| Les Tutsi victimes des
ambitions démesurées de leurs dirigeants |
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| Tshimona Bitoka |
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Depuis la chute du Royaume du Rwanda, jamais
les Tutsi n'ont été aussi mal servis par leurs propres dirigeants. La révolution hutu
de 1959 a inauguré, sous le régime Kayibanda, la répression des Tutsi. Arrivée au
pouvoir en 1973, le Général Juvénal Habyarimana avait, à ses débuts, assurer la
protection de la minorité tutsi, dont certains membres avaient même exercé des
fonctions politiques.
A cette époque, le Général Habyarimana avait fait ni plus ni moins, ce qu'ont fait
certains autres régimes africains qui redoutaient les menaces d'une ethnie, d'un clan ou
d'une partie de sa communauté. Mobutu l'avait fait avec les Kasaiens, Arap Moi avec les
Kikuyu, Museveni avec les Baganda, Dos Santos avec les Bailundu, Bongo avec les Fan et,
dans une certaine mesure, Diouf avec les Diola, etc.
A la suite de l'attaque du Front patriotique rwandais (FPR) en octobre 1990, les positions
du clan au pouvoir au Rwanda s'étaient radicalisées, à l'égard des Tutsi et de tout
Hutu qui pêchait la modération et la prise en compte des revendications de la diaspora
tutsi. Ceci se solda par le génocide d'environ un million des Tutsi et des Hutu modérés
en 1994.
LES DIVISIONS DES TUTSI
Arrivé au pouvoir au Rwanda en juillet 1994, le FPR n'échappa pas à la règle de la
chasse et la terreur de l'ennemi intérieur. Au Rwanda, les Hutu ont globalement été
accusés de génocide. Certains Tutsi survivants du génocide ont été accusé des
complices des "génocidaires". Ils ont été tués ou contraints à l'exil
forcé. De Même la classification des Tutsi fut instaurée de facto. En haut de
l'échelle figuraient les Tutsi venus de l'Ouganda, vainqueurs de la guerre, et ceux de la
diaspora. Ensuite, les Tutsi venus du Burundi. Enfin, viennent les Tutsi en provenance du
Zaïre, classés en bas de l'échelle de la nouvelle société naissante.
Les discriminations et les injustices engendrées par cette classification de facto
engendra déjà en 1995, un problème qui menaçait l'éclatement de la cohésion
apparente des Tutsi du Rwanda.
Que ce soit au Rwanda ou au Burundi, il existe d'énormes divergences voire des
contractions entre les clans tutsi au pouvoir sur les options politiques à prendre. Si
ces contradictions sont apparentes au Burundi, par la confrontation entre Buyoya et
Bagaza, tous les deux ressortissants de la province de Bururi, les divergences au sein du
FPR sont gérées avec Une grande discrétion. "Il ne faut surtout pas montrer nos
divergences à
l'ennemi".
Pour les militaires, véritables détenteurs du pouvoir politique au Rwanda, toutes les
occasions sont mises à profit, pour nettoyer l'armée et le parti, des officiers et des
cadres qui critiquant l'option du "tout militaire ou des solutions militaires".
Sous divers motifs, principalement celui de complicité avec les
"génocidaires", arme fatale des Tutsi, les Tutsi modérés disparaissent
purement et simplement.
LE ROI EST MORT, VIVE LES ROIS
La rébellion de Kabila a permis de retarder l'éclatement des divisions tutsi au Rwanda.
Museveni et Kagame, véritables rois tutsi, ont trouvé dans cette rébellion, une
nouvelle occasion de mobiliser les Tutsi autour d'un nouvel objectif : la création d'une
zone de sécurité allant de l'Ouganda à la RDC, en passant par le Rwanda et le Burundi.
Certains y ont même vu la constitution du fameux "Empire Hima". Ambitions
démesurées aux conséquences néfastes pour les Tutsi dans une Afrique qui tient encore
aux frontières héritées de la colonisation.
Par la force militaire, les dirigeants de "l'international tutsi" par Kabila
interposé, ont détruit la menace d'agression que représentait la présence des
anciennes forces armées rwandaises et des milices interhamwe dans les camps des
réfugiés au Kivu. Ils ont aussi ordonné les massacres de civils Hutu dans l'est de
l'ex. Zaïre.
Malheureusement, les Américains les ont laissé faire. Comme par hasard, les puissants
satellites américaines et les soldats canadiens envoyés au Kivu dans la perceptive
d'être déployés dans l'est du Zaïre, n'arrivèrent pas à filmer les massacres
d'environ 200.000 réfugiés hutu à Tingi-Tingi et à Mbandaka, pourtant dénoncés par
les humanitaires. Notre point de vue personnel est que le contre génocide des Hutu est
déjà réalisé.
Malheureusement pour les Tutsi et leurs alliés américains, depuis ces massacres, les
factions rebelles hutu n'ont jamais été aussi bien organisées. Les régions de
Ruhengeri et de Gisenyi sont régulièrement en proie à des attaques. Les régions du
Burundi rurales sont constamment attaquées par les rebelles de la FDD, du Palipehutu et
Frolinat. L'Ouganda n'est pas non plu épargné par les attaques des "fous du
seigneur" de LRA. D'aucuns soutiennent que les rebelles hutu rwandais coopéraient
même militairement avec leurs collègues burundais.
L'occupation actuelle des régions de l'Est congolais par les forces rwandais et
ougandaise, sous prétexte de prévenir les attaques du Rwanda, du Burundi et de
l'Ouganda, ne fait qu'à ajouter à la confusion. Nombreux sont les observateurs qui
pensent que les rebellions rwandaise, ougandaise et burundaise opèrent surtout à
l'intérieur de leurs frontières nationales.
LA POLITIQUE DE "TOUT MILITAIRE" EST SANS ISSUE
Après l'intervention des Tutsi à l'est de la RDC, aux côtés de leurs cousins germains
Banyamulenge et les réactions congolaises et africaines qui s'en sont suivies, montrent
une volonté africaine de stopper les ardeurs "pouvoiristes et expansionnistes"
tutsi dans la région des Grands Lacs. Ceci dessert inévitablement la cause des Tutsi.
Leurs dirigeants cultivent l'image des arrogants voulant à tout prix imposer leur dictat.
A long terme, Ils ne pourront pas toujours se prévaloir d'être victimes du génocide
pour justifier leurs agissements.
A long terme, "l'excuse du génocide" sera vidée de son aspect sensationnel.
Ils devront, comme les juifs avec les Palestiniens, pourtant financièrement plus forts,
militairement plus soutenus et fortement organisés qu'eux (les Tutsi), négocier avec la
majorité hutu.
La politique du "tout militaire ou des solutions militaires" défendue par les
Tutsi est sans issue. Elle ne fera que conforter les Hutu dans leurs convictions
"génocidaires" et dans leur lutte visant à occuper des espaces de liberté au
Rwanda et au Burundi. Tous les Hutu ne sont "génocidaires". De plus, il ne
manque pas des interlocuteurs hutu avec qui négocier. Le Rassemblement
démocratique rwandais, Faustin Ntuagiramungu, etc. sont autant des interlocuteurs qui
n'attendent qu'Ube négociation sérieuse avec le FPR.
En dépit de ce qu'on dit de lui : putschiste, complice dans l'assassinat de M. Ndadaye,
Buyoya semble avoir compris l'importance de la négociation avec les Hutu. Les Tutsi
doivent l'encourager dans ce sens. Des coups de pouce américains sont aléatoires. On ne
peut pas y compter dans la durée. Hier Mobutu et aujourd'hui Pinochet, en savent quelque
chose.
Sous les allures de grands stratèges, Kagame et Museveni, sont les fossoyeurs de la cause
tutsi. Au-delà de la défense des intérêts vitaux des tutsi, ils jouent surtout leurs
cartes personnelles.
Qui avait tué Fred Rugema ? Si Museveni n'avait pas aidé Kagame à renter chez lui, ce
dernier aurait pris sa place en Ouganda.
Il est temps que les tutsi dénoncent les turpitudes de leurs dirigeants. Leur survie en
dépend.
Tshimona Bitoka |
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