| Y-a-t-il une société civile crédible
en RDC? |
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| J. Tshimona Bitoke |
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Depuis un moment, des conférences sur la paix se tiennent à
l'étranger à l'instigation des compatriotes se réclamant de la société civile. Ces
derniers demandent l'arrêt de la guerre et le début des négociations avec les
rébellions. J'ai dernièrement croisé dans Une capitale africaine, mon pays
d'affectation, une de ses délégations qui m'a remis des papiers soutenant la thèse des
négociations.
Comme le compatriote Marcel Kabundi, je reste sur ma foi à la lecture de cette abondante
littérature. A mon avis, il manque du réalisme dans ces initiatives.
1. Il ne sert à rien de crier sur tous les toits s'il n'y a pas une stratégie réaliste
et réalisable à la base. Ces cris et ses résolutions risquent de rester lettre morte
comme c'est souvent le cas avec des nombreuses résolutions de l'ONU et de l'OUA.
2. Le vrai combat de la société civile congolaise doit être menée à l'intérieur de
la RDC d'abord. La société civile doit se rendre crédible, en se donnant une mission,
une éthique, un discours et une structure. Son combat doit être mené au niveau de
l'instauration d'une vraie culture politique, de la correction de la faillite morale dont
souffre la société congolaise, de la défense de l'intérêt général et du respect de
la légalité.
On peut commencer par des petites choses (Dieu lui-même n'a-t-il pas fait de grandes
choses avec ce qui était petit ?) : apprendre aux jeunes le respect de la loi et des
bâtiments publics, les vertus du travail bien fait et mérité, convaincre les
étudiantes de ne pas coucher avec les profs pour passer de classe, encourager le mariage
mixte pour créer Ube nation,
revaloriser la fonction enseignante, apprendre aux fonctionnaires de travailler huit
heures par jour, convaincre les Congolais à vivre honnêtement, etc.
Notre société civile n'est aujourd'hui crédible en ce qu'elle n'a pas d'actions
concrètes sur le terrain, à l'exception des conférences bidons sur les doits de l'homme
et des déclarations publiques.
4. L. Senghor par exemple a contribué à créer au Sénégal, avec l'aide des confréries
musulmanes et des partis politiques, de bonnes prémisses pour la création d'une
société civile crédibles. Les églises peuvent également faire de même en RDC.
Souvenez du 12 février 1992 : la mobilisation des églises et la marche des chrétiens
est un évènement important dans le processus démocratique de notre pays.
Certes, notre pays n'a pas les moyens de s'engager dans une longue guerre populaire, sans
que cela ne borde et cause des dégâts encore plus importants qui vont retarder
considérablement la reconstruction. Mais cela ne veut pas dire non plus qu'il faut
laisser les Rwandais et compagnie nous déculotter et nous humilier.
5. A mon avis la démarche actuelle est très désordonnée. Elle dénote plus d'une
volonté de certains compatriotes de se positionner pour un poste ministériel ou autre
sous la houlette de la société civile, comme l'ont fait Pierre Lumbi, Eboma et machin.
6. Il est évident que l'on ne peut pas négliger la pression extérieure sur le régime
de Kabila et les rébellions dans la recherche de la paix, mais consolidez aussi vos
actions au pays, devenez un vrai groupe de pression, un garde fou de la légalité
institutionnelle (pas seulement des droits de l'homme) et un contre pouvoir.
Mon ami Guillaume Ngefa, tête d'affiche de cette démarche (que j'aime bien parce que
collègue de promotion avec qui on avait crée à l'UNIKIN en 1988, la renaissance des
étudiants nationalistes REN) doit se résoudre de rentrer à Kinshasa pour mener un
combat de terrain pour la défense des droits de l'homme et de la démocratie.
7. Loin de nous l'idée de décourager les bonnes volontés au sein de la société civile
naissante, nous voulons surtout les exhorter à travailler durement et à être surtout
réaliste dans leurs propositions. Abandonnez le discours creux, appuyez-le sur du concret
et les congolais vous seront reconnaissants.
J. Tshimona Bitoke |
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