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La vérité sur la balance: Perception erronée et réalité disqualifiante… (réponse à l'article de Christ Sassa du 13 courant)
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Dr. Mwamba K. Tshibangu
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Bien cher Christ, je suis désolé de constater que vous vous êtes trompé manifestement de cible. Mon intervention, comme vous l'avez par ailleurs fait remarquer au début de votre réplique, avait un caractère général et ne visait personne en particulier. Votre perception des faits passe à côté de la réalité. C'est pour rétablir la vérité, la dynamique réelle des choses que je m'impose cet exercice de vous répondre publiquement en mettant sur la balance votre perception que je trouve erronée et une réalité qui disqualifie par sa simplicité désarmante tout autre propos. Autrement, étant donné nos rapports, je déplacerais volontiers le cadre de cette discussion.

Si Kalala a retenu pour ses propres raisons de vous recommander la lecture de "la belle leçon" que je n'assimile pas bien selon vos dires, cela ne m'engage en rien et je n'y vois aucune combine ou encore moins une coordination, à moins que vous ayez des preuves pour étayer cette thèse.

J'aurais amplement souhaité, au nom de la liberté d'expression et dans le cadre d'un échange qui devrait être selon mes vœux toujours fructueux, que vous ou quelqu'un d'autre, répliquiez sur le fond de mon article. Cela n'a pas été le cas. Vous avez préféré vous attarder sur des thèses hypothétiques voire même marginales (à mon sens) et remettre ce qui aurait été l'essentiel à une date ultérieure.

Laissez-moi convenir avec vous sur une chose : dans tout ce que nous écrivons les plus habiles, les plus fourbes, bref ceux ou celles qui sont dotés d'un sens d'argutie et du goût de la contradiction y trouveront(même à tort et à travers) toujours à redire. Mais cela est la moindre de mes préoccupations.

Comme vous l'auriez remarqué, puisque vous êtes sans l'ombre d'aucun doute non seulement un des lecteurs mais un des intervenants assidus(cela honore le sens de votre engagement) qui alimentent nos discussions, mes interventions vont dans le sens du "combat" personnel mais qui nous engage tous que je mène, comme vous par ailleurs, avec les armes que je dispose. Je considère qu'elles ne peuvent être formellement reliées au fait d'appartenir à telle ou telle autre formation politique. Est-il vraiment nécessaire que je vous rappelle qu'en les signant de mon propre nom je n'engage personne et alors personne d'autre si ce n'est moi-même ?

Du reste, dans la plupart des cas j'y expose mes convictions de base, lesquelles je l'espère et j'en suis même convaincu sont partagées par beaucoup de personnes. Je crois, mordicus comme du fer, que notre pays mérite mieux et pourrait faire mieux. Il est question d'accorder les violons en vue de parvenir à un consensus national sur des questions fondamentales. Voilà en substance ma pensée. Je vous défie de me démontrer en quoi cela relèverait ou renfermerait des positions partisanes.

A propos, vous m'avez attribué la paternité de la biographie, pour reprendre vos propres termes idyllique de Tshisekedi qui était publiée sur ce forum. Pour votre gouverne, je vous informe qu'elle n'est pas mienne. Elle porte la signature de Alexis M. Kabambi. Une fois de plus, vous vous êtes trompé de personne. Je crains cependant que cette précision ne puisse rien changer en substance. Puisque en fait, c'est le contenu, si j'ai bien compris, qui ne vous arrange pas.

Concernant votre question de savoir si j'ai déjà écrit quelque chose d'élogieux en dehors de celui à qui nous avons juré fidélité éternellement(exagération ou sens divinatoire extrême ?) selon vos dires, eh bien, je ne pense pas vous étonner, la réponse est nettement oui. Et savez-vous pour quelle personne ? Je vous le laisse imaginer. Une petite indication cependant. C'était bien avant qu'il ne jette son masque et ne se dévoile pour qui il est exactement jusqu'ici, je n'exclus pas un revirement de la situation dans le bon sens bien sûr. Est-ce que cette affirmation suffira-t-elle à vous rassurer ? Ou tout le moins, vous permettra-t-elle d'éliminer certains préjugés, d'étiqueter "tout le monde" de la même manière ? je l'espère bien pour vous qui êtes si exigeant avec les autres en demandant, à juste raison, de préciser quand et devant qui telle personne aurait prononcer tel propos…

Quant aux tendances auxquelles vous faites bien allusion, laissez-moi vous dire qu'elles ne sont que des indications et rien de plus. Elles cessent d'être aléatoires dès lors que les élections ont eu lieu et qu'à l'issue des projections faites se profile avec régularité une certaine fréquence jusqu'au seuil où les résultats doivent être considérés comme désormais acquis. De toute façon, une fois de plus, je dois affirmer que ce n'est pas cela ma préoccupation. Que l'un ou l'autre des prétendants remporte les élections me paraît une chose obvie. Ma préoccupation va plutôt au cœur de la question qui incarne plus que toute autre chose l'essence démocratique c'est-à-dire, le déroulement même des élections. De l'organisation de celles-ci dans la transparence au dépouillement sans fraude en passant bien sûr à la parité des conditions pour tous qui est une chose essentielle, etc.. Si toutes ces conditions étaient réunies, eh bien, je lèverai mon chapeau en signe de révérence à qui les aura réalisées. Croyez-vous qu

Sur la nature de la guerre actuelle, j'en conviens avec vous et le fait est notoire, qu'il y a bel et bien agression des pays étrangers. Mais ça sera trop simpliste se limiter là. J'ai déjà élucidé ma pensée sur ce sujet dans un autre article paru dans l'édition spéciale de la Renaissance n° 18 du 15 août 1998 consacrée à cette guerre de rébellion et/ou d'agression.

Puisque vous me demandez de produire des textes où j'exprime des positions critiques envers Tshisekedi, je vous en livre un ci-dessous(j'en ai bien d'autres au cas où vous seriez tenté encore de…). Il est inédit. Bien que vieux de deux ans, il colle bien à la réalité étant donné le contexte que nous vivons actuellement. Lisez-le, décortiquez-le et vous me direz par après, si vous le retenez opportun, si l'analyse qui y est faite n'est pas pertinente.

Enfin, pour couper court, je me rends compte d'avoir excéder largement dans ma volonté de vous répondre point par point, j'aimerais bien vous dire que tout en ayant des sentiments et tout en me prévalant de la liberté qui est la mienne d'opter pour qui je veux suivant l'orientation générale de sa politique, je suis fondamentalement un esprit libre et très critique envers quiconque.

Seule la critique objective et fondée sur des faits véritables et vérifiables peut réellement nous affranchir de l'obscurantisme et de l'état de soumission et de démission dans lequel nos nous sommes enfermés. Seule la critique aiguë, objective, accompagnée de la volonté et de la capacité de nous dépasser en étant suffisamment responsables et constructifs peut nous permettre de monter sur le piédestal le plus élevé afin de parvenir à une rapide émancipation collective. Ce qui nous permettra entre autres choses de miroiter, comme il est bien dans nos droits et nos aspirations, un autre destin. Pas celui qui nous est imposé forcément(malheureux et douloureux) et qui ne correspond pas à nos potentialités(clochardisation et paupérisation), à nos rêves et encore moins à notre idéal de vivre décemment, à notre souhait de vivre heureux et en paix avec nous-mêmes et avec les autres.


LES RÉVÉRENCES DE TSHISEKEDI À MOBUTU :
UN TOURNANT DANS LA SITUATION POLITIQUE DU ZAÏRE ?

    Pour comprendre ce qui se passe au Zaïre aujourd'hui, il faut vraiment filer au rythme des événements. Les choses vont tellement vite qu'un moindre retard ou un geste d'inattention risque fort bien de te mettre hors jeu, de te mettre hors de la portée de comprendre et d'interpréter, à juste titre, le cadre de la situation politique et les changements qui s'y déroulent.
    À monopoliser l'attention des zaïrois et des zaïrophiles était d'abord la maladie du président Mobutu. Maladie très grave (cancer de la prostate dont la métastase va en se généralisant ) qui le tient voici bientôt plus de trois mois loin du pays et des affaires du gouvernement. Il y a ensuite la rébellion des Banyamulenge contre les autorités locales, doublée d'une agression rwandaise sur le territoire zaïrois. Cette agression avec tout son cortège de victimes et les problèmes afférents à la fuite des rescapés a mis en premier plan le problème épineux, jusque là sans solution, de plus de 1.000.000 des réfugiés rwandais au Zaïre. Ces trois faits concomitants ont justement fait que l'attention de l'opinion internationale soit braquée sur le Zaïre.
    Cette situation a eu sans doute des répercussions sur le plan interne. Tout semblait basculer tant la personne qui régissait le régime était supposée être au bout de son cheminement, consumée par la gravité de sa maladie. Certains bruits, par ailleurs, faisaient déjà état de sa mort. Des verres de champagne, pour ne pas dire les larmes de souffrance étaient prêtes à être consommées pour "exulter" devant cette circonstance. Le gouvernement Kengo, bras séculier du régime dictatorial de Mobutu, était vivement contesté. Les étudiants sont allés jusqu'à occuper le siège du parlement demandant à corps et à cri sa démission. L'initiative de ces derniers n'est pas à sous estimer d'autant plus que c'était tout le pays qui se sentait humilié par la déconfiture de l'armée zaïroise devant les troupes rwandaises.
Mais, hélas, le vocable démission n'existe pas dans le langage politique zaïrois. Pis que ça, sous la deuxième république, les gouvernements ne tiennent pas compte des humeurs de la rue. En fait, cela ne peut nous surprendre. C'est justement le contraire qui nous surprendrait s'agissant d'un régime autoritaire et dictatorial.
    L'opposition ne pouvait naturellement rester inerte devant la déconfiture de notre armée face aux rebelles, même si ceux-ci bénéficiaient d'un appui externe. Le geste de solidarité exprimé par l'opposition au gouvernement est un témoignage de responsabilité devant un ennemi commun. Il n'exclut nullement le fait que l'opposition ait crié haut et fort pour dénoncer l'incapacité gouvernementale à relever le défi de l'occupation militaire d'une partie du territoire par les troupes rebelles. L'opposition en a donc profité pour brandir une fois de plus le drapeau du changement en réclamant naturellement, comme elle l'avait toujours fait par le passé, le retour à la légalité constitutionnelle.
    Le leader de l'opposition, M. Etienne Tshisekedi avait une carte redoutable entre ses mains. Les soi-disant rebelles ou agresseurs demandaient à vive voix le départ de Mobutu. Pas seulement cela, ils refusaient toute négociation avec le gouvernement en place et réclamaient en retour, pas tellement à surprise, la prise en main des affaires du pays par celui dont la Conférence Nationale Souveraine avait donné mandat d'assumer et d'assurer les destinées du pays.
    Comme on vient de le voir, le pouvoir sur place était non seulement violemment contesté mais, il était dans son essence même chancelant. Tout portait à croire qu'il était arrivé finalement au bout du rouleau de sa longue marche ruineuse pour le pays ; de sa longue action/inaction de sape qui a conduit à la destruction totale et désabusée de toutes ses structures de base. C'est dans ce contexte précis que Tshisekedi - le futur nous dira s'il avait raison ou non - choisit, au nom de l'intérêt suprême de la nation, dira-t-il, - d'aller rencontrer Mobutu à Nice. Ce geste, aux contours encore mal définis ou pour tout dire, aux contours mal éclairés, réhabilite de toutes façons ce dernier. Ces révérences même si elles sont justifiées par les événements majeurs placent Mobutu dans la position privilégiée qu'il a toujours voulu.
Nonobstant l'échec sur toute la ligne de sa politique et en dépit de ses méfaits notoires, on continue à le considérer comme le personnage clé sans lequel une solution à la crise du pays ne peut être possible. Il est, comme certains observateurs aiment à le souligner, incontournable. Détenant la clé de la solution et agissant comme il a toujours fait, c'est-à-dire, en plaçant d'abord ses propres intérêts au-dessus de tout, nous ne sérions pas étonnés de le voir faire et défaire les gouvernements à sa propre guise. Il est difficile de croire que ça sera sa maladie qui va l'induire à des bons sentiments faisant de sorte qu'il puisse perdre ses vices cultivés durant tout son règne.
    À priori, il apparaît de toute évidence difficile de comprendre la portée des révérences que Tshisekedi, qui l'a toujours combattu politiquement, a concédé à Mobutu. Puisque Tshisekedi n'est pas le dernier arrivé sur la scène politique et considérant qu'il ne peut trahir la confiance de nombreuses personnes comme lui qui pensent que Mobutu n'est pas la clé de la solution mais, qu'il constitue au contraire l'entrave à toute solution négociée, il ne reste alors qu'à se demander la réelle portée de cette démarche. S'agit-il d'une rescousse à un vieux copain perdu sur le chemin de la lutte politique ou, faudra-t-il plutôt y voir un acte de haute signification politique ? Ou encore s'agit-il d'un échange de courtoisie accompli pour un éventuel passage de témoin qui va le projeter demain sur le devant de la scène politique zaïroise ?
Il y a en tout cas autant des questions qu'il y a des hypothèses sur la finalité de cette démarche, pour le moins spectaculaire. Seul l'avenir, mieux encore les retombées de cette rencontre pourront nous fournir des indications concrètes là dessus. Dès lors l'on saura, à l'épreuve des faits, si cet événement aura une incidence majeure sur l'actuelle crise que traverse les institutions de la transition de sorte que l'on puisse dire si oui ou non qu'il s'agit réellement d'un tournant décisif dans la vie politique du pays.

Montréal, le 23 novembre 1996

Mwamba K. Tshibangu

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