L'UDPS aurait accueilli
favorablement la nouvelle de la visite de M. Kabila en Belgique si le régime établi au
Congo, depuis le 17 mai 1997, présentait quelques gages de crédibilité tant sur le plan
intérieur que sur le plan extérieur. Or, les alliances contre-nature, la
personnalisation du pouvoir, le tribalisme, la concussion, la gabegie financière, la
haine ethnique, l'exclusion et le culte de la personnalité du chef sont les seules
lanternes sombres du pouvoir dictatorial de Kinshasa qui, en 18 mois seulement de règne,
a réussi le triste score de porter au paroxysme tout l'héritage politique de 32 ans du
mobutisme dans tous ses excès. Le Congo est
actuellement sous la tutelle des forces armées étrangères. L'opinion internationale
sait que les frères d'armes d'hier, qui ont aidé M. Kabila à mettre hors d'état de
nuire la dictature de M. Mobutu , sont sur le territoire congolais depuis septembre 1996
et non depuis le 2 août 1998. Les intérêts aiguisant les appétits et les divisions,
les amis d'hier se regardent en chien de faïence aujourd'hui. L'histoire se répétant de
manière cyclique au Congo, les alliances d'aujourd'hui ne préparent-elles pas la guerre
de demain?
Ce qui préoccupe le plus M. Kabila n'est ni l'avenir du
Congo, encore moins celui du peuple congolais: va-t-on oublier, à l'orée du troisième
millénaire, que les peines corporelles, les confiscations extra-judiciaires des biens,
les révocations des fonctionnaires au mépris des statuts, les arrestations et
condamnations sans jugements sont là les principes de modèle de société expérimenté
par le sinistre Pol-Pot, principes que M. Kabila et ses lieutenants appliquent comme des
dogmes?
Quel sens faut-il donner à la visite de M. Kabila en
Occident? Plus rien ne peut étonner le peuple congolais, car comment les occidentaux,
ayant ménagé M. Mobutu pendant longtemps, peuvent-ils, sans se dédire, refuser de
recevoir le continuateur de l'uvre de M. Mobutu?
Aux abois sur le plan intérieur et ne contrôlant plus
seulement qu'une partie de notre territoire, le régime est à la recherche de la
légitimité extérieure à l'instar de beaucoup d'autres marionnettes qui perpétuent la
misère du continent africain. L'UDPS est donc indignée par le fait que certains pays
occidentaux ont accepté de recevoir le dictateur Kabila. Par cet acte, ces pays
occidentaux minimisent le fait que que M. Kabila tente de réduire notre peuple en état
d'esclavage et banalisent le mépris affiché par M. Kabila envers la Communauté
internationale à travers les humiliations infligées à la Commission d'enquête de l'ONU
par ailleurs traitée d'une affaire de vampire d'américains; à l'Administration
américaine à travers les otages américains (M. Hunter et ses compagnons), M. Jesse
Jackson, Mme Albrigth et Mme Susan Rice; à la Belgique traitée d'Etat terroriste; à
l'Union européenne en interdisant, par les armes, à M. Tshisekedi de venir répondre à
l'invitation du Parlement Européen; aux Eglises par les menaces et les arrestations des
hommes d'église
.
Pour l'UDPS, la solution à la crise du Congo ne viendra
ni du Soudan, ni de la Libye, ni du Cuba, ni de la France: il appartient aux congolais
eux-mêmes, par un débat interne, de séparer le bon grain de l'ivraie.
Or, le régime actuel dont l'origine et la survie se
trouvent dans la force des armes étrangères, aveugle devant l'éclat de ces armes,
exclut tout débat sur la destinée du pays, se pose en alfa et oméga prêche la pensée
unique et réprime dans le sang toute forme de diversité: comment, dans ces conditions,
bâtir un Etat respectueux des droits des citoyens?
L'UDPS est opposée à la propagande que l'Occident fait
des dictateurs africains, mais reconnaît à chacun le droit de laisser entrer des loups
dans la bergerie. L'UDPS espère néanmoins que les démocrates occidentaux exigeront de
leurs dirigeants un langage de fermeté à l'égard de M. Kabila afin que la déconfiture
intérieure de celui-ci ne soit transformée en victoire diplomatique.
En effet, comme les dictateurs ne comprennent qu'un
langage de fermeté - le dernier volte face de Saddan Hussein vis-à-vis du gouvernement
américain est très éloquent -, l'UDPS attend donc du gouvernement belge qu'il obtienne
du dictateur Kabila les éléments ci-après:
- l'arrêt immédiat des combats et la signature d'un
cessez-le-feu afin que, d'une part, on arrête le calvaire de notre population qui a trop
souffert et, d'autre part, que les maigres ressources de notre pays encore disponibles ne
soient gaspillées dans une guerre inutile;
- la levée de l'interdiction des activités des partis
politiques et de la société civile pour que ces derniers puissent effectivement prendre
part à toutes les démarches tendant à résoudre la crise que traverse notre pays, ce
qui exige notamment la liberté des mouvements et d'actions de tous les acteurs politiques
tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays.
S'agissant du rôle de facilitateur ou de médiateur que
le Président auto-proclamé du Congo sollicite du gouvernement belge, l'UDPS ne peut y
adhérer que sous la condition suivante:
- autour de la table de négociation doivent être présents:
l'opposition démocratique intérieure représentée par M. Tshisekedi, les forces
rebelles représentées par M. Wamba et le régime Kabila représenté par M. Kabila.
En agissant ainsi, la Belgique amènera, non seulement, la
Communauté internationale à corriger l'erreur du passé où, à la table de
négociation, ne se sont retrouvés que le rebelle Kabila et le dictateur Mobutu, mais
aussi elle évitera au peuple congolais une nouvelle guerre dans six mois subséquente à
une nouvelle dictature.
Ainsi fait à Bruxelles, le 18 novembre 1998.
Pour le Bureau de Représentation,
Dr François Tshipamba Mpuila,
Représentant.