Parmi les nombreuses
analyses que nous avons pu lire, depuis le début de la salle guerre de lest, celle
à nous offerte par la société civile du Kivu est incontestablement la plus
équilibrée, la plus complète, la meilleure. Ce sont des gens qui vivent sur terrain les
affres de cette guerre qui nous en parlent, au risque de leur vie. Nous apprenons
dailleurs que sept des signataires de ce document seraient aux arrêts, au Kivu.
Quon les libère sans condition. Ils nont commis aucun crime. Ils ont voulu
tout simplement parler...
A part le plan de paix de ladite
société, une autre analyse de la situation équilibrée est celle de la Conférence
Episcopale Nationale du Congo. De toute évidence, sauf mauvaise foi, on ne peut accuser
ni les Evêques ni les huit signataires du document de la société civile du Kivu de
pencher pour lun ou lautre camp. Ils exposent les faits et proposent des
solutions.
Et si on les écoutait finalement ?
Que nous disent-ils, en gros ? Que la guerre doit finir, et le plus tôt cest
le mieux. Que la guerre doit finir au nom de lhomme, par respect pour la dignité de
lhomme. Quon écoute leur cri pathétique adressé à tous ceux qui peuvent
mettre un terme à cette guerre injuste.
Et les Evêques et la société civile du
Kivu proposent, pour ce faire, un tas de solutions que nous pouvons résumer en
deux : à lintérieur du pays, quon ouvre, de toute urgence, des
négociations avec lensemble des congolais (non seulement avec les partis politiques
qui ne représentent souvent rien ni personne, à part une poignée dhommes cupides
jusquau bout des ongles). Que le gouvernement engage donc sans tarder le processus
de réconciliation (je naime pas trop ce mot) nationale. Et dailleurs, ce
serait une arme puissante contre les "rebelles". Dans cette perspective,
quon libère les prisonniers politiques, quon cesse de traquer les
journalistes (qui ne demandent pas mieux que de faire leur travail). Evidemment, le
journalisme est régi par des normes. Donc si lun ou lautre des journalistes
venaient à enfreindre les lois de la République, quon lui intente un procès en
bonne et due forme au terme duquel il pourra soit être justement acquitté soit justement
inculpé selon quil aura ou non violé la loi.
Toujours dans la ligne de la
réconciliation nationale, quon lève linterdiction des partis politiques.
Mais, pour ma part, je naimerais pas encore quon retourne à la marmelade des
400 partis politiques. Il faut être sérieux ! Il nous faut moins de partis
politiques, mais qui soient des partis sérieux et vraiment politiques, cest-à-dire
non tribaux, régionalistes, et que sais-je encore. A ce compte-là, je proposerais
plutôt que le nombre des partis politiques ne dépasse pas le chiffre 50. Je suis même
tenté de dire quils doivent être moins de 30. Ce qui compte, cest la
qualité, non la quantité. Cependant, à notre avis, parmi les partis qui (re)naîtront,
ne doit aucunement figurer le MPR. Pour des raisons connues de tous, on ne doit pas
permettre que fonctionne de nouveau au pays ce parti dheureuse mémoire. On nous
dira que cest le MPR renouvelé, purifié... daccord ! Mais le serpent
reste serpent même après avoir opéré mille et une mues dans sa vie. Quon vote
quelque part une loi qui condamne à linexistence éternelle sur le sol congolais de
ce parti qui sest, à longueur dannées, caractérisé par des violations
massives des droits de lhomme et dautres crimes encore.
Sur le plan externe, les Evêques et la
société civile du Kivu proposent ici aussi que le feu des armes fasse place au dialogue.
Les Evêques proposent la tenue "dune conférence internationale sur les pays
des Grands Lacs". Le gouvernement de la RDC a limpérieux devoir de régler le
problème de cette guerre de la façon la meilleure possible pour notre pays. Sil
faut aller négocier, quon y aille, mais en sachant que il y a des choses qui ne se
négocient pas tels que lintégrité territoriale, le droit du peuple congolais de
se doter lui-même des dirigeants, etc. Mais si les négociations veulent dire aller
accepter la partition du pays, par exemple, ou souscrire à la volonté hégémonique de
nos voisins, alors, vaut mieux quon ny aille pas. Ensuite, les vrais
agresseurs ayant été ou sétant eux-mêmes démasqués, cest avec eux
quil convient de négocier directement. Que le gouvernement fasse tout pour que la
salle guerre finisse le plus tôt possible ; nos soeurs de lest ne doivent plus
continuer à être exposées comme ça au virus du sida, nos frères déportés...(à
suivre).
Bernard Ilunga. |