Il y a différentes
manières de lire et dinterpréter les récents événements qui ont marqué
lAfrique subsaharienne.
Je voudrais proposer une interprétation
qui soit dabord empreinte dune profonde estime pour les efforts continus des
peuples dAfrique à défendre leur autonomie et leur dignité tout en maintenant,
avec lEurope, des relations déchange et de coopération exemptent de
revanchisme suite aux anciens rapports coloniaux.
Cette interprétation veut aussi intégrer
deux événements récents aux conséquences majeures pour lAfrique tout entière.
Le premier constitue lune des plus extraordinaires victoires pour lhumanité
sagissant de la fin de lApartheid ; lautre, lune de ses pages
les plus noires, laboutissement dune politique conduisant, au Rwanda, à
lun des trois grands génocides de ce siècle.
Aujourdhui encore, ces deux
événements peuvent être considérés comme le pôle positif et le pôle négatif entre
lesquels évolue lAfrique noire.
Les crises politiques multiples, les
guerres, les déchirements et dérives ethniques, les effets désastreux pour les
populations locales entraînées dans des aventures mortifères et des conséquences
effrayantes tant pour leur bien-être que sur la destructuration du tissu socioculturel et
environnemental peuvent être interprétées comme les dérives absolues dun
continent devenu ingérable. La même notion de crise et lhistoire de ce 20ème
siècle en Europe devraient aussi faire réfléchir, Africains et Européens, sur le fait
que toute crise porte en elle les germes dun devenir.
LEurope, pour sortir des deux
guerres de ce siècle et dun double génocide, a eu besoin de toute lénergie
conjuguée des résistants antifascistes et de tous ceux que la lutte contre le racisme et
la xénophobie pouvaient mobiliser pour construire une société fondée sur un nouvel
espace européen de citoyenneté trop souvent confondu avec le Marché Commun.
LAfrique, en sortant de lère
coloniale, a contribué à forger une nouvelle approche du droit et des responsabilités
des Nations au sein des comités ad hoc de lorganisation des Nations Unies. Cette
approche a souvent été contrecarrée par la volonté des Européens de maintenir
lAfrique sous contrôle et ce au prix des pires violations des droits africains.
LEurope, après 1945, pour se
reconstruire et, par étapes, aboutir à lUnion européenne a bénéficié
daide considérable notamment les rentes coloniales mais aussi, vu sa position
géopolitique durant la guerre froide Est-Ouest, de laide et des appuis Nord
américains.
LAfrique, maintenue en létat
de réservoir de richesses pour lEurope, a été écartée des progrès de
lhumanité et du développement autocentré avec, pour conséquence, que tout au
long du siècle elle a payé à lEurope quatre fois plus de richesses quelle
nen na jamais reçues. LAfrique centrale ex-belge fut, à cet égard, un
modèle particulièrement éclairant et cynique de la manière dexploiter les
populations noires et duser de leurs richesses.
La crise africaine aujourdhui, on ne
le dit pas suffisamment, mobilise, par delà les forces de destruction, des forces
remarquables de propositions, dengagements, des énergies intellectuelles, sociales
et culturelles exceptionnelles que les événements ont tendance à occulter.
Le refus dune certaine fatalité ou
du découragement induit par ceux qui, parfois à juste titre, ont vu leurs efforts de
reconstruction africaine seffondrer, doit mobiliser des énergies africaines et
européennes pour, ensemble, tracer les contours dun nouveau partenariat pour
activer la sortie de la crise et permettre aux Africains de consacrer leurs compétences
et les richesses naturelles à leur développement.
"LAfrique aux Africains"
est donc un noble objectif auquel lEurope se doit de contribuer car,
aujourdhui encore, nombre de maux africains trouvent leurs origines en Europe ou
sont la conséquence du leg colonial.
Ce sont les Africains qui construiront
leur sécurité, leur coopération régionale, leur bien-être et qui prendront leur place
dans léconomie mondiale. Ceci ne doit pas empêcher la coopération euro-africaine
de permettre au sous continent noir africain de parcourir les étapes indispensables à la
paix et la mobilisation des moyens techniques et financiers de la reconstruction et le
développement.
Cest en ce sens que nous devons nous
préoccuper de notre contribution à la fin de la guerre dans lAfrique des Grands
Lacs et dans les pays frontaliers du Congo.
LUnion européenne, qui est à la
traîne des Etats-Unis dans de nombreux dossiers y compris à ses propres frontières, se
doit, à très court terme, dêtre moteur dune réaction appropriée du
Conseil de Sécurité à la paix et à la sécurité aux frontières et dans les pays
dAfrique centrale. Un plan euro-africain pour la paix, la sécurité et le
développement en Afrique subsaharienne sous contrôle de lO.U.A. et de
lO.N.U. est imaginable et peut être concrétisé durgence.
En 1985, sous limpulsion
dEuropéens visionnaires, comme Edgar Pisani, un programme "Afrique 2000"
avait été débattu aux Nations Unies.
A la veille de lan 2000, un tel
programme simpose plus que jamais comme une exigence éthique pour la promotion des
droits des gens en Afrique.
Pierre Galand
Président du C.N.C.D.
4 janvier 1999 |