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La crise du Congolais ou le combat pour le sens de l’homme.
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Bernard Ilunga
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Chers compatriotes,

La crise multiforme qui frappe de plein fouet notre pays est à coup sûr le symptôme d’une autre crise, beaucoup plus profonde, celle-là. Oui, pour peu que l’on réfléchisse, l’on découvre à la racine de la crise actuelle, une autre bien plus terrible : la crise de l’homme congolais. Une crise qui saisit l’homme congolais à la racine même de son être. Appelons-la : crise anthropologique. Les multiples crises que nous connaissons actuellement ne sont, à bien y réfléchir, que des multiples manifestations de cette crise fondamentale.

Au regard de ce que nous vivons actuellement, chez nous au pays, on ne peut pas, pour peu qu’on fasse fonctionner sa raison, ne pas se poser des questions sur l’identité ou le sens de l’homme congolais. Qui sommes-nous, à la fin, pour que tout ce qui nous arrive ait pu nous arriver ? Quelle est notre densité d’homme ? Autrement dit, quelle est notre consistance, notre épaisseur anthropologique ? Le bien-être, dans tous les sens du mot, nous concerne-t-il réellement ? Quelles sont les valeurs qui gouvernent finalement notre vie ? Pour quelles raisons vivons-nous, et, éventuellement, sommes-nous prêts à mourir ? Non, on ne peut pas seulement vivre pour manger, boire, nous reproduire... c’est très mince ! La vie, chez nombre de nos compatriotes, se résume malheureusement en cela ; n’ayons pas peur de nous le dire. Le matin, au réveil, la première chose à laquelle on pense, c’est où et comment trouver à manger pour la famille ; le soir, tellement fatigué par la recherche du pain, on n’a pas le loisir de penser à autre chose, on se couche, et demain le cycle reprend.... Juste ciel, vivre ce n’est pas ça ! "L’homme ne vit pas seulement du pain", dit l’Evangile. C’est très juste. Mais pour ne pas seulement vivre du pain, il faut justement en avoir. L’homme qui n’a pas de pain, vit seulement de pain ! L’expérience le prouve. Le souci permanent, disons l’obsession, de ceux qui n’ont pas de pain, c’est précisément le pain, comment le trouver.. Et finalement on ne vit que pour le pain. C’est dire que plus du 4/5 des préoccupations de ceux qui n’ont pas de pain, c’est justement le pain, et cela presque toute la vie.... J’exagère à peine.

C’est dans ce contexte qu’il nous faut poser la question sur le sens de l’homme congolais. Prenons le terme de sens dans sa double acception. D’une part, sens signifie signification, d’autre part, direction. La question devient alors : quelle est la signification et la direction de l’homme congolais ? Autrement dit, qui sommes-nous et où allons-nous ? Et notre effort de répondre à cette question marquera le début de ce que nous appelons le combat pour le sens de l’homme. Tant il est vrai qu’il nous faut éradiquer le mal à la racine. N’ayons pas peur de dépister nos maladies. La misère actuelle, qui frustre notre désir de vivre, n’est pas une fatalité, tant s’en faut. Elle provient de ce dysfonctionnement structurel anthropologique dont nous sommes frappés. Et c’est par là qu’il faut commencer pour améliorer nos conditions de vie. Il y a des années, dans une telle église de l’est de notre pays, j’entendais les fidèles chanter un dimanche : "Tunaishi kwa neema bure" (nous vivons seulement de la grâce de Dieu, sous-entendu). Oui, nous vivons de la grâce de Dieu, mais aussi de notre effort quotidien pour vivre mieux. Nous sommes ce que nous nous voulons et nous faisons. Comme l’a dit un penseur, "l’homme trouve dans la vie ce qu’il y met". Nous sommes fils et filles de nos oeuvres (de ce que nous faisons)... Ce que nous faisons détermine le sens (signification et direction) de notre vie.

Investir sur l’homme, c’est la condition sine qua non du développement, du moins un développement qui se veut vraiment humain. Chez nous, il nous faut (re)commencer à former l’homme. Miser sur l’éducation familiale et scolaire devient plus que jamais une urgence. Mais la question bondit : quelle école et quelle famille sont capables d’assurer ce type d’éducation aux enfants et aux jeunes à l’heure qu’il est chez nous au pays ? Vu que la famille est la première entité socio-politique à subir affreusement les conséquences de la crise multidimensionnelle dont nous avons parlé ci-dessus. Les Eglises, les artistes, les associations socio-politiques ou même tribales (puisqu’il y en a), ne peuvent-ils pas prendre sur eux de (ré)former l’homme congolais ? Et nous-mêmes qui nous exprimons sur ces forums, au lieu de nous lancer des insultes ou de nous tirer des boulets les uns sur les autres, ne convient-il pas plutôt de nous investir dans cette noble mission ? Les bonnes idées, c’est comme de la graine semée : ça finit par porter des fruits, encore qu’il faille être patient dans l’attente desdits fruits.

Pour ne pas être trop long, et ainsi ennuyer le lecteur, nous nous arrêtons par ici pour aujourd’hui. Nous serions on ne peut plus heureux si les questions posées dans cet article suscitaient quelques réactions de la part de nos compatriotes. La crise socio-politique, qui fait bouillir à cent degrés les passions, sur nos forums, a ses racines dans ce que nous avons appelé la crise anthropologique du Congolais. Et, redisons-le, c’est par là qu’il faut commencer... Car, qui sommes-nous pour que des petits pays comme le Rwandais, l’Ouganda et le Burundi nous envahissent comme ça et s’installent chez nous voilà déjà quatre mois ? Qui sommes-nous pour que nous ne réussissions pas jusqu’à maintenant à nous doter des dirigeants que nous voulons (via les éléctions) ? Qui sommes-nous pour que nous comptions parmi les plus pauvres populations du monde alors que nous avons absolument tout ce qu’il faut pour figurer parmi les plus riches ? Qui sommes-nous pour que l’avenir de notre pays nous intéresse si peu ? Bref, quelle est notre épaisseur d’homme ?

Chers compatriotes, où que vous soyez et avec les armes dont vous disposez, participez au combat pour le sens de l’homme congolais. Il ne me reste qu’à vous dire...

Patriotiquement vôtre,

Bernard Ilunga.

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