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La crise Congolaise, pourquoi et à quelles conditions faudrait-t-il soutenir le Peuple congolais.
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Docteur Sola Ferdinand
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La République Démocratique du Congo traverse une crise politique sans précédent depuis le début du mois d’aout 1998. Cette crise était prévisible et difficilement évitable compte tenue de la complexité des éléments historiques, culturelles,sociologiques et géopolitiques en présence. J’essaie dans cet article d’apporter quelques éléments et les conditions pour soutenir l’action du Chef de l’Etat Congolais dans cette étape délicate. Avant tout, il nous faut répondre aux questions suivantes que nous pouvons esquiver: -Quel était l’état de lieu en 1997 à son arrivée au pouvoir? -Quelles sont les causes de cette guerre partie de l’Est? -Et enfin comment pouvons-nous aider les autorités politiques actuelles à saisir l’opportunité pour sortir de cette impasse?

L’état de lieu de notre pays, après 32 années de dictature et de pouvoir personnel, est la démonstration matérielle des méfaits de pouvoir personnel, de totalitarisme et de gestion à vue. Depuis la prise de pouvoir de Mobutu en 1965, le Congo malgré ses possibilités naturelles avait été conduit de manière irresponsable jusqu’au déboire actuel qui range de ses habitants parmi les plus appauvris de la planète. Sans revenir sur des erreurs accumulées et des occasions manqués par le peuple congolais collectivement et par ses dirigeants individuellement depuis l’accéssion à la souverainété internationale le 30 juin 1960, je tiens à souligner quelques constances, qui se sont amplifiées depuis mai 1997: En effet, je note au niveau des individus; -une absence d’éxigence et d’ethique en politique, -un comportement d’obeissance aveugle, -un culte de l’individualisme, -un manque d’ambition collective, tandis qu’au niveau des responsables politiques, -une absence de projet de société politique moderne qui intégre les aspirations réelles des congolais, -une pratique consciente du tribalisme et de la corruption, -et surtout l’abandon de l’idée de la Nation et de la République.

Avant d’accabler le chef de l’Etat actuel, je préconise que l’on fasse d’abord un diagnostic précis de l’état du Zaïre avant la renaissance de la République Démocratique du Congo le 17 mai 1997.

Dans tous les domaines de la vie publique aucune institution ne fonctionnait normalement, même les mobutistes les plus extrémistes (y compris le défunt Maréchal) reconnaissent cet état de fait. Il n’est point ici l’objet d’établir une liste exhaustive de tous les secteurs, je note que partout l’état était inéxistant dans ses prérogatives régaliennes: -l’administration et la fonction publique, - le réseau national et les voies de communication, -l’économie, l’industrie et les finances publiques, -les affaires sociales, -la santé et l’éducation, -la défense nationale et la sécurité des biens et des personnes...etc. Quelques exemples peuvent suffir pour rafraîchir notre mémoire collective. -La production minière avait commencé à baisser dès 1973, le Zaïre qui produisait 473700 tonnes de cuivre en 1987 n’en produisait plus que 36400 tonnes en 1997. A savoir que l’exploitation minière intervient pour plus de 50% dans le budget national. -En matière de santé, l’hôpital général de Kinshasa était parmi l’un des mieux équipés et très bon niveau médical en Afrique centrale avant 1970, au point que Mobutu avait ainsi décidé de le baptiser du nom de sa mère "Hôpital Mama Yemo", qui hélas va finir par en faire un mouroir où l’on ne trouve plus rien pour pouvoir soigner même les maladies les plus courantes. -La population zaïroise qui a plus de 50% des jeunes en dessous de 20 ans, l’éducation aurait pu être une priorité nationale, l’enseignement public élémentaire, primaire, secondaire et universitaire a fermé ses portes à la majorité des enfants, faute des moyens. Mobutu s’était tellement désintéressé de la formation des jeunes qu’aucun de ses vingtaines d’enfants n’a pu décrocher, même par favoritisme ou par corruption le diplôme d’état, le baccalauréat zaïrois, qu’il avait institué en 1967. -Les forces armées zaïroises, une fierté passionnelle de Mobutu, ont subit une débâcle sans précédent malgré des moyens financiers importants dont la dernière tranche serait de 200 millions de dollars d’octrobre 1996 à mai 1997 (1). -Deux pillages des biens et des personnes avaient été diligentés à partir du sommet de l’Etat, en 1990 et 1991. En avril 1990 Mobutu décidait l’abandon du rôle hégémonique de son parti national, le mouvement populaire de la révolution (MPR) et proclamait de par conséquent le multipartisme politique. Jusqu’à son départ forcé en mai 1997, sept ans de transition politique stérile, la classe popitique nationale avait montré au grand jour l’excellence de son incapacité à oeuvrer pour le bien collectif. Progressivement tout le monde s’accordait que le bilan du mobutisme et du mouvement populaire de la révolution était tellement accablant, calamiteux, catastrophique et indéfendable qu’il fallait à tout prix que cette entreprise maccabre s’arrêta. Kabila, en pactisant avec la tutsi-connection, héritait ainsi d’une société morbide sur laquelle il faudra plusieurs années de travail sérieux pour la reconstruire. Il faut qu’on se le dise qu’aucune recette miracle ne guérira le Congo en une année de gouvernement de ses maux accumulés et qu’un seul homme, y compris Mr Kabila, ne pourra non plus avoir la prétention de diriger efficacement un peuple de plus de cinquante millions de personnes éparpillé sur un territoire aussi vaste que le Congo dans un monde de plus en plus ouvert.

Les considérations historiques interviennent aussi certainement dans l’irruption de cette grave crise. Les causes de la déstabilisation de la région des grands lacs sont lointaines et multiples. Avant le génocide Rwandais de 1994, le problème de nationalité congolaise des tutsis et des hutus était déjà latent avec ses phases de poussées fébriles que le régime de Mobutu savait utiliser au gré des opportunités politiciennes sans jamais rechercher des solutions durables et responsables. Maitre Nimy s’intérrogeait sur la complicité, la démission ou l’impuissance du pouvoir d’alors en ces termes: -"C’est du machiavélisme absurde, de la part du pouvoir. Depuis le flux des réfugiés rwandais au Zaïre, en avril 1994, tous les ingrédients pour une déflagration générale étaient réunis. Je l’avais moi-même relevé dans mon interview au journal "le Soft" du 20 décembre 1995. En indiquant que le Zaïre devrait développer une véritable politique de "Paix aux frontières" et donner à ses voisins les signaux clairs de la correction de ses intentions et de ses stratégies. C’est de la pyromanie que d’avoir amplement attisé le feu dans cette délicate région des volcans"(2). Par ailleurs, je me souviens des affrontements sanglants parfois mortels entre les étudiants hutu et tutsi à l’Université de Kinshasa et de l’attitude passive des autorites nationales au cours des années 70. Mobutu, pour des raisons difficiles à comprendre, avait délibérement choisi les hutus contre les tutsis sans véritablement condamnés ceux-ci même s’ils étaients responsables des délits avérés. Les deux groupes ethniques se combattent mutuellement depuis le debut de ce siècle finissant. Ce conflit séculaire a déjà produit un exode massif des hommes et des femmes à travers les pays d’Afrique australe et centrale, notamment vers l’ex-Zaïre, avec comme viatiques la haine et des armes pour pousuivre la guerre. Comme plusieurs autres pays au monde la RDC et ses voisins frontaliers ont en commun des tribus ou des éthnies qui se sont installés de part et d’autre de frontières au cours de l’histoire. En 1954, Olga Boone, résumant les nombreux et remarquables travaux ethnologiques publiés par les Belges, décomptait dans sa Carte ethnique du Congo Belge et du Rwanda Urundi Zaïre (volume n° 5) deux cent cinquante "peuples" pour une population "indigène" totale estimée à 12 millions au 1er janvier 1951 (3). Les trois grandes catégories linguistiques; -les Soudanais, -les Nilotiques , et -les Bantous, forment la trame ontogénique de la Nation Congolaise contemporaine, une mosaïque d’ethnies. Les soudanais, venus du Nord entre le XIVe et le XIX siècle, occupent la région des bassins de l’Ubangi et de l’Uele. Leur organisation sociale comprenait naguère une aristocratie formée des descendants des anciens conquérants et une plèbe qui se recrutait chez les peuples vaincus. Les cinq millions d’Azande et les Mangbetu sont les représentants types de ce groupe. Les Nilotiques constituent un groupe peu important, installé dans le Nord-Est du pays, ils se confondent parfois avec des Batutsi et les Bahima de l’Est, un peuple de pasteurs hamites de haute taille aux traits fins. Si leur origine reste controversée, tout le monde s’accorde à leur reconnaitre un "air d’autorité hautaine et comme alanguie". Mais les fantaisies des puissances coloniales ont voulu qu’ils soient divisés entre le Congo, l’Ouganda, le Rwanda et le Burundu. Les Bantous constituent le principal groupe de peuplement réparti sur les deux tiers du pays, de l’Ubangi au Shaba (4). Le mot "Bantou" fut inventé à la fin du XIXe siècle par le linguiste allemand Bleek (3) pour caractériser la parenté des quelques 360 langues parlées dans l’Afrique centrale et australe au sud d’une ligne sensiblement horizontale qui part de Douala sur l’Atlantique et se confond plus ou moins sur le territoire du Congo avec la limite septentrionale de la grande forêt équatoriale. Il s’agit d’un terme linguistique et non de caractéristiques physiques et c’est un grossier contresens que de parler de "race" bantoue. Le territoire congolais renferme ainsi pour sa part, à l’intérieur de ses frontières une population qui rassemble un large échantillonage d’ethnies africaines. Au Nord, on trouve en République centre africaine et au Congo, les Ngbandi, les Ngbaka, les Mbanja, et les Banda, et, au Soudan les Mangbetu et les Azande. Au Sud du Congo, les Luba et les Lunda sont aussi en Zambie et en Angola tandis que les Zombo, les Yaka, et les Kongo sont également en Angola. A l’Ouest, les Kongo se sont installés outre au Congo, au Congo-Brazzaville, au Cabinda et en Angola. A l’Est, les Hutu d’origine bantoue et les Tutsi se sont éparpillés au Congo, en Ouganda, au Rwanda, au Burundi et en Tanzanie. Cette dissémination des populations au travers les frontières héritées de la conférence de Berlin (1884-1885) ne concerne pas que le Congo. Dans plusieurs pays au monde des differents groupes ethniques cohabitent relativment grâce à des institutions qui limitent des tensions. Prendre prétexte de ce fait historique pour justifier la partition du Congo releve de malhonnêteté intellectuelle et de stratégie bassement politicienne. Je ne crois pas à la viabilité d’un Congo divisé en partitions pseudo-ethniques ce que certains intellectuels nomment élégamment "les nations ethniques", je crois plutôt à une République Moderne qui prend en compte nos différences tribales, nos diversités ethniques et nos origines régionales qui sont des richesses quand elles sont gérées intélligemment grâces à des institutions librement choisies par le peuple ce qui va permettre ainsi l’épanouissement citoyen et la pérénité de la République. Abandonné la République pour laisser faire une partition du Congo n’est pas digne de ceux qui se réclament, dans les deux camps, du Lumumbisme. Le chef de l’Etat se bat clairement pour l’indivisibilité de la République, il faut le suivre sur cette voie.

La crise actuelle n’est t-elle pas l’aboutissement d’une cécité et de l’irresponsabilité des dirigeants politiques congolais de l’ex-Zaïre (2). Le peuple congolais est aujourd’hui le seul à payer le prix fort et certainement encore demain si aucune conscience collective et populaire n’émerge sous la houlette du chef de l’état congolais, Mr Laurent Kabila. Ce dernier, pour pouvoir rassembler réellement derrière lui la majorité des congolais, devrait rapidement montrer les signes d’une politique claire en faveur d’une société congolaise moderne, libre et démocratique dans laquelle les différents groupes ethniques se sentiront véritablement concernés pour bâtir un développement collectif au bénéfice de l’ensemble des citoyens congolais. Avant d’y parvenir notre pays natal doit retrouver les conditions de sécurité des biens et des personnes, en clair les conditions de paix sur le térritoire national. Cette exigence nécessite qu’il se dote des moyens de défense nationale à la hauteur de l’ambition nationale au moment où les urgences sont multiples et les moyens extremement limités.

Est-t-il politiquement responsable de la part du gouvernement congolais d’appeller à une longue guerre sans moyens logistiques et militaires adéquats. Je soutiens l’attitude sage du Président Nelson Mandela qui recommande de toutes ses forces un règlement politique d’autant plus que les responsabilités dans cette crise sont, dans une certaine mesure, partagées entre les belligérants nonobstant l’agression avérée dont fait l’objet notre pays par l’Ouganda et le Rwanda. Comment notre pays pourrait t-il bien sortir de cette difficulté majeure et grave. La victoire militaire relative du Congo constitue une belle opportunité pour le chef de l’Etat d’amorcer une nouvelle phase politique d’ouverture vers les autres forces politiques nationales afin de retrouver la confiance ternie auprès de nos parténaires historiques, notamment occidentaux, pour reconstruire l’Etat et hâter le depart des forces militaires étrangères du sol congolais avant que celles-ci ne s’incrustent à leur tour. Aucun pays souverain au monde ne confie durablement la défense de son territoire aux étrangers. Les motivations plus ou moins avouées des pays qui intervienent en ce moment militairement aux cotés des forces gouvernementales ne peuvent pas nous rassurer. Nous avons le devoir civique et patriotique de soutenir le chef du gouvernement à entreprendre des pourpalers avec les hommes de courage et de bonne volonté de toutes les tendances politiques dans un esprit de concorde nationale et de tolérance mutuelle pour préparer les conditions d’une paix durable sur le territoire national et aux frontières. L’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération (AFDL) n’est plus viable car la guerre l’a fragilisé, Kabila est paradoxalement seul et son parti ne saurait à lui seul représenter le peuple congolais. Son unique allié, c’est le peuple qui le soutient dans ce premier grand test politique. On se souvient, l’AFDL est née de la convention de Lemera du 18 octobre 1996 des factions hétéroclites et hétérogènes des différents mouvements politiques plus ou moins inconnus jusqu’alors (PRP: le parti de la révolution populaire de Kabila; CNRD: le conseil national de résistance pour la démocratie de Kisasu; MRLZ: le mouvement révolutionnaire pour la libération du Zaïre de Masasu; ADP: l’alliance démocratique des peuples de Buguera). L’AFDL avait commencé de voler en éclat depuis l’arrestation de Masasu en novembre 1997 et en juillet l’éviction par Kabila de l’aile Banyamulengue constituée par Buguera et Bizima, et elle finit à ne plus représenter grand chose sur le plan de la représentativité politique nationale. Kabila, dans sa rupture avec Déogratias Buguera, Bizima Karaha et des autres composantes, vient de dénoncer le statut de l’AFDL et le pseudo-projet politique communisant qui émanait de la convention de Lemera. Par ce même mouvemnt, Kabila vient ainsi de donner les signes de courage personnelle et d’émancipation politique qui devraient être les signes précursseurs d’une autre façon de faire la politique qu’il voulait réellemnt mener au Congo libéré. Un travail sur lequel le chef de l’état Congolais pourrait s’inspirer a été édité en octobre 1997, les actes du colloque "Demain la démocratie au Zaïre" organisé par les patriotes congolais de l’étranger qui s’est efforcé de jeter des bases de réflexion d’un projet de société moderne au Congo (5).

Comment parvenir à reconstruire une société démocratique à l’ex-Zaïre? La reconstrucution doit se faire indéniablement sur des bases constitutionnelles fiables et sur des instutions solides, donc sur un Etat de Droit. De toutes les institutions que nous avons le devoir de reconstruire, l’Etat de Droit est le plus urgent et le plus important à réinstaller sur les bases démocratiques librement choisies par le peuple congolais souverain. Ce peuple est oublié depuis plus d’un quart de siècle. A une époque où le monde entier doute: l’échec et la chute du modèle totalitaire de dictature communiste à l’Est de l’Europe suivi par le reveil des nationalités ethniques, notre pays le Congo se cherche un modèle d’Etat et il n’a plus droit à l’erreur car il a déjà usé d’un modèle politique totalitaire, un pouvoir total entre les mains d’un seul homme et d’un seul parti politique. Maintenant un seul choix s’impose, celui de la démocratie pour le développement dans un Etat de droit, dans une nation à unifier pour un peuple à mobiliser et à réhabiliter afin de réintégrer le Congo dans le concert international des nations.

Mr Kabila a certainement commis des erreurs politiques que l’on peut maintenant intégrer dans le contexte difficile de prise de pouvoir politique le 17 mai 1997. . Il semblait rassembler aux dires de ses détracteurs quelques handicaps: -il manquait de projet politique clair; -il a pris le pouvoir par les armes et aura la tentation de le conserver par la force; -il n’avait pas d’expérience politique d’envergure et n’avait jamais exercé de poste de responsabilité politique ou administrative nationale ou internationale ainsi l’opinion nationale hésitait à adhérer aussi rapidement à l’homme d’autant plus que son entourage immédiat était composé des tutsis à la solde du Rwanda et de l’Ouganda; -il ne connaissait pas véritablement les parts réelles et irréelles du pays; -il était inconnu des puissances européennes et nord-américaines... Mais que constatons-nous après une année d’exercice politique dans des conditions périlleuses, nous notons des qualités personnelles incontestables et on décèle chez lui des vertus; -Il était quasiment impossible de chasser Mobutu du pouvoir en misant sur le seul peuple Zaïrois, il avait pris un risque personnel énorme au péril de sa vie (qualité rare dans mon pays) pour prendre la tête de la rébellion qui a mis fin à 32 ans de dictature. Je pense qu’il renferme aussi des valeurs humaines; -au centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa, l’ex-prison central de Makala, se trouvent en détention plusieurs dignitaires de l’ancien régime dont certains seraient déjà libérés avec une caution (Bemba saoloma, Patrice Djamboleka, Kikunda Ombala, Cleophas Kamitatu, Kitima bin Ramazani...) dans des conditions relativement convenables comparées à celles subies par les opposants au régime Mobutu (6). Souvenons-nous que quelques mois après la prise de pouvoir par Mobutu en 1965. Mobutu avait exécuté publiquement Messieurs Mbamba, Anani, Mahamba et Kimba malgré l’intervention des personnalités aussi prestigieuses que le Saint Père. Malgré ces notes positives, nous ne pouvons pas taire ni occulter des arrestations arbitaires, le massacre des populations pendant la guerre de libération, l’interdiction des autres partis politiques, des bévues en matière de droit de l’homme, le délit du faciès ( en ce temps de guerre avoir un phénotype "tutsi" semble exposer à la vendicte populaire) et la récidive galopante des relents de tribalisme et de corruption. Concernant le tribalisme, selon Jeune Afrique (7), le premier cercle d’influence autour du chef de l’Etat est constitué des katangais (Gaétan Kakudji, Emile Kanengele, Umba Kyamitala, Gabriel Kyungu, Mwenze Kongolo, Jean-Claude Masangu, Sévevin Kabwe et Joseph Kabila). Si quelques uns de ces hommes ont été nommés grâce à leurs compétences par contre c’est le critère tribal qui avait prévalu pour quelques autres. Il faudrait que Kabila se souvienne de la déliquescence accélérée du pouvoir autocratique de Mobutu alors que sa garde prétorienne était composée des membres de sa tribu. Pendant cette guerre certains Balubakat ont montré qu’ils n’avaient pas le niveau réquis pour occuper les postes octroyés par le chef de l’Etat pour cause de filiation tribale. Un autre point d’une importance capitale sur lequel le chef de l’Etat Congolais devra apporter des corrections; -le déficit en communication, -le silence, -l’arrogance et une attitude de mépris, -voire une certaine opacité sur sa vision du Congo dans un monde comtemporain, de plus en plus lilliputien et de plus en plus en mouvement. Après plus de trente années de maquis un manifeste politique serait déjà sorti et depuis son arrivée au pouvoir, on aurait déjà pris connaissance de son véritable projet politique susceptible de galvaniser l’enthousiasme populaire dans la mesure où il persiste malgré l’état du pays à organiser les élections générales en avril 1999. Pendant cette crise politique l’opportunité n’aurait-t-elle pas pu être saisie pour mieux expliquer à l’opinion nationale et internationale la génèse de cette grave crise qui ménace l’intégrité du Congo, d’où l’utilité que nous ressentons d’une offensive d’explication dans un cadre d’une campagne élargie et organisée . La tutsi-connection semble à ce point mieux organisée pour plaider habilement sa cause, peuple de diaspora et d’errance revendiquant une existance pacifique, mimant les enfants d’Israël. Et pourtant dans cette guerre, Kabila est dans ses droits les plus naturels, il veut protéger son pays agressé par une coalition initiée par le lobby Tutsi qui naguère l’avait soutenu. Il faudra que l’opinion internationale comprenne qu’il y a crise au Congo parce que Kabila a désobeit aux injonctions ougando-rwandaises dans les affaires intérieures du Congo, un pays souverain. Déogratias Buguera et Bizima Karaha, deux tutsis congolo-rwandais, étaient restés à la tête des affaires du pays jusqu’en juillet dernier, respectivement comme secrétaire général de l’AFDL et Ministre des Affaires Etrangères. Bizima Karaha a brillé par son incompétence à la tête de la diplomatie congolaise. Le Congo veut assurer son indépendance régionale et la paix à ses frontières. En obeissant le doigt sur la couture à Musevini et à Kagamé, nos compatriotes imbriqués dans cette rebellion compromettent ce que le peuple congolais attendait depuis mai 1997: -le départ des troupes rwando-ougandaises et -la Paix pour le Développement du pays. Les opposants à Kabila, Lunda Bululu, Jean-Pierre Ondékane, Ernest Wamba dia Wamba, Goma Zahïdi, Olenga N’koy et quelques autres membres du Rassemblement Démocratique Congolais menent une action incompréhensible avec l’aide militaire rwando-ougandaise alors qu’ils ont combattu le chef de l’Etat à cause de sa soumission supposée aux mêmes forces rwando-ougandaises, où est la cohérence de leur comportement. Il devient de plus en plus difficile de comprendre les tenants et aboutissants de ce conflit, les revirements d’attitude étant incessants et imprévisibles entre les antagonistes. Les Mai Mai, originaires du Kivu avaient adopté une attitude ambigüe pendant la guerre de libération, aujourd’hui ils saisissent l’occasion pour chasser les Banyamulengue, Tutsi congolais d’origine rwandaise, qui hier, étaient franchement engagés aux côtés de Kabila pour la prise de pouvoir à Kinshasa. Les Interahamwue, les ex-FAR, les Mai Mai, appartenant au groupe Hutu, combattent actuellement avec les forces Kabilistes contre les rebelles, un conglomerat des anciens Mobutistes, Lumumbistes, et des Tutsi et Assimilés, soutenu par l’Ouganda et le Rwanda. L’imbrication des facteurs historiques, culturels et sociologiques a conduit à un affrontement pour des intérêts difficilement décélables et des projets politiques inexistants.

Les raisons géostratégiques et militaires poussent deux pays limitrophes (l’Ouganda et le Rwanda) à annexer le Kivu en faveur de l’expansionisme tutshi de Musevini et de Kagamé ou de l’indélicatesse de Kabila qui aurait promis le Kivu aux Banyamulengue en octobre 1996 aux accords de lemera qui avaient marqué la constitution de l’AFDL, selon Pascal Tshipata Mukeba, ancien chef du renseignement des forces de Kabila dans le sud-kivu (8). Les rebelles Congolais qui contribuent à cette entreprise ougando-rwandaise sous le label de rassemblement démocratique congolais sont les artisans de la destruction de leur propre cause: l’unité et l’indépendance de la République .Les énnemis de la République sont aujourd’hui clairement identifiés, l’Ouganda et le Rwanda, et ils ne s’en défendent même plus. Hier, la tutsi-connection avait misé sur un congolais pour évincer le régime dictatorial de Mobutu, aujourd’hui il réédite la même opération usant de l’immaturité patriotique et la naïveté de nombreux de nos concitoyens égarés. Un appel leur est lancé et nous leur tendons la main afin qu’ils cessent d’être les marionnettes d’une aventure suicidaire, non crédible et sans intérêt pour la République Congolaise que nous devons tous aider pour son redressement. L’élimination politique voire physique de Monsieur Laurent Kabila n’était -t-elle pas la finalité de cette guerre sordide déclenchée par l’Ouganda et le Rwanda. Cette élimination aurait signifiée le début de la partition du Congo à partir de Kinshasa dès lors la capitale serait tombée entre les mains des militaires ougandais et rwandais tandis que leurs sous-fifres congolais se verraient barrés la route de l’ouest vers Kinshasa. Je me félicite de la victoire militaire du chef de l’Etat Congolais face à ses mentors d’hier, car elle sonne l’amorce d’une nouvelle phase politique. Cette nouvelle phase politique passe par l’ouverture à d’autres organisations sociales qu’elles soient politiques, réligieuses, syndicales ou non gouvernementales à créer les conditions de travail collectif au sein d’un gouvernement d’Union Nationale pendant une période de transition dont la durée sera préalablement convenue.

Comment le monde entier ne pourra t-il pas venir, dans ces conditions, en aide au peuple congolais qui souffre des dettes qu’il n’a pas contractées. Il faudrait rapidement tourner la page des rélations complices qui avaient prévalues à l’époque de Mobutu avec certaines puissances occidentales. Les enjeux futurs sont tellement importants qu’un grand pays comme la RDC dévrait se donner les moyens pour son redressement national. C’est une bonne nouvelle que des contacts se nouent entre le gouvernement congolais et les pays francophones d’Afrique centrale, le Gabon et la République Centrafricaine ainsi qu’avec la France. Que Kabila ouvre les portes du dialogue démocratique avec les autres congolais oeuvrant hors AFDL, une alliance affaiblie, afin que nos parténaires historiques, la France et la Belgique, redeviennent les interprètes de la misère et de la cause du peuple congolais auprès des instances décisionnelles internationales. Le même message est adressé aux pays de la région des grands lacs que seule l’instauration des régimes politiques démocratiques serait la meilleure réponse pour promouvoir la paix nécessaire au développement de la région. En prenant un raccourci, l’Afrique Centrale et de la région des grands lacs ne pourra t-elle pas s’inspirer de l’exemple de la construction européenne sans les guerres. Si la Démocratie est le seul chemin pour une alternance politique pacifique, le Développement des Peuples est la seule finalité de l’engagement politique. Au Congo, notre idéal dévrait être la construction de la République Congolaise, garante des entités ethniques organisées au sein d’un Etat de Droit et autour d’une région pacifiée. Le défi est maintenant pour Kabila de pouvoir réaliser ce que Lumumba avait imaginé, une République Congolaise libre et prospère.

Voilà pourquoi, sans lui faire un chèque en blanc, je soutiens le chef de l’Etat Congolais à choisir le règlement politique de la crise et la voie du dialogue démocratique pour la Paix et le Développement du Congo. Que Kabila ne confisque pas l’espoir du peuple congolais comme Mobutu avait volé le rêve de notre enfance. Ce rêve s’appelait déjà le Développement.

Docteur Sola Ferdinand

Secrétaire du Colloque "Demain la Démocratie"

Références bibliographiques.

-1) Jeune Afrique n° 1947 -du 05 au 11 mai 1998, p. 16.

-2)Désir de vérité par Maitre Nimy Mayidika ngimbi; -Entretien avec Didier Mumengi; Tome 1: Rupture et lignes d’horizon; Editions Havaux 1997, p 204

-3)Le Zaïre par Robert Cornevin ; -Ed. Presses Universitaires de France p16

-4)Le Zaïre Aujourd’hui par Siradiou Diallo; -Editions J.A 1986 p. 53

-5)Congo-Zaïre-Congo 37 ans de rendez-vous manqués. Et maintenant, vers quelle démocratie? Editions G.Louis 1997, p 186.

-6)Jeune Afrique n° 1927 -du 09 au 15 décembre 1997.

-7) Jeune Afrique n° 1948 -du 12 au 18 mai 1998

-8) Bullettin quotidien d’Afrique 06/08/1998

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