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Le désir d’une vie bonne... La crise anthropologique du Congolais (suite).
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Bernard Ilunga
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Chers compatriotes,

Ceci est la suite du discours que nous avons initié sur ce forum il y a de cela deux mois. Pour rappel, dans l’article précédent, nous qualifiions d’essentiellement anthropologique la crise qui frappe de plein fouet notre pays. Et au terme dudit article, nous invitions tous nos compatriotes à participer au combat pour le sens de l’homme. Car, contrairement à l’animal, dont la vie est pour ainsi dire programmée par les instincts, l’homme, être doué de raison et de liberté, se construit, construit sa vie. Il se fait. Pour une bonne part, chacun est ce qu’il se fait. La vie d’un homme n’est jamais donnée, elle est à construire. La vie d’un homme est ainsi une production de sens. Sens entendu comme direction et signification.

Ce que nous disons ici d’un homme vaut aussi, mutatis mutandis, pour un pays. Chaque nation, digne de ce nom, doit produire du sens. Les hommes ne se mettent jamais ensemble pour rire... mais pour produire du sens, un sens à donner à leur vie. Toutes les oeuvres de culture, de l’art à la religion, en passant par la technique, les institutions socio-politiques, etc. sont des oeuvres de production de sens. Il est évident que l’organisation politique d’un pays joue un rôle-clé dans cette production de sens. Tant il est vrai que si elle est bonne, cette organisation politique favorisera, suscitera, canalisera cette production de sens. Au contraire, si elle est défectueuse, elle l’étouffera, la pervertira... Vous n’avez pas encore oublié, j’ose espérer, les dires de feu le président auto-proclamé, le Père de la Nation, le Timonier... selon lesquels l’enseignement au Zaïre était une cinquième roue. Et pourtant nul n’ignore la valeur de l’école dans la production de sens.

La vie bonne, dont nous voudrions parler maintenant, est une vie dans des institutions (politiques) justes, humaines. Paul Ricoeur, pour définir l’éthique, a cette phrase : "l’éthique c’est le souci d’une vie bonne, avec et pour les autres, dans des institutions justes". Donc, c’est clair : sans institutions justes, pas de vie bonne, et disons-le sans tergiverser, pas de vie humaine vraiment humaine. Car le désir de la vie bonne s’enracine dans ce que l’homme a de plus profond. En tant qu’homme, je ne m’accomplirai vraiment pas en dehors des institutions (politiques) justes. Or se réaliser en tant qu’homme, c’est le premier et le plus fondamental des devoirs humains.

La conclusion coule de source : le combat pour l’avènement des institutions justes a tôt fait de devenir un combat primordial, une urgence, une nécessité existentielle. Non, chers compatriotes, pour peu que l’on ait à coeur le désir de se réaliser en tant qu’homme, l’on ne peut pas ne pas, de quelque manière, s’immerger dans le combat pour l’avènement des institutions justes dans notre pays. Le combat politique, à l’heure qu’il est, chez nous, se confond avec le combat pour le sens de l’homme. Evidemment, nous ne disons pas maintenant que chacun doit forcément adhérer à un parti politique, envoyer des articles sur ce forum, tenir des meetings, penser à se présenter comme candidat aux élections... Non ! Il ne s’agit pas de cela. La première chose à faire, c’est s’imbiber de vertus patriotiques. Un citoyen, digne de ce nom, est prêt à mourir, si nécessaire, pour le bien de son pays. Clowns donc tous ces chefs des partis politiques qui invitaient leurs partisans à descendre dans la rue alors qu’eux-mêmes restaient claquemurés dans leur bunker. Chez nous au pays, et c’est cela notre malheur, les vertus patriotes, par exemple, sont substituées par des vertus tribalistes. On acclame ou on vilipende tel homme politique tout simplement selon qu’il est ou non de notre tribu. Le patriotisme n’a jamais fait, ne fera jamais bon ménage avec le tribalisme ou le racisme. Quand je visite tel site internet... et que je constate que les oiseaux qui y ululent sont presque tous de même plumage, je me dis à moi-même que nous sommes loin... je voudrais dire, passez-moi le terme, loin d’être civilisés. La civilisation entendue ici dans le sens de produire du sens.

La politique est donc essentiellement une éthique. Car elle est (ou devrait être) principalement au service de la vie. Le critère pour juger de la valeur d’une politique, c’est la promotion de la vie, c’est l’accomplissement de ce désir d’une vie bonne. Une politique viable, bonne est celle qui fait en sorte que le désir de la vie bonne, qui habite tout homme venant en ce bas monde, s’accomplisse le mieux possible. La démocratie, malgré ses travers, passe actuellement pour un système universellement préféré parce que, précisément, elle est la seule parmi les systèmes politiques en vigueur, qui réponde le mieux possible favorablement au désir de la vie bonne. Par voie de conséquence, un homme politique valable est celui qui travaille en cette direction. Donc, si vraiment je désire être un homme, je ne combattrai pas un tel président de mon pays parce que tout simplement il a le malheur (ou peut-être le bonheur) d’appartenir à une autre tribu ou une autre région que moi. Je ne m’alignerai pas derrière un tel chef de parti politique tout simplement parce qu’il a offert gratuitement trois verres de sel ou de sucre à mon épouse... Je verrai par contre si le programme d’action de ce président de mon pays ou de tel parti politique répond favorablement à mon désir d’une vie bonne. C’est cela le critère objectif de mes choix politiques. Et quand il s’agira d’aller voter, je me baserai là-dessus.

 

Le désir de la vie bonne signifie aussi la lutte contre la médiocrité, sous tous les rapports. Viser l’excellence ! Feu le cardinal Malula, d’heureuse mémoire, disait, dans une brochure, que l’un des principes de sa vie c’était justement viser l’excellence. Il disait, en vertu de ce principe, qu’il s’efforçait d’être toujours à la hauteur de sa tâche d’évêque. Que nos Ministres aient la phobie de la médiocrité. Que nos professeurs, malgré les conditions si difficiles dans lesquelles ils oeuvrent, soient à la hauteur de leur tâche. Que les parents fuient la médiocrité... c’est-à-dire, par exemple, ne pas jeter dans la rue, dès qu’il a atteint huit ans, l’enfant que vous avez mis au monde... On ne doit pas appeler un enfant à l’existence, puis le lâcher comme ça à la grâce de Dieu, c’est-à-dire dans la rue. Cela n’est pas produire du sens. Il ne faut pas le faire, chers parents. On me dira que c’est la conjoncture... Mais quand vous l’appeliez à l’existence, ne saviez-vous pas que la conjoncture était difficile ?

Conclusion : nous nous gardons de conclure... (à suivre donc).

Avec l’espoir que là où vous êtes, avec les moyens dont vous disposez, vous combattez activement et ardemment pour le sens de l’homme congolais, je vous présente, chers compatriotes sentiments patriotiques.

B. Ilunga

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