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Déclaration Politique
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Joseph N'singa Udjuu
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Déclaration Politique de Monsieur Joseph N'SINGA UDJUU, ancien Ministre d'Etat a l'Interieur, ancien Premier Commissaire d'Etat (Premier Ministre), ancien Ministre de la Justice (3 fois), ancien Ministre des Transports et Communications, ancien Ministre du Plan, ancien Membre du Haut Conseil de la Republique - Parlement de Transition et Membre de l'Opposition Congolaise Democratique.

 

Les événements qui se déroulent actuellement en République Démocratique du Congo depuis plusieurs semaines, constituent une grave atteinte à l'unité nationale, à la souveraineté et à l'intégrité territoriale de notre Pays et interpellent tout congolais qui aime réellement son Pays.

C'est pourquoi, devant les enjeux actuels qui portent en eux les germes de destruction de notre pays en tant qu'Etat et en notre qualité de leader politique chrétien, patriote, nationaliste et pacifiste, nous rendons publique la déclaration qui suit:

    1. Nous nous inclinons respectueusement devant la mémoire de tous les compatriotes civils et militaires qui ont perdu leur vie au cours des combats.
    2. Nous compatissons à la douleur des familles éprouvées et aux souffrances des populations civiles innocentes et implorons l'Eternel Dieu de les soutenir dans ces dures épreuves.
    3. Nous proclamons avec force que la République Démocratique du Congo est, dans ses frontières au 30 Juin 1960, un Etat indépendant, souverain et indivisible et que sa souveraineté et son intégrité territoriale ne sont ni négociables ni hypothécables. Aussi, tous accords conclus en violation de cette souveraineté et de cette intégrité territoriale sont nuls et de nuls effets pour le Peuple Congolais et constituent, pour leurs signataires congolais, un crime de haute trahison.
    4. En vertu du principe d'intangibilité des frontières héritées de la colonisation, du respect de la souveraineté des Etats et du droit des peuples à décider librement de leur propre destin, nous exigeons le départ immédiat de toutes les troupes étrangères actuellement présentes sur le territoire national congolais, sans l'accord du Gouvernement de la République Démocratique du Congo et nous dénions, par principe, à tout Etat étranger le droit de faiseur de Président et d'autres dirigeants de la République Démocratique du Congo, en lieu et place du Peuple Congolais, seul habilité à désigner ses dirigeants.
    5. Quant aux troupes étrangères présentes dans le Pays à la requête du Gouvernement congolais, nous demandons que tout soit mis en oeuvre pour que leur séjour en République Démocratique du Congo ne soit pas prolongé sans nécessité absolue et que le Peuple Congolais fier et jaloux de sa souveraineté, ne revive plus des humiliations lui imposées, pendant plus d'une année, par des cadres de certains pays étrangers qui, sous la couverture d'une assistance technique et militaire, se sont comportés en République Démocratique du Congo comme dans un pays conquis, en se donnant accès libre aux richesses nationales, en s'appropriant impunément des biens de nombreux compatriotes congolais et en noyautant tous les rouages essentiels de l'Etat Congolais.
    6. C'est ici, l'occasion de rendre hommage au Président de la République Démocratique du Congo qui, prenant en compte les exaspérations du Peuple Congolais, a pris la courageuse décision de mettre fin à cette omniprésence étrangère devenue au cours des mois, arrogante, humiliante et dangereuse pour la Nation.

    7. Nous rappelons à tous les compatriotes leur devoir sacré de défendre la paix, l'intégrité territoriale du Pays, la souveraineté nationale et la coexistence pacifique entre toutes les communautés congolaises, quelles que soient leurs origines éthniques et tribales. Aussi, nous les convions à condamner sans équivoque, toutes attitudes et tous comportements susceptibles de mettre en péril cette paix, cette intégrité territoriale, cette souveraineté et cette cohésion nationale. Ainsi doivent être condamnées:
    • Toutes formes d'incitation à la violence, à l'intolérance et à la haine éthnique ou tribale;
    • Tous complexes et toute volonté de supériorité, de puissance et de domination d'un groupe éthnique, tribal ou politique sur d'autres groupes éthniques, tribaux ou politiques;
    • Toute politique et toutes pratiques d'exclusion et d'ostracisme génératrices des frustrations qui, à la longue, minent les fondements de paix, de stabilité et de sécurité dans le Pays;
  1. Nous affirmons avec force qu'aux problèmes politiques, il faut des solutions politiques et non militaires et que ces solutions politiques doivent principalement être l'oeuvre des congolais eux-mêmes. C'est pourquoi:
    • Nous désapprouvons la logique de recours facile à la guerre civile même baptisée de guerre de libération, comme mode de règlement des différends politiques ou comme mode d'accession au pouvoir, en lieu et place des modes démocratiques universellement reconnus que sont le dialogue, la négociation et le suffrage des urnes.
    • Nous réclamons la suspension immédiate de la présente guerre civile qui, comme les autres guerres civiles (rébellions et sécessions) qu'a connues le Pays dans le passé, n'apportera aucune solution valable aux problèmes qui divisent aujourd'hui la classe politique congolaise;
    • Nous lançons un appel pathétique et patriotique à tous les groupements politiques du Pays, (Pouvoir; Opposition démocratique et Rébellion) pour qu'ensemble dans un sursaut de nationalisme et de patriotisme, ils acceptent de se faire violence et de s'asseoir autour d'une même table pour palabrer et trouver des solutions consensuelles susceptibles d'arrêter le carnage actuel des populations et l'éffondrement total du Pays. Il y a lieu de relever ici les dernières déclarations publiques des responsables politiques de la rébellion qui se déclarent disposés de participer à des négotiations pour résoudre pacifiquement la crise multiforme dans laquelle le Pays est plongé, reconnaissant ainsi que la victoire finale n'est pas au bout du fusil, mais autour d'une table de négociations.
    • Nous nous inquiétons de l'internationalisation de la crise congolaise, qui risque de placer le Pays sous tutelle étrangère; de marginaliser les congolais dans la recherche des solutions aux problèmes qui sont les leurs et de faire de la République Démocratique du Congo un vaste champ d'expérimentation des armes de plus en plus meutrières.
    1. Devant l'extrême gravité de la situation politique et militaire qui compromet l'avenir harmonieux de la Nation, nous en appelons au Président de la République, Son Excellence Monsieur Laurent-Désiré KABILA, pour qu'en sa qualité de Chef de l'Etat, de Garant de la Nation et de Symbole de l'unité nationale, Il s'investisse résolument à la baisse des tensions politiques dans le Pays, en créant des conditions favorables au rassemblement et à la participation sans exclusive de tous les congolais au programme de la reconstruction de leur Nation et initie rapidement l'organisation d'un dialogue national entre les principales composantes de la communauté nationale aux fins d'établir ensemble des bases solides d'une véritable réconciliation nationale et de dégager un consensus autour d'un cadre politique, institutionnel et constitutionnel devant préparer dans la concorde, des échéances électorales crédibles et transparentes en vue de l'avènement d'une Troisième République réellement démocratique et porteuse d'espoirs pour tous.
    2. Vu l'implication de plusieurs pays voisins de la République Démocratique du Congo dans la guerre civile actuelle, nous souhaitons l'organisation d'une conférence internationale regroupant notre Pays et tous les autres Pays voisins, aux fins notamment de trouver des mécanismes appropriés de sécurisation des frontières communes et d'examiner l'ensemble des problèmes inhérents à la présence des refugiés dont plusieurs s'emploient à entretenir l'insécurité dans les régions qui les accueillent et à destabiliser leurs pays d'origine, à partir des Pays qui leur accordent hospitalité, provoquant ainsi des tensions dangereuses entre les Etats de la Région.
    3. Enfin, nous affirmons avec force que seul l'avènement de la Démocratie et de l'Etat de droit dans notre Pays, créera des conditions d'une véritable libération du Peuple Congolais et que toute guerre civile imposée au Pays par l'étranger n'a comme lots que l'asservissement politique, le massacre des populations innocentes, la destruction des infrastructures économiques et sociales et l'anéantissement de la cohésion nationale par la partition de la Nation en deux camps: le camp des vainqueurs avec tous les droits et la justice et le camp des vaincus sans droits ni justice.

 

QUE DIEU PROTEGE ET LIBERE LE PEUPLE CONGOLAIS.

Fait au Cap, le 29 septembre 1998

Joseph N'singa Udjuu

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