauteur journaliere est de 100 $. Le manque a gagner est donc de 12.000 $ maximum;

- a l'accostage des bateaux prives, les armateurs paient a l'ONATRA 1,34 $ par heure. Ce montant n'a pas pu etre encaisse a l'ONATRA, soit 3.858 $ maximum ;

- les bateaux prives louent aussi les grues de l'ONATRA pour la manutention des colis. Le montant journalier y afferent est de 50 $, soit un manque a gagner de 6.000 $ maximum ;

- l'impossibilite pour l'ONATRA de couvrir les frais fixes, a savoir l'energie electrique et l'eau s'elevant a 2.000 $ pour le quadrimestre en cours, faute de production ;

- plusieurs services generateurs de recettes n'ont pas pu prelever les cotisations et taxes dues a l'Etat. Il s'agit de l'OFIDA, l'O.C.C., l'Hotel de Ville et de la Province.

- de meme, une grouillante activite informelle se developpe autour du port dont la remuneration des services assure aux porteurs un pouvoir d'achat, si minime soit-il (dockers, petits revendeurs, transporteurs cyclistes ‘Toleka', etc.).

e) BRALIMA

La BRALIMA produit la biere et des boissons gazeuses. Depuis la delocalisation de l'UNIBRA en aout 1996, elle dispose du monopole de vente de boissons a Kisangani comme a l'interieur de la Province.La situation de guerre a oblige la BRALIMA a reduire sensiblement ses heures de travail passant de 8 a 5 heures par jour. D'ou un affaiblissement de la production et de chiffres des ventes:

- la biere Primus a connu une diminution de 69,59% de juillet a septembre passant de 22.236 a 6.777 casiers ;

- la boisson gazeuse denommee Soda n'a pas ete produite en septembre soit 100% de baisse) alors qu'en juillet, 516 casiers avaient ete mis sur le marche. Il en est de meme de la boisson sucree Coca Cola dont la production en juillet s'elevait a 10.391 casiers. C'est la boisson sucree la plus prisee de la population locale ;

- Fanta Orange et Fanta Grenadine, deux types de boissons sucrees, ont accuse durant la meme periode, respectivement une baisse de 82,29 % et une legere augmentation de 2,35 % ;

- 8.264 casiers de biere Primus ont ete vendus en septembre contre 21.849 en juillet, soit une baisse de 62,53 % ;

- une baisse de 51,08 % a ete enregistree sur la vente de la Fanta Orange, soit 1.698 casiers ecoules en septembre contre 3.471 en juillet ;

- une hausse de 87,38 % de vente a ete enregistree sur la vente de septembre en ce qui concerne la Fanta Grenadine par rapport au mois de juillet (1.812 casiers contre 967).

4. Asphyxie des approvisionnements

Les produits commercialises a Kisangani proviennent de Kinshasa (avion et bateaux), des Provinces voisines de l'Equateur (fleuve) et du Kivu (air et route) ainsi que des centres ruraux de la Province orientale (route, train et fleuve).

Il est a noter que les routes de la Province Orientale sont toutes dans un etat d'impraticabilite tres avance.Les produits manufactures de premiere necessite et les denrees alimentaires manquent cruellement dans la ville.

Ne pouvant plus etre en contact avec leurs fournisseurs en dehors de Kisangani, les grossistes ont vu, au fil des jours, s'etioler leurs stocks.

Du coup, un trafic d'influence juteux s'installe. Les autorites militaires et politico-administratives qui se disent porteuses de la bonne gouvernance, distribuent, a coup d'especes trebuchantes et sonnantes mais aussi sur base d'appartenance tribale, des recommandations pour achat aupres des maisons de commerce.

a) I.C.C.I.

Cette maison de commerce est un grand fournisseur du savon, du sel, de la farine et du sucre provenant de son siege de Kinshasa par bateau. Son stock etant epuise, la ville et ses environs souffrent de la carence de ces produits, ce qui a fait augmenter leur prix sur le marche

b) LA REGISESO

La REGIDESO qui distribue normalement 30.000 m3 d'eau par jour, n'en produit plus que moins de 10.000. Si les organismes caritatifs via l'Archidiocese de Kisangani n'avaient pas fourni gratuitement plus de 50 tonnes de produits de traitement d'eau (dont 30 le 26 septembre), la REGIDESO aurait ferme en septembre.

c) LA SOTEXKI

La SOTEXKI aurait ferme depuis 16 octobre a cause des difficultes d'approvisionnement en coton si ses responsables n'avaient pas resolu de reduire la production et d'etaler la consommation du peu de stock disponible.

Malgre cette precaution, l'exploitation ne peut pas continuer au-dela du mois d'avril 1999. En temps normal, la SOTEXKI consomme 10 tonnes de coton par jour. Le coton provient principalement du Tchad et de la R.C.A., alors que le Bas-Uele aurait pu lui fournir l'approvisionnement necessaire si les routes etaient praticables.

d) LA SORGERI

La SORGERI fabrique principalement du savon et l'huile de table a partir de l'huile de palme produite localement. Deja en butte a des difficultes de tresorerie, elle aurait pu tenir le coup si elle recevait regulierement comme avant, de quelques fournisseurs locaux, la soude caustique indispensable a la fabrication du savon. Les locaux de la SORGERI servent actuellement de camp aux militaires rwandais. Ceux-ci se sont beaucoup servis sur l'outil de production de l'entreprise.

e) QUELQUES MAISONS DE COMMERCE

Pourvoyeurs des produits manufactures et autres biens de premiere necessite, la BELTEXCO, I.C.C.I. , MIMCO, Economat du peuple et VITAMOUSSE sont en train de terminer leurs derniers stocks.

Le poisson congele "Thomson" bon marche avant la guerre, est invisible sur le marche. Le sel, le savon et les produits pharmaceutiques (surtout les anti-malaria) ne se vendent plus que chez les detaillants.

c) DISTRIBUTEURS DE CARBURANT

Les distributeurs de carburant et lubrifiant ont un stock qui ne peut aller au-dela du mois de decembre. La situation economique a la suite des affrontements armes est preoccupante. Tout presage son aggravation dans un avenir proche si la guerre perdure.

 

II. PROVINCE DU SUD-KIVU

II.2.1. LES MASSACRES

- Le lundi 03 aout 1998 vers 16 h 00 un groupe de 38 Officiers et une centaine de soldats des Forces Armees Congolaises, prealablement desarmes, ont ete assassines a l'aeroport de Kavumu entre autres officiers, nous retiendrons les noms de Mutshapa (commandant du 202eme bataillon) et du commandant Epelele. Ce massacre s'est realise avec la complicite fort remarquable du commandant Tshapulu PALANGA de la 222eme Brigade qui avait reçu des agresseurs une somme de 15.000 dollars US pour la facilitation et la realisation de ce forfait.

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