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Afrique 2000

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Pierre Galand

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Il y a différentes manières de lire et d’interpréter les récents événements qui ont marqué l’Afrique subsaharienne.

Je voudrais proposer une interprétation qui soit d’abord empreinte d’une profonde estime pour les efforts continus des peuples d’Afrique à défendre leur autonomie et leur dignité tout en maintenant, avec l’Europe, des relations d’échange et de coopération exemptent de revanchisme suite aux anciens rapports coloniaux.

Cette interprétation veut aussi intégrer deux événements récents aux conséquences majeures pour l’Afrique tout entière. Le premier constitue l’une des plus extraordinaires victoires pour l’humanité s’agissant de la fin de l’Apartheid ; l’autre, l’une de ses pages les plus noires, l’aboutissement d’une politique conduisant, au Rwanda, à l’un des trois grands génocides de ce siècle.

Aujourd’hui encore, ces deux événements peuvent être considérés comme le pôle positif et le pôle négatif entre lesquels évolue l’Afrique noire.

Les crises politiques multiples, les guerres, les déchirements et dérives ethniques, les effets désastreux pour les populations locales entraînées dans des aventures mortifères et des conséquences effrayantes tant pour leur bien-être que sur la destructuration du tissu socioculturel et environnemental peuvent être interprétées comme les dérives absolues d’un continent devenu ingérable. La même notion de crise et l’histoire de ce 20ème siècle en Europe devraient aussi faire réfléchir, Africains et Européens, sur le fait que toute crise porte en elle les germes d’un devenir.

L’Europe, pour sortir des deux guerres de ce siècle et d’un double génocide, a eu besoin de toute l’énergie conjuguée des résistants antifascistes et de tous ceux que la lutte contre le racisme et la xénophobie pouvaient mobiliser pour construire une société fondée sur un nouvel espace européen de citoyenneté trop souvent confondu avec le Marché Commun.

L’Afrique, en sortant de l’ère coloniale, a contribué à forger une nouvelle approche du droit et des responsabilités des Nations au sein des comités ad hoc de l’organisation des Nations Unies. Cette approche a souvent été contrecarrée par la volonté des Européens de maintenir l’Afrique sous contrôle et ce au prix des pires violations des droits africains.

L’Europe, après 1945, pour se reconstruire et, par étapes, aboutir à l’Union européenne a bénéficié d’aide considérable notamment les rentes coloniales mais aussi, vu sa position géopolitique durant la guerre froide Est-Ouest, de l’aide et des appuis Nord américains.

L’Afrique, maintenue en l’état de réservoir de richesses pour l’Europe, a été écartée des progrès de l’humanité et du développement autocentré avec, pour conséquence, que tout au long du siècle elle a payé à l’Europe quatre fois plus de richesses qu’elle n’en n’a jamais reçues. L’Afrique centrale ex-belge fut, à cet égard, un modèle particulièrement éclairant et cynique de la manière d’exploiter les populations noires et d’user de leurs richesses.

La crise africaine aujourd’hui, on ne le dit pas suffisamment, mobilise, par delà les forces de destruction, des forces remarquables de propositions, d’engagements, des énergies intellectuelles, sociales et culturelles exceptionnelles que les événements ont tendance à occulter.

Le refus d’une certaine fatalité ou du découragement induit par ceux qui, parfois à juste titre, ont vu leurs efforts de reconstruction africaine s’effondrer, doit mobiliser des énergies africaines et européennes pour, ensemble, tracer les contours d’un nouveau partenariat pour activer la sortie de la crise et permettre aux Africains de consacrer leurs compétences et les richesses naturelles à leur développement.

"L’Afrique aux Africains" est donc un noble objectif auquel l’Europe se doit de contribuer car, aujourd’hui encore, nombre de maux africains trouvent leurs origines en Europe ou sont la conséquence du leg colonial.

Ce sont les Africains qui construiront leur sécurité, leur coopération régionale, leur bien-être et qui prendront leur place dans l’économie mondiale. Ceci ne doit pas empêcher la coopération euro-africaine de permettre au sous continent noir africain de parcourir les étapes indispensables à la paix et la mobilisation des moyens techniques et financiers de la reconstruction et le développement.

C’est en ce sens que nous devons nous préoccuper de notre contribution à la fin de la guerre dans l’Afrique des Grands Lacs et dans les pays frontaliers du Congo.

L’Union européenne, qui est à la traîne des Etats-Unis dans de nombreux dossiers y compris à ses propres frontières, se doit, à très court terme, d’être moteur d’une réaction appropriée du Conseil de Sécurité à la paix et à la sécurité aux frontières et dans les pays d’Afrique centrale. Un plan euro-africain pour la paix, la sécurité et le développement en Afrique subsaharienne sous contrôle de l’O.U.A. et de l’O.N.U. est imaginable et peut être concrétisé d’urgence.

En 1985, sous l’impulsion d’Européens visionnaires, comme Edgar Pisani, un programme "Afrique 2000" avait été débattu aux Nations Unies.

A la veille de l’an 2000, un tel programme s’impose plus que jamais comme une exigence éthique pour la promotion des droits des gens en Afrique.

Pierre Galand

Président du C.N.C.D.

4 janvier 1999

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