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Oui Madame Libambu, nous attendons toujours leur mea-culpa...
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Bernard Ilunga
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Chère compatriote,

Dans l’une de vos dernières livraisons vous disiez aux mobutistes : "Le peuple attend un mea-culpa franc et un pardon sincère. C’est ça la première étape". Plaise au Ciel qu’ils vous écoutent ! De toutes les façons, nous attendons tous d’eux la demande du pardon.

Nous voudrions qu’ils demandent pardon à tous ces pères et à toutes ces mères, à tous ces jeunes, ces enfants, ces vieillards qu’ils ont réduits en loques humaines durant leur longue période de règne. Nous voudrions qu’ils demandent pardon à toutes ces femmes privées, par eux, de leurs maris (assassinés, emprisonnés, exilés...). Nous voudrions qu’ils demandent pardon à tous ces enfants restés orphelins...

Nous voudrions qu’ils demandent pardon à toute cette cohorte d’étudiants envoyés dans l’au-delà tout simplement parce qu’ils avaient osé parler. Depuis les massacres de 69 à Kinshasa jusqu’à ceux de la nuit du 11 au 12 mai 90 à Lubumbashi... Il faut qu’ils demandent pardon aux familles lésées, aux compatriotes massacrés pour RIEN.

Nous voudrions qu’ils demandent pardon à ce journaliste qui eut l’unique tort d’avoir, malgré lui, plu à une dame de la cour royale... et qui fut, sans autre forme de procès, cueilli après la présentation du journal télévisé, conduit à la cour et obligé librement à épouser ladite dame, abandonnant ainsi sa femme et ses enfants.

Nous voudrions qu’ils demandent pardon aux professeurs Mudimbe, Ngandu Nkashama, à toutes ces élites, à tous ces intellectuels qu’ils ont contraignirent à l’exil tout simplement parce qu’ils refusèrent de "jouer le jeu". Qu’ils demandent également pardon à tous ces compatriotes qu’ils ont contraints à une vie de chien errant à travers le monde à la recherche de ce que leur pays, pourtant, ô Dieu, saturé de richesses, ne réussissait pas à leur donner.

Nous voudrions qu’ils demandent pardon aux chrétiens de Kinshasa tombés sous les balles de leurs tueurs le 16.02.92 (sous peu, c’est l’anniversaire...). Et qu’ils demandent pardon aux enseignants humiliés, et en général à tous les fonctionnaires de l’Etat qui ont, tous, souffert du SIDA (entendez : Salaire Impayé Depuis des Années) pendant leur longue règne satanique.

Nous voudrions qu’ils demandent pardon à cette maman, à ce papa qui étaient obligés de maquereauter leur fillette de 12 ans pour survivre... Qu’ils demandent pardon à Tshisekedi, et à tous les opposants qu’ils ont traqués, matraqués, ou, carrément, massacrés tout au long du règne luciférien du parti inique.

Comme vous le dites, madame Libambu, le mea-culpa n’est que la première étape. La deuxième, c’est de se tenir définitivement en dehors de la gestion de la "res publica". Ceux qui ont prouvé de façon notoire et éclatante leur incapacité à procurer le bonheur à leur peuple doivent, au minimum, avoir la décence de prendre congé de la politique. Mais que voyons-nous ? Ils utilisent toutes les combinaisons possibles pour revenir au pouvoir. Et certains sont déjà là, dans le cercle du pouvoir à Kinshasa ! Nous demandons, avec insistance, à ceux qui ont le pouvoir au pays de bouter hors de l’arène politique tous les hauts dignitaires du régime précédent. La réconciliation, d’accord ! Mais aussi la vérité, la justice. A défaut de les jeter en prison, qu’on les tienne parfaitement écartés du pouvoir, au moins par respect pour les quarante millions de congolais qu’ils ont contraints à vivre à genoux durant de nombreuses années de leur règne luciférien. Il y a des choses qui ne se négocient pas. Il faut une mise en quarantaine immédiate, parfaite, totale, irrévocable, éternelle des rejetons politiques de feu le Président-Fondateur du Congo, pardon, je voulais dire du MPR.

En clair, nous souhaitons ardemment, nous proposons qu’on vote quelque part au pays une loi qui interdise à toutes les grosses légumes du précédent régime de s’occuper des affaires de la Cité, c’est-à-dire de s’occuper de la politique. Nous proposons qu’on vote d’urgence une loi qui frappe d’inéligibilité perpétuelle tous les hauts dignitaires du défunt régime. Non, ces hommes qui ont pris en otage des millions de personnes pendant plusieurs années ne doivent assumer aucune fonction politique au pays, ni aujourd’hui, ni demain, ni jamais. Soyons sérieux, non ?

S’ils veulent servir leur pays, qu’ils le fassent autrement, en investissant par exemple dans le social. Qu’on nous comprenne bien ! Nous n’en voulons à personne. Nous demandons seulement que justice soit faite. Et encore, pas toute la justice ! Cela dit, nous sommes pour la réconciliation nationale, pour le pardon universel, si on veut ; nous sommes pour le retour de tous les collaborateurs de feu le président au pays ; surtout ceux qui vivent manifestement dans l’indigence là où ils se sont installés. Pour ma part, je ne m’opposerais vraiment pas à une amnistie générale en faveur de ces hommes en débandade... Mais nous refusons une réconciliation à peu de frais, pour ainsi dire. Nous refusons une réconciliation qui signifierait possibilité accordée aux malfaiteurs de rééditer leurs forfaits. Encore une fois, nous demandons aux tenants du pouvoir dans notre pays : boutez, s’il vous plaît, hors de l’arène politique tous les hauts dignitaires du défunt régime ! Et tenez-les-y jusqu’à la consommation des temps.

Vous avez lu, sur congonline, la déclaration politique du MPR, dit "fait privé". Mais le MPR, qu’il soit fait privé ou fait public ou fait semi-privé-semi-public, n’a plus droit de cité dans la Cité congolaise. Qu’on invente quelque part une loi qui, en bonne et due forme, condamne à une mort perpétuelle ce parti dont seulement le nom suffit à donner des cauchemars à bien de nos compatriotes. Le MPR doit dormir du sommeil éternel. Et cela au nom même de la démocratie, pour donner la chance à la démocratie... Tout de même, chers compatriotes !

Ayons le courage de la vérité.

B. Ilunga

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