| Chers compatriotes, Ceci est la suite du
discours que nous avons initié sur ce forum il y a de cela deux mois. Pour rappel,
dans larticle précédent, nous qualifiions dessentiellement anthropologique
la crise qui frappe de plein fouet notre pays. Et au terme dudit article, nous invitions
tous nos compatriotes à participer au combat pour le sens de lhomme. Car,
contrairement à lanimal, dont la vie est pour ainsi dire programmée par les
instincts, lhomme, être doué de raison et de liberté, se construit, construit sa
vie. Il se fait. Pour une bonne part, chacun est ce quil se fait. La vie dun
homme nest jamais donnée, elle est à construire. La vie dun homme est ainsi une
production de sens. Sens entendu comme direction et signification.
Ce que nous disons ici dun homme vaut aussi, mutatis
mutandis, pour un pays. Chaque nation, digne de ce nom, doit produire du sens. Les hommes
ne se mettent jamais ensemble pour rire... mais pour produire du sens, un sens à donner
à leur vie. Toutes les oeuvres de culture, de lart à la religion, en passant par
la technique, les institutions socio-politiques, etc. sont des oeuvres de production de
sens. Il est évident que lorganisation politique dun pays joue un rôle-clé
dans cette production de sens. Tant il est vrai que si elle est bonne, cette organisation
politique favorisera, suscitera, canalisera cette production de sens. Au contraire, si
elle est défectueuse, elle létouffera, la pervertira... Vous navez pas
encore oublié, jose espérer, les dires de feu le président auto-proclamé, le
Père de la Nation, le Timonier... selon lesquels lenseignement au Zaïre était une
cinquième roue. Et pourtant nul nignore la valeur de lécole dans la
production de sens.
La vie bonne, dont nous voudrions parler maintenant, est une vie dans
des institutions (politiques) justes, humaines. Paul Ricoeur, pour définir
léthique, a cette phrase : "léthique cest le souci
dune vie bonne, avec et pour les autres, dans des institutions justes". Donc,
cest clair : sans institutions justes, pas de vie bonne, et disons-le sans
tergiverser, pas de vie humaine vraiment humaine. Car le désir de la vie bonne
senracine dans ce que lhomme a de plus profond. En tant quhomme, je ne
maccomplirai vraiment pas en dehors des institutions (politiques) justes. Or se
réaliser en tant quhomme, cest le premier et le plus fondamental des devoirs
humains.
La conclusion coule de source : le combat pour lavènement
des institutions justes a tôt fait de devenir un combat primordial, une urgence, une
nécessité existentielle. Non, chers compatriotes, pour peu que lon ait à
coeur le désir de se réaliser en tant quhomme, lon ne peut pas ne pas, de
quelque manière, simmerger dans le combat pour lavènement des institutions
justes dans notre pays. Le combat politique, à lheure quil est, chez nous, se
confond avec le combat pour le sens de lhomme. Evidemment, nous ne disons pas
maintenant que chacun doit forcément adhérer à un parti politique, envoyer des articles
sur ce forum, tenir des meetings, penser à se présenter comme candidat aux élections...
Non ! Il ne sagit pas de cela. La première chose à faire, cest simbiber
de vertus patriotiques. Un citoyen, digne de ce nom, est prêt à mourir, si
nécessaire, pour le bien de son pays. Clowns donc tous ces chefs des partis politiques
qui invitaient leurs partisans à descendre dans la rue alors queux-mêmes restaient
claquemurés dans leur bunker. Chez nous au pays, et cest cela notre malheur, les
vertus patriotes, par exemple, sont substituées par des vertus tribalistes. On acclame ou
on vilipende tel homme politique tout simplement selon quil est ou non de notre
tribu. Le patriotisme na jamais fait, ne fera jamais bon ménage avec le tribalisme
ou le racisme. Quand je visite tel site internet... et que je constate que les oiseaux qui
y ululent sont presque tous de même plumage, je me dis à moi-même que nous sommes
loin... je voudrais dire, passez-moi le terme, loin dêtre civilisés. La
civilisation entendue ici dans le sens de produire du sens.
La politique est donc essentiellement une éthique. Car elle est (ou
devrait être) principalement au service de la vie. Le critère pour juger de la valeur
dune politique, cest la promotion de la vie, cest laccomplissement
de ce désir dune vie bonne. Une politique viable, bonne est celle qui fait en sorte
que le désir de la vie bonne, qui habite tout homme venant en ce bas monde,
saccomplisse le mieux possible. La démocratie, malgré ses travers, passe
actuellement pour un système universellement préféré parce que, précisément, elle
est la seule parmi les systèmes politiques en vigueur, qui réponde le mieux possible
favorablement au désir de la vie bonne. Par voie de conséquence, un homme politique
valable est celui qui travaille en cette direction. Donc, si vraiment je désire être un
homme, je ne combattrai pas un tel président de mon pays parce que tout simplement il a
le malheur (ou peut-être le bonheur) dappartenir à une autre tribu ou une autre
région que moi. Je ne malignerai pas derrière un tel chef de parti politique tout
simplement parce quil a offert gratuitement trois verres de sel ou de sucre à mon
épouse... Je verrai par contre si le programme daction de ce président de mon pays
ou de tel parti politique répond favorablement à mon désir dune vie bonne.
Cest cela le critère objectif de mes choix politiques. Et quand il
sagira daller voter, je me baserai là-dessus.
Le désir de la vie bonne signifie aussi la lutte contre la
médiocrité, sous tous les rapports. Viser lexcellence ! Feu le cardinal
Malula, dheureuse mémoire, disait, dans une brochure, que lun des principes
de sa vie cétait justement viser lexcellence. Il disait, en vertu de ce
principe, quil sefforçait dêtre toujours à la hauteur de sa tâche
dévêque. Que nos Ministres aient la phobie de la médiocrité. Que nos
professeurs, malgré les conditions si difficiles dans lesquelles ils oeuvrent, soient à
la hauteur de leur tâche. Que les parents fuient la médiocrité... cest-à-dire,
par exemple, ne pas jeter dans la rue, dès quil a atteint huit ans, lenfant
que vous avez mis au monde... On ne doit pas appeler un enfant à lexistence, puis
le lâcher comme ça à la grâce de Dieu, cest-à-dire dans la rue. Cela nest
pas produire du sens. Il ne faut pas le faire, chers parents. On me dira que
cest la conjoncture... Mais quand vous lappeliez à lexistence, ne
saviez-vous pas que la conjoncture était difficile ?
Conclusion : nous nous gardons de conclure... (à suivre
donc).
Avec lespoir que là où vous êtes, avec les moyens dont vous
disposez, vous combattez activement et ardemment pour le sens de lhomme
congolais, je vous présente, chers compatriotes sentiments patriotiques.
B. Ilunga |