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Kabila, où allons-nous ?
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Lwakale Mubengay Bafwa
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1. De frustrations diffuses à la résistance organisée

De Léopold II à Mobutu, les puissants groupes financiers occidentaux ont toujours su comment installer et entretenir des régimes de prédation sur le riche territoire du Congo. Mais, l'une des terres les plus riches de la planète et véritable scandale géologique, le Congo est également célèbre en tant que fastueux creuset des nationalistes révolutionnaires. A ce propos, l'Histoire retiendra que les premières résistances congolaises à la domination occidentale remontent aux premières heures de prime contact. A l'époque, des chefs traditionnels des principaux peuples à structure administrative très centralisée, tels les Luba de Kasonga-Nyembo ou les Yaka de kiamfu s'illustrèrent non seulement comme de grands résistants, mais aussi comme de brillants guerriers qui offrirent de sérieuses répliques aux envahisseurs.

Les mouvements messianiques et les cultes syncrétiques, qui fleurirent à profusion depuis l'ère léopoldienne jusqu'à ce jour, montrent à suffisance la vitalité d'un peuple en état permanent de résistance à toute tentative de sa mise en dépendance et sa richesse insondable d'imaginer des voies et moyens de ne pas accepter indéfiniment le statut de tutelle. L'assimilation aisée et rapide de la culture occidentale renforça lestement cette tendance à la résistance et à la contestation pour favoriser l'éclosion des subtiles révolutionnaires politiques de temps modernes. Quatre figures emblématiques marquent désormais l'histoire congolaise à ce niveau. Nous pensons notamment et en premier lieu à Simon Kimbangu et sa défense spirituelle du Congo dans les années 20. En deuxième lieu, nos éloges vont droit au chef de la révolte militaire de Luluabourg en février 1944, le patriote Karamushi, qui fut le premier Congolais à défier l'Etat colonial en proclamant unilatéralement l'indépendance du Congo. En troisième lieu, nos pensées s'évanouissent dans le grand personnage révolutionnaire qu'incarne à jamais le héros incontesté de la décolonisation du Congo, Patrice-Emery Lumumba et principal acteur de la conscientisation générale aux nationalisme et patriotisme congolais. Enfin, ancien compagnon de lutte et héritier spirituel de Lumumba, Laurent-Désiré Kabila a aujourd'hui la charge et l'obligation d'achever la noble entreprise que ses illustres prédécesseurs ont ainsi amorcée.

2. D'indiscutables atouts politiques à portée de la main

Avec une quarantaine d'années de maquis à l'actif d'une longue vie de lutte, qu'on le veuille ou non, Kabila est réapparu sur la scène politique congolaise avec une image largement positive du plus grand résistant congolais de tous les temps. Fraîchement auréolé par la somptueuse campagne militaire de 1996 - 1997, qui mit un terme au régime prédateur de l'exécrable dictateur Mobutu, Kabila réussit à associer le prestige de la détermination patriotique et nationaliste à la finesse des grands stratèges politiques. Face aux appétits démesurés de nos belliqueux voisins et aux velléités impérialistes de l'Occident, c'est un Kabila plus nationaliste que jamais que les Congolais redécouvrent comme dernier rempart à l'intégrité territoriale du pays et unique soupape de sécurité à la souveraineté nationale. Le courage et l'humilité, qui ont caractérisé ses offensives diplomatiques tant au niveau de l'Afrique que de l'Europe, lui apportent dorénavant un charisme populaire qu'il sera difficile à ébranler. Et, le fait d'avoir su déjouer in extremis tous les attentats visant son élimination physique pour permettre l'instauration d'une dynastie tutsie au Congo fait de Kabila non seulement le grand homme de la situation hautement dramatique en cours, mais aussi l'acteur providentiel que les Congolaises et Congolais attendaient pour lancer enfin la renaissance de leur nation.

Si l'on admet que la guerre injuste, que des voisins jaloux et ambitieux imposent depuis le 2 août dernier à la patrie, ne sera bientôt plus qu'un simple triste souvenir, et si la diaspora congolaise fait sien le voeu de l'initiateur de Congo Defense Fund, en érigeant effectivement un Conseil international de défense des intérêts vitaux du Congo impliquant une majorité active des patriotes et vrais amis de ce pays, il apparaît incontestable que Kabila aura en mains toutes les cartes nécessaires pour faire du Congo ce que Simon Kimbangu, Karamushi et, surtout, Lumumba ont longtemps rêvé et auquel ils ont sacrifié leurs impavides vies; à savoir: un Etat entièrement souverain, riche, prospère, puissant et à l'avant-garde du continent noir.

3. Mais, une illisibilité croissante de l'action gouvernementale

Au mois de juin dernier, dressant le bilan de sa première année de pouvoir, Kabila avait essayé de dégager lui-même le concept général de sa vision et de son programme politique à la tête de l'Etat. Il avait alors théorisé le sens de son action gouvernementale en plaidant pour la renaissance de la nation congolaise comme point de rencontre entre les processus de reconstruction du pays et de réconciliation nationale. La plupart des mesures prises par le Gouvernement de Salut public furent bien acceptées par la population. Avec détermination manifeste et propension généreuse aux sacrifices, les Congolais semblaient s'investir avec enthousiasme dans une oeuvre collective de reconstruction du pays. C'est pourquoi, la guerre d'invasion en cours fut ressentie par tous comme un complot extérieur destiné a empêcher l'accès à une prospérité collective au Congo. Depuis lors, le peuple congolais semble convaincu, dans sa grande majorité, que le Président Kabila fait de son mieux pour préparer de meilleurs lendemains, même s'ils n'en ressentent pas encore tous des effets réels dans leur vie quotidienne.

Le chaleureux accueil réservé à la nouvelle monnaie au mois de juillet dernier, en dépit d'une solide campagne d'intoxication, est une excellente illustration de la confiance placée en ce nouveau régime ainsi que l'acceptation de son programme de redressement du pays. Partout où ils se trouvent, les Congolais ne cessent de multiplier des gestes de reconnaissance et de soutien à l'action de leur gouvernement. L'afflux des retours volontaires au pays n'a été estompé que par la guerre. Par contre, des initiatives en faveur des petites et moyennes entreprises se poursuivent.

Cependant, les Congolais donnent également l'impression de plonger de plus en plus dans l'expectative. Des bisbilles à répétition au sein de l'équipe gouvernementale, même si elles ne prennent jamais des proportions dramatiques, elles donnent néanmoins l'impression d'une absence continue de coordination. Le retour en force à la scène politique des personnes généralement méprisées par la population, des génocidaires invétérés comme Kyungu wa Kumuanza ou de pernicieux spécialistes du culte de personnalité tel que Dominique Sakombi Inongo, jette le froid dans le dos et suscite aussi bien des doutes que des inquiétudes quant à l'orientation réellement patriotique de l'action gouvernementale.

La morosité ambiante et croissante au sein de la population laisse comprendre que les Congolais, en dépit d'un soutien indiscutable à leur Président et d'une solidarité saillante avec le Gouvernement, sont néanmoins désorientés. Le retour, dans les hautes sphères de l'Etat des mobutistes qui ont saigné le trésor public pendant des lustres provoque de vives émotions. La réapparition arrogante des personnes célèbres par des actes séparatistes et responsables d'épuration ethniques internes encore fraîches dans la mémoire choque certaines susceptibilités et déstabilise certaines convictions. L'absence des repères idéologiques et de projet politique significatif, malgré la reconnaissance officielle d'un parti politique de gouvernement laissent perplexe. Les tâtonnements continus des représentants diplomatiques, incapables de sortir d'une torpeur incompréhensible pour soutenir de multiples initiatives de la diaspora dans le sens d'accroître la pression sur l'opinion publique internationale, provoquent d'éclatantes déceptions et des lassitudes pénalisantes.

Dans l'ensemble, c'est la perte de vue de la ligne directrice de l'action gouvernementale qui pose le plus de problème. Toutes les mesures prises jusqu'à ce jour résument pourtant un projet politique évident et cohérent dans l'esprit de ses concepteurs. Mais, ce projet a visiblement perdu de sa lisibilité auprès des citoyens. C'est pourquoi, nous croyons qu'une information régulière, bien ciblée et plus explicite contribuera, à coup sûr, à absorber certains doutes et à sortir de l'ambiguïté.

Lwakale Mubengay Bafwa

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